Penser la foi chrétienne après René Girard

Bernard Perret publie aux éditions Ad Solem (en librairie le 23 mai) un ouvrage « Penser la foi chrétienne après René Girard ».

 

couv penser la foi chretienne

Nous avons posé trois questions à Bernard Perret pour qu’il nous présente ses recherches en quelques minutes…. ce qui est bien court, pour ce livre qui est une présentation des enjeux de la pensée de René Girard pour le christianisme et un premier bilan des théologies qui s’en inspirent. Bernard Perret conduit ensuite une réflexion plus personnelle sur les rapports entre anthropologie et théologie. Il montre comment la théorie de Girard permet de penser les relations entre religion et violence, et il interroge le sens du rituel chrétien dans un contexte de sécularisation.

Nous vous invitons à venir écouter la rencontre entre Bernard Perret et James Alison, autour de cet ouvrage, qui aura lieu le vendredi 25 mai à 19h30 au Centre Bernanos (4, rue du Havre, Paris 9ème, métro Saint-Lazare). Le samedi 26 mai, James Alison donnera une journée de séminaire qui aura pour thème « « De saint Jean aux enjeux contemporains :lectures girardiennes de l’apocalypse  » (informations et inscriptions sur le site de l’ARM).

question 1

Q 2

question 3

Mimésis et succès des méthodes de management

par Jean-Marc Bourdin

Comme tous les autres rapports humains, les méthodes de management sont objet de modes. TheConversation se fait l’écho d’un court entretien vidéo avec Romain Zerbib et Ludovic Taphanel sur les dernières recherches à ce sujet. Le triptyque mimétisme-conformisme-quête de légitimité me semble intéressant. Le lien stratégique entre bénéfices à attendre et comportements moutonniers que Jean-Pierre Dupuy a mis en avant pour les marchés boursiers dans La panique me semble également à prendre en considération: le mouton suit le troupeau (et le berger) parce qu’il aurait plus d’inconvénients que d’avantages à s’en écarter.

Cette vidéo ne vous apprendra sans doute rien mais vous confortera probablement dans l’usage de certaines de vos clés de lecture favorites.

https://theconversation.com/video-les-managers-victimes-des-modes-manageriales-95253

Les animaux sont-ils des victimes comme les autres ? (critique de l’antispécisme)

 

par Bernard Perret

Le souci croissant pour la souffrance des animaux est un phénomène social majeur. Il procède pour une part de découvertes scientifiques qui ont permis de prendre conscience de la complexité psychique des animaux supérieurs et de leur capacité à anticiper leur propre souffrance (ce dont témoigne le fait qu’ils connaissent le stress) et, dans certains cas, de manifester des formes de compassion (fort limitée au demeurant) à l’égard de leurs congénères. Du point de vue de l’évolution des mentalités, l’évolution du regard sur la souffrance animale peut être vue comme l’expression du souci moral pour toutes les victimes innocentes, dont Girard nous a permis de comprendre qu’il procède directement de l’influence du christianisme. Et, de fait, l’animal semble incarner parfaitement l’idée d’innocence. Cet affinement de notre sensibilité est foncièrement sain, il reflète à la fois notre aversion pour la violence physique et une certaine compréhension de l’unité du monde vivant, indissociable de la prise de conscience écologique.

Là où le bât blesse, c’est quand la défense des animaux débouche sur l’antispécisme, c’est à dire l’attribution aux animaux de droits opposables à ceux des hommes, voire même la négation de toute hiérarchie des droits entre les hommes et les animaux supérieurs. Loin d’être marginale, cette position est de plus en plus présente dans le débat intellectuel. Or, il s’agit d’une position pratiquement et philosophiquement intenable et, qui plus est, dangereuse.

Sans qu’il soit besoin de se placer sur le terrain métaphysique (en cherchant à définir ontologiquement la différence humaine), deux types de considérations peuvent être avancées à l’encontre de l’antispécisme.

La première est purement pragmatique : il est impossible de traduire l’antispécisme en terme de morale pratique. À supposer même que l’humanité puisse adopter un régime strictement végétarien (ou insectivore, car, apparemment, la souffrance des insectes n’est pas digne d’être prise en compte), ce qui reste à prouver, plusieurs dilemmes moraux radicalement insolubles se présentent. Premier exemple, les rats font indéniablement partie des animaux intelligents dont la souffrance devrait être prise en compte. Or, nous sommes engagés depuis des millénaires dans une guerre à mort contre les rongeurs commensaux, sources permanentes de nuisances et de risques sanitaires majeurs. Personne n’envisage sérieusement de tenir compte de leurs souffrances dans le choix des armes déployées à leur encontre. Autre exemple : la réintroduction du loup et d’autres prédateurs dans nos campagnes sera cause de grandes souffrances pour leurs proies sauvages ou domestiques. On peut en effet penser que la mort par prédation est la pire qui soit pour un animal. Or, sans même parler de l’équilibre et de la richesse des écosystèmes, le loup a aussi des droits ! Plus généralement, il convient de rappeler que l’écologie se préoccupe avant tout de la survie des espèces et de l’équilibre des écosystèmes. Dans ce cadre de pensée, la question du droit des animaux en tant qu’individus ne se pose pas.

Mais ces considérations pratiques ne suffisent pas et l’on ne peut éluder l’aspect proprement philosophique de la question. Les animaux souffrent, certes, et, comme on l’a dit, leur souffrance n’est pas purement physique. Est-elle pour autant comparable à celle des êtres humains ? C’est ici que la pensée de Girard peut être d’un grand secours. Girard permet en effet de mieux comprendre un fait intuitivement assez évident : la souffrance humaine est toujours une souffrance morale. Par « morale », il faut entendre ici autre chose que l’anticipation ou l’empathie. L’aspect moral de la souffrance provient du fait qu’elle est toujours liée, comme nous le savons tous, à des sentiments complexes à l’égard des autres comme la culpabilité ou à des idées culturellement situées comme la justice (« pourquoi moi ? » pense le malade). Pour les hommes, la mort, et plus largement la souffrance, n’a rien de naturel, elle « est inséparable de la réalité de la honte, de l’impuissance, de la douleur, de l’échec et de la perte. » (James Alison, 12 leçons sur le christianisme, p. 149.) Si l’on suit Girard, il est logique de penser que cette surcharge morale sur la souffrance est liée au fait qu’elle réactive la scène primitive de la culture, par laquelle les hommes ont inventé les premiers symboles à partir de l’attention portée à la victime. D’où il résulte que toute souffrance, même d’origine purement biologique, ne peut être symbolisée (et donc rendue sensée) qu’à travers le prisme victimaire. Et c’est pour cela, bien-sûr, que la figure du crucifié a toujours été comprise comme une évocation de toute la souffrance humaine.

Pour en revenir aux animaux, on peut admettre que leur compétence morale va jusqu’à un certain degré de compassion, mais elle ne leur permet certainement pas de se voir comme des victimes. En faire des victimes, c’est projeter sur eux une signification qui leur est radicalement étrangère, une forme d’anthropomorphisme. Le souci légitime que nous portons à leur souffrance doit donc être considéré avant tout comme la reconnaissance unilatérale d’une relation non strictement utilitaire avec le vivant non humain, et aussi comme l’expression de notre rejet plus global de la violence, dans la mesure où la violence à l’égard des animaux reflète et entretient notre propension à faire souffrir, voire notre cruauté (que l’on pense à la chasse ou à la tauromachie).

Enquêtes philosophiques sur le djihadisme moderne

par Jean-Marc Bourdin

Le Journal philosophique sur les conflits et la violence consacre son numéro 2 à des analyses sur le djihadisme moderne. En grande partie en anglais, cette revue à diffusion internationale contient néanmoins deux articles en Français (celui de Thomas Clavel et le mien). Vous y retrouverez des signatures connues comme celles de Paul Dumouchel, Benoît Chantre et Joseph Rogozinski. Le rédacteur en chef, Andreas Wilmes, nous offre une analyse intéressante des interventions de René Girard sur le sujet. Il a aussi réuni un certain nombre d’entretiens souvent peu ou pas diffusés en France et les met à notre disposition.

http://trivent-publishing.eu/pjcvI2.2017.html

Bonne lecture

Ce qu’il ne faut pas faire

par Hervé van Baren

Alors que Donald Trump défraye quotidiennement la chronique avec ses frasques présidentielles, peut-être avec le recul de sa première année au pouvoir pouvons-nous poser à nouveau la question : pourquoi les américains ont-ils voté pour lui ?

Je ne suis pas capable d’ajouter quoi que ce soit d’utile aux commentaires politiques ou sociologiques. De toutes ces brillantes analyses, retenons seulement que les Etats-Unis d’Amérique sont en crise. Comme d’habitude, allons chercher une réponse dans les Evangiles, et plus précisément dans la seconde partie du chapitre 8 de l’Evangile selon St Jean (versets 12 à 59).

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L’échange

par Daniel Bougnoux

En complément de l’article de Thierry Berlanda publié dimanche dernier, nous relayons une réflexion profonde de Daniel Bougnoux sur la mort du colonel Beltrame, notamment inspirée par le thème du don (qu’il distingue du sacrifice) et qu’il a publiée sur son blogue « Le Randonneur », hébergé par La Croix .

https://media.blogs.la-croix.com/lechange/2018/03/30/

Bonne lecture

Le sacrifice d’Arnaud Beltrame

Par Thierry Berlanda

Le lieutenant colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame a sacrifié sa vie pour sauver celle d’un ou plusieurs autres. Ce geste fait bien sûr beaucoup parler, et fera sans doute encore plus écrire. Or ce qui me décide à en dire quelques mots n’est pas le désir d’ajouter ma voix aux louanges en cours (de ce point de vue, je serais plutôt enclin à prier en silence), mais d’interroger le sens même du sacrifice, dont celui d’Arnaud Beltrame constitue selon moi l’exemple le plus pur.

René Girard a distingué de manière décisive entre le sacrifice entendu comme mise à mort d’autrui, victime ou substitut de victime, et sacrifice de soi : le premier type de sacrifice était la marque des sociétés pré-chrétiennes, et reste celle des sociétés non chrétiennes ; le second type est le signe et le sens du sacrifice du Christ. Il ne e semble pas superflu de le rappeler à quelques jours de Pâques.

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