
par Jean-Louis Salasc
Après deux ans de guerre en Ukraine, c’est l’échelle des morts et des estropiés, civils ou militaires, ukrainiens ou russes.
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Un million de vies brisées, alors que les vainqueurs et les vaincus sont connus depuis longtemps.
Au chapitre des vainqueurs, médaillés d’or, les dirigeants chinois.
La Fédération de Russie n’a plus d’autre choix que de se tourner vers la Chine, pour vendre son gaz, trouver une alternative au système de paiements internationaux et obtenir un (discret) soutien à son effort de guerre. Les dirigeants chinois vont mettre la main sur les immenses ressources du sous-sol russe, à des conditions plus que favorables. Accessoirement, la guerre d’Ukraine allège la pression que leur grands concurrent, les dirigeants des Etats-Unis, exercent sur eux. Enfin, elle procure aux dirigeants chinois une posture avantageuse aux yeux du Sud global ; un envoyé du gouvernement chinois entame actuellement une tournée d’évaluation et se présente comme recours pour la paix. Tout cela sans voir donné le moindre coup de fusil ; les mânes de Sun Tzu sont dûment honorées : « Détruire l’adversaire n’est qu’un pis-aller ; la meilleure stratégie est de s’emparer de lui sans avoir à combattre ».
La médaille d’argent revient aux dirigeants des Etats-Unis.
L’OTAN, qu’ils contrôlent, naguère en état de « mort cérébrale », vient de s’élargir encore, avec la perspective de nouvelles bases militaires en Suède et en Finlande. Les commandes à l’industrie américaine de l’armement connaissent et vont connaître un remarquable essor. Conséquence du sabotage des gazoducs sous-marins de Nord Stream, les Etats-Unis remplacent la Russie comme fournisseur de gaz à l’Europe. Enfin, en contrepartie de son aide à l’Ukraine, des compagnies américaines ont obtenu les futurs contrats de reconstruction du pays, et ont acquis, en particulier les fonds Black Rock et Vanguard, une grande partie des terres cultivables d’Ukraine. Un bémol cependant : l’exclusion de la Russie du système SWIFT des paiements internationaux ouvre la porte à des transactions hors dollar, ce qui menace son statut de monnaie de réserve mondiale.
Voici maintenant les vaincus ; peu importe ici le classement.
Les dirigeants russes sont embourbés dans un conflit qu’ils ne parviennent pas à maîtriser. Le pays perd des hommes alors que la démographie est l’un de ses points faibles. Les dirigeants russes se sont aliénés la population ukrainienne, qui était à 73% favorable à une entente avec la Russie en 2019 (résultat de Volodymyr Zelenski à l’élection présidentielle, sur la promesse de campagne de faire la paix avec Moscou). L’OTAN s’est agrandie ; la Fédération de Russie ne bénéficie plus de la neutralité de la Suède et ni surtout de la Finlande, avec qui elle partage une frontière de 1 300 kilomètres. Plus généralement, toute perspective de voisinage pacifique avec l’Europe est désormais exclue pour des décennies. Les pays européens ne sont plus clients de l’énergie russe, c’est une perte majeure. Enfin, la position géopolitique à long terme de la Fédération de Russie est compromise : nous l’avons vu, elle est désormais à la merci des dirigeants chinois, indépendamment des manifestations d’amitié respectives. Même si l’armée russe parvenait à s’emparer de la totalité de l’Ukraine (en deux ans de combats, elle n’est toujours pas arrivée à franchir le Dniepr), cela ne changerait rien à ce bilan ; cela l’alourdirait même que d’avoir à occuper un pays hostile.
L’Ukraine est dévastée. Une partie de la population a quitté le pays, et les pertes humaines sont terribles. Le simple fonctionnement de l’Etat ukrainien dépend intégralement des subsides apportés par les dirigeants des pays occidentaux. L’une des grandes ressources de l’Ukraine, la production agricole, est hypothéquée (cf. ci-dessus). Les forces armées ukrainiennes tiennent tête à celles de la Russie, mais les dirigeants ukrainiens ont un problème avec les buts de guerre, car les leurs (récupérer les territoires de 1991) ne coïncident pas avec les objectifs des pays qui les soutiennent. Par exemple, les dirigeants des Etats-Unis cherchent avant tout à affaiblir la Russie, ainsi qu’en témoigne un rapport publié en 2019 par un cabinet conseil du Pentagone (1). Même si l’armée ukrainienne parvenait à reprendre le Donbass et la Crimée, le pays et ses dirigeants se retrouverait dans la situation de vassal des dirigeants occidentaux. Il est vrai que beaucoup acceptent et même savourent ce statut, les dirigeants américains étant tous, nous le savons bien, des philanthropes désintéressés, attentifs et délicats à l’égard de leurs obligés.
Les pays européens sont également à inscrire dans la liste des vaincus. La menace russe les assujettit encore davantage à l’OTAN et aux dirigeants des Etats-Unis ; n’oublions jamais la phrase de Zbigniew Brzezinski, ex-secrétaire d’état, dans son ouvrage « Le grand Echiquier » en 1993 : « L’Europe de l’Ouest reste dans une large mesure un protectorat américain et ses Etats rappellent ce qu’étaient jadis les vassaux et les tributaires des anciens empires ». Les pays européens se retrouvent dorénavant en antagonisme aigu avec leur plus grand voisin. Le gaz russe, géographiquement proche donc meilleur marché, est désormais inaccessible ; l’industrie allemande en est particulièrement pénalisée. Le soutien à l’Ukraine coûte et coûtera cher, quel que soit l’issue des combats sur le terrain.
Un million de vies brisées, mais l’escalade continue.
Le panorama précédent pourrait suggérer que le conflit s’éteigne : les vainqueurs ont pris leurs gains et les vaincus n’ont plus guère de perspectives d’améliorer leur bilan structurel.
Ce serait oublier les lois de la rivalité mimétique, qu’a dévoilées l’anthropologie de René Girard. Je me proposais de mener une « analyse » girardienne de ce conflit, mais le schéma de montée aux extrêmes crève tellement les yeux que le terme « analyse » est largement surdimensionné.
Notons simplement quelques points caractéristiques. Comme entre autres le mécanisme d’accusation réciproque, que nous avons tous pratiqué dès la cour de la petite école : « C’est pas moi qui ai commencé, c’est lui ». Les protagonistes semblent tous avoir bien du mal à se déprendre de son emploi : « C’est Poutine l’agresseur », « C’est l’OTAN qui s’est avancé vers l’est », etc.
Autre trait caractéristique, que Girard a mis en évidence dans les spirales de réciprocité violentes : l’oubli de l’objet initial ; ici des cousins germains, dirigeants ukrainiens et dirigeants russes, qui se disputent un petit territoire. Mais cet objet a disparu derrière les fantasmes des dirigeants des pays entrés dans la boucle. « Poutine ne doit pas gagner », « Cette opération est existentielle pour la Russie », « Il faut sauver la démocratie », « L’OTAN ne doit pas perdre sinon elle s’effondrera », « Il faut mettre fin à l’hégémonie unipolaire de l’Occident », etc.
A part quelques personnalités signalées dans un précédent article (2), aucun dirigeant, ni occidental ni russe, ne propose d’explorer la voie diplomatique. Au contraire, « petites phrases » et « tweets » alignent les menaces comme à la parade. Une position apparemment plus raisonnable s’affiche parfois : « Oui à la négociation, mais il faut d’abord améliorer notre position ». C’est-à-dire continuer la guerre et faire s’entretuer nos soldats : ce serait un oxymore savoureux s’il ne faisait référence à une sinistre réalité.
Un million de vies brisées et que faisons-nous ?
Nos dirigeants ont envoyé en Ukraine des canons Caesar et des missiles SCALP, qui ont tué. Ces armes sont financées par nos impôts : nous avons du sang sur les mains. Nous n’avons pas même la justification, si c’en est une, qu’il s’agissait d’ennemis : nous nous entendons sans cesse répéter que nous ne sommes pas en guerre contre la Russie.
Récemment, le président de la République a émis l’idée que les pays de l’OTAN pourraient envoyer des troupes combattre en Ukraine. Un tollé s’ensuit : de Jan Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN, à Joe Biden, tous condamnent le propos.
Mais une petite musique commence à s’élever. D’abord par quelques « experts » qui, dans divers médias, donnent raison au président de la République ; ils sont bientôt rejoints par des politiciens, comme Jean-Pierre Raffarin. Puis, la perspective est clairement soutenue par les dirigeants de divers pays, la République tchèque, la Lituanie, la Pologne…
Depuis deux ans, le discours dominant consistait essentiellement à désigner Vladimir Poutine comme source unique du conflit et à décrire la menace, de caractère très général, qu’il fait peser sur à peu près tout. Et voilà que surgit, une dizaine de jours après les propos « polémiques » du président, une nouvelle thématique : ceux qui refuseraient d’envoyer des troupes en Ukraine sont des lâches, dit-il au cours de sa visite en République tchèque. Par un étonnant hasard, le magazine « Le Point » propose la même semaine comme page de couverture : « Ces Français au service de Moscou ». Après la désignation de l’ennemi et sa diabolisation, voici donc maintenant la phase de dénonciation des « traîtres » à l’intérieur de la communauté.
Et une semaine plus tard, un vote, non contraignant vous l’avez noté, permet à l’Assemblée nationale de cautionner a posteriori les livraisons d’armes depuis deux ans et l’accord de défense franco-ukrainien que le président de la République avait passé de façon discrétionnaire le mois précédent.
De cette séquence, beaucoup d’interprétations ont été données : dérapage, erreur, manœuvre politique, gestion de l’actualité, jeu de rôle, prise de leadership européen, etc.
Sauf une.
Sauf la lecture girardienne selon laquelle un « médiateur » serait à l’œuvre pour instiller dans notre communauté nationale, sinon à l’échelle de l’OTAN, le désir de guerre contre la Russie. Il n’y a pas de désir sans médiateur, nous enseigne Girard. Alors, dans le cas présent, de qui s’agit-il ?
Le désir de guerre est toujours porté par un petit club. Il trouve ses membres parmi cinq cercles : les dirigeants politiques, les marchands d’armes, la haute hiérarchie militaire, les journalistes et les financiers.
C’est un club restreint, mais les guerres sont collectives, elles engagent toute la communauté ; comme disait Henri Jeanson : « La guerre, le seul plaisir des princes dont les peuples aient leur part ». Le petit club se trouve donc à devoir jouer les « médiateurs ».
Il s’avère que cette activité s’est professionnalisée, et même industrialisée, au fil des siècles. Son vecteur est la propagande. Propagande ! Quel un gros mot ! Bien sûr, seuls nos adversaires en sont coupables ; nos démocraties, vous le pensez bien, ne mangent pas de ce pain-là.
En 1916, Woodrow Wilson est candidat à sa propre réélection ; il mène campagne sur le maintien les Etats-Unis à l’écart du conflit en Europe, position disposant d’une écrasante majorité dans l’opinion publique américaine. Tout juste réélu, Woodrow Wilson est saisi d’une soudaine inspiration messianique et fait entrer les Etats-Unis en guerre le 6 avril 1917 ; dix jours plus tard, il met en place la Commission Creel, afin de convaincre l’opinion du bien-fondé de sa volte-face, de trouver des volontaires et de mobiliser l’épargne des américains (ce seront les célèbres « Liberty Bonds »). L’un des membres de cette commission était Edward Bernays, neveu de Sigmund Freud et futur pape de l’industrie publicitaire américaine. Quelques années plus tard, en 1925, il s’émerveillera du succès de la commission Creel et détaillera ses actions et opérations par le menu. Dans un livre qui s’intitule Propaganda.
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(1) Rand Corporation, 2019, « Overextanding and unbalancing Russia” (disponible sur le net)
(2) Lien : https://emissaire.blog/2023/03/14/ukraine-deuxieme-annee/
Tout est donc de la faute du publicitaire, bouc émissaire comme un autre.
Allons, allons, pillons, pillons, et comprenons à quel effort individuel nous invite l’accomplissement de notre destin européen :
« Et pourtant depuis deux ans l’immense être humain appelé France et dont, même au point de vue purement matériel, on ne ressent la beauté colossale que si on aperçoit la cohésion des millions d’individus qui comme des cellules aux formes variées le remplissent, comme autant de petits polygones intérieurs, jusqu’au bord extrême de son périmètre, et si on le voit à l’échelle où un infusoire, une cellule, verrait un corps humain, c’est-à-dire grand comme le Mont Blanc, s’était affronté en une gigantesque querelle collective avec cet autre immense conglomérat d’individus qu’est l’Allemagne. Au temps où je croyais ce qu’on disait, j’aurais été tenté, en entendant l’Allemagne, puis la Bulgarie, puis la Grèce protester de leurs intentions pacifiques, d’y ajouter foi. Mais depuis que la vie avec Albertine et avec Françoise m’avait habitué à soupçonner chez elles des pensées, des projets qu’elles n’exprimaient pas, je ne laissais aucune parole juste en apparence de Guillaume II, de Ferdinand de Bulgarie, de Constantin de Grèce, tromper mon instinct qui devinait ce que machinait chacun d’eux. Et sans doute mes querelles avec Françoise, avec Albertine, n’avaient été que des querelles particulières, n’intéressant que la vie de cette petite cellule spirituelle qu’est un être. Mais de même qu’il est des corps d’animaux, des corps humains, c’est-à-dire des assemblages de cellules dont chacun par rapport à une seule est grand comme une montagne, de même il existe d’énormes entassements organisés d’individus qu’on appelle nations ; leur vie ne fait que répéter en les amplifiant la vie des cellules composantes ; et qui n’est pas capable de comprendre le mystère, les réactions, les lois de celles-ci, ne prononcera que des mots vides quand il parlera des luttes entre nations. Mais s’il est maître de la psychologie des individus, alors ces masses colossales d’individus conglomérés s’affrontant l’une l’autre prendront à ses yeux une beauté plus puissante que la lutte naissant seulement du conflit de deux caractères ; et il les verra à l’échelle où verraient le corps d’un homme de haute taille des infusoires dont il faudrait plus de dix mille pour remplir un cube d’un millimètre de côté. Telles depuis quelque temps, la grande figure France remplie jusqu’à son périmètre de millions de petits polygones aux formes variées, et la figure remplie d’encore plus de polygones Allemagne, avaient entre elles deux une de ces querelles, comme en ont, dans une certaine mesure, des individus.
Mais les coups qu’elles échangeaient étaient réglés par cette boxe innombrable dont Saint-Loup m’avait exposé les principes ; et parce que même en les considérant du point de vue des individus elles en étaient de géants assemblages, la querelle prenait des formes immenses et magnifiques, comme le soulèvement d’un océan aux millions de vagues qui essaye de rompre une ligne séculaire de falaises, comme des glaciers gigantesques qui tentent dans leurs oscillations lentes et destructrices de briser le cadre de montagne où ils sont circonscrits. Malgré cela, la vie continuait presque semblable pour bien des personnes qui ont figuré dans ce récit, et notamment pour M. de Charlus et pour les Verdurin, comme si les Allemands n’avaient pas été aussi près d’eux, la permanence menaçante bien qu’actuellement enrayée d’un péril nous laissant entièrement indifférents si nous ne nous le représentons pas. Les gens vont d’habitude à leurs plaisirs sans penser jamais que, si les influences étiolantes et modératrices venaient à cesser, la prolifération des infusoires atteindrait son maximum, c’est-à-dire, faisant en quelques jours un bond de plusieurs millions de lieues, passerait d’un millimètre cube à une masse un million de fois plus grande que le soleil, ayant en même temps détruit tout l’oxygène, toutes les substances dont nous vivons, et qu’il n’y aurait plus ni humanité, ni animaux, ni terre, ou, sans songer qu’une irrémédiable et fort vraisemblable catastrophe pourrait être déterminée dans l’éther par l’activité incessante et frénétique que cache l’apparente immutabilité du soleil, ils s’occupent de leurs affaires sans penser à ces deux mondes, l’un trop petit, l’autre trop grand pour qu’ils aperçoivent les menaces cosmiques qu’ils font planer autour de nous. Tels les Verdurin donnaient des dîners (puis bientôt Mme Verdurin seule, après la mort de M. Verdurin) et M. de Charlus allait à ses plaisirs sans guère songer que les Allemands fussent — immobilisés, il est vrai, par une sanglante barrière toujours renouvelée — à une heure d’automobile de Paris. Les Verdurin y pensaient pourtant, dira-t-on, puisqu’ils avaient un salon politique où on discutait chaque soir de la situation, non seulement des armées, mais des flottes. Ils pensaient, en effet, à ces hécatombes de régiments anéantis, de passagers engloutis, mais une opération inverse multiplie à tel point ce qui concerne notre bien être et divise par un chiffre tellement formidable ce qui ne le concerne pas, que la mort de millions d’inconnus nous chatouille à peine et presque moins désagréablement qu’un courant d’air. Mme Verdurin, souffrant pour ses migraines de ne plus avoir de croissant à tremper dans son café au lait, avait obtenu de Cottard une ordonnance qui lui permettait de s’en faire faire dans certain restaurant dont nous avons parlé. Cela avait été presque aussi difficile à obtenir des pouvoirs publics que la nomination d’un général. Elle reprit son premier croissant le matin où les journaux narraient le naufrage du Lusitania. Tout en trempant le croissant dans le café au lait et donnant des pichenettes à son journal pour qu’il pût se tenir grand ouvert sans qu’elle eût besoin de détourner son autre main des trempettes, elle disait : « Quelle horreur ! Cela dépasse en horreur les plus affreuses tragédies. » Mais la mort de tous ces noyés ne devait lui apparaître que réduite au milliardième, car tout en faisant, la bouche pleine, ces réflexions désolées, l’air qui surnageait sur sa figure, amené probablement là par la saveur du croissant, si précieux contre la migraine, était plutôt celui d’une douce satisfaction. »
https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Proust_-_Le_Temps_retrouv%C3%A9,_tome_1.djvu/106
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Les rivalités mimétiques rend irresponsable. notre président et l’amène à faire joujou avec le risque nucléaire : Poutine a toujours dit qu’un engagement de forces de l’OTAN en Ukraine conduirait automatiquement à une réponse nucléaire. Nous faisons partie de l’organisation militaire de l’OTAN et on ne peut pas en Europe agir comme si nous n’en faisions pas partie. Biden comme Sholz l’ont rappelé au chef de l’état français, mais le « mal » s’est répandu.
La propagande, bien vue par Jean-Louis SALASC , est liée aux rivalités politiques nationales, dans les élections dites européennes. Sans elle Il serait visible que les 4 oblats annexés par Poutine et la Crimée sont perdus pour l’Ukraine, que Poutine va continuer à grignoter les parties encore tenues par les Ukrainiens de ces territoires qu’il considère comme russes et que continuer à alimenter cette guerre ne servira qu’à faire tuer chaque jour des centaines d’héroïques Ukrainiens. Et le risque d’un effondrement de l’armée ukrainienne qui offrirait à Poutine l’occasion de s’emparer des 2 oblats de Nikolaïev et d’Odessa, rendant la reconstruction de ce pays plus longue et plus couteuse pour nous, deviendrait évident.
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Comment ne pas être d’accord avec le diagnostic ? Quant au pronostic… Et donc la conduite à tenir ?? (pour continuer dans le style médical).
Juste un point historique : l’inspiration messianique du Président Wilson n’est sans doute pas la seule explication à l’entrée en guerre des EU en 1917. Il faut rappeler qu’en 1916, l’industrie américaine (en particulier, la US Steel) avait de grosses créances chez les Alliés, créances qui risquaient de ne pas être honorées en cas de défaite militaire….
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Pardon, j’ai oublié dans mon commentaire précédent de renvoyer au court essai d’André Markowicz (Et si l’Ukraine libérait la Russie ? Le Seuil 2022) dans lequel il résume de manière lumineuse la nature mafieuse du pouvoir poutinien et argumente que « la guerre en Ukraine (…) ce n’est pas la Russie qui la fait mais les chars de Poutine ».
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Joël HILLION
« C’est pas moi qui ai commencé, c’est lui ».
Qui est l’agresseur initial ? Là n’est peut-être pas la question. Avant l’agression, il y a l’imitation. Qui tente d’imiter qui ? L’Occident est-il obsédé par les performances mirobolantes de la Russie ? À l’opposé, qu’elle est cette hantise poutienne de vouloir tout faire comme son ennemi adoré, jusqu’à des élections dont chacun voit ouvertement qu’elles sont une parodie de démocratie ― une mauvaise parodie, d’ailleurs, plutôt une caricature : l’imitateur est médiocre dans son imitation.
La question « initiale » est bien plus angoissante. Avons-nous (l’Occident) fait exprès de devenir le modèle d’un pouvoir faible qui veut se croire fort ? Ayant été « choisis » comme modèle, quelle est notre responsabilité dans le déchaînement mimétique qui s’ensuit ? Le modèle (ou médiateur mimétique) a-t-il le moindre pouvoir pour jouer les médiateurs de paix ? Nous ne sommes pas ici dans un « double bind » mais dans un « multiple bind ».
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Le peuple ukrainien est sacrifié de façon cynique. Au bénéfice de qui ?
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