La chasse à l’homme, scène 1 de l’acte II

par Christine Orsini

La scène se passe dans un salon parisien, où l’on cause entre girardiens.

Personnages, par ordre d’entrée en scène : Cléanthe, énarque et docteur en philosophie politique. Léandre, homme d’affaires très branché. Arsinoé, retraitée de l’Education Nationale. Philinte, éminent phénoménologue, auteur de thrillers décapants. Maître Pierre, théologien.


 

Cléanthe :  Mon cher Léandre, je peux vous le confier puisque nous sommes entre nous, jusqu’à ces jours derniers, j’ignorais à la fois l’existence et les turpitudes de ce type qui fait la une des journaux, Weinstein. Je ne fréquente pas le milieu du cinéma, comme vous.

Léandre : Oh, moi, c’est pour les affaires…

Cléanthe : Je n’en doute pas. Personne n’a encore cité votre nom. Mais enfin, je crois qu’on a ouvert la boîte de Pandore et qui peut savoir quand et comment on va refermer le couvercle ? Ne faut-il pas faire un état des lieux, en tant que girardiens spécialistes du mécanisme du bouc émissaire, nous allons être sollicités par les médias, non ?

Léandre : Pas sûr. Les médias citent le nom de Girard quand ils jugent qu’il s’agit d’un phénomène de bouc émissaire, pour faire comme s’ils en savaient plus que le vulgum mais ils ne veulent surtout pas en savoir plus ! Et là, personne ne parle de « lynchage », on estime que ce type a le sort qu’il mérite. D’accord, on a là un emballement médiatique et mimétique, mais pour la bonne cause, me semble-t-il.

Cléanthe : Oui, c’est ce que je pense : le bouc émissaire est un innocent qui prend pour les autres et là, on tient un coupable qui ne songe même pas à nier les faits. Ce cas fait tout de même réfléchir : l’unanimité de l’accusation ne serait pas toujours un argument en faveur de l’accusé ? Même pour l’affaire du Sofitel, les positions étaient moins tranchées, on parlait d’un complot…

On sonne à la porte d’entrée. Entrent Arsinoé et Philinte. Politesses d’usage.

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Quand René Girard donne du sens à l’exclusion politique d’Edouard Philippe

Nous donnons la parole à Michel Eltchaninoff , rédacteur en chef adjoint de Philosophie Magazine

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Retour à Baby-Loup, contribution à une désescalade

par Christine Orsini

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 Voici un livre tout à fait remarquable : exemplaire sur le plan de la méthode, associant à l’enquête sur le terrain le travail de la recherche en amont et celui de la réflexion en aval, il devrait servir de modèle à tous les journalistes d’investigation. Au-delà de sa qualité professionnelle, le livre de François Hien est de ceux qui impriment leur marque sur le lecteur, un livre qui change votre regard, non seulement sur l’objet qu’il examine, qui fut un objet de débats passionnés, mais surtout sur vous-même, que vous ayez ou non participé à ces débats. Je tiens absolument à le dire, c’est un livre qui vous rend meilleur.

François Hien s’est emparé d’une histoire de voile islamique, qui a duré de 2008 à 2013 et reste, du fait de son sujet, d’une « brûlante actualité » : l’affaire de la crèche Baby Loup. Comme l’indique le titre du livre, le but de l’auteur n’est pas seulement de comprendre comment un fait divers local est devenu une « affaire » nationale mais de remédier autant qu’il est en son pouvoir, à un mal qui ronge de l’intérieur autant les individus que les sociétés ; quel que soit le nom qu’on lui donne, islamophobie, communautarisme ou ressentiment de populations marginalisées, ce mal se signale par la haine de l’Autre, dont la face cachée pourrait bien être la haine de soi. La démarche éthique, ici, est inséparable de la démarche de connaissance : c’est une des leçons à tirer de ce livre qui n’en donne aucune, le diable est moins dans les « détails » que dans les généralités. Il ne faut jamais lâcher le réel. L’imprécision est le terreau idéal du mensonge qui ne se reconnaît pas comme tel, le mensonge à soi-même.

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Jean-Pierre Dupuy : « La jalousie – Une géométrie du désir »

A propos de son livre La Jalousie – Une géométrie du désir, paru aux éditions du Seuil en 2016, Jean-Pierre Dupuy revient dans cet entretien filmé pour l’ARM, sur son interprétation du désir triangulaire.

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Michel Serres « Les trois sacrifices »

Après l’intervention de James Alison, au colloque « Faut-il avoir peur ? René Girard penseur de la violence », du 6 mai dernier à l’Institut Catholique de Paris, voici l’intervention de Michel Serres, philosophe, membre de l’Académie française et professeur à l’Université Stanford. Il fut un ami proche de René Girard et c’est lui qui l’accueillit à l’Académie française le 15 décembre 2005 par le très beau discours de réception que nous vous invitons aussi à lire.

James Alison « René Girard et la vertu théologale de l’espérance »

Intervention de James Alison au colloque « Faut-il avoir peur ? René Girard penseur de la violence » qui a eu lieu le 6 mai 2017 à l’Institut catholique de Paris.

Comment concilier la perspective apocalyptique de René Girard avec l’espérance chrétienne ? Pour James Alison, l’espérance ne doit pas être confondue avec un vœu pieux, ni avec une vision optimiste de l’avenir. Pour la théologie chrétienne, c’est une « vertu théologale », c’est à dire une « disposition stable pour le bien» induite en nous par Dieu. En tant que vertu, l’espérance est la disposition stable à accueillir l’avenir comme une plénitude qui vient vers nous. Et cette disposition, parce qu’elle a été induite par la Passion et la Résurrection du Christ, victime innocente et pardonnante, peut transformer notre rapport aux autres et nous permettre de vivre de manière plus créative.

James Alison est prêtre catholique anglais, théologien et écrivain. Il est fellow de la Fondation Imitatio et responsable du Département éducation de cette fondation. Il est reconnu pour ses travaux sur les applications de la théorie mimétique à la théologie. Il a étudié chez les Dominicains à Oxford. Il est diplômé de la Faculté de Théologie Jésuite (FAJE) de Belo Horizonte. Il est l’auteur de nombreux ouvrages en anglais, dont plusieurs ont déjà été traduits en différentes langues., dont « Le Péché originel à la lumière de la Résurrection », Préface de René Girard, Paris, éd. du Cerf, 2009, (Original anglais : The Joy of Being Wrong, 1998) et « Douze leçons sur le christianisme », ed DDB, 2016.

 

Intervention de Camille Riquier « La loi de double frénésie »

Intervention de Camiller Riquier au colloque « Faut-il avoir peur ? René Girard penseur de la violence » qui a eu lieu le 6 mai 2017 à l’Institut catholique de Paris.

 

Dans cette conférence, Camille Riquier met en parallèle « la loi de double frénésie » d’Henri Bergson avec le concept de « montée aux extrêmes » développé par René Girard dans « Achever Clausewitz ». Le paradoxe est que c’est au moment où la guerre abstraite et totale entre dans la réalité que s’émousse le sentiment d’apocalypse ; c’est au moment où la catastrophe apocalyptique est prévisible, que nous n’avons plus peur. Camille Riquier analyse l’accélération des désinhibitions des sociétés modernes face aux dangers du progrès, que seul un « retour à la vie simple » pourrait freiner.

Camille Riquier, agrégé et docteur en philosophie, est vice doyen du département de philosophie de l’Institut catholique de Paris. Il a notamment écrit « Archéologie de Bergson », coll. « Epiméthée », PUF, 2009 et « Philosophie de Péguy », PUF, 2017. Camille Riquier est à l’initiative de ce colloque à l’ICP, qu’il a dirigé avec Benoît Chantre et Bernard Perret.