Le retour des interdits

par Jean-Marc Bourdin

L’histoire de l’humanité a longtemps, probablement la plupart du temps, été tributaire d’obligations rituelles et d’interdits – ce que l’on doit faire et ne pas faire sans qu’il soit envisageable d’y déroger –, le tout se référant à des récits fondateurs, les mythes. Par une révolution copernicienne, le libéralisme politique et économique a inversé l’ordre des choses. Parmi d’autres événements promouvant le libéralisme dans tous les domaines des rapports humains, notre déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 énonce en son article 4 : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi. »

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Le désir mimétique d’amis

Comme souvent, le site TheConversation nous offre une analyse qui ne peut que nous interpeller sous le titre « Il a plus d’amis que moi » ou pourquoi nous envions la vie sociale des autres » :

https://theconversation.com/il-a-plus-damis-que-moi-ou-pourquoi-nous-envions-la-vie-sociale-des-autres-88451

Le (mauvais) génie de Facebook est de faire porter le désir sur une quantité d’amis plutôt que sur la qualité des amitiés. La comparaison s’objective dans le nombre et le compteur des « like » collectés, rendant possible une rivalité… et un risque de déception. Des stratégies d’augmentation des collections d’amis conduisent d’ailleurs certains à solliciter des personnes croisées virtuellement et furtivement pour en faire des « amis Facebook ». Et un.e de plus ! Pour la recherche d’emplois, LinkedIn procède de la même manière. Les deux sites proposent à leurs abonnés des personnes qu’ils sont susceptibles de connaître et / ou qu’ils auraient à contacter.

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De qui se venge-t-on ?

par Thierry Berlanda

Dans Le Procès de Vichy*, Fred Kupferman cite les termes suivants  de l’historien Jean-Pierre Rioux : « Si l’on veut clôturer le chapitre de la vengeance, il faut choisir une victime expiatoire ». Paru en 1980, en un temps où la pensée de René Girard avait commencé à colorer le paysage intellectuel français, cette étude révèle la raison d’être de l’expiation, en des termes empruntés aux Mémoires de Guerre,  de De Gaulle, et résumées ainsi : « L’appareil de justice agit au nom du peuple, pour que le peuple n’agisse pas. »

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« miMésis » ou le théâtre comme art girardien

par Jean-Marc Bourdin

En peu de temps, trois créations théâtrales viennent utilement nous rappeler les rapports étroits que cet art entretient avec la théorie mimétique.

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La laideur cachée du réel

Par Hervé Van Baren

54 ans, de nationalité franco-hollandaise , habite en Belgique. Marié et père d’un fils de 25 ans, il est actuellement :

Président de l’association Sortir de la Violence (une ASBL, l’équivalent belge d’une association loi 1901) . SdV organise des formations à la non-violence tant dans la sphère chrétienne que pluraliste. Plusieurs ouvrages sont parus dans la collection « Sortir de la Violence » aux éditions Fidélité. Continuer à lire … « La laideur cachée du réel »

« Ne nous laisse pas entrer en tentation »

Par François Hien

A partir du 2 décembre prochain, une nouvelle traduction du Notre Père sera en vigueur dans les églises françaises. Au lieu de murmurer « Ne nous soumets pas à la tentation », les chrétiens diront : « Ne nous laisse pas entrer en tentation ».

Ce glissement de signification n’est pas anodin. Nous n’en finissons pas de devenir chrétien. La traduction nouvelle révèle une appréhension plus fine de ce skandalon dont le Christ invite à se détourner. La figure de Dieu qui se dessinait implicitement à travers l’ancienne traduction était celle d’un Dieu poussant à la faute, puis punissant ceux qui s’y sont laissé prendre. Un Dieu tentateur – celui dont Girard dénonçait la conception, dans Des choses cachées depuis la fondation du monde : un Dieu nous faisant payer le sacrifice sanglant de son fils, qu’il aurait lui-même ordonné. À présent, Dieu n’a plus de responsabilité dans nos péchés ; nous Lui demanderons seulement de nous donner la force d’y résister.

Dieu n’est pas là pour nous éprouver, vérifier la solidité de notre foi en nous précipitant dans des pièges. C’est le diable qui tente – et le diable n’a pas d’être, il n’est rien d’autre que l’entraînement mimétique lui-même. Nous sommes agis par un mécanisme qui nous dépasse, et notre liberté repose sur notre capacité à lui résister, à inverser la polarité de la réciprocité négative en instaurant le premier geste de la réciprocité positive – sans en passer par le sacrifice, dont c’était la fonction dans le monde archaïque[1]. L’exigeante éthique chrétienne repose sur cette recommandation : résister à cet enchaînement mimétique dont on se croit toujours excusé puisqu’il nous précède ; résister à cette chaîne de violence dont on se croit innocent puisqu’on n’en est qu’un maillon. Résister au mimétisme délétère pour instaurer son contraire, le cercle vertueux du don.

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Sommes-nous intrinsèquement bons… ou violents ?

Par Bernard Perret

L’ouvrage à succès de Jacques Lecomte La Bonté humaine (Odile Jacob 2014) constitue une provocation stimulante pour les girardiens. À première vue, il prend l’exacte contre-pied du pessimisme apocalyptique de Girard. Pour résumer, la conviction de l’auteur est que l’être humain est foncièrement bon : « À côté de tendances potentiellement agressives chez l’être humain sont présentes, et d’une manière plus importante encore, des tendances à l’empathie, à l’altruisme et à la coopération. » Pour étayer ce point de vue, l’auteur commence par accumuler les résultats d’études empiriques et les exemples concrets, en décrivant des situations « où l’on s’attendrait à ce que la violence et le « chacun pour soi » dominent, alors que c’est le contraire qui se produit. Des personnes en sauvent d’autres au risque de leur vie ; des individus violents changent radicalement d’orientation après avoir rencontré des personnes qui ont su reconnaître leur fond de générosité ; d’autres pardonnent des actes d’une grande violence dont ils ont été les victimes, etc. » Dans un second temps, il s’appuie sur les sciences dures pour étayer son propos, principalement l’éthologie (en critiquant les thèses de Konrad Lorenz), la neurologie (les neurones miroirs) et l’économie expérimentale.

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Une nouvelle publication sur la théorie mimétique et la religion

Ce petit message pour vous informer de la sortie d’un ouvrage collectif de 550 pages publié sous la direction des théologiens James Alison et Wolfgang Palaver dans la deuxième quinzaine de novembre 2017 : The Palgrave Handbook of Mimetic theory and Religion.

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« La bombe nous protège autant qu’elle nous menace »

Un entretien de Jean-Pierre Dupuy paru dans le « 1 » ce jour :

https://le1hebdo.fr/journal/numero/173/la-bombe-nous-protge-parce-qu-elle-nous-menace-2467.html

La médiation algorithmique

par Jean-Marc Bourdin le 2 octobre 2017

Dès Mensonge romantique et vérité romanesque, René Girard avait proposé une histoire de la médiation du désir, la faisant passer de l’externe non-rivale à l’interne où le modèle était susceptible de se muer en rival pour faire obstacle au désirant. Au terme de sa réflexion, il avait imaginé avec Benoît Chantre dans Achever Clausewitz une médiation intime qui aurait intégré l’imitation du Christ pour nous protéger des affres et dangers d’un désir mimétique à l’orientation déviée. Mais à côté de cette espérance salvatrice, celle que suggère l’aphorisme d’Hölderlin plusieurs fois répété dans l’ouvrage, il est probable que la médiation poursuive sa course vers un tropisme plus périlleux pour l’humanité. Si la médiation intime n’est pas (suffisamment) contagieuse, ce qui est à redouter, une autre au succès plus probable est en train de se diffuser à vue d’œil sans qu’elle soit pour autant envisagée comme la forme post-moderne, voire trans-humaine, de la médiation.

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