La rivalité mimétique en politique dès le Moyen-Âge

Par Jean-Marc Bourdin, le 8 mai 2017

Si la raison d’être de ce blogue est d’éclairer l’actualité à partir de la théorie mimétique, il est souvent utile de recourir à l’histoire, même très ancienne, pour faire la lumière sur nos pratiques contemporaines. Chaque lecteur sera libre en l’occurrence de mettre à profit le recul de plus de huit siècles qui lui est proposé dans les lignes qui suivent.

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« Casse-toi, pauvre con ! »

Un exemple de psychologie interdividuelle proposé par :

Jean Michel Oughourlian

Une rencontre entre deux personnes. La première tend spontanément la main à l’autre. Si la deuxième l’imite et lui tend la main à son tour, les voici amies, en empathie, suite à une imitation positive, à une bonne réciprocité. Elles sont, à cet instant, des modèles l’une pour l’autre. Mais si la seconde refuse la main tendue, la première peut se fâcher et lui lancer : « Casse-toi pauvre con ! ». Les voici devenues ennemies, rivales, suite à ce que j’appelle une mauvaise réciprocité. La seconde a refusé d’imiter le geste amical de la première, la première a aussitôt imité l’attitude hostile de la seconde.

Ces deux personnes se séparent, chacune poursuivant son chemin, mais… pour le cerveau, l’affaire n’est pas terminée. Pour une raison qui reste aujourd’hui neurologiquement difficile à expliquer, leur curseur reste bloqué pendant un certain temps (allant parfois jusqu’à plusieurs heures ou plusieurs jours !) sur la même position, colorant…

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Ces compétitions dont on ne peut plus se passer

par Jean-Marc Bourdin

La concurrence économique, les élections politiques, les compétitions sportives, la disputatio universitaire, les concours et procédures de recrutement pour accéder aux fonctions et offices, les classements et palmarès en tous genres (jusque dans les ordres d’apparition définis par les moteurs de recherche à partir de la fréquence des consultations) touchent désormais la plupart des domaines et des moments de nos existences. Même là où une telle sélection n’a a priori rien d’indispensable, tout aujourd’hui est prétexte à la mise en scène de spectacles où semaine après semaine, un des postulants à la victoire finale se voit expulsé faute d’avoir recueilli suffisamment de suffrages pour se maintenir dans la course. Si elle peut apparaître comme le symptôme d’une pathologie sociale ainsi que la cause d’une aggravation d’un sentiment d’être insuffisamment et d’une dépendance aux autres, leur prolifération est aussi la manifestation des succès que cette modalité rencontre pour opérer des choix : en particulier en vue de l’obtention de biens non partageables et de la sélection des meilleurs ou de ceux qui seront à son issue considérés comme tels.

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Lire l’actualité à l’aide de René Girard

par Bernard Perret

René Girard nous a quittés le 5 novembre 2015. Quelques jours après cet anniversaire, il est encore temps d’en saisir l’occasion pour relire les débats qui nous agitent à la lumière des idées de ce grand penseur. Anthropologue et exégète, Girard est certes resté à l’écart des controverses politiques ; qui plus est, quand il s’est risqué sur ce terrain, il y a toujours fait preuve d’un pessimisme a priori peu susceptible d’inspirer l’action. Il vaut cependant la peine de passer outre à cette difficulté : le cadre d’analyse fourni par la « théorie mimétique » girardienne peut en effet nous aider, non pas certes à trancher nos différents, mais à les considérer avec plus de recul. Pour le dire en peu de mots, la théorie mimétique est un puissant outil de démystification de la violence – qu’elle soit physique ou symbolique – et d’élucidation de ses ressorts cachés. Girard, tout d’abord, souligne avec force le caractère mimétique de tous les antagonismes. Quels que soient les motifs plus ou moins rationnels invoqués par les individus ou les camps qui s’affrontent (y compris les sacro-saintes « valeurs »), le moteur le plus puissant de la volonté de combattre est presque toujours un ressentiment qui s’inscrit dans un cycle sans fin d’humiliations et de vengeances et qui fait de nous tour à tour des victimes et des bourreaux. À l’origine de la haine, Girard nous aide à voir l’omniprésence des rivalités mimétiques. Nous sommes toujours les uns pour les autres des modèles, des obstacles et/ou des rivaux, mutuellement impliqués dans la constitution intime de désirs que nous croyons pourtant authentiques et légitimes. Girard nous apprend aussi à repérer dans le fonctionnement de la société la diversité des pratiques et des dispositifs institutionnels qui contribuent avec plus ou moins de succès à éviter que ces rivalités ne dégénèrent en violence ouverte, et à y voir des avatars souvent peu reconnaissables des lynchages et des rites sacrificiels par lesquels les groupes humaines expulsaient naguère la violence hors d’eux-mêmes. Il nous aide ainsi à comprendre qu’une identité collective n’est jamais totalement innocente. Que l’on se tourne vers l’économie de marché (la concurrence comme institutionnalisation de la guerre de tous contre tous), le sport ou la vie démocratique, on constate la justesse du point de vue girardien.

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