Relancer l’Europe : pourquoi pas à quatre ?

par Jean-Marc Bourdin

Après avoir reflété une réalité, le « couple franco-allemand moteur de l’Europe » est devenu un cliché sans signification ni dynamique. Achever Clausewitz a fort bien montré comment des vaincus enfin lucides surent mettre fin, sous l’impulsion de Charles de Gaulle et Konrad Adenauer au début des années 1960, à une logique millénaire d’affrontement pour la domination de l’Europe et à une rivalité qui s’était exacerbée en 1806 à l’issue de la bataille d’Iéna. Il y eut ensuite Helmut Schmidt et Valéry Giscard d’Estaing dans les années 1970 et Helmut Kohl et François Mitterrand la décennie suivante. Depuis, plus grand-chose de notable, sauf que la monnaie unique née au début des années 2000 à la suite d’une demande de la France s’est révélée être l’achèvement du Zollverein.

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« Casse-toi, pauvre con ! »

Un exemple de psychologie interdividuelle proposé par :

Jean Michel Oughourlian

Une rencontre entre deux personnes. La première tend spontanément la main à l’autre. Si la deuxième l’imite et lui tend la main à son tour, les voici amies, en empathie, suite à une imitation positive, à une bonne réciprocité. Elles sont, à cet instant, des modèles l’une pour l’autre. Mais si la seconde refuse la main tendue, la première peut se fâcher et lui lancer : « Casse-toi pauvre con ! ». Les voici devenues ennemies, rivales, suite à ce que j’appelle une mauvaise réciprocité. La seconde a refusé d’imiter le geste amical de la première, la première a aussitôt imité l’attitude hostile de la seconde.

Ces deux personnes se séparent, chacune poursuivant son chemin, mais… pour le cerveau, l’affaire n’est pas terminée. Pour une raison qui reste aujourd’hui neurologiquement difficile à expliquer, leur curseur reste bloqué pendant un certain temps (allant parfois jusqu’à plusieurs heures ou plusieurs jours !) sur la même position, colorant…

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René Girard, une pensée « par surcroît »

par Thierry Berlanda

Dans l’histoire de la pensée, nous pouvons distinguer deux grandes lignées :

  • celle des penseurs pour qui le réel, en tant que projet même de l’Histoire, apparaît inachevé par définition. Hegel ou Marx, de lointaine fidélité aristotélicienne, en relèvent.
  • celle des penseurs de l’affirmation d’un réel déjà accompli, soit les penseurs de la plénitude, parmi lesquels nous comptons Epicure, Spinoza ou Nietzsche.

Or il existe (au moins) une troisième lignée, typique et pourtant mal identifiée comme telle, qui serait celle des penseurs du « surcroît ».

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Le centenaire de la pissotière

par Jean-Marc Bourdin

Il y a cent ans exactement, le 9 avril 1917, un événement aussi dérisoire que déterminant se produisit à New-York où s’organisait un premier salon des indépendants : la non-exposition d’une œuvre intitulée Fountain, un urinoir posé à l’horizontale et signée par un inconnu qui finira par devenir illustre : R. Mutt, alias Marcel Duchamp qui se cache derrière ce pseudonyme pour ne pas influer sur le cours de l’expérience qu’il a imaginée. L’histoire est, elle, la plus célèbre de l’histoire de l’art contemporain. Elle est en particulier méticuleusement racontée et illustrée dans un blogue de Marc Vayer intitulé le 2015-2023 le centenaire – inachevé – du Grand verre de Marcel Duchamp, notamment dans ses pages « Le domaine du ready made » IV/V et V/V : http://centenaireduchamp.blogspot.fr/, lequel s’appuie sur les recherches d’Alain Boton. Beaubourg expose à cette occasion et jusques au 30 avril 2017 une œuvre du plasticien Saâdane Afif intitulée Fountain Archives qui montre de manière subtile l’influence de cette œuvre-événement-manifeste.

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Florilège girardien dans « Age of Anger (L’ère de la colère) » de Pankaj Mishra

par Jean-Marc Bourdin

Faire une recension du foisonnant livre de Pankaj Mishra, comme promis, s’est avéré une tâche difficile. La réflexion de l’auteur débute au 18ème siècle pour nous mener jusqu’à notre monde confronté au terrorisme. Partant d’une opposition entre un Rousseau clairvoyant sur les désordres à venir de la modernité et altermondialiste avant l’heure et un Voltaire mondialisé méprisant la populace, s’intégrant aux élites européennes, conseiller des Princes tout en faisant fortune, l’auteur fait oeuvre de généalogiste tout en pratiquant un allègre anachronisme. Son but est de mettre au jour les tendances à l’oeuvre depuis trois siècles. Il nous informe sur le développement des suprématismes, notamment dans l’Inde du nationalisme hindou, au sein des mouvements slavophiles russes ou encore en exposant le rôle charnière joué par Atatürk dans la première moitié du 20ème siècle. Il expose les tentations et difficultés des élites mondialisées issues des pays en développement : l’évolution de l’Iran est à cet égard emblématique, Khomeiny étant un des premiers à masquer sa mimésis d’appropriation derrière une tradition ingénieusement réinventée et un style de vie authentiquement frugal. L’histoire planétaire reste toutefois centrée sur les idéologies et un des attraits de l’essai est de donner la parole aux poètes autant qu’aux acteurs de l’histoire.

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Ces compétitions dont on ne peut plus se passer

par Jean-Marc Bourdin

La concurrence économique, les élections politiques, les compétitions sportives, la disputatio universitaire, les concours et procédures de recrutement pour accéder aux fonctions et offices, les classements et palmarès en tous genres (jusque dans les ordres d’apparition définis par les moteurs de recherche à partir de la fréquence des consultations) touchent désormais la plupart des domaines et des moments de nos existences. Même là où une telle sélection n’a a priori rien d’indispensable, tout aujourd’hui est prétexte à la mise en scène de spectacles où semaine après semaine, un des postulants à la victoire finale se voit expulsé faute d’avoir recueilli suffisamment de suffrages pour se maintenir dans la course. Si elle peut apparaître comme le symptôme d’une pathologie sociale ainsi que la cause d’une aggravation d’un sentiment d’être insuffisamment et d’une dépendance aux autres, leur prolifération est aussi la manifestation des succès que cette modalité rencontre pour opérer des choix : en particulier en vue de l’obtention de biens non partageables et de la sélection des meilleurs ou de ceux qui seront à son issue considérés comme tels.

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Le cas Pennac

par Jean-Marc Bourdin

À l’occasion de la publication par Daniel Pennac en décembre 2016 aux éditions Gallimard de Le cas Mallaussène. Tome I : Ils m’ont menti.

Après avoir lu Mensonge romantique et vérité romanesque, probablement en 1980, je m’étais demandé comment il serait encore possible d’écrire un roman. Primo, SI seuls les romanciers géniaux dans leurs meilleurs romans touchaient à l’essentiel, c’est-à-dire le caractère mimétique du désir, postulat de départ ou point d’arrivée de la démonstration de René Girard ; secundo, SI Proust et Dostoïevski étaient parvenus aussi loin qu’il était possible à la fiction d’aller dans la révélation du désir selon l’autre ; tertio, SI, de surcroît, l’essayiste Girard avait établi une bonne fois pour toutes l’équation génie = pénétration des mécanismes du désir par des écrivains ayant opéré une conversion, ALORS SOIT on passe à autre chose, SOIT on refait la même chose de manière toujours plus étroite. Le nouveau roman a correspondu à la première branche de l’alternative, l’autofiction est probablement le résultat de la seconde.

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