La foi au-delà du ressentiment

par Christine Orsini

Le livre de James Alison qui vient de paraître aux éditions du Cerf rassemble des écrits anciens (sept conférences et quelques textes ajoutés). Publié il y a une vingtaine d’années en anglais et traduit seulement aujourd’hui dans notre langue, ce livre a pour sous-titre : « Fragments catholiques et gays ». James Alison attribue à sa vocation de « prêcheur de grâce » son entreprise « apparemment impossible », de parler de la foi en théologien et à la première personne à partir des réalités « gay ». Prêcher la grâce « oblige à chercher à vivre sa réalité avec une certaine transparence pour pouvoir parler comme un pécheur en train de devenir fils de Dieu. »

Qu’est-ce que la grâce ? L’exact contraire du ressentiment et le seul moyen de s’en guérir. Le ressentiment est un auto-empoisonnement qui semble inévitable dans le contexte mimétique des relations humaines : chacun reçoit son « être », on pourrait dire son « droit à l’existence » d’un groupe d’appartenance ; chacun de nous se construit et se définit sous le regard d’autrui.  Comment le paria, l’exclu, par exemple la personne « gay », à qui dès son plus jeune âge on conteste le droit d’aimer et d’être aimé « tel qu’il est », pourrait-il échapper à la haine de soi ? Le ressentiment est le châtiment qu’une humanité fratricide s’inflige à elle-même. La grâce, elle, est un don de Dieu, un appel à devenir « fils de Dieu », ce qui pour Alison signifie comme une nouvelle création de soi-même, un changement radical de point de vue sur l’existence, une conversion qui consiste à recevoir son identité de la victime pardonnante.

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Les mœurs, la mode et la morale

par Christine Orsini

Nous sommes plusieurs, sur ce blogue girardien, à nous intéresser à cette « grande première anthropologique » qu’est la prise de parole des victimes.La médiatisation de leurs souffrances et la condamnation unanime de leurs persécuteurs semblent ouvrir une nouvelle ère, pas forcément plus pacifique mais plus juste : la publicité faite à des violences privées est censée mettre fin à l’invisibilité des victimes et à l’impunité de leurs bourreaux.

Le scandale déclenché par la révélation du livre nécessaire de Camille Kouchner est double : on ne comprend pas que quelqu’un comme nous, qui n’a rien d’un monstre, ait pu commettre des actes monstrueux ; on n’admet pas le fait qu’il ait pu bénéficier de la plus parfaite impunité sociale. C’est incompréhensible, inadmissible et cela fait partie de la réalité quotidienne ! J’ai appris comme vous que l’inceste ou le viol sur mineur est pratiqué dans une famille sur dix : qui ne connaît pas ou ne pense pas connaître au moins dix familles, au sujet desquelles la question qu’on pourrait se poser tout simplement ne se pose pas, ne peut pas se poser ?

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René Girard : le miroir et le masque

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par Christine Orsini

Chers amis et abonnés du blogue, nous pensons tous à ce triste anniversaire de la mort de René Girard,  il y a juste 4 ans.

Parmi les hommages qui lui furent rendus, cet article publié le 5 Novembre 2015 nous a semblé mériter votre attention. Il est signé du jeune et talentueux rédacteur en chef du journal en ligne iPhilo, Alexis Feertchak.

En hommage à René Girard,  nous sommes heureux de vous donner en ce jour l’occasion de le relire ou de le découvrir : c’est un très beau texte.

L’homme du ressentiment

par Christine Orsini

Le général de Gaulle avait voulu l’élection présidentielle au suffrage universel pour que le grand rendez-vous politique d’un peuple avec son chef ait lieu dans un face à face qui exclue les partis. Nous vivons une campagne présidentielle inédite à cause de ses surprises quasi quotidiennes mais en un sens, on est revenu au point de départ : les actuels challengers (pour le deuxième tour) sont des individualités hors parti : Le Pen a un comité de soutien (dixit Pierre Rosanvallon), Mélenchon roule pour lui, tel une vedette du showbiz, et Macron est en marche, il engrange des partisans, mais à son âge et sans être ni à droite ni à gauche, il n’a pas (encore) de légitimité parlementaire. Et le seul qui avait en vue une élection présidentielle et des législatives soutenues par les partis de la droite et du centre est devenu après quelques péripéties médiatico-judiciaires, un candidat anti-système comme les autres.

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L’ère de la post-vérité

  par Christine Orsini        

Le néologisme post-vérité, dernier avatar de l’ère post-moderne, fait couler beaucoup d’encre depuis que le dictionnaire d’Oxford l’a élu, en 2016,  « mot de l’année ». C’est un choc, tout de même, « la vérité est morte » comme « Dieu est mort ».  Ainsi, ce n’est pas seulement l’erreur, c’est aussi la vérité qui est « humaine, trop humaine ». Elle a fait son temps. La simple question « est-il vrai que la vérité n’existe plus ? » est une incongruité. Elle rappelle l’impasse logique du « menteur » : s’il ment, il dit vrai et s’il dit vrai, il ment. Pour un girardien, l’effacement de la différence entre une opinion vraie et une opinion fausse, c’est, sur le plan de la pensée, le stade ultime de l’indifférenciation en quoi consiste la violence. Il nous faut comprendre comment on en est arrivé là !  Si la perspective de la fin de la vérité est impensable, la preuve est faite qu’on peut penser que la vérité n’est plus une fin. On doit donc se poser la question de son effacement progressif, si ce n’est du vocabulaire, au moins des objectifs à atteindre ou des garanties à fournir quand on se mêle de prendre la parole en public : cela concerne les professeurs, les journalistes, les politiques et, pourquoi pas, la conversation entre amis.

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