L’affaire du Sea Watch : un signe ?

par Hervé van Baren

«Si je n’étais pas venu, si je ne leur avais pas adressé la parole, ils n’auraient pas de péché ; mais à présent leur péché est sans excuse. Celui qui me hait, hait aussi mon Père. Si je n’avais pas fait au milieu d’eux ces œuvres que nul autre n’a faites, ils n’auraient pas de péché ; mais à présent qu’ils les ont vues, ils continuent à nous haïr, et moi et mon Père ; mais c’est pour que s’accomplisse la parole qui est écrite dans leur Loi : Ils m’ont haï sans raison. » (Jean 15, 22-25)

L’Evangéliste Jean utilise un autre mot pour « ces œuvres que nul autre n’a faites » : le mot signe. Ces signes n’ont rien à voir avec des interventions magiques ou surnaturelles. C’est toujours de la primauté de la relation sur toute autre considération qu’il est question. Or d’après Jean, « ceux qui habitent le monde » n’ont « pas de péché » en l’absence de ces signes, parce qu’ils « ne connaissent pas celui qui [a] envoyé [Jésus] ». A la source des actes que Jésus qualifie de péchés, il y a une profonde méconnaissance et cette méconnaissance est abolie par les signes.

Le péché inconscient dont parle Jésus, c’est le meurtre d’un innocent, c’est le mécanisme victimaire, l’unanimité sacrificielle contre un bouc émissaire. Seuls les signes peuvent exposer la violence de ce phénomène, inconscient s’il en est.

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Colloque de COV&R 2019 à Innsbruck : Imaginer l’autre

L’association internationale des chercheurs girardiens du Colloquium On Violence & Religion (COV&R) organise du 10 au 13 juillet 2019 son colloque annuel à Innsbruck. Le thème des travaux qui y seront présentés par une centaine d’intervenants est : Imaginer l’autre. Défis théologico-politiques dans une époque de migrations. Il s’agit là d’un très beau défi à l’intelligence collective girardienne.

Vous trouverez ci-après le lien qui permet d’accéder au site :

https://www.uibk.ac.at/congress/imagining-the-other/

 

Désir mimétique et harcèlement moral au travail

 

La prise de conscience des mécanismes interpersonnels de la relation toxique harceleur / harcelé

par Christian Lebreton International University of Monaco (Clebreton@monaco.edu)

Christian Lebreton est un doctorant qui va prochainement soutenir sa thèse. Il nous fait le plaisir de présenter ici certains de ses résultats en prenant appui sur un cas pratique pour en faciliter la compréhension.

 

Les effets toxiques du harcèlement moral au travail sur les victimes, les entreprises et la société au sens large sont désormais bien identifiés. Les gouvernements aux niveaux national et mondial ont compris la nécessité d’éliminer le harcèlement moral sur le lieu de travail. Son impact négatif est si important que l’ONU a donné la priorité à son éradication. La 107ème session de la conférence 2018 de l’Organisation internationale du travail (OIT) avait pour thème : « Mettre fin à la violence et au harcèlement des femmes et des hommes dans le monde du travail ».

En France, c’est la psychiatre et victimologue Marie-France Hirigoyen qui a introduit le concept de harcèlement au travail. La parution de son livre sur le sujet en 1998 a initié une prise de conscience largement relayée par les médias. Une Loi promulguée en 2002 a pénalisé la pratique du harcèlement moral au travail. En même temps, la recherche s’est emparée du sujet. Des milliers d’articles ont été publiés à ce jour. Les études se sont majoritairement focalisées sur les conséquences pour la victime. Les données ont été obtenues par questionnaires et analyses statistiques, établissant une cartographie ponctuelle et figée à un instant « T ». Les résultats ne permettent donc pas d’observer et de comprendre l’intimité de la relation harceleur/harcelé car cette relation est un processus évolutif et subjectif.

Comme nous l’a enseigné René Girard, toute forme de violence humaine naît de la rivalité mimétique. Continuer à lire … « Désir mimétique et harcèlement moral au travail »

Sodoma de Frédéric Martel

par François Hien

Sodoma, de Frédéric Martel, est un livre parfois agaçant, et qui n’est pas constamment rigoureux. Il aligne au même niveau des éléments d’enquête incontestables, et des passages qui relèvent davantage de la supputation douteuse. Il offre trop de prises à la critique, et nul doute que ceux qui veulent que rien ne changent sauront exploiter ces faiblesses. Et pourtant, il serait dommage de passer à côté de l’opportunité qu’offre ce livre.

Il est incontestable que Martel a mené une enquête d’une ampleur inouïe. Les passages racoleurs ou complaisants de son ouvrage ne doivent en aucun cas nous distraire de ce que cette enquête révèle. Résumons : le clergé catholique est massivement homosexuel – pratiquant ou chaste ; plus on grimpe dans la hiérarchie catholique, plus le taux d’homosexuels est conséquent. Plus fascinant : les prélats dont l’enquête révèle non seulement les inclinations sexuelles, mais surtout les turpitudes, sont systématiquement ceux qui tiennent les discours les plus hostiles aux homosexuels. Le livre multiplie les exemples édifiants, les affaires étouffées, les témoignages concordants ; ce foisonnement de détails, certains touchants (la poignante vie sexuelle des prêtres décrite par les prostitués immigrés de Roma Termini), d’autres répugnants (le sadisme inouï de certains prélats), finit par déployer un paysage d’ensemble. Extrapolant à partir de l’enquête de Martel, j’aimerais décrire ici l’Eglise dont le livre m’a donné l’image.

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Droit pénal international : deux incriminations rivales

par Jean-Marc Bourdin

À un moment où se pose la question du traitement à réserver aux criminels de Daech, entre autres pour les crimes commis contre les Yézidis, où la Cour pénale internationale est déstabilisée tant du fait de ses résultats mitigés que de son incapacité à incriminer des actes commis par des soldats d’armées des grandes puissances, où le génocide des Tutsis est commémoré à l’occasion de son vingt-cinquième anniversaire avec la demande de faire la vérité sur l’implication de la France, il n’est pas inutile de se rappeler ce qui a été considéré depuis plus de 70 ans comme le comble de la violence et la manière dont le droit pénal international a tenté de la sanctionner et, par voie de conséquence, de la dissuader.

Un ouvrage exceptionnel publié dans sa traduction française en 2017 par les éditions Albin Michel sous le titre Retour à Lemberg (titre original : East-West Street) peut nous y aider. Son auteur est Philippe Sands, un avocat et professeur de droit, de nationalités anglaise et française.

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Philippe Barbarin est-il un bouc émissaire ?

par Pierre-Yves Gomez

Nous partageons ici l’interrogation publiée dans le Figaro par Pierre-Yves Gomez, professeur d’université d’économie qui enseigne à Lyon où il dirige notamment l’Institut français de gouvernement des entreprises en éminent penseur girardien qu’il est depuis les débuts de ses recherches. Une question qu’il faudrait effectivement se poser avant d’émettre nombre de jugements.

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2019/03/29/31003-20190329ARTFIG00054-philippe-barbarin-est-il-un-bouc-emissaire.php

 

Du temps de travail dans la fonction publique

par Thierry Berlanda

L’Inspection Générale des Finances vient de remettre au ministre Darmanin un rapport selon lequel 310 000 fonctionnaires d’État (sur 1 100 000 agents) travailleraient moins de 1607 heures par an (la durée légale). Commentant cette information, le journaliste Jean-Michel Aphatie prétendait que personne ne saurait dire, en s’appuyant sur une statistique globale, si les fonctionnaires travaillent trop ou pas assez. Il ajoutait que pour mesurer correctement l’effectivité du travail, il faudrait vérifier que chaque membre de chaque service effectue un travail utile à la collectivité. Ce n’est pas mal vu, bien qu’à mon avis, dès lors qu’on cessera de confondre temps de travail et temps de présence, on pourrait avantageusement auditer aussi les unités de production du secteur privé.

On remarquera toutefois que JM Aphatie ne prend pas le problème à la racine. En effet, il ne sert à rien de produire une analyse de l’utilité sociale des agents service par service, si l’on n’a pas d’abord évalué celle des services eux-mêmes. Et selon quel critère mesurer l’utilité de tout un service, voire d’une direction, voire même d’un ministère ? Comment remonter à l’origine de la légitimité de toute structure, indépendamment de l’inertie et de ce que Sartre appelait la minéralisation bureaucratique de l’État ? Contrairement à ce qu’en pensent les gouvernements en général et l’actuel en particulier, cette évaluation ne doit pas procéder d’une exigence comptable. Couper dans le financement d’un service est abusif quand ce service est utile, et insuffisant quand il ne l’est pas.

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