Satan, Jésus et le basket-ball

Le triangle dramatique de Karpman a fait l’objet de plusieurs analyses girardiennes dans nos colonnes (1). La série d’articles intitulée « Les Trois Masques du persécuteur » a proposé une thèse : celle que le triangle de Karpman, notion issue de l’observation, s’explique parfaitement par l’anthropologique mimétique et s’y intègre donc.  Derrière les comportements que Karpman décrit et qualifie (« bourreau », « victime », « sauveur »), se dissimule l’intention d’assujettir l’autre, le dominer, le rabaisser, l’humilier. Ainsi les trois qualificatifs de Karpman désignent des « stratégies », souvent inconscientes sans doute, au service de cette intention. Pascal Ide, dans son ouvrage sur le sujet (2), identifie le triangle de Karpman comme le mal en action.

René Girard a toujours affirmé que l’anthropologie mimétique se trouvait toute entière exposée dans la Bible, et plus particulièrement le Nouveau Testament. Si le triangle de Karpman est bien partie prenante de l’anthropologie mimétique, il serait donc pertinent qu’il s’en trouvât des traces dans les Ecritures.

Or, il semble que nous ayons une séquence candidate à ce rôle : c’est l’épisode des tentations du Christ au désert.

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Cet épisode ne figure précisément que dans les Evangiles de Luc et de Matthieu ; rien chez Jean et une simple allusion chez Marc. Le texte est quasiment le même entre Luc et Matthieu, seul l’ordre des tentations diffère : « se jeter dans le vide » est en deuxième position chez Matthieu et en troisième position chez Luc. Les textes figurent ci-dessous en note (3), dans la traduction de la Bible de Jérusalem.

Après son baptême, Jésus passe quarante jours dans le désert, où il éprouve la solitude et la faim. Satan lui suggère d’utiliser son pouvoir et de transformer les pierres en pain, ce que Jésus rejette en disant que l’homme ne se nourrit pas que de pain. C’est la première tentation.

Il est clair que le sujet n’est pas la faim personnelle qu’éprouve Jésus : un solide casse-croûte après plusieurs jours de jeûne n’est pas un péché. Et en effet, Jésus ne dit pas : « Je ne me nourris pas que de pain » mais « L’homme (c’est-à-dire tout être humain) ne se nourrit pas que de pain ». Ce sont donc tous les êtres humains qui sont ici en jeu. Si Jésus acceptait la proposition et utilisait ses pouvoirs, il les sauverait certes de la faim, mais les rendrait également dépendants de lui. C’est très exactement le schéma de Karpman, dans lequel une personne en assujettit une autre en jouant le sauveur auprès d’elle. Dans le vocabulaire de Karpman, Jésus refuse d’entrer dans le triangle dramatique en rejetant la stratégie du sauveur. En termes girardiens, il nous donne l’exemple du rejet de la mauvaise réciprocité, qui lui est proposée, et ce n’est pas un hasard, par Satan.

Suivons l’ordre de Matthieu et passons à la seconde tentation, dans laquelle Satan incite Jésus à se jeter dans le vide afin que Dieu le sauve. Il suggère de le faire depuis le haut du temple de Jérusalem, c’est-à-dire que ce sauvetage serait public. Jésus refuse encore, car ce serait un chantage à l’égard de Dieu. Si Jésus avait accepté, c’est en faisant de lui-même une victime qu’il aurait exercé ce chantage ; chantage aboutissant en effet à obliger Dieu à agir. Voici donc clairement la stratégie victimaire, analysée autant par Karpman que par René Girard. Satan a de nouveau proposé à Jésus d’entrer dans le triangle dramatique, et une fois de plus, Jésus nous donne l’exemple du refus ; soumettre autrui à un chantage, c’est le mal.

La troisième tentation est la proposition que Jésus devienne le roi de toutes les nations, à condition de faire allégeance à Satan. A l’évidence, c’est une incitation à entrer dans le triangle de Karpman en persécuteur. Non qu’un roi soit nécessairement un oppresseur : mais un roi qui aurait fait allégeance à Satan le serait assurément. Et bien sûr, Jésus refuse à nouveau la proposition de Satan.

Entrer dans le triangle de Karpman, c’est s’embarquer, et embarquer son ou ses interlocuteurs, dans une spirale de relations toxiques, dans lesquelles chacun cherche à dominer. Les trois manières d’entrer dans ce cycle sont les comportements de persécuteur, de victime et de sauveur ; une fois le cycle engagé, les protagonistes peuvent recourir à tous les comportements tour à tour, y compris avec des changements rapides.

Il semble possible de comprendre l’épisode des trois tentations du Christ comme un enseignement, à notre destination, de nous garder d’entrer dans cette spirale toxique. Jésus nous donne cet enseignement, non par un prêche, mais par l’exemple ; sa démarche pédagogique à notre égard est : « Imitez-moi ».

La fin de l’épisode est également pleine d’intérêt. Dans la version de Luc, Satan, n’ayant pas d’autre tentation à laquelle soumettre Jésus, se retire dans l’attente d’une autre occasion.

Cela signifierait que les trois tentations représentent la matrice complète des relations toxiques entre les êtres humains. Autrement dit, parvenir à les surmonter suffirait à  entretenir des relations saines avec autrui. Intéressant sujet de réflexion.

Car les relations avec autrui nous sont essentielles, cf. Catherine de Sienne : « Dieu nous a créés imparfaits pour que nous nous mettions au service les uns des autres ». Au service les uns des autres : c’est-à-dire tour à tour sauveur et victime dans le sens réel de ces termes. Les comportements de « sauveur » et de « victime » au sens de Karpman, sont une perversion cette nécessité des relations, perversion qui se résume à ce que chacun cherche à devenir le persécuteur d’autrui.

Et le premier enseignement de Jésus, son premier acte après son baptême, serait de nous mettre en garde contre les trois comportements qui nous font entrer dans cette spirale toxique.

Examinons maintenant cette conclusion du point de vue du combat entre Jésus et Satan, ou pour formuler la chose dans le vocabulaire de Girard, de la révélation par Jésus de la face sombre du mimétisme, celle de la mauvaise réciprocité et de la victime émissaire, que Satan figure.

Dans l’épisode des tentations, il cherche en fait à disqualifier Jésus, en le faisant entrer dans le cycle toxique de Karpman, le cycle de la mauvaise réciprocité dont le mimétisme porte l’éventualité. Satan n’y parvient pas et se retire dans l’attente d’une prochaine occasion. Quelle sera ce « moment favorable » que Luc annonce ?

La Passion bien sûr. Après son échec à piéger Jésus dans la réciprocité toxique, Satan va employer sa seconde arme, celle de l’unanimité sacrificielle…

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Post scriptum : l’allusion au basket-ball, dans le titre de ce billet, tient à ce que Karpman a conçu son triangle dramatique en transposant des tactiques de jeu de ce sport, dont il était par ailleurs passionné.

(1) Voici les liens :

https://emissaire.blog/2018/01/08/le-triangle-dramatique-victime-persecuteur-et-sauveur/

https://emissaire.blog/2019/10/05/proprietes-des-triangles-semblables/

https://emissaire.blog/2021/06/29/les-trois-masques-du-persecuteur/

https://emissaire.blog/2021/08/19/les-trois-masques-du-persecuteur-suite/

https://emissaire.blog/2021/11/25/les-trois-masques-du-persecuteur-fin/

(2) Pascal Ide : « Le Triangle maléfique », octobre 2018, éditions Emmanuel, 328 pages

(3) Evangile de Matthieu :

Alors Jésus fut emmené au désert par l’Esprit, pour être tenté par le diable.
Il jeûna durant quarante jours et quarante nuits, après quoi il eut faim.
Et, s’approchant, le tentateur lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains. »
Mais il répondit : « Il est écrit : Ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu »
Alors le diable le prend avec lui dans la Ville Sainte, et il le plaça sur le pinacle du Temple
et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et sur leurs mains ils te porteront, de peur que tu ne heurtes du pied quelque pierre. »
Jésus lui dit : « Il est encore écrit : Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu. »  De nouveau le diable le prend avec lui sur une très haute montagne, lui montre tous les royaumes du monde avec leur gloire
et lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, te prosternant, tu me rends hommage. »
Alors Jésus lui dit : « Retire-toi, Satan ! Car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, et à Lui seul tu rendras un culte. »
Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient.

Evangile de Luc :

Jésus, rempli de l’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; il fut conduit par l’Esprit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut mis à l’épreuve par le démon. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.

Le démon lui dit alors : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » Jésus répondit : « Il est écrit : Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre. »

Le démon l’emmena alors plus haut, et lui fit voir d’un seul regard tous les royaumes de la terre. Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes, car cela m’appartient et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. » Jésus lui répondit : « Il est écrit : Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c’est lui seul que tu adoreras. »

Puis le démon le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi à ses anges l’ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus répondit : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »

Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le démon s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.

9 réflexions sur « Satan, Jésus et le basket-ball »

  1. Personnellement avec mes lunettes probablement obsessionnelles, j’avais vu dans les tentations au désert le pouvoir économique (le pain), le pouvoir religieux (le miracle) et le pouvoir politique (les royaumes), soit les trois principaux systèmes institutionnels de contention de la violence toujours en vigueur à l’heure actuelle et probablement depuis le néolithique. Dans ma lecture, Jésus refusait ces trois offres de Satan, prince de ce monde et principe mimétique, pour faire une proposition radicalement nouvelle, le Royaume ou chez Jean, la Vie (éternelle).

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  2. Bien sûr, Jean-Marc n’a pas tort de voir dans les trois tentations les trois pouvoirs donnés aux hommes d’aménager un monde vivable. Mais il n’explique pas pourquoi ces tentations seraient sataniques ; le refus du Royaume serait-il forcément le choix des Ténèbres ? Cela pourrait être celui d’un athéisme raisonnable : préférer un bon tien à deux tu l’auras, le réel à l’utopique, la vie sur terre à la vie éternelle.
    Je suis donc séduite par la lecture karpmanienne faite par JL Salasc de l’épisode biblique. Il faut que ces trois tentations soient à la fois désirables et diaboliques. Sataniquement désirables, donc toxiques. Comment ?
    La première tentation semble sinon la plus désirable, au moins la plus « humanitaire »: rien n’est plus vital à l’homme que de se nourrir et la vie tout court est la condition non suffisante mais nécessaire de toute autre forme de vie. La raison que donne JL Salasc du refus de Jésus de devenir le bienfaiteur, voire le Sauveur de l’humanité en ce sens évidemment charnel me paraît la bonne : « Si Jésus sauvait les hommes de la faim, il les rendrait dépendants de Lui ». Il les priverait de leur humanité véritable, c’est-à-dire de leur liberté.
    Cela peut paraître un peu abstrait, comme raisonnement mais c’est celui qu’on trouve chez Dostoïevski (Les frères Karamazov, livre V, chapitre 5, notre Aliocha va nous donner le lien).
    Ivan Karamazov, pour son frère Aliocha, invente un « poème » qui met aux prises Jésus, revenu sur terre au XVème siècle à Séville « aux plus sinistres jours de l’Inquisition » et le « Grand Inquisiteur ». Jésus se tait, comme lors du premier procès et c’est donc un long réquisitoire d’un grand homme d’Eglise contre le Messie.
    Que Lui reproche-t-il essentiellement ? D’avoir voulu rendre les hommes libres. Cette tâche-là nous a coûté cher, dit l’Inquisiteur, mais on y est arrivés : « les hommes sont plus que jamais persuadés d’être entièrement libres et cependant, ce sont eux qui nous ont apporté leur liberté et l’ont docilement déposée à nos pieds ».
    L’Inquisiteur reprend les trois tentations sataniques, « trois questions où est comme fondue en un tout et prédite toute l’histoire ultérieure de l’humanité ». Restons sur la première : « Vois-Tu ces pierres dans le désert nu et incandescent ? Change-les en pains et l’humanité se précipitera pour Te suivre, tel un troupeau reconnaissant et docile (…) Mais Tu n’as pas voulu priver les hommes de la liberté, et Tu as repoussé l’offre, car où sera la liberté, as-Tu jugé, si l’obéissance est achetée au prix des pains? »
    Girard a commenté cet épisode dans son livre sur Dostoïevski « Du double à l’Unité ». Mais mon commentaire est déjà trop long ! Ch. Orsini

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    1. Oui Christine, ce qui me frappe en te lisant et à la suite de la conférence d’Hervé après l’AG de l’ARM, c’est que Jésus en refusant la tentation des pouvoirs, refuse par avance les abus qui lui sont en pratique associés. Il nous laisse ainsi libres. Et il ajoutera chez Jean : la vérité vous rendra libres.
      #METOO, et aujourd’hui Judith Godrèche en France, CIASE, CIVISE, évocations multiples des phénomènes d’emprise et des « pervers narcissiques », dénonciations du management toxique, remises en cause du patriarcat, promotion d’une éducation des enfants sans violence mais aussi identités victimaires, culture de l’effacement, études décoloniales, etc., il s’agit toujours de faire la vérité sur l’acceptation commune d’abus de pouvoir. Dans le même temps, face aux contagions violentes, société et politiques appellent de leurs voeux un retour de l’autorité et estiment que son affaiblissement est la cause d’un délitement sociétal.
      L’exercice d’une autorité sans abus de cette position est-il plausible ? La maxime anglo-saxonne popularisée par Churchill et Roosevelt, « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités », souvent reprise de manière naïve et caricaturale dans les blockbusters de SF, dit aussi, en creux, un pouvoir, même petit, peut impliquer de grands abus.
      Tout cela est vertigineux. Après le catalogue non exhaustif d’abus de pouvoir dénoncés que je viens de dresser, il est difficile de se croire sans faute ni faiblesse. Et que peut faire la justice si tous les justiciables sont aussi à un titre ou à un autre incriminables ? L’institution judiciaire ne peut condamner tout le monde. L’appel à la miséricorde se comprend comme une alternative nécessaire tout en semblant irréaliste.
      Nous sommes effectivement en train de vivre une remise en question de fondements anthropologiques de nos cultures qui ressemble à la révélation apocalyptique sur laquelle René Girard avait appelé depuis longtemps notre attention.

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  3. « Toutes tes révélations nouvelles porteraient atteinte à la liberté de la foi, car elles paraîtraient miraculeuses ; or, tu mettais au-dessus de tout, il y a quinze siècles, cette liberté de la foi. N’as-tu pas dit bien souvent : « Je veux vous rendre libres. » Eh bien ! Tu les a vus, les hommes « libres », ajoute le vieillard d’un air sarcastique. Oui, cela nous a coûté cher, poursuit-il en le regardant avec sévérité, mais nous avons enfin achevé cette œuvre en ton nom. Il nous a fallu quinze siècles de rude labeur pour instaurer la liberté ; mais c’est fait, et bien fait. Tu ne le crois pas ? Tu me regardes avec douceur, sans même me faire l’honneur de t’indigner ? Mais sache que jamais les hommes ne se sont crus aussi libres qu’à présent, et pourtant, leur liberté, ils l’ont humblement déposée à nos pieds. Cela est notre œuvre, à vrai dire ; est-ce la liberté que tu rêvais ? « *

    Saura-t-on un jour identifier ce que l’on fait, démythifier la violence pour éviter de retomber sans cesse dans la mystification de son éternel retour ?

    « Tel est le sens de la première question qui t’a été posée dans le désert, et voilà ce que tu as repoussé au nom de la liberté, que tu mettais au-dessus de tout. Pourtant elle recelait le secret du monde. En consentant au miracle des pains, tu aurais calmé l’éternelle inquiétude de l’humanité — individus et collectivité —, savoir : « devant qui s’incliner ? » »*

    « « Descends de la croix, et nous croirons en toi. » Tu ne l’as pas fait, car de nouveau tu n’as pas voulu asservir l’homme par un miracle ; tu désirais une foi qui fût libre et non point inspirée par le merveilleux. Il te fallait un libre amour, et non les serviles transports d’un esclave terrifié.  »

    Benoit XVI, alors enfin réconcilié avec James Alison, est ici indispensable :

    « En chemin avec Jésus à l’instar des disciples d’Emmaüs, l’Église apprend toujours à lire l’Ancien Testament avec lui et à comprendre d’une manière nouvelle. Elle apprend à reconnaître que c’est très précisément cela qui est dit par avance à propos du « Messie », et, dans le dialogue avec les juifs, elle doit essayer de montrer que tout cela est « conforme à l’Écriture ». C’est pourquoi la théologie spirituelle a toujours souligné que le temps de l’Église ne signifie pas l’arrivée au paradis, mais correspond à l’exode de quarante ans d’Israël dans le monde entier. C’est le chemin de ceux qui sont libérés. De même qu’il est toujours à nouveau rappelé à Israël que son chemin dans le désert est la conséquence de la libération de l’esclavage d’Égypte ; de même qu’Israël a toujours à nouveau voulu sur son chemin retourner en Égypte, car il n’était pas capable de reconnaître le bien de la liberté comme un bien, de même pour la chrétienté sur son chemin de l’exode : reconnaître le mystère de la libération et de la liberté comme don de la rédemption est toujours à nouveau difficile pour les hommes, et ils veulent retourner à l’état antérieur. Mais grâce aux actions miséricordieuses de Dieu, ils peuvent sans cesse réapprendre que la liberté est le grand don qui conduit à la vraie vie. »

    https://www.cairn.info/revue-communio-2018-5-page-123.htm

    « Tout à coup, le Prisonnier s’approche en silence du nonagénaire et baise ses lèvres exsangues. C’est toute la réponse. « *

    *https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Fr%C3%A8res_Karamazov_(trad._Henri_Mongault)/V/05

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  4. Merci à l’anonyme qui nous permet de relire la Légende du Grand Inquisiteur en entier. Dostoïevski ne connaissait pas le triangle de Karpman, ni la théorie mimétique, mais il y a une certaine similitude entre ces lectures des relations humaines toxiques et l’élément commun est une certaine conception du mal. Le mal, c’est l’orgueil. Karpman, Girard et Dostoïevski pourraient s’entendre sur le fait que le monde est livré au mal ou que Satan est le « prince de ce monde ». « Tout ce que désire l’orgueilleux se ramène en définitive, à se prosterner devant l’Autre, Satan. » (Critique dans un souterrain, p.100, l’Age d’Homme)
    Aliocha dit à son frère Ivan : « tout ce que tu dis, ce n’est pas le blâme mais l’éloge du Christ ». Et pourtant, les arguments de l’Inquisiteur sont irréfutables, il révèle que les hommes ne peuvent supporter le risque de la liberté que leur propose le message évangélique : le Christ est accusé d’avoir surestimé la nature humaine, « de ne pas avoir compris que l’impossible morale de la charité devait forcément aboutir à l’univers du masochisme et de l’humiliation. » Je cite Girard ( Ibidem).
    Karpman jette les hommes dans la spirale mimétique : en fin de compte, être alternativement, au regard d’autrui, sauveur, victime ou persécuteur, c’est toujours être séparé des autres et de soi-même par l’orgueil. L’Inquisiteur auquel s’identifie Ivan Karamazov est l’archétype de l’homme fort d’un régime totalitaire, son mépris de la nature humaine est la forme que prend l’orgueil avant de succomber dans la haine. C’est ce que dit Aliocha de son frère Ivan : « Ou bien il ressuscitera dans la lumière de la vérité, ou bien il succombera dans la haine. »

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    1. Christine ORSINI, tout en étant en plein accord avec votre commentaire, je ne pense pas que Karpman, Girard et Dostoïevski pourraient s’entendre sur le fait que le monde est livré au mal ou que Satan est le « prince de ce monde . KARPMAN regrettait que son triangle dramatique ait pris une telle importance, alors qu’il souhaitait, avec ce triangle, introduire celui qui lui « tenait à cœur » le triangle, que l’on pourrait qualifier de bénéfique, car donnant des outils pour ne pas sortir des relations de jeu rôles du triangle dramatique.
      C’est important à souligner, car, si la société n’a retenu que le triangle dramatique, n’est ce pas rejoindre René GIRARD, en constatant que KARPMAN était dans l’illusion romantique. Je ne connais pas assez son œuvre pour affirmer ou non la présence d’une vérité romanesque

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  5. Puisque la première tentative est restée coincée dans les méandres virtuels, et tant pis si comme d’habitude cela la décoincera, deux fois valent mieux qu’une :

    « Tout à coup, le Prisonnier s’approche en silence du nonagénaire et baise ses lèvres exsangues. C’est toute la réponse. »

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