
Dans un précédent article, nous avons examiné en quoi le triangle de Karpman (« bourreau », « victime » et « sauveur ») pouvait se lire comme une configuration particulière du triangle mimétique (https://emissaire.blog/2021/06/29/les-trois-masques-du-persecuteur/). Cette lecture explique le fréquent recours aux jeux relationnels à la Karpman, alors qu’ils semblent n’offrir que des effets négatifs. Les protagonistes seraient saisis par ce que Girard nomme le « désir métaphysique » : s’approprier l’être même d’une personne que nous percevons comme un modèle. En termes plus prosaïques, nous l’envions : nous voulons prendre sa place, à défaut le détruire, en tout cas manifester une supériorité sur lui. C’est l’exact comportement du bourreau. Il en découle une conséquence radicale : dans un triangle de Karpman ne se trouvent que des « bourreaux » ; les rôles de « victime » et de « sauveur » sont seulement des masques. Cette interprétation est parfaitement cohérente avec la vision de Karpman lui-même, qui revendiquait comme principale découverte que « nous jouons les trois rôles en même dans toutes les situations du triangle » (cf. Stephen Karpman, « Le Triangle Dramatique »).
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