Sur la prison

Par Thierry Berlanda

L’affaire Jacqueline Sauvage pose une question que l’émotion qu’elle suscite obscurcit autant qu’elle la souligne. Voyons comment la pensée de René Girard peut nous aider à discerner le véritable ressort de cette décision judiciaire. Que signifie en effet le maintien en cellule d’une femme qui ne constitue aucun danger pour ses contemporains ? Ceci que nous sommes rivés, le peuple comme ses représentants, à une conception expiatoire de l’emprisonnement.

N’entendons-nous pas le délire inflationniste de certains candidats à la prochaine élection présidentielle à propos du nombre de places de prison ? Ne voit-on pas le risque majeur qu’ils nous font courir, d’une mutation de notre société vers le contre-modèle « carcéraliste » nord-américain ? Osons postuler au contraire que de places de prison, nous avons déjà bien trop. Pourquoi ? Parce que précisément la prison ne peut ni ne doit pas être un lieu d’expiation, mais de simple contention.

Pour ce qui est de se racheter, un homme n’est finalement soumis qu’au jugement de sa conscience. Quel juge pourrait être moins indulgent ? Quel juge peut-on moins facilement berner ? Quel juge peut-il se montrer finalement plus juste ?

Ainsi Jacqueline Sauvage n’a certes rien à faire en prison car elle ne représente pas un danger pour les autres. Or le potentiel de nuisance d’un condamné devrait constituer, si nous nous tenions rationnellement à l’écart de toute démagogie au symbolisme frelaté, le seul critère de l’enfermement. Quant à la dette d’un délinquant à la société, selon la formule consacrée, il convient de la lui faire payer en organisant les réparations, financières ou autres, dès lors qu’elles sont proportionnables aux délits. Et si le préjudice est si démesuré, meurtre ou viol, qu’il ne puisse donner lieu à aucune réparation, il nous faut accepter que l’injustice commise ne soit pas autrement réparée que par le jugement public ayant clairement déterminé qui est la victime et qui est le coupable.

Non plus que Jacqueline Sauvage, les concussionnaires, prévaricateurs, financiers indélicats, aigrefins, escrocs de plus ou moins haut vol, ne devraient être emprisonnés. Ce qui conviendrait pour eux serait par exemple l’interdiction d’exercer une profession pendant un temps plus ou moins long, la déchéance des droits civiques, et autres dédommagements symboliques ou matériels. Idem pour les petites frappes, voleurs à la tire et autres dealers recrutés à la maternelle : qu’on les astreigne à des travaux d’intérêt général ou à une réparation directe des dommages causés aux victimes !

Quant aux fous furieux, violeurs ou assassins endurcis, et autres pervers avérés, la prison telle que nous la connaissons est-elle la solution ? Disons plutôt la contention dans un hôpital carcéral. Revers de la médaille, qui lèvera tout soupçon d’angélisme : il n’est pas du tout certain que ces êtres particulièrement dangereux puissent jamais en sortir, ou en tout cas pas en fonction du temps de l’exécution d’une peine ; ils ne le pourraient qu’à l’âge où ils seraient devenus physiquement incapables de nuire, ou s’il était préalablement établi qu’ils se seraient si profondément amendés qu’ils ne feraient plus peser de risque prévisible sur autrui.

Réfléchissons à un dépassement du dogme de l’expiation, en méditant cette pensée de Dominique Maillard, frère dominicain et longtemps aumônier des prisons, mort en 2013 : la prison est un désert car en dehors de l’amour, il n’y a rien.

Qu’est-ce à dire ? Qu’en prison, nous sommes réduits au pire de nous-mêmes : nous y sommes identifiés à notre faute, apparemment épuisés en elle et par elle. En prison, nous sommes distendus, distordus, jetés hors de soi, éloignés de ce qui est pourtant notre seule vocation : aimer. En dehors de laquelle il n’y a non seulement rien, mais personne. Ce serait assez de dire que la prison ne serait plus une expiation, mais seulement une contention, pour que la société tout entière, y compris les prisonniers eux-mêmes, soit retrempée dans cette source de toute humanité possible : aimer.

Thierry Berlanda, le 25 février 2017

8 réflexions sur « Sur la prison »

  1. Comme beaucoup de nos institutions, la prison est (devenue) contre-productive, au sens qu’Ivan Illitch donnait à ce mot, telle l’école quand elle abêtit ou l’hôpital qui rend malade. La radicalisation en prison de jeunes en quête d’eux-mêmes l’illustre de façon manifeste. Il faudrait à la fois rendre justice aux victimes, faire prendre conscience de la gravité de la faute au coupable et faire en sorte qu’il ne récidive pas. L’emprisonnement remplit seulement et au mieux la première fonction, dans la plupart des cas. Le drame est que nous disposons de peu de formules alternatives pour satisfaire un cahier des charges aussi exigeant, d’autant que le système pénitentiaire est pauvre. Il y a pourtant urgence à sortir d’un toujours plus d’une modalité qui marche de plus en plus mal.

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    1. Je suis d’accord avec ce commentaire fort sage. Je crois que c’est en partant d’un principe juste que ce que tu envisages et espères devient possible. Principe signifie « commencement » (et aussi commandement, mais c’est finalement le même sens) : il faut donc commencer par un principe. Concernant la prison, le mien est précisément la contention, et non l’expiation. Le tri que l’application de ce principe opérerait, ne serait-ce que sur la quantité de personnes détenues, aboutirait, même à budget constant, à rendre l’institution judiciaire beaucoup moins pauvre. Quand on veut faire payer par la nation ce qui au fond ne regarde que la conscience, soit demander au monde d’être à la hauteur du Ciel, il est hélas logique que les budgets tendent vers l’infini…

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  2. Je suis d€’accord avec ton commentaire fort sage, cher Jean-Marc. Je crois que c’€™est en partant d’€™un principe juste que ce que tu envisages et espères devient possible. Principe signifie « commencement », comme tu le sais (et aussi commandement, mais c€’est finalement le même sens) : il faut donc commencer par un principe. Concernant la prison, le mien est précisément la contention, et non l’€™expiation. Le tri que l€’application de ce principe opèrerait, ne serait-ce que sur la quantité de personnes détenues, aboutirait, même à  budget constant, à  rendre l’institution judiciaire beaucoup moins pauvre. Quand on veut faire payer par la nation ce qui au fond ne regarde que la conscience, soit demander au monde d’être à  la hauteur du Ciel, il est hélas logique que les budgets tendent vers l’infini !

    Thierry

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  3. L’idée que l’emprisonnement doive cesser de punir les délinquants pour seulement les empêcher de récidiver, autrement dit de réduire la fonction du juge pénal au seul service de la sûreté publique, me semble une fausse bonne idée. Et cela pour une raison simple : la justice pénale n’existe que pour empêcher le déchaînement des vengeances privées que suscitent les crimes. Son fondement est un pacte civique réservant à un juge le pouvoir de punir l’auteur d’un crime et d’en évaluer les conséquences réparables, de façon à ce que personne ne soit tenté de se faire justice. La dure règle biblique “œil pour œil, dent pour dent” était une sage solution pour limiter le déchaînement de violences vengeresses dans des sociétés tribales au sein desquelles aucun juge ne pouvait s’interposer. La Justice pénale est une sage institution de notre société post-tribale pour prévenir, autant que possible, les règlements de comptes et les lynchages qui ne manqueraient pas de se déchaîner si elle n’existait pas.
    Dès lors, la proposition de faire de la prison un “lieu de simple contention” et non un “lieu d’expiation” semble irréaliste même si, surtout dans ces termes choisis, elle est dans l’air d’un temps qui n’aime pas les sanctions et a perdu le chemin des consciences. Quant à l’idée de limiter le rôle du juge pénal à dire « qui est la victime et qui est le coupable” pour livrer ce dernier à sa seule conscience, “finalement plus juste” et plus dure qu’aucun magistrat, elle est franchement naïve ! J’ajoute que je ne suis pas sûr que les projets de constructions de places de prison qu’agitent les uns et les autres tiennent à un renforcement du désir de vengeance : on les doit plutôt à une demande populaire de sécurité, et accessoirement de dignité de la détention.
    Reste une question que pose mon désaccord avec l’auteur de cet article, et à laquelle je suis incapable de répondre : comment la pensée de René Girard pourrait-elle aider à départager ou à concilier celui qui craint d’abord la violence punitive et celui qui craint surtout la violence impunie ?

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    1. Cher monsieur, merci pour votre contribution solidement argumentée. Vous exposez, en un mot, la thèse de la prison comme violence légitime, par opposition à une violence complètement débondée qui serait exercée à l’occasion de vengeances privées. Il s’agit là d’une thèse héritée de la forte pensée de Hobbes, selon laquelle l’État (ici, la prison) se définirait comme l’instance, d’intérêt général, de suspension des violences particulières. Je respecte votre conviction, mais vous avez vous-même remarqué que je ne la partage pas. Je considère au contraire que la prison/punition est une impasse. Pourquoi, en un mot ? Parce que les grands crimes ne peuvent être réparés par elle, et parce que les petits ne méritent pas qu’on prive leurs auteurs de leur liberté et/ou de leur dignité, mais qu’on les contraigne à des réparations concrètes et proportionnées.
      Ce que vous appelez « la dure règle biblique » était en réalité une doctrine de la modération, signifiant : « pour un œil, n’exigez rien de plus qu’un œil », et constituait déjà une avancée notoire par rapport aux ripostes et vengeances démesurées ayant cours alors. Il me semble que le temps est venu de faire aujourd’hui un pas supplémentaire dans la même direction, et non pas en dépréciant la conscience, mais au contraire en la laissant seule juge des plus grands crimes et des plus grands criminels.
      Merci encore pour votre commentaire.

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      1. Je suis déçu par votre aimable fin de non recevoir, Thierry Berlanda. En invoquant la pensée de René Girard que vous connaissez sûrement mieux que moi, je vous offrais de prendre de la hauteur et de nous permettre de dépasser ensemble une contradiction qui pouvait n’être qu’apparente. En refusant l’effort de réflexion auquel je vous invitais, vous ferrmez la porte au dialogue et me contraignez à pointer les faiblesses de la position que vous aurez voulue arrêtée.
        1° Je vous remercie de respecter mon opinion, mais excusez-moi, votre respect n’est pas à sa place. Car en rappelant les fondements de la loi pénale et de l’institution judiciaire telles qu’elles existent, je n’exprime pas une “opinion” ni n’expose une “thèse” qui s’opposerait à votre idée. Je ne fais que décrire la réalité légale et institutionnelle à laquelle, que vous le vouliez ou non, votre idée doit se confronter. Votre erreur sur ce premier point me surprend d’ailleurs : la “forte pensée de Hobbes” que vous évoquez vous-même n’est pas une théorie que l’on peut souffler comme une bougie. Elle est, comme vous le savez, un fondement de nos institutions.
        2° J’approuve sans réserve que vous présentiez la Loi du Talion comme une “doctrine de la modération”. Je n’ai rien dit d’autre. Mais je crains que vous n’ayez pas perçu la dureté de cette règle biblique. Car c’est une grande dureté de crever à froid l’œil d’un innocent parce qu’une pierre jaillie de sa tribu a rendu borgne l’enfant d’une autre tribu. Sans compter que la même loi justifie n’importe quel meurtre individuel ou collectif, pourvu qu’otages et victimes des tribus en comptes soient en nombre égal. Et votre surprenante insensibilité à la portée de cette vieille loi pénale inter-tribale m’inquiète. Êtes-vous certain de ne pas sous-estimer la sagesse de lois et de juges, bien loin d’appliquer, même dans des prisons vétustes, la Loi du Talion ? Et ne pensez-vous pas que vous surestimez largement la conscience morale des criminels ?
        3° Quant à l’idée elle-même de défaire notre institution judiciaire pour lui substituer un système entièrement nouveau combinant police préventive, réparation systématique et haute conscience morale, elle pose tout de même quelques questions que vous ne prenez pas la peine de soulever. Vous êtes-vous demandé si cette idée était institutionnellement concevable puisqu’à ma connaissance, elle n’est en application nulle part ? Vous êtes-vous interrogé sur son adéquation à une société laïque de production, d’échange et d’information où la rivalité mimétique se déploie sans frein ? Vous êtes-vous posé la question politique de sa recevabilité par la société à laquelle vous la proposez ? Et avez-vous seulement envisagé les dangers que sa mise en œuvre pourrait créer ? Car je trouve inquiétant le piège que vous tendez à nos libertés en proposant de contenir le crime derrière le rempart triple mais étrangement hétérogène de la police, de la responsabilité et de la conscience. Je veux bien croire à la pureté de vos intentions, mais en substituant le policier au juge et la conscience au châtiment, vous prenez tout de même le risque de mettre en place un totalitarisme sécuritaire doublé d’un ordre moral.
        4° Reste la question de la pensée de René Girard. J’ai abordé votre texte avec intérêt et confiance parce que vous l’ouvrez en disant vouloir vous et nous éclairer de cette grande pensée. Force est de constater après lecture que vous n’avez pas tenu votre promesse. Vous formulez avec une passion sympathique l’idée aventurée que nous savons, mais sans qu’elle se rattache en rien à la pensée girardienne. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai tenté de vous y ramener au terme de mon commentaire. Je regrette que vous ne m’ayez pas compris, je ne vous le cache pas. Pas seulement parce que vous m’avez frustré d’une réflexion que j’espérais brillante, mais surtout parce que je ne peux me défendre du sentiment que vous m’avez trompé, et vos autres lecteurs avec moi. On dirait que vous n’avez brandi cette grande pensée que pour attirer sur vous l’attention de ceux pour qui elle compte. Je vous aurais passé cette malice si l’aventure de votre idée m’avait entraîné, mais ce n’est pas le cas. Dommage.

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  4. Je trouve le commentaire de Thierry M. sur le texte de Thierry B. très girardien en plus d’être pertinent. La prison « contient » la violence, aux deux sens du verbe, mais dans une société fondée sur le libre-arbitre de chacun, la violence individuelle n’est pas seulement une menace pour la collectivité, dont il convient qu’elle se protège, elle est punissable par la loi. Je ne sais si comme l’affirme Nietzsche, le libre-arbitre a été inventé pour pouvoir punir, mais je suis d’accord avec Saint-Thomas qui affirme que sans liberté, il n’y a plus ni faute, ni punition, ni rédemption. Or, de nos jours, non seulement les délinquants et criminels ne sont pas affectés d’un sens moral plus développé que dans les temps anciens, mais tout concourt à l’atténuation de leur responsabilité. Ils sont des « victimes » de la société, encouragés dans leur révolte contre elle et la justice qui s’exerce en son nom par nos experts en sciences sociales, amateurs de « causes extérieures », objectivables et quantifiables, pour expliquer leurs désordres personnels. Avec le cas « Sauvage », on vient plus ou moins de donner aux femmes battues le droit de tuer, sous forme d’une « légitime défense différée » qui n’est pas encore entrée dans la loi mais bien dans les consciences.
    Maintenant, reste à réfléchir sur le bien-fondé et surtout sur l’efficacité de l’enfermement. La prison, pour un individu défini par sa liberté, c’est une punition qui a du sens. Mais dans le cas, le plus fréquemment invoqué, d’un individu qui n’a jamais pu exercer un véritable choix, la prison est comme l’asile pour le fou, un lieu où il est juste empêché de nuire. Et, là, si l’on se réfère à la pensée girardienne, il s’agit toujours d’empêcher la violence de déborder. Les sociétés religieuses, où tout ce qui n’est pas interdit est obligatoire, se focalisent sur la prévention. Nous autres, qui sommes de plus en plus contestés dans notre idée d’une justice curative, qu’avons-nous de mieux à faire que d’essayer aussi de prévenir le plus possible la violence ? Dans une société comme la nôtre, je parle en « professeur », je ne vois que l’éducation pour éviter, dans la mesure du possible, de devoir choisir entre une violence et une autre : celle qui traite le criminel en fou furieux et celle qui pousse au lynchage des institutions.

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  5. Cher Thierry Mignon, je regrette d’avoir pu vous paraître désinvolte. Reconnaissez avec moi que l’espace que nous pourrions consacrer à notre controverse n’est pas celui d’un blog. Je crois que nos positions sont désormais arrêtées : le débat entre Hobbes et Rousseau n’est pas d’hier, et aucune de ces deux pensées (si l’on admet schématiquement que nous nous rattachons, vous au premier, moi au second) n’est fantaisiste. Cependant, je ne suis rousseauiste qu’à l’occasion d’une opposition à Hobbes. Pour le reste, chère Christine qui m’avez fait l’honneur de prendre une part utile à notre débat, je suis absolument réfractaire à toute raison « sociologisante » qui exclurait la responsabilité personnelle des fauteurs de troubles, des plus anodins aux plus graves. Je maintiens aussi, cher Thierry, que le juge a un rôle éminent : celui de déclarer coupable ou victime telle ou telle personne. Aucune police ne doit bien sûr s’arroger ce pouvoir. Vraiment la question n’est pas là, et peut-être l’avais-je mal posée. Mon propos est de dénier toute vertu morale et politique à la prison. Je ne crois pas en effet à la punition, mais à la réparation et à la contention. Cela ne change rien au fait qu’il y ait bien sûr des coupables déclarés et des victimes reconnues. Cela ne m’empêche pas d’assumer, avec Girard je crois, que nous ne pouvons pas concevoir notre société en fonction de critères ayant prévalu avant que certain événement considérable ait eu lieu en Galilée il y a quelque 2000 ans. Que l’innocence ait été alors sacrifiée modifie profondément notre conception de la société humaine : leur paradigme n’est plus la violence, qu’elle soit ou non d’État, mais la concorde et l’harmonie, et que bien sûr elles soient en œuvre ou pas. J’essaie modestement de tirer des conséquences pratiques de ce bouleversement toujours neuf bien qu’ancien.
    Et qu’on ne me dise cependant pas qu’il s’agirait d’angélisme : ainsi vous pourriez imaginer qu’un assassin retors soit libéré au bout de sa peine tout en étant resté dangereux, alors que je prévois qu’il demeure « contenu » tant que le risque qu’il représente n’est pas éteint ou réputé tel par des spécialistes.

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