L’émissaire fait son cinéma

Nous aimons tous les films où la qualité du spectacle s’associe à l’intérêt et la profondeur de ce qu’ils révèlent. Par exemple, le désir mimétique et les autres éléments de la pensée de René Girard. Voici donc un choix établi par les contributeurs du blogue.

Vous y trouverez des œuvres bien connues des cinéphiles, dont la lecture mimétique renouvellera l’intérêt. Et bien sûr des œuvres oubliées ou méconnues, mais d’une indéniable valeur.

Bonnes séances.

N’hésitez, en commentaire du blogue, à partager les films que vous aimez et où vous décelez des illustrations de la théorie mimétique. Ainsi cette petite anthologie pourra s’enrichir.

NOUS ENVOYER VOS SUGGESTIONS

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Petite anthologie du « cinéma girardien »

(Les films sont dans l’ordre alphabétique des titres en Français)

Apocalypto

Mel Gibson,  avec Rudy Yougblood, couleur, 2006

Le film nous plonge au sein d’une tribu de chasseurs-cueilleurs dans le Yucatan. Surgissent des Mayas ; ils s’emparent de victimes pour alimenter leurs sacrifices rituels. Mais la cérémonie va s’enrayer, et conduire à une course poursuite saisissante. Elle prendra fin avec l’une des plus étonnante surprise du cinéma, un « deus ex machina » sublimé. Certaines séquences peuvent malmener les âmes sensibles (Mel Gibson est à la caméra).

Décalogue 6 : «Tu ne seras pas luxurieux»

Krzysztof Kieslowski, avec Grazyna Szapolowska, couleur, 1988

Un jeune homme épie une femme. Il entre par effraction dans sa vie, en vient à la rencontrer et lui avoue tout. La femme est piquée de curiosité et l’invite chez elle. L’aventure amoureuse se termine abruptement, et le jeune homme tente de se suicider. C’est alors la femme qui épie son retour. Le film met en scène le caractère mimétique du désir, et place les deux personnages principaux dans une réversibilité bien mimétique elle aussi.

Lien vers les entretiens de René Girard et la conférence d’Yves Vaillancourt

L’étrange Incident

William Wellman, avec Henry Fonda, noir et blanc, 1943

Il aurait pu s’intituler l’étrange Western, tant le scénario et la réalisation prennent à rebours les codes du genre. Il s’agit du lynchage d’un innocent. La lecture posthume de sa dernière lettre en fait, sinon un prophète, au moins l’artisan d’une révélation. Le témoin impuissant de toute l’action (le personnage joué par Henry Fonda) va ainsi sortir de son errance mimétique, présentée par les premières scènes, et trouver un sens à son existence.

L’Homme qui tua Liberty Valance

John Ford, avec James Steward, John Wayne et Lee Marvin, noir et blanc, 1962

Une petite ville de l’Ouest américain vit sous le joug d’un pistolero sadique. Arrive un jeune avocat, qui entend établir le droit et la justice, sans recourir à la gâchette. Il n’y parviendra cependant pas sans l’aide providentielle d’un de ses amis. Ce classique du western présente tous les volets de la théorie mimétique, mais intégrés avec une suprême habileté dans les canons du genre.  C’est un chef d’œuvre.

Lien vers La Caméra du Philosophe, la conférence de Camille Riquier du 8 avril 2019

Plein soleil

René Clément, avec Alain Delon et Maurice Ronet, couleur, 1960

Philippe, un fils de milliardaire, désœuvré et capricieux, séjourne en Italie. Son père lui a imposé un jeune secrétaire, afin de modérer ses frasques. Ce jeune secrétaire est fasciné par Philippe, l’envie et s’identifie à lui. C’est le désir mimétique existentiel, commenté par René Girard dans « Mensonge romantique » : le sujet ne désire pas seulement ce que son médiateur lui désigne, il désire son identité elle-même. L’issue ne peut être que tragique.