La rivalité mimétique

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Florence Gros:
Je voudrais vous parler aujourd’hui de nos désirs, de ce qui nous anime dans notre quête effrénée et quotidienne de nouveaux objets, de nouveaux plaisirs, de nouvelles distractions parce que, certaines personnes handicapées ont, me semble-t-il, un enseignement à nous donner sur ce sujet.

C’est un ami, papa d’une jeune femme trisomique, qui m’a inspiré cette réflexion en me confiant il y a peu de temps et je le cite : « Je me dis que l’une des choses qu’Alice (sa fille) apporte autour d’elle, c’est qu’elle n’est pas vue comme une rivale, car ses faiblesses sont trop manifestes. A son contact, les personnes non handicapées goûtent à ce qu’est une relation non polluée par la rivalité mimétique, qui nous asservit si souvent ».

Simon Tartreaux:
Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est la rivalité mimétique ?

Florence Gros:
C’est René Girard, anthropologue disparu il y a quelques années, qui a identifié ce phénomène présent dans toutes les cultures et à toutes les époques. Cela l’a rendu célèbre. Je vous invite d’ailleurs à lire certain de ses nombreux ouvrages sur cette question.

Pour résumer, René Girard constate que devant les différentes possibilités qui s’offrent à nous, quel que soit le sujet, le premier moteur de notre choix consiste à désirer ce que l’autre désire déjà. D’où le terme de rivalité mimétique, car l’autre devient rapidement un rival quand je commence à désirer ce qu’il possède. Cette rivalité mimétique entraîne une concurrence, source de tension, voire de violence. Nous sommes donc pris dans un engrenage mimétique.

Simon Tartreaux:
Comment peut-on sortir de cet engrenage ?

Florence Gros:
Certaines personnes handicapées, comme Alice, y parviennent avec une facilité déconcertante. En effet, Alice ne s’attache pas particulièrement à ce que je possède, ne jalouse pas ma position sociale, mon argent, ma voiture… Etre en relation avec elle est apaisant, car précisément Alice ne m’entraîne pas dans cette dynamique mortifère de la rivalité mimétique, si bien décrite par René Girard.

Le papa d’Alice en est témoin et dit : « Au contact d’Alice, on fait cette expérience de libération de la rivalité mimétique, si bénéfique et si pacifiante que les gens ont envie de revenir voir Alice ».

Je pense qu’il y a quelque chose de prophétique dans cette simplicité de cœur d’Alice et de nombreuses personnes handicapées. Alice n’est pas intéressée par ce que je possède, mais par la façon dont je lui suis présente. Je ne suis pas une rivale pour elle, mais une amie, ou une sœur dans le Christ.

Imaginez un peu, Simon, un monde dans lequel nous ne serions pas tous rivaux, pas tous attirés par ce que l’autre possède ; imaginez un peu comme notre vie professionnelle, parfois même notre vie familiale ou amicale en seraient transformées. C’est pour cette raison que certaines personnes handicapées apportent dans leur environnement, par leur seule présence, une paix étonnante, par leur simple façon d’être présentes à l’autre.

Il y bien là quelque chose de prophétique, comme une annonce du Ciel.

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Auteur : blogemissaire

Le Blog émissaire est le blog de l'Association Recherches Mimétiques www.rene-girard.fr

2 réflexions sur « La rivalité mimétique »

  1. « O Christ, n’était-ce pas ton signe ?
    N’était-ce pas pour dire à l’antique maison
    Que de voiler le jour nulle arche n’était digne ;
    Qu’une aube se levait sans ombre à l’horizon ;

    Que Dieu ne resterait caché dans nul mystère ;
    Que tout rideau jaloux se fendrait devant toi ;
    Que ton Verbe brûlait son voile, et que la terre
    N’aurait que ton rayon pour foi ?

    Nouveaux fils des saintes demeures,
    Dieu parle : regardez le signe de sa main !
    Des pas, encor des pas pour avancer ses heures !
    Le siècle a fait vers vous la moitié du chemin.
    Comprenez le prodige, imitez cet exemple ;
    Déchirez ces lambeaux des voiles du saint lieu !
    Laissez entrer le jour dans cette nuit du temple !
    Plus il fait clair, mieux on voit Dieu !

    Voyez se presser à la porte
    Cette foule en rumeur d’adorateurs sans voix
    Qui court après ses dieux que la raison emporte,
    Comme autrefois Laban après ses dieux de bois !
    Ne tirez plus les siens de l’arche des symboles,
    Mais dites-lui qu’aux sens le temps les a repris,
    Que tous ces dieux de chair n’étaient que des idoles,
    Et d’aller au Dieu des esprits !

    Hâtez cette heure fortunée, Où tout ce qui languit de la soif d’adorer, Sous l’arche du Très-Haut, d’astres illuminée. Pour aimer et bénir viendra se rencontrer ! Que le mystère entier s’éclaire et se consomme ! Le Verbe où s’incarna l’antique vérité Se transfigure encor ; le Verbe s’est fait homme, Le Verbe est fait humanité !

    https://fr.wikisource.org/wiki/Recueillements_po%C3%A9tiques/%C3%80_M._de_Genoude,_sur_son_ordination

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