« Le fils de Joseph » d’Eugène Green : un triangle parfait

Le fils de Joseph affiche

par Benoît Chantre

Un jour viendra où l’on ne dira plus, devant un film d’Eugène Green, que le bruit d’un tiroir est une citation de Bresson, que les jambes vues en train de descendre un escalier sont une citation de Bresson, que le petit âne sur la plage se retournant vers le spectateur est une citation de Bresson. Il y a une manière de ne pas vouloir voir qui consiste à voir des citations à la place de ce qu’on n’avait pas vu. Depuis que Bergotte, suivant les conseils d’un critique, est mort foudroyé par un « petit pan de mur jaune », nous avons pris l’habitude de ne regarder les œuvres que dans les marges, à côté de ce qu’elles donnent réellement à voir. Eugène Green, lui, filme ce qui a lieu, dans l’émotion qui bouleverse un visage ou la présence intérieure qui jaillit d’une voix très retenue. Il est toujours « ponctuel » – et donc invisible, puisque n’apparaissent que ceux qui sont en retard sur l’événement et se laissent emporter dans le tourbillon de la vie mondaine. Comme l’écrit Pascal, pour dire la juste distance à l’œuvre et à l’autre : « Ainsi les tableaux vus de trop loin et de trop près. Et il n’y a qu’un point indivisible qui soit le véritable lieu. » Celui qui est ponctuel « ne réussit pas », comme le déclare l’un des personnages du film. Il est hors champ. Il peut alors montrer ceux qui se montrent, mais aussi les autres, qui sont révélés dans la lumière.

Victor EzenfisEugène Green épingle les premiers au passage, moins pour se venger du milieu littéraire, qu’il n’avait pas encore croqué dans ses films, que pour signaler que quelque chose est en train de vraiment apparaître dans son film, que ces gens sont là pour ne pas voir. Ainsi l’écrivain branché, trop insignifiant pour avoir le moindre mot à dire, et qui pourtant vient d’obtenir le Prix Conlong. Mais aussi Violettte Tréfouille, la critique affolée (éblouissante Maria de Medeiros, profil d’aigle, fume-cigare et remarques à contre-emploi). Et encore Oscar Pormenor, l’éditeur cynique (splendide Mathieu Amalric, qui de satanique au départ devient in fine aussi émouvant, sur la plage où il retrouve son fils « naturel » et sa mère délaissée, que Léontès à la fin du Conte d’hiver). Tout ce petit monde parisien couche, publie, s’agite de ne pas vouloir voir ou entendre la Parole. Or celle-ci ne cesse de parler dans le silence. Celui d’un blanc sur un mur. Elle crie de ne pas tuer. Le couteau est pourtant là, appuyé sur la gorge du géniteur enfin trouvé et maintenant bâillonné par son propre fils, menotté au fauteuil soudain renversé. Vincent voit son geste criminel arrêté. Il se relève et replie la lame. Il a gagné contre son ressentiment, contre sa colère d’enfant sans père, tournant dans sa cage en quête désespérée d’un nom. Soudain intimé de ne pas tuer, il a trouvé le « Dieu lointain qui vient du dedans », pour citer Levinas. Nous allons bientôt le voir sourire.

amalric

Prisonnier dans sa chambre bleue, face à une affiche représentant Le Sacrifice d’Abraham du Caravage qui lui avait inspiré son premier geste parricide, Vincent a fini par renoncer à sa vengeance (ou par comprendre la peinture). Il épargne son père « selon la chair » et s’enfante un père « selon l’esprit » : celui qui le saisit par le bras, dans le hall de l’hôtel, au moment où il prend la fuite après avoir renoncé à l’acte parricide. Cet homme s’appelle Joseph (parfait Fabrizio Rongione, qui jouait un rôle assez proche dans La Sapienza). Et Joseph devine qu’il s’est passé quelque chose, dans la suite de l’hôtel où son frère Oscar Pormenor fornique et décide de qui doit apparaître ou non sur la scène littéraire. Quelque chose a eu lieu, à quoi Joseph n’a pas assisté, qu’il va essayer de comprendre après coup avec Vincent. Les deux amis vont au Louvre contempler le Christ mort de Champaigne. Ils voient la plaie au côté droit. Puis le Joseph de La Tour : l’outil du charpentier a la forme de la croix, qui dit le choix de ne pas apparaître ou celui d’apparaître d’une façon paradoxale. Est-ce alors Joseph, en passe de devenir un père spirituel, qui explique à Vincent les images, ou est-ce Vincent, son fils spirituel, qui fait comprendre à l’oncle qu’il est mis au monde par le neveu ? Les deux vivent une même initiation. Vincent se recompose une famille autour du sacrifice qu’il a fait de sa vengeance. Son acte, qui est un non-acte, engendre un père, un fils et une mère.

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Elle s’appelle Marie (bouleversante Natacha Régnier, qu’on retrouve enfin chez Eugène Green, après Le Pont des arts). Elle accepte de rencontrer Joseph, que tient tant à lui présenter Vincent. On ne sait plus trop alors qui enfante qui par la Parole. A chaque fois, deux sommets du triangle en engendrent un troisième : Marie et Vincent engendrent Joseph, Vincent et Joseph engendrent Marie, Marie et Joseph engendrent Vincent. Reste à dire maintenant cette famille, à la nommer comme telle. L’incarnation aura lieu sur une plage de Normandie (magnifiques images de Raphaël O’Byrne), où tous les trois marchent vers la mer, Marie montée sur un âne, pour échapper à une traque organisée par Pormenor. Car le géniteur veut se venger d’un crime qui n’a pas eu lieu. Il cherche à tuer une seconde fois celui dont il ignore qu’il est son fils. De la chambre bleue, qui était close, à la mer ouverte sur l’infini, l’espace s’est métamorphosé. Les trois engendreurs-engendrés sont maintenant sur le même plan, celui où nous venons de les rejoindre à notre tour. L’événement est saturé de présence. La réaction ne se fait donc pas attendre : des militaires et des policiers, bras armés d’une société bâtie sur le refus d’entendre et de voir – sur le refus du miracle, donc -, font irruption sur la plage, suivis par Pormenor. Ce dernier reconnaît l’enfant qu’on vient de menotter : c’était bien lui, son agresseur. Mais, quand Marie et Joseph, interrogés, reconnaissent Vincent comme leur fils, le géniteur est foudroyé. Il présente ses excuses, les yeux rougis par l’émotion. Et il se retire. Les trois amis repartent sur la plage. Vincent brise alors le triangle. Il laisse ses parents marcher seuls, qui déjà s’enlacent. Mais il n’est plus exclu du couple. Remarquable Victor Ezenfils, dont c’est le premier film, et dont le visage prend si magnifiquement la lumière.

Projection en présence d’Eugène Green, mercredi 2 octobre, 18h30, à l’Institut catholique de Paris, dans le cadre du ciné-club « La Caméra du philosophe ».

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« Et William devint Shakespeare », de Joël Hillion

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par Jean-louis Salasc

Joël Hillion n’a pas froid aux yeux : compléter Girard, expliquer Shakespeare. C’est le programme de son dernier essai. Plus précisément, il cherche quand et comment le poète anglais a compris la nature « mimétique » du désir. En effet, René Girard avait établi Shakespeare comme visionnaire de la théorie mimétique dans son ouvrage, les « Feux de l’envie ». Joël Hillion, disciple de Girard et passionné de Shakespeare, s’inscrit bien sûr dans cette lignée.

Sa thèse est posée dès le début de l’ouvrage : le dramaturge anglais aurait vécu l’expérience intime d’un désir triangulaire ; les Sonnets en seraient à la fois le récit et la prise de conscience. Pour soutenir cette thèse, l’essai propose une lecture croisée des pièces et des sonnets. Celles composées après ceux-ci offriraient un « contenu mimétique » véritable, les précédentes pas, ou peu. Continuer à lire … « « Et William devint Shakespeare », de Joël Hillion »

La Révélation a-t-elle eu lieu ? (suite et fin)

Une lecture du chapitre 20 de l’Evangile selon St Luc

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Troisième partie – La raison des paraboles

par Hervé Van Baren

Dans les deux premières parties, nous nous sommes appuyés sur les textes pour faire surgir une violence invisible, masquée par la violence apparente. Quelle est la condition pour pouvoir reconnaître les paraboles cachées et retourner notre lecture des textes ? C’est la question à laquelle nous allons tenter de répondre dans cette troisième et dernière partie.

Le triple transfert parabolique

Il y a un danger redoutable dans toute tentative de révélation. Nous posons que toute révélation comporte une part négative, une part qui expose nos obscurités, et par conséquent toute révélation comporte un volet insoutenable, une épreuve destructrice pour l’égo. Dénoncer frontalement cette part obscure ne peut conduire qu’au rejet et à la contre-accusation ; c’est là l’effet de notre nature mimétique. Toute révélation de notre médiocrité ne peut que déclencher notre violence ; c’est le paradoxe principal de notre lecture. Toute révélation nécessite donc un langage particulier, qui contourne nos défenses.

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Nous sommes tous des migrants

Par Jean-Marc Bourdin

J’ai présenté ce texte (en anglais) lors d’une intervention à Innsbruck le 11 juillet 2019 dans le cadre du Colloquium on Violence and Religion (COV&R). Il me semble refléter la tendance générale qui s’est dégagée parmi une centaine de participants des cinq continents, qu’ils soient « girardiens » (théologiens ou chercheurs en sciences humaines pour la plupart) ou invités en raison de leurs compétences académiques sur le sujet du colloque : « Imaginer l’autre. Défis théo-politiques dans une époque de migrations ». Comme si les faits correctement établis et un référentiel intellectuel commun amenaient chacun à des appréciations convergentes de la situation.

 

Introduction

En 2019, COV&R nous invite à imaginer l’autre. L’autre, c’est ici et maintenant le migrant qui arrive en Occident, nouvelle figure de l’actualité après avoir été à de multiples reprises et partout sur la planète un acteur majeur de l’Histoire. Le migrant revient sur le devant de la scène, dans de nouvelles circonstances, en même temps que le terroriste qui tient le haut de l’affiche depuis 2001. Les uns comme les autres nous font peur. Ils semblent remettre en cause le « nous » que nous formons ou que nous imaginons constituer dès que nous sommes confrontés à « eux ». Des hybridations peuvent d’ailleurs parfois s’opérer : des terroristes, passés ou futurs, se mêlent parfois aux flux des migrants ; ou des migrants, déçus de l’accueil reçu en Occident, se muent à un moment donné en terroristes. Très peu suffisent alors pour condamner la foule des migrants pacifiques. Cette contamination nous permet de nous méfier de tous, voire de les rejeter ensemble. Mais il ne faut surtout pas confondre les deux, même si migrants et terroristes sont souvent les enfants des mêmes conditions socio-historiques.

Il faut aussi garder le sens des proportions : « La part des populations migrantes n’est passée, en un demi-siècle, que de 2,2 % à un peu plus de 3 % de la population globale, sachant, en outre, que les migrations Sud-Nord ne représentent qu’un tiers des migrations totales ![1] »

L’imagination de l’autre, cette expérience de pensée comme l’appellent les philosophes, suggère spontanément une différence entre « eux et nous ». D’ailleurs, le colloque semble avoir pris ce parti en choisissant de parler de l’Autre. Mon propos ira à l’inverse. Avec l’aide de la théorie mimétique, qui est limpide sur le sujet, nous avons en effet la possibilité de vérifier que le migrant n’est autre que nous-même. On pourrait dire nous-même jusqu’à la caricature des êtres désirants que nous sommes. Continuer à lire … « Nous sommes tous des migrants »

La Révélation a-t-elle eu lieu ? (suite)

Une lecture du chapitre 20 de l’Evangile selon St Luc

Seconde partie – le langage parabolique de Luc

Saint Luc

Je ne vous dis pas…

1Or, un de ces jours-là, comme Jésus enseignait au peuple dans le temple et annonçait la Bonne Nouvelle, survinrent les grands prêtres et les scribes avec les anciens. 2Ils lui dirent : « Dis-nous en vertu de quelle autorité tu fais cela, ou quel est celui qui t’a donné cette autorité ? » 3Il leur répondit : « Moi aussi, je vais vous poser une question. Dites-moi : 4Le baptême de Jean, venait-il du ciel ou des hommes ? » 5Ils réfléchirent entre eux : « Si nous disons : “Du ciel”, il dira : “Pourquoi n’avez-vous pas cru en lui ?” 6Et si nous disons : “Des hommes”, tout le peuple nous lapidera, car il est convaincu que Jean était un prophète. » 7Alors ils répondirent qu’ils ne savaient pas d’où il venait. 8Et Jésus leur dit : « Moi non plus, je ne vous dis pas en vertu de quelle autorité je fais cela. »

Parfois, le langage parabolique caché fait l’objet d’un éclairage préalable par des versets qui en expliquent les tenants et aboutissants[1]. C’est le cas, je pense, des versets 7 et 8. En substance, ils expliquent pourquoi la majorité des paraboles nous sont rendues inaccessibles. Le « je ne vous dit pas » de Jésus équivaut à une dissimulation volontaire, et ce n’est rien d’autre que celle des paraboles qui vont suivre. Autrement dit, nous avons dans cette histoire une parabole qui éclaire le sens de la dissimulation parabolique. Continuer à lire … « La Révélation a-t-elle eu lieu ? (suite) »

La Révélation a-t-elle déjà eu lieu ?

Une lecture du chapitre 20 de l’Evangile selon St Luc

Première partie – Les paraboles cachées

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par Hervé van Baren

Le chapitre 20 de l’évangile selon St Luc est une suite de controverses entre Jésus et les autorités religieuses de son temps. On y trouve une unique parabole : les vignerons meurtriers. La métaphore en semble claire. Nous ne sommes pas propriétaires de la création, nous n’en avons que l’usufruit. Le maître c’est Dieu, le fils que le maître envoie pour récupérer la part de la vendange qui lui est due, c’est Jésus, et il sera massacré comme les prophètes qui l’ont précédé.

James Alison, un théologien anglais, relit cette parabole[1] déjà commentée par René Girard[2]. Girard privilégiait la version de Matthieu (Matthieu 21, 33-46) au motif que la pointe de la parabole, la réponse à la question de Jésus : « Lorsque viendra le maître de la vigne, que fera-t-il à ces vignerons ? », est laissée à l’appréciation de son auditoire. Dans la version lucanienne, Jésus pose la question et donne la réponse. Dans les deux versions, la parabole est suivie d’une citation du psaume 118, « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ». James Alison commente :

« Ceux qui sont scandalisés par leur propre implication dans le meurtre qui va se produire […] et par cet enseignement [de Jésus] à ce sujet, vont rester emmurés dans leur scandale ; tandis que ceux qui reconnaissent leur complicité avec les meurtriers et acceptent d’être pardonnés pourront produire le fruit désiré de la vigne ».

Et il en conclut que la révélation de l’amour divin est cette merveille

qui ne nous devient vraiment accessible qu’en traversant notre hostilité.

Pour Girard,

Par un retournement inouï, des textes vieux de vingt et vingt-cinq siècles, d’abord aveuglément vénérés, aujourd’hui rejetés avec mépris, vont se révéler seuls capables […] de ruiner à jamais le sacré de la violence.

Ces lectures éclairées trouvent un écho dans tout le chapitre, et cela constitue un bel exemple de ce que nous avons appelé les paraboles cachées. La parabole visible constitue la « pointe émergée de l’iceberg ».

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Qui est Girard, Jeeves ?

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Très Humble Supplique à l’adresse des Suprêmes Autorités de l’Association des Recherches Mimétiques, à fin d’accueillir Sir Pelham Grenville Wodehouse comme Légitime et Inspiré Prédécesseur de René Girard

par Jean-Louis Salasc

Je présente ici pièces et analyses de ce procès en reconnaissance.

La démarche me coûte puisqu’il s’agit d’ajouter un auteur anglais à la prestigieuse cohorte des précurseurs, prédécesseurs et autres disciples antérieurs de notre cher René Girard : cruelle occurrence pour un ancien de la Royale comme moi. Certes, Wodehouse ne serait pas le premier, Shakespeare ou Golding étant déjà du nombre, mais point trop n’en faut, surtout en ces temps de Brexit.

Cependant, c’est en anglais que René Girard a écrit « Les Feux de l’envie », l’un des livres les plus géniaux que je connaisse : voilà pour surmonter mon anglophobie (qui d’ailleurs ne m’empêche pas d’être un inconditionnel de Wodehouse, sans parler de Shakespeare).

Une autre réserve m’a fait hésiter à exposer cette requête ; Wodehouse n’est vraiment pas un auteur sérieux, c’est un comique. N’est-il pas outrecuidant de prétendre associer un tel plaisantin aux conceptions de celui qui passait de la Bible à Clausewitz, de Freud à Frazer, avec parfois un détour par Stendhal pour détendre l’atmosphère ? D’autant que la sinistre année 2015 (sinistre à bien des titres) n’est pas encore si loin de nos cœurs et de nos esprits.

Mais Benoît m’a toujours affirmé que René Girard aimait la bonne humeur et la gaîté : je gage qu’il n’aurait pas répugné, ironie aidant, à voir ses idées décrites sous la forme d’une comédie. C’est là en effet la thèse de ce procès : le roman « Ça va, Jeeves ? » est à mes yeux un véritable et convaincant exposé de la théorie mimétique.

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Pelham Grenville Wodehouse (1881-1974) est l’incarnation même de l’humour anglais. Il le manifeste dans une centaine d’ouvrages, nouvelles, comédies musicales et surtout romans. Parmi ceux-ci se distingue une série mettant en scène deux personnages récurrents, célèbres outre-manche, Bertram Wooster (dit Bertie) et son valet Jeeves. Le ressort comique est toujours le même : Bertram accumule les maladresses et se met dans le pétrin, dont Jeeves, suprêmement intelligent et grand connaisseur de la nature humaine, le sort infailliblement. Un second ressort comique réside dans l’écriture même ; Bertie, le narrateur, ne se limite pas au récit de ses péripéties, mais les commente pour le lecteur, dans ce qui serait une « voix-off » au cinéma : la plupart du temps, les commentaires, sur le ton « héroïque », sont contredits de façon hilarante par le récit lui-même.

« Ça va, Jeeves ? » a été publié en 1934 et s’est imposé comme le plus connu, sinon le meilleur, de la série. Bien sûr vous l’avez lu, mais voici tout de même un petit résumé.

Bertram est de retour à Londres après un séjour à Cannes, qu’il a partagé avec sa tante Dahlia, sa cousine Angela et Tuppy, le fiancé de celle-ci. Il apprend qu’un de ses camarades d’université, Gussie Fink-Nottle, qui compense une timidité maladive en élevant des tétards, a sollicité Jeeves. Gussie est en effet épris de Madeline Basset, une jeune femme charmante et sentimentale, mais se trouve paralysé dès qu’il s’agit de faire sa déclaration. Continuer à lire … « Qui est Girard, Jeeves ? »