par Jean-Marc Bourdin
Parmi les présocratiques, le fragment d’Héraclite « Polemos est père de toutes choses » avait la préférence de René Girard. Dans la période post-girardienne qui commence, peut-être faudrait-il désormais affirmer que « polémique est mère de toutes choses. » Si la guerre a quelque peu perdu de sa superbe institutionnelle, cette non-institution que constitue la multitude des polémiques relayées et enflées par les médias et les soi-disant « réseaux sociaux » tend à saturer l’espace communicationnel, là où devraient normalement se former et s’épanouir les consensus qui font une opinion publique à la suite de débats rationnels et raisonnables, pour parler comme John Rawls.
Polémiqueur, plutôt que polémiste, est devenu un métier socialement reconnu. Je me permets d’ajouter ce néologisme à celui qui n’en n’est déjà plus un d’influenceur. Le format habituel de l’émission télévisée à bas coûts de production, de la téléréalité aux débats d’experts en passant par les débats politiques et les émissions de commentaires plus ou moins humoristiques de l’actualité anecdotique, est désormais celui de l’opposition, voire du dénigrement. Les affrontements de doubles entre modèles-obstacles sont devenus des ferments essentiels à la notoriété. « Faire le buzz » et déclencher la viralité actualisent la contagion mimétique. La route antique des hommes pervers attire de plus en plus de randonneurs. Mais il semble désormais enviable de provoquer la vindicte des envieux. Qu’on parle de moi, même en mal, et je serai sûr d’exister. Si l’on m’en veut, c’est que je vaux.
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