Du fanatisme

Recension par François Desouches

Adrien Candiard, théologien dominicain vivant au Caire, spécialiste de l’Islam, part d’un fait divers : l’assassinat à Glasgow d’un épicier pakistanais à la veille de Pâques 2016 ; celui-ci avait souhaité « Joyeuses Pâques » à un voisin chrétien, vœu que l’assassin, un coreligionnaire musulman, estimait devoir mériter la mort…

Partant de ce fait divers, A. Candiard déroule une réflexion qui veut montrer que le fanatisme islamiste (mais les autres confessions religieuses, chrétiennes notamment, ne sont pas indemnes de cette maladie), n’a pas pour racine principale une maladie psychique ou une cause politique, ou sociologique, mais bien une origine théologique.

Les origines du fanatisme islamique

Pour l’Islam, il situe cette origine au 14ème siècle avec Ibn Taymiiya, ce dernier se référant lui-même à plus ancien : l’imam Ibn Hanbal au 9ème siècle.

La pensée de ce dernier est la suivante : rien n’est semblable à Dieu qui est l’absolu transcendant. Radicalement différent du monde créé, nous ne pouvons rien connaître de lui, ni avoir la moindre relation avec lui. Tout ce que nous connaissons de lui, c’est la volonté exprimée dans le Coran, ses commandements, qui s’imposent, à l’exclusion de toute autre considération, aux croyants musulmans.

Alors qu’un chrétien se définit par sa relation à Dieu et par les œuvres qui en découlent, ceci n’a aucun sens pour un musulman pieux, qui ne peut prétendre avoir la moindre relation personnelle avec Dieu, puisque nous n’en connaissons pas la nature. Pour lui, aimer Dieu consiste seulement à faire sa volonté. Faire, c’est être. Faire comme les chrétiens (même pour une action banale consistant à fêter joyeuses Pâques), c’est cesser d’être musulman. C’est devenir un apostat, ce qui mérite la mort en droit musulman.

Cette théologie hanbaliste, que Candiard appelle un pieux agnosticisme, est un courant théologique assez marginal dans l’histoire musulmane, mais qui a retrouvé une vigueur nouvelle au 20ème siècle avec le salafisme, cette théologie du refus de la théologie, dont Dieu est absent, sauf sous la forme de commandements.

Le salafisme, théologie dont Dieu est absent

Un certain nombre de musulmans sont aujourd’hui influencés par cette théologie-là, sans savoir qu’elle n’est en Islam qu’une théologie parmi d’autres. En refusant un Dieu accessible à la raison et à la religion, le hanbalisme présente un Dieu qui s’identifie à ses commandements, investis d’une forme d’absolu. Le succès récent d’une théologie qui absolutise les commandements explique l’engouement de l’Islam contemporain pour des questions marginales, voire absentes de l’Islam, qu’elles soient alimentaires (halal) ou vestimentaires (port du voile, barbe). « Avoir la foi, c’est inscrire dans sa chair même (barbe, voile) sa soumission à la loi divine ». Dès lors, « reprocher à  ces croyants de se perdre dans des détails secondaires, écrit Candiard, et d’en oublier l’essentiel, sa relation à Dieu, c’est entamer un parfait dialogue de sourds ».

Cette clef de lecture théologique permet de rendre compte du fanatisme plus finement qu’avec les seules explications psychologiques, politiques ou sociales, qui écrasent les distinctions entre les différentes formes de fanatisme religieux. Ce dernier n’appartient pas en propre à l’Islam. Voltaire (dans son Dictionnaire philosophique) donne de nombreux exemples de fanatisme chez les chrétiens, en particulier les massacres de la Saint-Barthélemy).

Le fanatisme se passe de Dieu

Les théologies qui conduisent au fanatisme sont fort différentes les unes des autres, et leurs fruits ne se ressemblent pas toujours. Mais elles ont quelque chose en commun que Candiard soupçonne d’être à la racine du fanatisme : ce sont des théologies qui ont mis Dieu à l’écart. Le fanatisme est un bannissement de Dieu, presqu’un athéisme, un athéisme qui ne cesse de parler de Dieu, « mais qui, en réalité, sais fort bien s’en passer ».

Cette définition du fanatisme mérite au moins une explication. Car on pense très généralement que le fanatisme provient d’un excès de Dieu et non de son absence. Le bon ne réside-t-il pas dans la modération ? In medio stat virtu, nous dit l’adage latin. Dans le domaine de la foi, faire de la modération une vertu (cf. le souhait de voir les fameux « musulmans modérés » renier les fanatiques islamistes) conduit à donner raison aux violents et aux sectaires qui clament, eux, qu’ils sont de vrais musulmans… Notre société accepte du religieux les aspects qu’elle juge positifs (la morale, les fameuses valeurs), mais rejette ce qu’elle juge excessif, à commencer par la foi elle-même. En matière de religion, nos contemporains craignent davantage l’excès que le défaut. C’est en cela qu’ils se trompent, estime Candiard, car « le fanatisme n’est pas la conséquence d’un présence excessive de Dieu, mais au contraire la marque de son absence ».

A la place de Dieu, les idoles

Car la place ainsi laissée vide par cette absence, ne le reste pas longtemps : elle est vite occupée par quelque chose que la Bible appelle une idole. Pour jouer le rôle de Dieu, on le remplace par quelque chose qui lui ressemble. Pour le Hébreux dans le désert, impatients de voir Moïse descendre du Sinaï, c’était le veau d’or.

Dans le cas du hanbalisme, ce sont les commandements. Ce n’est pas Dieu, mais ce n’est pas très loin.

De son côté le fondamentalisme biblique des chrétiens absolutise chaque verset de l’Ecriture : un fondamentaliste croit que Dieu a créé le monde en sept jours de 24 heures. C’est oublier que la parole de Dieu, c’est le Christ et non le livre qui y donne accès. Si Dieu seul est absolu, alors la Bible est relative. Idole aussi, la liturgie, quand elle cesse d’être le culte du Dieu vivant pour devenir le culte de la liturgie elle-même. On peut idolâtrer la religion, les saints, la Vierge Marie…

Le fanatisme commence quand je veux faire rentrer l’infinité de Dieu dans l’étroitesse de mes idées, de mes enthousiasmes, de mes haines.

Les fausses alternatives à la religion

Alors pourquoi, disent beaucoup, ne pas se débarrasser de ces religions qui risquent de provoquer fanatisme et violence ? Ce serait oublier que les idéologies profanes (le progrès, l’histoire, la classe, la race, la planète…) ont provoqué également, et provoquent encore, fanatisme et violence à des niveaux infiniment plus meurtriers, surtout quand elles ont voulu se débarrasser de Dieu. Profane ou religieux, le fanatisme a la même origine : l’absence de Dieu. Le meilleur moyen de ne pas le remplacer, c’est de le laisser à sa place. Parce que Dieu seul est Dieu.

A l’appui de son raisonnement, A. Candiard convoque Blaise Pascal :

« On se fait une idole de la vérité même, car la vérité hors de la charité n’est pas Dieu ; elle est son image, et une idole, qu’il ne faut point aimer ni adorer. Et encore moins faut-il aimer ou adorer son contraire qui est le mensonge ».

Pascal écrivait aussi à sa sœur Gilberte : « Je suis en colère contre ceux qui veulent absolument que l’on croie la vérité lorsqu’ils la démontrent, ce que Jésus-Christ n’a pas fait en son humanité créée. »

Les démons de l’Evangile connaissent beaucoup de vérités sur Dieu (Cf. Marc 1,23) mais « ils refusent un élément essentiel et premier : son amour. Ils ne sont pas perméables au salut, qui n’est autre chose que l’accueil de l’amour de Dieu. »

Ainsi pour Candiard, le fanatisme est une maladie de la vie spirituelle. Installée à la place de Dieu, l’idole crée un monde clos et cohérent que le réel ne peut jamais venir heurter. La Parole de Dieu, quant à elle, ne fait pas le vide autour d’elle, comme si elle devait exister seule. Elle vient au contraire éclairer un réel complexe, évolutif et surtout dérangeant.

Quels remèdes au fanatisme ?

En  conclusion de son opuscule, A. Candiard évoque les réponses, les remèdes contre le fanatisme. Par delà les programmes de « dé radicalisation », il est « sceptique sur les moyens mis à disposition d’une société agnostique pour faire face à des problèmes authentiquement religieux ». Il ne voit d’autre remède que le développement de la vie spirituelle, un chemin personnel de conversion au Dieu vivant. Il s’agit d’approfondir notre relation à Dieu, « toujours difficile, problématique, mystérieuse, où il s’agit de laisser à Dieu seul cette place absolue qui n’appartient qu’à lui ». « Dieu seul est Dieu et il m’aime », voilà le cœur de ma foi, résume Adrien Candiard.

Ne voulant pas laisser ainsi ses lecteurs sur leur faim, Candiard propose trois remèdes tirés de sa pharmacopée personnelle :

  1. La théologie, qui est bien autre chose qu’un fatras de culture religieuse, mais une réflexion critique, un effort rationnel pour rendre compte de la foi,
  2. Le dialogue interreligieux, à condition qu’au lieu de parler de nous-mêmes, nous parlions de Dieu avec l’autre,
  3. La prière, silencieuse et personnelle, qui est la rencontre, déroutante et transformante, avec le Dieu vivant.

*

Voltaire et les Lumières voyaient dans la maladie qu’est le fanatisme, une folie liée à l’excès de religion, qu’il faudrait soigner par le recours à la raison et à l’éloignement de la religion. Après plus de deux siècles, force est de constater que ce traitement a échoué ? L’éducation et la sécularisation n’ont pas eu raison du phénomène.

Cet échec nous oblige, pense A. Candiard, à cesser d’ignorer par principe « le sens spirituel de l’enfermement fanatique, qui est le refus de la spiritualité, de la relation à Dieu, de l’amour personnel de Dieu. »

Ce n’est pas une position confortable. Aimer Dieu, et accepter de se laisser aimer par lui, « c’est une drôle d’aventure », une aventure spirituelle qui tourne le dos aux facilités médiocres que le monde peut offrir. Cela tombe bien, écrit notre auteur, car « on ne détournera pas du fanatisme ceux que pourrait tenter sa fausse radicalité, en leur proposant de l’eau tiède, mais bien en leur offrant la vitalité d’une eau vive, jaillissant en vie éternelle. »

Résumé établi sous la seule responsabilité de
François Desouches,
le 17 octobtre 2020,
au lendemain du sauvage assassinat de Samuel Paty.

5 réflexions sur « Du fanatisme »

  1. Je suis personnellement convaincu par le recours recommandé par A. Candiard au terme de fanatisme de préférence à tous les autres, surtout celui de séparatisme qui est vraiment inadapté. Il y a bel et bien un terreau religieux au fanatisme, terreau qui donne également le bon grain et l’ivraie, et la parabole du semeur nous dit que les ronces poussent aussi à côté de sa récolte et peuvent l’étouffer tout en l’écorchant. Une foi radicale, ce qu’elle doit être, n’est pas le monopole des fanatiques et les fanatiques ont une foi fort mal enracinée.

    Une théologie critique peut contribuer à limiter la prolifération de l’ivraie et des ronces. Si les textes ne sont pas contextualisés et la religion orientée vers sa vocation d’abaissement de la violence, elle peut être instrumentalisée comme son ferment. Ce n’est pas le tout du problème, mais à l’évidence une partie. La sortie des guerres de religions chrétiennes (autre haut lieu du fanatisme et des interprétations délirantes des textes sacrés comme légitimant les massacres) tout au long du XVIIe siècle a coïncidé avec un développement d’une pensée critique dont Spinoza a été le plus remarquable promoteur : il fut à la fois à l’origine de la théologie critique par une lecture révolutionnaire de la Bible et le défenseur de la liberté d’opinion et d’expression dans son Traité théologico-politique.

    Je n’ai pas manqué de penser en lisant ce texte à ce que nous écrivions dans le blogue il y a déjà longtemps et qui justifie parfaitement que ce résumé du texte d’A. Candiard nous soit proposé ici : « « L’homme possède ou un Dieu ou une idole » est l’exergue placée au début de Mensonge romantique et vérité romanesque en 1961. Le programme de toute une œuvre écrite durant plus d’un demi-siècle, le fil conducteur qui le mènera de la théorie littéraire à l’anthropologie et à la théologie, jusques aux prémices d’une histoire mimétique dans Achever Clausewitz, est présent dans cette courte phrase en forme d’alternative. »

    Pour participer à la discussion, je renvoie également à mon texte intitulé « Tuer dans l’espoir du paradis » publié en 2017 par PJCV : https://trivent-publishing.eu/triventvechi/journals/pjcvI2/5.%20Jean-Marc%20Bourdin_FR.pdf

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  2. La réflexion du père Candiard me semble rejoindre, volontairement ou pas, je ne saurais dire, un point de vue girardien : la Croix dévoile la fausseté des idoles sacrificielles.
    Cette catégorie est bien fournie : idolâtrie du pouvoir, de l’argent, des idéologies, de l’apparence, des objets, etc. Les faux dieux surabondent. Adrien Candiard met donc dans cette catégorie la lecture hanbaliste, salafiste aujourd’hui, de l’islam. Il y voit aussi les égarements commis par les chrétiens au nom du Christ et cependant dans la négation de son message. C’est là une question qui hante la pensée de Girard, celle de l’incompréhension du sens de la Croix, qui conduit à ne voir dans la Passion du Christ qu’un rite sacrificiel comme les autres, alors qu’elle les dénonce précisément.
    Sur ce volet des idoles sacrificielles, le père Candiard est ainsi parfaitement synchrone avec la pensée de Girard.
    Par contre, il ne sollicite pas l’autre grand volet de celle-ci, à savoir les effets du mimétisme (j’ignore si Adrien Candiard est familier de la théorie mimétique).
    Or le mimétisme est présent dans la question du fanatisme, ne serait-ce que par l’effet de contagion dans la radicalisation ou la « reproduction « des attentats, etc. Tout cela mériterait approfondissement. Il me semble a priori que cette approche serait parfaitement compatible avec celle du père Candiard.
    En tout cas, un grand merci à François Desouches pour cette recension captivante, qui plus est inspirée par cette circonstance à forte charge émotionnelle, le genre de circonstances où il est difficile de mener une réflexion pondérée.

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  3. Magnifique. D’une rationalité sans faille. Même si les propos d’Adrien Candiard bousculent nos banalités établies (sur la laïcité, sur les Lumières, etc.). En nous donnant une telle matière à méditer, L’Émissaire accomplit une tâche nécessaire. Merci.

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  4. « Pour le musulman pieux, aimer Dieu consiste seulement à faire sa volonté ». Il en est de même pour le chrétien pieux. « Laisser Dieu agir en nous, voilà le sacrifice chrétien » écrit Joseph Ratzinger dans « La foi chrétienne hier et aujourd’hui ».
    Le problème ne semble pas l’abandon à la volonté de Dieu mais l’interprétation de cette volonté. Avec Girard, on comprend que l’obéissance stricte à des commandements s’imposant dans tous les gestes du quotidien a pour objectif de garantir la cohésion de la communauté, son ordre, son harmonie. Les interdits liés à des séparations sociales nettes contiennent la violence et empêchent la mise en cause de ces séparations hiérarchiques. Plus avant, la destruction (en offrande à Dieu) de celui qui n’appartient pas à cet ordre, mauvais musulman de l’intérieur comme le malheureux épicier pakistanais, mécréants de l’extérieur comme tous les non-musulmans, conforte la communauté liguée contre les fauteurs de troubles.

    Dire que dans le fanatisme, Dieu a été écarté et remplacé par une idole escamote le cœur du sujet. Dieu perçu comme entité garante de la cohésion sociale engendre une vision apaisante des choses, atténue l’angoisse de la liberté et de la solitude humaines. Ce Dieu garant de l’unanimité a été copié dans les entités profanes et rassembleuses du Progrès, de l’Histoire etc. Reconnaître que Dieu n’est pas le garant de l’ordre social ouvre sur une liberté dangereuse pour la société. Cette liberté nouvelle doit puiser dans l’amour pour ne pas nuire au prochain. Pas l’amour humain à qui l’on fait dire tout ce qu’on veut mais l’amour divin. Cette liberté nouvelle doit donc abandonner ses prétentions à l’autonomie pour suivre et imiter le Christ, modèle de l’amour et de l’abandon à la volonté du Père qui est aussi notre Père.

    D’où des difficultés majeures pour combattre le fanatisme. Il faut affirmer que Dieu est amour et non gardien de troupeau communautaire. Or ce nouveau récit théologique a des conséquences destructrices pour la société. L’amour de Dieu touchant tous les hommes implique de renoncer à la destruction sacrificielle des infidèles, donc de renoncer aux boucs-émissaires. La violence contenue par les sacrifices sera libérée, la structure sociale perdra sa légitimité, les institutions seront sapées puis contestées. Remplacer par une anarchie une société régulée n’est pas une perspective plaisante. Non plus de remplacer l’entité rassembleuse par la Société de Consommation (satisfaction de tous les désirs afin d’éviter les frustrations et donc les occasions de querelles). Cette entité-là montre ses limites et d’abord parce qu’elle repose sur une destruction sans précédent de notre milieu naturel. Ce formidable holocauste prouve qu’on en est toujours à maintenir la cohésion sociale par le sacrifice.

    La « vigueur nouvelle » du salafisme repose certainement sur cette impossible évolution. Renforcer la théologie ou dialoguer entre croyants semble vain puisque ces deux propositions écartent l’anthropologie pour s’en tenir ou revenir à la relation du croyant à Dieu. Or cette relation s’accorde à la vision du monde de chaque religion et ne peut être comprise par l’autre partie. Entre le Dieu d’amour des chrétiens et le Dieu inconnaissable du salafisme, il n’y a nul chemin et nul moyen de prouver quel est le vrai Dieu. D’où le scepticisme du père Candiard.

    La situation empire si on la replace dans la perspective historique décrite par Girard depuis la Croix et la Résurrection : la lente et inéluctable révélation des victimes, le dévoilement du mécanisme du bouc-émissaire, la condamnation croissante des persécutions. Elle donne raison au christianisme : raison de plus pour la refuser (rivalité mimétique et toute la suite) ! Et puis elle lui donne raison en dehors du catholicisme qui ne connaît pas ou peu les réflexions de Girard et ne peut donc les intégrer à ses analyses.

    Cet ébranlement historique ne concerne pas seulement le salafisme ou l’islam et il est inutile d’attendre de la « société agnostique » qu’elle propose des solutions. Elle est confrontée à cette même montée de la violence, la traque des persécuteurs étant la manière actuelle de désigner puis de liquider les indispensables boucs émissaires.

    Reste la prière. On pourrait ajouter un 4e remède : faire connaître la pensée de René Girard comme vous vous y employez sur ce blogue. Le père Candiard la connaît-il ?

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  5. On ne peut qu’éprouver de la reconnaissance à l’égard des auteurs de ces textes très éclairants sue le fanatisme. Celui de François Destouches qui résume une thèse iconoclaste et girardienne : ce n’est pas l’excès de présence mais l’absence de Dieu qui produit le fanatisme. Le Père Candiard dit quelque chose de très sensé en exprimant son scepticisme à l’égard de la pertinence « des moyens mis à disposition d’une société agnostique pour faire face à des problèmes authentiquement religieux. » On fait erreur en attribuant les abominations sanglantes commises au nom de Dieu à un excès de foi ; on se trompe aussi si l’on s’attaque à cette violence en méprisant ou en ignorant le fait religieux.
    Le commentaire de « NathR » est très éclairant aussi : il souligne « l’ébranlement historique » que la mise à l’écart de la religion dans nos sociétés laïques a produit et continue de produire, en particulier à cause de cette « liberté dangereuse », qui, si elle ne prend pas sa source dans l’amour de Dieu et du prochain, peut générer pas mal d’égarements individuels et collectifs.
    « La négation de Dieu ne supprime pas la transcendance mais elle peut faire dévier celle-ci de l’au-delà vers l’en-deçà. » Peut-être que le Père Caudiard n’a pas lu Girard, sinon il aurait pu se servir de cette expression de « transcendance déviée », bien utile, je trouve, pour aborder le problème du fanatisme. Evidemment, il faut partir du désir selon Girard, qui n’est « mimétique » que parce qu’il est d’abord « métaphysique ». Un désir d’Etre. Qui, faute de s’adresser où il faut, va s’égarer dans l’idolâtrie. On peut faire l’hypothèse que celui qui idolâtre la Loi, en plus de se donner une raison de vivre, donc de mourir, en plus de s’agréger à une communauté de « vrais croyants », se donne aussi, mimétiquement, un pouvoir divin, en étant le « bras armé » de Dieu. Il éprouve la jouissance d’exercer le droit de vie ou de mort, un pouvoir absolu, sur les « mécréants ».
    Le personnage de l’Etranger de Camus, qui incarne l’individualisme nihiliste (il ne ressent rien, n’éprouve aucun désir, tue un homme par hasard), est l’antithèse du fanatique. La lecture géniale que Girard fait du roman révèle que l’indifférence du héros, indifférence si scandaleuse qu’elle semble être le vrai motif de sa condamnation à mort, est une (im)posture. Quand il s’écrie : « Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu’il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu’ils m’accueillent avec des cris de haine », n’exprime-t-il pas le désir secret du « radicalisé de fraîche date » dont la vraie hantise serait l’indifférence des autres ?

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