par Bernard Perret
Les campagnes électorales sont des moments privilégiés pour observer les phénomènes mimétiques. Les dynamiques bien connues de bipolarisation, de cristallisation et de rejet (avec pour corrélat, ces jours-ci, une tentative inédite de victimisation de la part d’un candidat) ont un caractère éminemment contagieux. Les sondages, les médias et, de plus en plus, les réseaux sociaux, contribuent à les amplifier en suscitant l’envie irrésistible de communier avec les passions qui agitent l’électorat. La présente campagne apporte la démonstration a contrario de la force contraignante de la logique de bipolarisation, devenue progressivement tri-polarisation, qui domine la vie politique depuis des décennies : seule une incroyable conjonction de circonstances parvient à inhiber la polarisation de l’électorat et à donner pour la première fois sa chance à un centre qui n’existe guère jusqu’ici en tant que pôle d’identification politique. Au risque, il est vrai, de créer à terme une nouvelle bipolarisation dont l’un des pôles serait le Front national.
Dans un tel contexte, comment comprendre la frustration et le rejet du politique exprimés par de larges franges de l’électorat ? L’une des expressions en est la montée du populisme, mais les deux phénomènes ne se confondent pas. Un récent ouvrage attire l’attention sur la montée du « Praf » (= « plus rien à foutre »), une attitude qui tend à se répandre et qui conduit à une abstention massive plutôt qu’à un vote extrémiste. Les « prafistes » interrogés sur leurs motivations répondent invariablement qu’ils ne croient plus dans la politique, que trop de promesses n’ont pas été tenues et que les candidats ne s’intéressent pas à leurs problèmes. L’une des causes de cette déception est facile à identifier : depuis des années, la droite et la gauche ont presque uniquement misé sur la croissance pour atteindre leurs objectifs de réduction du chômage et de progrès social, et celle-ci fait défaut pour des raisons structurelles contre lesquelles les politiques nationales ne peuvent pas grand-chose.
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