Un président qui se désigne comme modèle souverain

Proposé par Jean-Marc Bourdin, le 18 mai 2017

Une analyse sémiologique publiée dans The Conversation France par Julien Longhi permet de mieux situer les ambitions d’Emmanuel Macron lorsqu’il dit vouloir être un président « jupitérien », revendique la « verticalité » du pouvoir ou ne rejette pas une « dimension christique » qui lui est attribuée, parfois pour mieux le railler. En écho à notre article « Elysée, élisez-moi », il adopte bien la stratégie du pseudo-narcissisme en revendiquant une position de modèle de nature à conforter sa souveraineté. Ce faisant, il recherche l’installation d’une médiation externe (contrairement à son prédécesseur qui, lui, aspirait à être un « président normal »), laissant à son premier ministre la médiation interne : la répartition des attributions des deux fonctions, telle qu’elle a été énoncée à l’occasion du premier conseil de ministres qu’il présidait ce jour, est  de ce point de vue particulièrement explicite. Il confirme ainsi un de ses écrits politiques antérieur où il présente les Françaises et les Français comme orphelins de leur roi dont ils n’auraient pas voulu le guillotinage.

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« Si nous avions vécu du temps de nos pères… »

par François Hien, le 14 mai 2017

La société française est menacée par la violence djihadiste, dont l’origine semble exogène, mais qui trouve des relais opérationnels chez de jeunes Français, de plus en plus nombreux. Les services de police en surveillent un certain nombre. Mais comment prévenir de nouvelles violences ? Faut-il arrêter des jeunes gens qui n’ont (encore) rien fait, sur base de leur pratique religieuse ?

Dans le petit théâtre mimétique où les hommes qui se veulent fermes se donnent de beaux rôles virils, une intervention m’avait frappé, voici bientôt deux ans. Celle de l’avocat Arno Klarsfeld, fils des célèbres « chasseurs de nazis » : il fut celui qui proposa l’enfermement préventif des islamistes radicaux classés S, au mépris de toutes les procédures en vigueur dans un état de droit (rappelons que ce fichage ne relève en aucun cas d’un jugement mais d’une simple décision administrative de police)[1]. Il franchissait là un important seuil symbolique : demander l’enfermement préventif de l’ennemi intérieur, sur base de ce qu’il pourrait faire, et en l’absence de tout jugement, c’est oser un geste d’exclusion d’autant plus transgressif qu’il est sans modèle. À la suite de Klarsfeld, bien d’autres ont embrayé, et cette proposition est devenue récurrente[2] ; mais ces suiveurs ont moins de mérite, si l’on peut dire : il a fallu, pour qu’ils assument cette position, qu’elle fut d’abord émise par un autre, qui servit ensuite de modèle. Et je me suis demandé si c’était un hasard qu’Arno Klarsfled, précisément lui, ait lancé cette première pierre…

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De la part de la suggestion dans les comportements désirants

Nous relayons (trop) peu d’articles venus d’autres sources. Cet article intitulé « Boisson énergisante et alcool, un cocktail à risque… psychologique » paru dans The Conversation France, une revue quotidienne en ligne dont le mot d’ordre est « l’expertise universitaire, l’exigence journalistique », nous fournit une occasion de la faire.

Voici l’accroche-résumé qu’en propose Estelle Saget, chef de rubrique Santé Médecine de « The Conversation » :

Les boissons énergisantes comme Red Bull ou Rockstar sont largement consommées, en France et ailleurs dans le monde, en particulier par les jeunes. Elles contiennent des ingrédients stimulants comme la caféine ou la taurine, dont les effets suscitent des inquiétudes, plus encore en cas de mélange avec de l’alcool. De fait, des études concordantes montrent que ces cocktails augmentent le risque d’accident et de bagarres, comparé à la consommation d’alcool seul.

Une nouvelle étude apporte une explication inédite à ce phénomène. Réalisée par trois chercheurs en marketing et sciences comportementales, Pierre Chandon de l’Insead, Aradhna Krishna de l’université du Michigan (États-Unis) et Yann Cornil de l’université de Colombie-Britannique (Canada), elle montre que l’effet désinhibant des boissons énergisantes n’est pas physiologique, mais… fantasmé. L’image véhiculée par ces produits, à travers la communication des marques, donne aux jeunes gens une confiance en eux qui les pousse à se mettre davantage en danger. Des résultats qui interrogent sur la responsabilité des fabricants.

Ces expériences ne semblent pas sans rapport avec nos conceptions du désir mimétique.

Enfin le lien :

http://theconversation.com/boisson-energisante-et-alcool-un-cocktail-a-risque-psychologique-77017?utm_medium=email&utm_campaign=Des%20nouvelles%20de%20The%20Conversation%20pour%2010%20mai%202017%20-%2073475618&utm_content=Des%20nouvelles%20de%20The%20Conversation%20pour%2010%20mai%202017%20-%2073475618+CID_b752980dc2b6ba70660fc23ba9058770&utm_source=campaign_monitor_fr&utm_term=Boisson%20nergisante%20et%20alcool%20un%20cocktail%20%20risque%20psychologique

La rivalité mimétique en politique dès le Moyen-Âge

Par Jean-Marc Bourdin, le 8 mai 2017

Si la raison d’être de ce blogue est d’éclairer l’actualité à partir de la théorie mimétique, il est souvent utile de recourir à l’histoire, même très ancienne, pour faire la lumière sur nos pratiques contemporaines. Chaque lecteur sera libre en l’occurrence de mettre à profit le recul de plus de huit siècles qui lui est proposé dans les lignes qui suivent.

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Faut-il avoir peur ? René Girard penseur de la violence

L’Institut catholique de Paris et l’Association Recherches Mimétiques organisent le samedi 6 mai prochain un grand colloque, où sont invités  James Alison, Benoît Chantre, Michel Corbin, Jean-Pierre Dupuy, Bernard Perret, Camille Riquier, Jean-Claude Monod, Jean-Louis Schlegel, Michel Serres de l’Académie française.

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Relancer l’Europe : pourquoi pas à quatre ?

par Jean-Marc Bourdin

Après avoir reflété une réalité, le « couple franco-allemand moteur de l’Europe » est devenu un cliché sans signification ni dynamique. Achever Clausewitz a fort bien montré comment des vaincus enfin lucides surent mettre fin, sous l’impulsion de Charles de Gaulle et Konrad Adenauer au début des années 1960, à une logique millénaire d’affrontement pour la domination de l’Europe et à une rivalité qui s’était exacerbée en 1806 à l’issue de la bataille d’Iéna. Il y eut ensuite Helmut Schmidt et Valéry Giscard d’Estaing dans les années 1970 et Helmut Kohl et François Mitterrand la décennie suivante. Depuis, plus grand-chose de notable, sauf que la monnaie unique née au début des années 2000 à la suite d’une demande de la France s’est révélée être l’achèvement du Zollverein.

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