« miMésis » ou le théâtre comme art girardien

par Jean-Marc Bourdin

En peu de temps, trois créations théâtrales viennent utilement nous rappeler les rapports étroits que cet art entretient avec la théorie mimétique.

Il y eut d’abord la superbe adaptation par David Goldzahl en 2015, au théâtre des Déchargeurs à Paris, de la première partie de l’Idiot de Dostoïevski. Elle donna lieu à une conférence passionnante, en ligne sur le site de l’ARM réunissant autour du metteur en scène et adaptateur, Jérôme Thélot et Benoît Chantre :
(http://www.rene-girard.fr/57_p_44751/l-idiot.html).

En 2017, François Hien, contributeur régulier à notre blogue, s’est attaqué à l’affaire Baby-Loup par plusieurs voies, essai, conférences mais aussi une pièce de théâtre jouée avec succès à Saint-Etienne et Lyon en particulier (dont le blogue s’était fait l’écho cet été puis à l’occasion de la publication de son essai dans la collection « Les cahiers de l’A.R.M. », aux éditions PETRA, Retour à Baby-Loup. Contribution à une désescalade). Sa pièce La Crèche sera de nouveau jouée en intégralité les 20 et 21 décembre à 19h30 à la Maison des familles à la Duchère – 26, avenue Rosa Parks – 69009 Lyon. Vous trouverez plus d’infos sur le projet général dans lequel cette représentation s’inscrit sur le site : www.lacreche.net. Pour réserver : 06.63.96.61.73, ou administration@balletcosmique.com

Depuis quelques jours, c’est au tour de Jean-Pierre Dumas, familier de la Cartoucherie, de nous proposer une création originale où il mêle de multiples sources romanesques et philosophiques dans un échange sur l’insuffisance d’être ressentie par quatre personnages. Elle est intitulée miMésis. Il a conçu une mise en scène où les acteurs (deux femmes et deux hommes) évoluent à partir des quatre coins d’un carré, peinant à se rencontrer au milieu de la scène. Partant de la distinction trompeuse de Rousseau entre l’amour de soi bénéfique et sa distorsion en amour propre, il nous conduit par de multiples récits de vie tragi-comiques à la conclusion de René Girard qui structure la pièce : « Chacun se croit seul en enfer et c’est cela l’enfer » répondant en quelque sorte à la conclusion du Huis clos de Jean-Paul Sartre : « l’enfer, c’est les autres ». La pièce est donnée au théâtre de la Reine Blanche, 2 bis impasse Ruelle 75018 Paris  ( http://www.reineblanche.com/portfolio_page/mimesis/ ) jusqu’au 6 janvier 2017. D’une durée de 50 minutes, elle est suivie d’un débat avec les spectateurs où un témoin ayant des affinités avec la théorie mimétique intervient aux côtés de Jean-Pierre Dumas. J’ai eu le plaisir de jouer ce rôle le 1er décembre dernier. Cette suite est également très intéressante.

Pourquoi ces rencontres réitérées entre l’inspiration girardienne et l’art dramatique ? J’avance ici une hypothèse : le théâtre est l’art par excellence du rapport humain (et de sa difficulté). Il n’est donc pas étonnant que la théorie mimétique, dont René Girard souhaitait qu’elle donne naissance à une « science des rapports humains », trouve à s’y exprimer, peut-être mieux désormais que dans le roman contemporain actuellement écartelé entre autofiction et exofiction, deux genres qui font la part belle à une philosophie du sujet.

Au demeurant, René Girard, bien qu’ayant identifié le désir mimétique à partir de l’histoire du roman moderne, a construit sa théorie du bouc émissaire dans La violence et le sacré en s’appuyant sur les tragédies grecques. Et il nous a offert une reformulation complète de sa théorie à partir de l’œuvre d’un seul dramaturge : Shakespeare. Les feux de l’envie.

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