Notre président de la République, un bouc émissaire en sursis ?

par Jean-Marc Bourdin

François Hollande a décidé de ne pas se représenter à l’élection présidentielle. Des commentateurs s’en étonnent : il aurait dû « défendre son bilan », autant dire se clouer lui-même au pilori. Durant la Ve République, le suffrage universel direct a toujours expulsé son élu. Dès le général de Gaulle, élu ainsi pour la première fois en 1965 et congédié en 1969 par un référendum auquel il avait donné un tour plébiscitaire. François Mitterrand et Jacques Chirac n’ont-ils pas été réélus ? Certes mais privés de leur autorité souveraine par une élection législative intermédiaire, le premier ministre qui était issu de la majorité à l’Assemblée nationale (respectivement Jacques Chirac et Lionel Jospin) ayant été alors sévèrement désavoué à la présidentielle.

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Lire l’actualité à l’aide de René Girard

par Bernard Perret

René Girard nous a quittés le 5 novembre 2015. Quelques jours après cet anniversaire, il est encore temps d’en saisir l’occasion pour relire les débats qui nous agitent à la lumière des idées de ce grand penseur. Anthropologue et exégète, Girard est certes resté à l’écart des controverses politiques ; qui plus est, quand il s’est risqué sur ce terrain, il y a toujours fait preuve d’un pessimisme a priori peu susceptible d’inspirer l’action. Il vaut cependant la peine de passer outre à cette difficulté : le cadre d’analyse fourni par la « théorie mimétique » girardienne peut en effet nous aider, non pas certes à trancher nos différents, mais à les considérer avec plus de recul. Pour le dire en peu de mots, la théorie mimétique est un puissant outil de démystification de la violence – qu’elle soit physique ou symbolique – et d’élucidation de ses ressorts cachés. Girard, tout d’abord, souligne avec force le caractère mimétique de tous les antagonismes. Quels que soient les motifs plus ou moins rationnels invoqués par les individus ou les camps qui s’affrontent (y compris les sacro-saintes « valeurs »), le moteur le plus puissant de la volonté de combattre est presque toujours un ressentiment qui s’inscrit dans un cycle sans fin d’humiliations et de vengeances et qui fait de nous tour à tour des victimes et des bourreaux. À l’origine de la haine, Girard nous aide à voir l’omniprésence des rivalités mimétiques. Nous sommes toujours les uns pour les autres des modèles, des obstacles et/ou des rivaux, mutuellement impliqués dans la constitution intime de désirs que nous croyons pourtant authentiques et légitimes. Girard nous apprend aussi à repérer dans le fonctionnement de la société la diversité des pratiques et des dispositifs institutionnels qui contribuent avec plus ou moins de succès à éviter que ces rivalités ne dégénèrent en violence ouverte, et à y voir des avatars souvent peu reconnaissables des lynchages et des rites sacrificiels par lesquels les groupes humaines expulsaient naguère la violence hors d’eux-mêmes. Il nous aide ainsi à comprendre qu’une identité collective n’est jamais totalement innocente. Que l’on se tourne vers l’économie de marché (la concurrence comme institutionnalisation de la guerre de tous contre tous), le sport ou la vie démocratique, on constate la justesse du point de vue girardien.

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