Du 12 au 15 juillet 2017, l’actualité des recherches girardiennes était principalement localisée à Madrid, plus exactement sur le campus de l’université Francisco de Vitoria à Pozuelo de Alarcòn à une quinzaine de kilomètres de la capitale espagnole. Le thème général du 27ème COV&R (Colloquium On Violence & Religion, site du colloque : http://www.ufv.es/covr2017) était cette année « Identité et rivalité », ô combien de circonstance. Une bonne place a été réservée à la littérature, à la théologie mais aussi à la politique et à la philosophie ainsi qu’à l’anthropologie, en bref une pluridisciplinarité toute girardienne.
Dans Achever Clausewitz, René Girard consacre de longs développements aux rivalités mimétiques et montées aux extrêmes entre le Pape et l’Empereur ou le Roi de la puissance européenne la plus puissante du moment tout au long du Moyen-Âge. Un récent article de The Conversation se fait l’écho d’un de ces épisodes de cette guerre millénaire pour l’influence et la souveraineté. Où l’on découvre que les fake news, par définition mimétiquement contagieuses, on dit aujourd’hui virales (elles évoquent irrésistiblement la peste et les rumeurs sur ses responsables qui se répandent simultanément dans la communauté en crise), sont déjà au coeur de la lutte entre le Roi de France, Philippe le Bel, le Pape et l’ordre des Templiers au début du quatorzième siècle. « Rien de nouveau sous le soleil », nous disait déjà le Qohelet… Et Dieu sait si le soleil cogne en ce moment.
René Girard s’était beaucoup intéressé, au terme de ses recherches, aux preuves archéologiques de son anthropologie religieuse, notamment à Çatal Höyük, dans l’actuelle Anatolie. Il avait notamment donné une conférence au collège des Bernardins le 22 novembre 2008 à ce sujet dont l’enregistrement est disponible sur le site de l’ARM : http://www.rene-girard.fr/57_p_44801/catal-hoyuk.html. Ayant participé aux recherches de Ian Hodder, le responsable des fouilles sur le site, Benoît Chantre a fait le 24 février 2016 un point sur « Le sacrifice à l’aube de la sédentarisation » lors d’une conférence prononce à l’Ecole des chartes : http://www.rene-girard.fr/57_p_44799/introduction-et-bibliographie.html.
Il a été beaucoup reproché à Emmanuel Macron son usage fréquent de la locution « en même temps » à laquelle il n’a pas, pour autant, renoncé. Il se justifie ainsi le 17 avril 2017 lors d’un meeting parisien : « C’est un tic de langage […] qui voudrait dire que je ne suis pas clair. Que je ne sais pas trancher. Que je serais flou. Parce que vous savez, il y en a qui aiment les cases, les idées bien rangées. Eh bien je veux vous affirmer ce soir je continuerai à utiliser “en même temps” dans mes phrases mais aussi dans ma pensée. Parce que “en même temps”, ça signifie simplement que l’on prend en compte des impératifs qui paraissaient opposés mais dont la conciliation est indispensable au bon fonctionnement d’une société. »
Après l’intervention de James Alison, au colloque « Faut-il avoir peur ? René Girard penseur de la violence », du 6 mai dernier à l’Institut Catholique de Paris, voici l’intervention de Michel Serres, philosophe, membre de l’Académie française et professeur à l’Université Stanford. Il fut un ami proche de René Girard et c’est lui qui l’accueillit à l’Académie française le 15 décembre 2005 par le très beau discours de réception que nous vous invitons aussi à lire.
Intervention de James Alison au colloque « Faut-il avoir peur ? René Girard penseur de la violence » qui a eu lieu le 6 mai 2017 à l’Institut catholique de Paris.
Comment concilier la perspective apocalyptique de René Girard avec l’espérance chrétienne ? Pour James Alison, l’espérance ne doit pas être confondue avec un vœu pieux, ni avec une vision optimiste de l’avenir. Pour la théologie chrétienne, c’est une « vertu théologale », c’est à dire une « disposition stable pour le bien» induite en nous par Dieu. En tant que vertu, l’espérance est la disposition stable à accueillir l’avenir comme une plénitude qui vient vers nous. Et cette disposition, parce qu’elle a été induite par la Passion et la Résurrection du Christ, victime innocente et pardonnante, peut transformer notre rapport aux autres et nous permettre de vivre de manière plus créative.
James Alison est prêtre catholique anglais, théologien et écrivain. Il est fellow de la Fondation Imitatio et responsable du Département éducation de cette fondation. Il est reconnu pour ses travaux sur les applications de la théorie mimétique à la théologie. Il a étudié chez les Dominicains à Oxford. Il est diplômé de la Faculté de Théologie Jésuite (FAJE) de Belo Horizonte. Il est l’auteur de nombreux ouvrages en anglais, dont plusieurs ont déjà été traduits en différentes langues., dont « Le Péché originel à la lumière de la Résurrection », Préface de René Girard, Paris, éd. du Cerf, 2009, (Original anglais : The Joy of Being Wrong, 1998) et « Douze leçons sur le christianisme », ed DDB, 2016.
Nous vous proposons un intermède avant de reprendre la publication des interventions du colloque « Faut-il avoir peur ? » Mieux, un dialogue entre deux de nos blogueurs, Thierry Berlanda et Bernard Perret.
Bonne lecture
Trump : le discours de trop
par Thierry Berlanda
Nous avions été nombreux à penser, bien que n’ayant pas de sympathie politique ni personnelle pour Donald Trump, que sa victoire à l’élection présidentielle de l’année dernière n’était pas une aberration, ni logique ni politique, et qu’il convenait au contraire d’en dégager la rationalité. En l’occurrence, l’écœurement suscité dans la population, à tort ou à raison, par la caste régnante, aux membres interchangeables et pleins de morgue, s’était traduit en une sorte de jacquerie à l’échelle de l’Empire : Donald Trump avait été l’emblème de cette ruade populaire contre la collusion financière et le dogme universaliste néo-wilsonien.
Intervention de Camiller Riquier au colloque « Faut-il avoir peur ? René Girard penseur de la violence » qui a eu lieu le 6 mai 2017 à l’Institut catholique de Paris.
Dans cette conférence, Camille Riquier met en parallèle « la loi de double frénésie » d’Henri Bergson avec le concept de « montée aux extrêmes » développé par René Girard dans « Achever Clausewitz ». Le paradoxe est que c’est au moment où la guerre abstraite et totale entre dans la réalité que s’émousse le sentiment d’apocalypse ; c’est au moment où la catastrophe apocalyptique est prévisible, que nous n’avons plus peur. Camille Riquier analyse l’accélération des désinhibitions des sociétés modernes face aux dangers du progrès, que seul un « retour à la vie simple » pourrait freiner.
Camille Riquier, agrégé et docteur en philosophie, est vice doyen du département de philosophie de l’Institut catholique de Paris. Il a notamment écrit « Archéologie de Bergson », coll. « Epiméthée », PUF, 2009 et « Philosophie de Péguy », PUF, 2017. Camille Riquier est à l’initiative de ce colloque à l’ICP, qu’il a dirigé avec Benoît Chantre et Bernard Perret.
Voici la troisième intervention, celle de Benoît Chantre, au colloque du 6 mai « Faut-il avoir peur, René Girard penseur de la violence », organisé pas l’Institut catholique de Paris et l’ARM.
« Face à la violence du djihadisme, il devient urgent de s’interroger sur le devenir de nos démocraties, notamment dans leur rapport à la religion. On repart ici de la genèse du sacré proposée par René Girard, à qui l’on doit la découverte du rôle structurant d’un certain type de violence à la racine du politique. Si le religieux archaïque était de la violence contenue par des rituels et des prohibitions, la violence djihadiste est, elle, un mixte de nihilisme et de religieux décomposé. Relisant Clausewitz, Girard a proposé d’appeler « montée aux extrêmes » ce processus aveugle, qui rend plus complexe et plus précaire le fonctionnement de nos démocraties. Comprendre ce phénomène, avec toutes les ressources de l’anthropologie religieuse, et de l’anthropologie mimétique en particulier, permettrait de donner une réponse politique – et non une réponse religieuse – aux désordres politico-religieux qui nous menacent. »
Benoît Chantre est éditeur et écrivain, fellow de la fondation Imitatio et président de l’Association Recherches Mimétiques. Auteur de plusieurs livres d’entretiens et d’un essai sur Charles Péguy (Péguy point final, Editions du Félin, 2014), il a publié, en octobre 2016, Les Derniers Jours de René Girard (Grasset).