La raison et la foi : dialogue entre James Alison et Bernard Perret

Le vendredi 25 mai, à l’Espace Bernanos à Paris, nous avons organisé une rencontre entre  James Alison et Bernard Perret autour du livre de ce dernier « Penser la foi chrétienne après René Girard » (éditions Ad Solem).

Voici l’enregistrement de la soirée, suivie d’une présentation du livre par Christine Orsini.

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« René Girard écrit, dans Achever Clausewitz, p.336 : « il nous faut d’urgence repenser l’articulation de la raison à la foi ». Le « nous » ne désigne pas seulement les croyants mais tous les hommes de bonne volonté qui cherchent à « répondre aux retours du sacré dévoyé qui sont autant de violences faites à la raison ».

Le livre de Bernard Perret Penser la foi chrétienne après René Girard,  répond exactement à cette demande et il est donc urgent de le lire.

Non seulement cet ouvrage au titre intimidant est d’une lecture étonnamment agréable, composé avec rigueur et clarté, écrit avec élégance et générosité  (les passages érudits sont traduits dans la langue naturelle) mais il est doublement instructif. Le lecteur y trouvera d’abord une recension limpide des thèses girardiennes et comprendra que chez Girard « tout se tient », qu’il est impossible de ne pas faire dialoguer  l’anthropologie et  la théologie : la vraie démystification du religieux, la plus radicale, nous vient des textes bibliques et de la Croix.  Il découvrira ensuite les thèses des théologiens qui après Girard et d’après sa pensée, ont repensé la question du mal, le sens du sacrifice et du rituel chrétien, et  la Rédemption dans une doctrine du salut qui exempte Dieu de toute violence.

Sandor Goodhart dit de la théorie de  Girard : « on peut être juif, chrétien, musulman, hindou ou bouddhiste et en même temps girardien ». Même si c’est bien la foi chrétienne qui intéresse ici Bernard Perret, il est girardien en ce sens que pour lui, la ligne de partage, rationnelle,  entre vérité et mensonge ne passe pas entre les communautés, eux et nous, mais à l’intérieur de chacun de nous, d’où l’importance de la conversion, qui est une aventure personnelle et la voie à l’universel. »

Christine Orsini

 

 

Penser la foi chrétienne après René Girard

Bernard Perret publie aux éditions Ad Solem (en librairie le 23 mai) un ouvrage « Penser la foi chrétienne après René Girard ».

 

couv penser la foi chretienne

Nous avons posé trois questions à Bernard Perret pour qu’il nous présente ses recherches en quelques minutes…. ce qui est bien court, pour ce livre qui est une présentation des enjeux de la pensée de René Girard pour le christianisme et un premier bilan des théologies qui s’en inspirent. Bernard Perret conduit ensuite une réflexion plus personnelle sur les rapports entre anthropologie et théologie. Il montre comment la théorie de Girard permet de penser les relations entre religion et violence, et il interroge le sens du rituel chrétien dans un contexte de sécularisation.

Nous vous invitons à venir écouter la rencontre entre Bernard Perret et James Alison, autour de cet ouvrage, qui aura lieu le vendredi 25 mai à 19h30 au Centre Bernanos (4, rue du Havre, Paris 9ème, métro Saint-Lazare). Le samedi 26 mai, James Alison donnera une journée de séminaire qui aura pour thème « « De saint Jean aux enjeux contemporains :lectures girardiennes de l’apocalypse  » (informations et inscriptions sur le site de l’ARM).

question 1

Q 2

question 3

L’affrontement entre Mediapart et Charlie Hebdo

par François Hien

   Le débat public en France est rarement au niveau des questions qu’il prétend traiter, on le sait. Mais nous ne sommes jamais au bout de nos surprises. La violence et l’approximation qui ont régné dans l’affrontement entre Charlie Hebdo et Mediapart étaient proprement sidérantes. De part et d’autre, les rivaux en ont oublié l’objet dont ils débattaient (et qui n’était d’ailleurs pas véritablement défini : est-ce l’islam ? l’islamisme ? le terrorisme ?) et ne voulaient qu’une chose : en découdre avec l’autre.

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La chasse à l’homme, scène 1 de l’acte II

par Christine Orsini

La scène se passe dans un salon parisien, où l’on cause entre girardiens.

Personnages, par ordre d’entrée en scène : Cléanthe, énarque et docteur en philosophie politique. Léandre, homme d’affaires très branché. Arsinoé, retraitée de l’Education Nationale. Philinte, éminent phénoménologue, auteur de thrillers décapants. Maître Pierre, théologien.


 

Cléanthe :  Mon cher Léandre, je peux vous le confier puisque nous sommes entre nous, jusqu’à ces jours derniers, j’ignorais à la fois l’existence et les turpitudes de ce type qui fait la une des journaux, Weinstein. Je ne fréquente pas le milieu du cinéma, comme vous.

Léandre : Oh, moi, c’est pour les affaires…

Cléanthe : Je n’en doute pas. Personne n’a encore cité votre nom. Mais enfin, je crois qu’on a ouvert la boîte de Pandore et qui peut savoir quand et comment on va refermer le couvercle ? Ne faut-il pas faire un état des lieux, en tant que girardiens spécialistes du mécanisme du bouc émissaire, nous allons être sollicités par les médias, non ?

Léandre : Pas sûr. Les médias citent le nom de Girard quand ils jugent qu’il s’agit d’un phénomène de bouc émissaire, pour faire comme s’ils en savaient plus que le vulgum mais ils ne veulent surtout pas en savoir plus ! Et là, personne ne parle de « lynchage », on estime que ce type a le sort qu’il mérite. D’accord, on a là un emballement médiatique et mimétique, mais pour la bonne cause, me semble-t-il.

Cléanthe : Oui, c’est ce que je pense : le bouc émissaire est un innocent qui prend pour les autres et là, on tient un coupable qui ne songe même pas à nier les faits. Ce cas fait tout de même réfléchir : l’unanimité de l’accusation ne serait pas toujours un argument en faveur de l’accusé ? Même pour l’affaire du Sofitel, les positions étaient moins tranchées, on parlait d’un complot…

On sonne à la porte d’entrée. Entrent Arsinoé et Philinte. Politesses d’usage.

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Quand René Girard donne du sens à l’exclusion politique d’Edouard Philippe

Nous donnons la parole à Michel Eltchaninoff , rédacteur en chef adjoint de Philosophie Magazine

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Retour à Baby-Loup, contribution à une désescalade

par Christine Orsini

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 Voici un livre tout à fait remarquable : exemplaire sur le plan de la méthode, associant à l’enquête sur le terrain le travail de la recherche en amont et celui de la réflexion en aval, il devrait servir de modèle à tous les journalistes d’investigation. Au-delà de sa qualité professionnelle, le livre de François Hien est de ceux qui impriment leur marque sur le lecteur, un livre qui change votre regard, non seulement sur l’objet qu’il examine, qui fut un objet de débats passionnés, mais surtout sur vous-même, que vous ayez ou non participé à ces débats. Je tiens absolument à le dire, c’est un livre qui vous rend meilleur.

François Hien s’est emparé d’une histoire de voile islamique, qui a duré de 2008 à 2013 et reste, du fait de son sujet, d’une « brûlante actualité » : l’affaire de la crèche Baby Loup. Comme l’indique le titre du livre, le but de l’auteur n’est pas seulement de comprendre comment un fait divers local est devenu une « affaire » nationale mais de remédier autant qu’il est en son pouvoir, à un mal qui ronge de l’intérieur autant les individus que les sociétés ; quel que soit le nom qu’on lui donne, islamophobie, communautarisme ou ressentiment de populations marginalisées, ce mal se signale par la haine de l’Autre, dont la face cachée pourrait bien être la haine de soi. La démarche éthique, ici, est inséparable de la démarche de connaissance : c’est une des leçons à tirer de ce livre qui n’en donne aucune, le diable est moins dans les « détails » que dans les généralités. Il ne faut jamais lâcher le réel. L’imprécision est le terreau idéal du mensonge qui ne se reconnaît pas comme tel, le mensonge à soi-même.

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Jean-Pierre Dupuy : « La jalousie – Une géométrie du désir »

A propos de son livre La Jalousie – Une géométrie du désir, paru aux éditions du Seuil en 2016, Jean-Pierre Dupuy revient dans cet entretien filmé pour l’ARM, sur son interprétation du désir triangulaire.

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