COV&R 2017 à Madrid

par Jean-Marc Bourdin, le 16 juillet 2017

Du 12 au 15 juillet 2017, l’actualité des recherches girardiennes était principalement localisée à Madrid, plus exactement sur le campus de l’université Francisco de Vitoria à Pozuelo de Alarcòn à une quinzaine de kilomètres de la capitale espagnole. Le thème général du 27ème COV&R (Colloquium On Violence & Religion, site du colloque : http://www.ufv.es/covr2017) était cette année « Identité et rivalité », ô combien de circonstance. Une bonne place a été réservée à la littérature, à la théologie mais aussi à la politique et à la philosophie ainsi qu’à l’anthropologie, en bref une pluridisciplinarité toute girardienne.

Environ 140 girardiens s’étaient réunis, la plupart universitaires, venus des cinq continents, avec une surreprésentation étatsunienne et latino-américaine.

Des grandes figures étaient présentes. Parmi elles, Pankaj Mishra (nous avons parlé dans ce blogue à deux reprises de son succès de librairie « Age of Anger ») a conclu les débats dans le cadre d’un entretien passionnant avec Wolfgang Palaver. Ce dernier a rappelé que Pankaj Mishra avait su très tôt remarquer les effets contre-productifs de l’affirmation par René Girard d’une supériorité du christianisme, une position plus efficace lui semblant résider dans la recherche des convergences des traditions religieuses sur les thèmes de la non-violence et du renoncement au sacrifice.

Jean-Michel Oughourlian a participé à une session plénière avec une chercheuse espagnole qui a fait le point sur les recherches relatives aux neurones miroirs d’une façon très pédagogique en axant sa présentation sur la danse. Cesareo Bandera était aussi un des orateurs, cherchant à enfermer, d’une manière qui ne m’a pas convaincu, René Girard dans la contradiction entre science et foi. Jean-Pierre Dupuy est venu l’écouter sans pour autant participer à l’ensemble des travaux. Joao Cezar de Castro Rocha, un des interviewers de René Girard pour Les Origines de la culture a exposé les thèses qu’il défend dans son beau livre traduit en français Cultures latino-américaines et poétiques de l’émulation. Littératures des faubourgs du monde ? (traduit par François Weigel , Paris, Petra, 2015).

Au total, près d’une quarantaine de sessions plénières ou particulières regroupant les interventions selon des thématiques communes, au demeurant très variées, ont été fort bien organisées par l’université hôte. Soit dit en passant, je me suis interrogé sur notre capacité à mettre sur pied une telle logistique en France, sans l’aide d’une institution puissante (collège des Bernardins, Institut catholique ?), le bénévolat d’étudiants et de responsables de l’université ayant été déterminant pour le succès des opérations.

Parmi les témoignages pour moi les plus frappants, celui d’un intellectuel basque, Jon Juaristi, qui a expliqué comment lui et d’autres ont renoncé à la violence de la lutte armée de l’ETA contre l’État espagnol en lisant René Girard dès la fin des années 1970 et en appliquant ses analyses à leur situation concrète à partir des années 1980 : rapports mimétiques et montée aux extrêmes de l’ETA et de l’État espagnol y compris après la mort de Franco ; mais aussi rivalité primordiale entre pairs (comme certains des lecteurs du blogue le savent, j’ai intitulé ma thèse La rivalité des égaux, d’où sans doute mon intérêt pour cette intervention), en l’occurrence entre Basques s’assumant comme Espagnols et Basques voulant s’ériger en nation (avec, dans leurs rangs, beaucoup d’habitants du Pays Basque qui y étaient arrivés depuis peu et ne pouvaient se réclamer du peuple basque), la rivalité et la violence devenant alors leur identité. Beaucoup de participants ont alors découvert que la pensée de René Girard avait exercé un effet bénéfique puissant sur l’évolution de ce conflit vers la situation plus apaisée que nous connaissons aujourd’hui. Au demeurant et de manière plus légère, l’ambiance m’a semblé notablement non-rivalitaire et particulièrement chaleureuse entre les participants du COV&R, autre preuve des bienfaits d’un refus correctement assimilé de la violence et de ses germes dûment repérés. La théorie mimétique aide à une meilleure « convivance », comme diraient les convivialistes !

J’avais été très fier de voir ma proposition d’intervention (« Tuer dans l’espoir du Paradis », à propos du djihadisme) retenue. Je me suis toutefois rendu compte sur place que la plupart des participants à COV&R étaient aussi des intervenants ou, à tout le moins des modérateurs des sessions (par exemple le grand théologien James Alison ou Andrew McKenna, le deuxième des doctorants de René Girard, autres grandes figures de la Girardie fidèles au rendez-vous). Après cette déception, j’ai néanmoins été rassuré par la qualité générale des intervenants et de leurs présentations, ce qui m’a fait conclure que nous étions bien tous passés par un filtre exigeant…

Pour finir sur une note humoristique, participant pour la première fois à ce colloque, j’ai noté que les girardiens ne savaient pas davantage respecter la durée assignée à leur intervention que les autres universitaires, devant couper ici ou accélérer le débit là, au risque de perdre leurs auditeurs, surtout lorsque l’audience est internationale et la langue de travail, l’anglais, plus ou moins maîtrisée par le public. Bref, il reste difficile, même aux meilleurs d’entre nous, de résister au désir mimétique d’en dire plus sur le fruit de leurs réflexions, au risque de décevoir les attentes de leur auditoire et de lui transmettre moins qu’on aurait pu en calibrant mieux…

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