Le meurtre fondateur, un mythe paléolithique ?

par Jean-Marc Bourdin

La deuxième thèse de la théorie mimétique postule que le mécanisme de la victime émissaire est fondateur des sociétés humaines. Il coïnciderait avec l’hominisation qu’il aurait déterminée et donc remonterait – au moins – à l’apparition de l’homme moderne, notre espèce homo sapiens sapiens, aujourd’hui située il y a 200 à 300 000 ans ; et plus probablement à la bifurcation entre grands singes et premières espèces qualifiées d’homo. Des situations de tous contre un ont au demeurant été observées par des éthologues dans des populations de chimpanzés, information déjà signalée dans le blogue. Également dans le blogue, nous avons évoqué l’identification d’un culte du crâne dans un site cérémoniel en Anatolie au mésolithique, avant la révolution de l’agriculture et de l’élevage. Reste une zone de plusieurs centaines de milliers d’années, voire de plusieurs millions d’années dans laquelle les données archéologiques et paléoanthropologiques manquent ou sont interprétables de manière plus que hasardeuse.

Face à cette impasse, peut-on solliciter les mythes de manière scientifique ? Les mythes renvoient-ils comme le postule la théorie mimétique à des événements réels qu’on appellerait aujourd’hui lynchage remontant au moins au Paléolithique, voire plus loin encore dans l’histoire de l’humanité ? Pour être traitée, cette question doit être décomposée en deux items :

1/ Les mythes, ou du moins certains d’entre eux, sont-ils la relation d’événements réels plus ou moins mensongère, estompée ou édulcorée dans la durée et du fait de leur transmission longtemps orale ? 

2/ Fictions symboliques ou témoignages altérés, ces récits peuvent-ils remonter au moins au Paléolithique ?

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Don, sacrifice et violence (Mauss et Girard)

Cérémonie du Potlatch

par Christine Orsini

La dernière livraison du MAUSS contient les Actes d’une journée d’étude, le 16 mars 2019, sur le thème « Mauss, Girard et la violence », organisée par le MAUSS et l’ARM. Il n’est pas si fréquent que des chercheurs en sciences sociales et des anthropologues se réunissent pour présenter et discuter les thèses de Girard. Ils l’ont fait sérieusement (en connaissant tous à fond la théorie mimétique) et courtoisement (la plupart trouvent le système girardien « très séduisant »). La rencontre entre les girardiens et les chercheurs du MAUSS ne s’est pas déroulée sous le signe de la rivalité mais de la convivialité.

Pour pouvoir discuter, il faut un fonds commun : les girardiens partagent l’anti-utilitarisme qui caractérise le MAUSS (Mouvement Anti-Utilitariste dans les Sciences Sociales). Dans le paysage actuel des sciences sociales, dominées par l’économie, qui met au centre l’intérêt, les deux écoles de pensée sont fraternellement marginales. Le titre choisi par la revue du MAUSS « La Violence et le mal », a un accent girardien. Mauss ne thématise pas la violence mais, comme le dit Bernard Perret, « le caractère obligatoire du don s’inscrit sur un arrière-fond de violence ».  Et pour Mauss comme pour Girard, l’énigme anthropologique du social ne peut être résolue qu’en allant chercher, dans le plus lointain passé, des faits, des « invariants » qui transcendent la diversité des cultures, tels le don et le sacrifice. Ce sont des réponses au problème de la violence assez universelles pour permettre de penser le présent et même l’avenir à partir d’elles.

Le très fin historien de l’anthropologie qu’est Lucien Scubla navigue entre les deux « écoles » et ne voit pas les œuvres de Mauss et de Girard comme deux théories anthropologiques concurrentes. Seul Girard est un penseur systématique, un théoricien. Marcel Mauss s’est consacré à l’ethnographie. Dans le texte produit pour la revue, Scubla montre à partir d’exemples, que toute tentative pour éradiquer la violence en ouvre le déchaînement. Il faut combattre le mal et il ne peut l’être que par des institutions appropriées. Il est en cela plus proche du MAUSS que de la pensée apocalyptique de Girard.

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Les hauteurs tourmentées de Hölderlin

A propos du livre de Benoît Chantre Le Clocher de TübingenŒuvre-vie de Friedrich Hölderlin, paru aux éditions Grasset.

Cet ouvrage se veut à la fois une suite à l’enquête sur la relation franco-allemande ouverte avec René Girard, dans Achever Clausewitz en 2007, et une introduction à l’œuvre fondamentale et curieusement mal connue d’un des plus grand poètes modernes.

Le magazine Artpress, dans son dernier numéro de février, publie un entretien avec Benoît Chantre :

« En vous lisant, on pense aux travaux que vous avez menés avec René Girard. Particulièrement lorsque vous évoquez « La Mort d’Empédocle », figure qui renvoie à l’autosacrifice de Hölderlin s’abîmant dans une prétendue folie. Ne pourrait-on pas voir dans le poète le bouc émissaire caché d’une génération égarée dans la poursuite d’idéaux politiques ou philosophiques voués à l’échec ? Lire la suite

Nous vous proposons ci-dessous  l’article de Francine de Martinoir, paru dans le journal La Croix du 2 janvier 2020.

 » Dans l’immense continent du Romantisme allemand, peu arpenté par les lecteurs français, une figure demeure aujourd’hui singulièrement floue : de Friedrich Hölderlin (1770-1843), on a retenu quelques oeuvres et l’image d’un poète devenu fou, isolé dans une tour à Tübingen, de 1807 à sa mort. Dans un magistral retour aux différents épisodes de sa vie, à tous ses textes, aux données historiques, aux interrogations politiques et philosophiques de l’Allemagne, en particulier à Iéna, au tournant du siècle, que Xavier Tilliette a appelé « une heure étoilée de l’humanité», Benoît Chantre reconstitue comme on l’avait rarement fait la vie intérieure et la création de Hölderlin. « 

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Jean-Pierre Dupuy : « La jalousie – Une géométrie du désir »

A propos de son livre La Jalousie – Une géométrie du désir, paru aux éditions du Seuil en 2016, Jean-Pierre Dupuy revient dans cet entretien filmé pour l’ARM, sur son interprétation du désir triangulaire.

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