Le piège du « Vox Populi, Vox “Praesidentis” »

par Emmanuel Portier

Sans revenir sur l’affaire Jacqueline Sauvage, qui a fait l’objet d’autres contributions sur ce blogue, arrêtons-nous une minute sur l’argument à succès de ses deux avocates selon lequel l’opinion publique avait émis un jugement dont le politique n’avait pas d’autre choix que de le suivre.

Les arguments développés par Maître Nathalie Tomasini, lors du débat « L’opinion publique est-elle un juge à part entière ? » diffusé sur France Culture le 13 février dernier, témoignent d’une remise en cause profonde de la légitimité de nos institutions, et de la dangereuse tentation à s’autoproclamer non plus l’avocate d’un client, voire d’une cause, mais celle de « l’opinion publique dans son ensemble »,  cette « opinion qui a porté tout cela »  par « une vague partie de la société dans son entier ».  Il suffit de relire une minute René Girard pour voir la distance qu’au contraire il convient d’avoir sur toute justice rendue par une foule portée par une vague, ou toute vengeance exigée par elle. De pareilles foules exaltées sont nés nos plus grands totalitarismes.

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Sur la prison

Par Thierry Berlanda

L’affaire Jacqueline Sauvage pose une question que l’émotion qu’elle suscite obscurcit autant qu’elle la souligne. Voyons comment la pensée de René Girard peut nous aider à discerner le véritable ressort de cette décision judiciaire. Que signifie en effet le maintien en cellule d’une femme qui ne constitue aucun danger pour ses contemporains ? Ceci que nous sommes rivés, le peuple comme ses représentants, à une conception expiatoire de l’emprisonnement.

N’entendons-nous pas le délire inflationniste de certains candidats à la prochaine élection présidentielle à propos du nombre de places de prison ? Ne voit-on pas le risque majeur qu’ils nous font courir, d’une mutation de notre société vers le contre-modèle « carcéraliste » nord-américain ? Osons postuler au contraire que de places de prison, nous avons déjà bien trop. Pourquoi ? Parce que précisément la prison ne peut ni ne doit pas être un lieu d’expiation, mais de simple contention.

Pour ce qui est de se racheter, un homme n’est finalement soumis qu’au jugement de sa conscience. Quel juge pourrait être moins indulgent ? Quel juge peut-on moins facilement berner ? Quel juge peut-il se montrer finalement plus juste ?

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Pour réduire la violence, il faut y renoncer, et non pas tuer le violent

 par Emmanuel Portier

Jacqueline Sauvage est cette femme reconnue coupable du meurtre de son mari, tué de trois coups de fusil dans le dos en 2012, après quarante-sept ans d’enfer conjugal. Condamnée en première instance (fin 2014), confirmation en appel (fin 2015), par deux cours d’assises distinctes (soit 6 magistrats et 21 citoyens, au total, ayant eux eu accès à l’intégralité du dossier) à la même peine de 10 ans d’emprisonnement, assortie d’une période de sûreté automatique et incompressible de cinq ans.

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