Djihadisme : le retour du sacrifice

Le 27 octobre dernier, Jacob Rogozinski est venu présenter son dernier livre Djihadisme : retour du scacrifice (Editions DDB, 2017) à la librairie Millepages de Vincennes. Nous donnons ici quelques extraits de la rencontre.

 

Quel est cet ennemi qui nous attaque à la terrasse des cafés, dans   une école, une salle de concert, une promenade ou une église ?
Un philosophe répond ici à cette question. Il montre que les notions de «terrorisme » ou de « radicalisation » nous empêchent de penser la terreur djihadiste. Il se demande où ce dispositif puise sa force d’attraction, dans quel contexte historique et social il est apparu, s’il est l’indice d’un « retour du religieux » et quelle relation il entretient avec la religion musulmane. Car le djihadisme a tout à voir avec l’islam, mais il n’est pas la vérité de cette religion : en voulant la réaffirmer, il la retourne contre elle-même.
Certains aspects de l’islam apparaissent alors au grand jour : son utopie émancipatrice, sa conception du pouvoir politique, sa dimension messianique et la rivalité qui l’oppose aux deux autres religions abrahamiques. Nous découvrons des « trésors perdus » de cette tradition. Ils pourraient nous aider à combattre la cruauté archaïque que les religions cherchent à contenir et qui fait aujourd’hui retour avec les martyrs-meurtriers du djihad.

Jacob Rogozinski est philosophe et professeur à l’Université de Strasbourg. Il est notamment l’auteur de Le Moi et la chair (2006) et de Ils m’ont haï sans raison – De la chasse aux sorcières à la Terreur (2015).

4 réflexions sur « Djihadisme : le retour du sacrifice »

  1. Je n’ai pas lu le livre. Analyse très juste, sauf en ce qui me concerne la toute fin de la vidéo. Je ne pense pas qu’on puisse dissocier le messianisme et l’Apocalypse. L’Apocalypse (qui signifie révélation, et non destruction) traverse la Bible et le Coran de part en part. Les allusions apocalyptiques imprègnent les Évangiles, sans compter les chapitres eschatologiques. La Passion et la Résurrection sont symboliques du phénomène apocalyptique. La Révélation déclenche nécessairement une crise, le déchaînement de violence, trois jours d’obscurité, de mort, de désespoir, avant que la vie ne renaisse sous une autre forme. M. Ragosinski espère éviter l’Apocalypse, et c’est là l’erreur que nous commettons tous. Il faut au contraire aimer la crise, la souhaiter : « C’est un feu que je suis venu apporter sur la terre et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (Lc 12, 49)
    La dimension apocalyptique des Écritures rend parfaitement compte du phénomène du terrorisme contemporain (pas seulement islamique : voir les tueries aux EU, le suicide d’Andreas Lubitz, Anders Breivik…). Il y a deux réactions à la crise apocalyptique. Il y a ceux, majoritaires, qui veulent l’éviter à tout prix, et qui se réfugient dans les structures rassurantes du passé, et il y a ceux qui veulent « hâter le terme ». Peine perdue : nous ne sommes pas aux commandes du processus. Toutes nos tentatives d’éviter la crise ne font que l’alimenter. Ceux qui veulent la précipiter ne font que la rendre plus violente que nécessaire.
    C’est très profondément dans notre « terre humaine » que s’enracine le mal, c’est jusqu’à ces profondeurs qu’il faut labourer pour semer des graines de nouveauté. On peut le regretter, s’en scandaliser, s’en lamenter, mais cela n’y change rien.

    « Voici ce que me dit le SEIGNEUR, le Dieu d’Israël : « Prends de ma main cette coupe de vin, de vin capiteux, et offre-la à toutes les nations chez lesquelles je t’envoie. Elles boiront, tituberont, délireront à la vue de l’épée que je plonge au milieu d’elles. » […] Si elles refusent de prendre la coupe de ta main, pour la boire, tu leur diras : « Ainsi parle le SEIGNEUR de l’univers : Vous la boirez quand même. » (Jérémie 25, 15-16 ; 28)

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  2. Je ne suis pas certain qu’il y ait retour du sacrifice. Mais sa permanence. L’eugénisme, le darwinisme, le libéralisme le communisme, le machinisme sont autant de systèmes de pensée complexes légitimant le sacrifice. Mais bon. Tant pis. Cette fixette sur l’Islam est délétère elle enferme le monde moderne dans ses certitudes quitte à faire d’énormes erreurs. Il est probable qu’avec le Salafisme radical c’est le diable qui triomphe, mais des 2 côtés depuis 2001. Diabolos par opposition à Symbolos. L’Islam et les peuples perdants de la mondialisation récupérant à peu près toutes les victimes du monde libéral dans lequel nous vivons. Une sorte de grande déchetterie du monde occidental. N’oublions pas que dans nos poubelles ne se trouvent pas que des excréments mais aussi du pain frais, de l’uranium, de l’or et des métaux précieux voir des âmes déversées. La colère étant à la mesure des violences passées, présentes et à venir. Les premiers attentats suicides furent le faits d’hindouistes, des tamouls, déchets pour les sri-lankais moins que rien, citoyens de seconde zone, cooli laissés en pâture par les colons anglais. C’est au prix d’une guerre civile sanglante et d’un exode traumatisant que le Sri Lanka se targue d’en avoir fini avec les tamouls. Les tigres subsistent encore. Tant que l’on assimilera le modèle Américain à modèle chrétien ce que ne se privent pas de faire les évangélistes il est à peu près sûr que la guerre des trois religions du livre persiste. La décision de Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’état d’Israël étant un bel exemple et un beau gage donné à la branche fanatique du christianisme. La prochaine étape étant la reconstruction du temple. L’église catholique n’à plus que pour unique rôle de retarder ce moment fatidique que pourrait-elle faire de plus? Je ferais remarquer que les bulldozers, le mur, l’extension des frontières d’Israël sont autant de sacrifices religieux caché sous les pierres. N’est ce pas le propre de tout sacrifice réussit que de parvenir à le cacher. Voilà qui est problématique. Seul les saints n’ont pas de sang sur les mains. Les Djihadistes ne sont que la face visible de notre univers sacrificiel. Nous serions dans des sociétés civilisées qui n’agiraient plus de façon archaïque cela reste à prouver. Ce n’est pas parce que les caméras dénoncent ( d’ailleurs parfois de façon outré et caricaturale) ce système qu’il à disparu. Le grand jeu étant de plus en plus de découvrir des minorités persécutés pour reprendre de l’autre mains aux majorités. L’invention de victimes est le plus grand scandale de notre époque. Une sorte de miroir déformant et grossier du christianisme. Les traumatismes ayants valeur de stigmates. Nous avons des pseudo victimes dont seul la force de frappe médiatique permet de mesurer la pertinence. Le djihadisme joue avec ce mécanisme y parvient parce qu’il y à mensonge sur la marchandise comme pourrait le dire un consommateur. La lutte des musulmans n’est pas terminée elle ne fait que commencer et les réactions absurdes du monde occidental ne peuvent que l’attiser. Une réponse judiciaire eut été préférable aux déclaration guerrières. Ce n’est pas la voie prise. Ni par la France, , ni par les Etats Unis. Je ferais juste remarquer que la diplomatie française tenta de résister à ce jeu, dix ans plus tard la France est belle et bien engagée et peut-être le plus belliqueux des pays en guerre contre le terrorisme. Cela nous en apprends beaucoup sur notre façon d’agir et nos réactions humaines ce qui semblait juste il y à dix an ne l’est plus après les attentats de 2015. Les réactions disproportionnées des Etats Unis deviennent des solutions. Prochain bouc émissaires non l’islamisme, non le djihadisme mais les populations musulmanes à moins que cela ne soit déjà le cas l’islamisme légitimant à peu près toutes les dérives possible. Irak? Lybie? Exactions contre les touarègues. Syrie, Tchétchénie? L’ effondrement culturel de l’islam serait l’une des plus grandes catastrophe que notre monde ait à subir.

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    1. L’essai de J. Rogozinski mérite vraiment la lecture. Des extraits d’une présentation orale ne peuvent entièrement rendre justice à une recherche approfondie, dont les origines se trouvent dans « Ils m’ont haï sans raison », un ouvrage au long cours qui se préoccupe autant des persécutions comme la chasse aux sorcières que des exclusions dans les sociétés de castes en aboutissant aux dispositifs de terreur qui ont prospéré depuis la Révolution française.

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