Sommes-nous encore capables de penser ?

par Hervé van Baren

Dans un article du Monde, Nicolas Truong (1) constate « l’hégémonie médiatique des polémistes qui pourfendent l’époque » et y voit « une réaction à une triple révolution anthropologique ». En face, plus rien ou presque : « une gauche atomisée, fracturée, au corpus idéologique non renouvelé… ».

La première mutation, le décentrement écologique, nous oblige à sortir de notre anthropocentrisme et à nous reconnaître humblement comme un élément d’un tout.

La seconde touche à la sphère de l’intimité. « #MeToo, la reconnaissance du consentement, la mise au jour des violences sexistes, des faits d’inceste, des phénomènes de harcèlement et l’ampleur de la pédocriminalité ont touché de plein fouet la vulgate néoréactionnaire. […] Toutes les institutions d’emprise morale ou physique sur les corps sont ébranlées. » « La fin de la domination masculine est un séisme anthropologique » (Marcel Gauchet). Cet effondrement du patriarcat provoque « une grande insécurité narcissique » (Cynthia Fleuri).

Le troisième basculement est d’ordre géopolitique : l’Europe se voit brutalement reléguée aux marges du « village global ». « L’intensification de la mondialisation, avec ses délocalisations, la montée en puissance de […] l’Asie, et la crise environnementale, migratoire et sanitaire ont traumatisé une grande partie de la population française » (Pierre Singaravélou).

Tout cela serait à l’origine d’une réaction « qui prend souvent la forme d’une panique morale, comme si le monde traditionnel et ses valeurs étaient menacés de disparition. Il y a aussi une production de boucs émissaires » (Didier Fassin).

La suite de l’article se limite malheureusement à une réflexion sur les conditions pour que « les progressistes reconstituent leur socle idéologique » et puissent de la sorte ré accéder à l’espace médiatique. Le constat que nous vivons « une période d’immenses mutations » méritait pourtant mieux que cette conclusion aux ambitions très réduites. Voyons si René Girard peut nous aider à penser ces mutations et leurs conséquences, en s’extrayant de la polarisation politique classique.

Commençons par la nature de ces mutations. Plus que des transformations matérielles de notre univers, elles sont de l’ordre de la révélation. L’impact parfois désastreux des activités humaines sur la nature n’est pas une nouveauté et a déjà conduit par le passé à des effondrements civilisationnels (Jared Diamond, « Effondrements »). Le phénomène présente deux nouveautés : son échelle (mondiale) et sa rapidité, mais surtout la conscience récemment acquise de notre responsabilité directe.

Cette dimension immatérielle est encore plus marquée dans le domaine de l’intime. Sacré, tabous, poids des traditions nous empêchaient de remettre en question l’ordre établi, en particulier patriarcal. Les mutations dont parle l’auteur sont donc bien le résultat d’une prise de conscience. Il y a toujours eu des personnes transgenres ou homosexuelles, des viols et des incestes ; la nouveauté réside dans la possibilité d’en parler et de revendiquer un monde plus tolérant, et surtout (et c’est là que nous rejoignons Girard), moins violent, moins sacrificiel ; un monde dans lequel il n’est plus possible de faire porter la faute par les victimes ou d’expulser les personnes non-conformes aux normes sociales admises.

Girard nous éclaire sur les dangers d’une telle mise à jour de notre logiciel social. La révélation de ce qui devait rester caché enraye bien le mécanisme sacrificiel et c’est tant mieux. Mais le progressisme s’obstine à nier le caractère éminemment déstabilisant et générateur de violence du phénomène. Lorsque l’auteur parle de la peur de la disparition des valeurs traditionnelles, il devrait admettre que la peur des conséquences de cette disparition est légitime. Nous n’avons jamais appris à vivre sans l’ordre violent, sans le sacrifice. Le danger qui nous guette est bien réel et s’appelle l’anarchie.

Bien entendu, l’auteur a raison de pointer le caractère réactionnaire du discours néo-conservateur et il devrait même ajouter inefficace, condamné à l’échec. La dimension révélatrice du phénomène de mutation anthropologique en cours interdit tout retour en arrière. Bien plus, comme le démontrent René Girard et Benoît Chantre (Achever Clausewitz), les tentatives de rétablissement d’un ordre sacrificiel basé sur les vieilles recettes ne peuvent conduire qu’à une surenchère de violence ; c’est bien cette tendance que l’on constate aujourd’hui, notamment avec les effets désastreux du retour de régimes autoritaires et nationalistes (interventionnisme belliqueux d’Erdogan et de Poutine, course à l’armement et impérialisme chinois, épuration religieuse en Inde et au Myanmar, attaque du Capitole aux Etats-Unis…) .

Reste à se demander pourquoi le monde intellectuel actuel semble incapable de penser cet aspect pourtant fondamental des mutations du monde. L’article est à cet égard exemplaire. Capable d’une analyse profonde des phénomènes à l’œuvre, il semble impuissant à s’extraire des vieilles représentations politiques, comme si une mise à jour du marxisme et un retour à la polarisation gauche-droite allait permettre la résolution miraculeuse de tous les problèmes.

Il faut penser cette impuissance à penser. Le débat actuel semble se limiter à des logiciels idéologiques dont tout le monde s’accorde pourtant à dire qu’ils sont dépassés, et à l’intervention de technocrates qui nous bombardent de données mais semblent incapables d’en tirer ne fût-ce qu’un début de synthèse. L’absence d’idéologies adaptées est peut-être le signe le plus marquant de la crise actuelle.

Plutôt que d’inciter à proposer de nouvelles idées, la réflexion de Girard sur la direction apocalyptique que prend l’histoire nous conduit plutôt à constater que cet échec du monde intellectuel à penser la crise fait partie intégrante du phénomène. Il n’y a pas de nouvelles idées parce qu’il est impossible qu’il y en ait ; la raison cartésienne, les Lumières, ont atteint leurs limites et ne peuvent plus guider le monde. C’est un des paradoxes de l’œuvre girardienne qu’on pourrait qualifier de dernière pensée cartésienne : la pensée qui montre qu’il n’est plus possible de penser.

C’est une dimension méconnue de la crise et pourtant elle est, je crois, fondamentale. La crise fera nécessairement émerger un autre langage, une autre vision du monde que celle que proposaient de façon hégémonique les Lumières, l’humanisme, la science et la raison.

Ce langage de la crise doit répondre à certaines conditions. Eviter le piège de l’obscurantisme et de la pensée magique, qui ne sont que des fuites devant le réel. La raison n’y sera donc pas étrangère. Mais dans le même temps, un langage permettant d’entrer en dialogue avec les sentiments et comportements mortifères qui accompagnent la crise actuelle : angoisse, colère, désespoir, violence extrême. Un langage qui puisse nous donner les outils intellectuels et spirituels pour faire face à la crise, dépasser ses aspects négatifs pour pouvoir accéder aux promesses de lendemains meilleurs qu’elle porte aussi en elle. Un langage pour temps de deuil. Et surtout, un langage nouveau pour nous permettre de nous passer du sacrifice sans nous entretuer, autrement dit nous convertir à l’amour. Sur ce dernier point il y a urgence.

(1) Nicolas Truong, « Ces idéologies néoréactionnaires qui refusent les bouleversements du monde », Le Monde du 14/1/2022

22 réflexions sur « Sommes-nous encore capables de penser ? »

  1. J’aime votre article Hervé VAN BAREN et suis en accord avec votre conclusion: « Ce langage de la crise doit répondre à certaines conditions. Eviter le piège de l’obscurantisme et de la pensée magique, qui ne sont que des fuites devant le réel. La raison n’y sera donc pas étrangère. Mais dans le même temps, un langage permettant d’entrer en dialogue avec les sentiments et comportements mortifères qui accompagnent la crise actuelle : angoisse, colère, désespoir, violence extrême. » Mais je suis surpris par le choix de l’article qui l’introduit: « Ces idéologies néoréactionnaires qui refusent les bouleversements du monde », le qualificatif de réactionnaire, que vous employez ensuite dans votre article me semble à l’antipode du langage que vous préconisez.
    Alors quel pourrait être ce langage. En prenant l’exemple du Motu Proprio “Traditionis Custodes”, j’en esquisserai qu’un aspect. La réponse récente aux dubia montre bien que le non dit de VATICAN 2: La conception non sacrificielle….était l’enjeu principal de ce concile. Ne pas avoir posé cet enjeu a entrainé des lectures différentes de ce concile et des incompréhensions entrainant des querelles sur des les rites.
    Ne vaut-il pas mieux suivre James ALISON, lorsqu’il dit que cette vérité non sacrificielle s’imposera comme une évidence, et tant que ce sujet n’a pas été débattu, éviter de l’imposer, de façon cachée, au risque réel de rivalités mimétiques traditions/progressistes participant à la montée aux extrêmes. Ce sont les deux rivaux tendant à l’identique qui sont responsables (avec l’autorité romaine) et non un seul des rivaux.

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  2. Un article qui utilise le terme ‘réactionnaire’ sans critique est très faible car c’est faire appel à une vision du monde bien connue qu’on appelle le ‘progressisme’ ou la modernité fondée sur une vision du monde Nature/culture à mon sens dépassée. Que l’article paraisse dans Le Monde est d’ailleurs déjà indicateur… >

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  3. « La raison cartésienne, les Lumières, ont atteint leurs limites et ne peuvent plus guider le monde », souligne Hervé van Baren.
    Parmi les limites atteintes, il faut compter celle de l’autonomie absolue du JE. Il va falloir dépasser la « souveraineté » du Moi, telle qu’elle a été définie par John Stuart Mill en 1859 : ‘over himself, over his own body and mind, the individual is sovereign’, « sur lui-même, sur son corps comme sur son esprit, l’individu est souverain. »
    S’il n’a JAMAIS été souverain, l’individu des Lumières ne s’en apercevait pas trop jusque-là. La mondialisation, ou plutôt l’émergence de l’universel remet TOUT en question. Les protestataires qui défilent en criant « mes droits ! mes droits ! » ressemblent de plus à plus à Sganarelle hurlant « mes gages ! mes gages ! » au moment où le monde s’effondre, à la fin du Dom Juan de Molière.
    L’individu est en grand danger, l’égoïsme aussi, et la « volonté de puissance » qui l’accompagne. L’individu doit faire place à l’interdividu. Il va donc falloir apprendre à penser EN COMMUN, substituer aux droits de l’Homme (au singulier) les droits des Hommes (en y incluant les droits de la planète). Une conscience nouvelle se fait jour, celle que Teilhard de Chardin appelait la noospshère. Comment faisons-nous communauté ?
    Ceux qui voient devant eux un crépuscule ignorent qu’il s’agit en fait d’une aube nouvelle, d’une épiphanie, d’une apparition inattendue… d’une Révélation.

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  4. Cet arbre qui perd ses feuilles sous l’effet de leur caducité et d’un coup de vent est une belle métaphore de la situation décrite par ce billet : nos systèmes de pensée, portés et nourris par la dynamique de l’histoire comme les feuilles des arbres le sont par la sève, deviennent inopérants à la longue, ils s’atrophient et périssent. Le soleil printanier fera revivre la nature mais quel soleil viendra mettre fin à notre hiver idéologique et redonner sens à notre histoire ?
    La force de ce texte pour le coup très lumineux, est de nous faire voir la crise que nous vivons non sous l’aspect d’événements catastrophiques mais sous celui d’une progressive prise de conscience de la réalité humaine ; la crise est inséparable de sa révélation, c’est-à-dire, en termes girardiens, que nous sommes à un moment de l’histoire humaine proprement apocalyptique.
    Je retiens l’idée selon laquelle l’impossibilité de penser la crise fait partie intégrante de celle-ci. Est-ce à dire que la raison humaine doit s’incliner, impuissante, devant la déraison ? L’auteur du texte, bien sûr, exclut cette solution, la pire qui soit. Alors ? D’où peut venir la lumière, celle qui redonne vie, sinon d’un au-delà de la raison avec lequel la raison pourrait être profondément en accord ? Je pense ici à Pascal et à ses « trois ordres » : la raison ne serait pleinement elle-même que reliée à une transcendance, celle de l’amour divin…

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  5. Hervé, ton article est auto réfutatif, puisque tu y soutiens une thèse (la fin de la pensée) dont il est lui-même un splendide contre-exemple. De mon côté, c’est le terme de crise qui a fixé mon attention.
    Jean-Luc Marion, dans une interview à propos de son ouvrage de 2017 « Brève apologie pour un moment catholique » commente l’idée qu’une crise qui dure plusieurs décennies, ce n’est plus une crise, c’est autre chose ; et je me suis dit que dans ton appel à un langage nouveau, le mot de « crise  » aurait peut-être besoin d’être remplacé. En effet, ils ne datent pas d’hier, ces phénomènes que tu rappelles, ainsi que l’impuissance du progressisme à les penser.
    D’autre part, toujours à propos du mot « crise » , je ne suis pas à l’aise avec l’idée qu’une crise « porte en elle la promesse de lendemains meilleurs ». Certes, les girardiens, pour bien des raisons, sont familiers de la phrase d’Hölderlin : « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve ». Je m’en méfie néanmoins, à cause du risque d’une lecture trop automatique et mécaniste. L’histoire fourmille de crises qui ont réellement été des désastres, sinon des tombeaux, pour des groupes, des communautés, des sociétés, des cultures, des états, etc. Dans leur cas, « ce qui sauve » n’aurait pas suffisamment crû ?
    Je partage complètement ton point de vue que la théorie mimétique a beaucoup de choses à nous apporter dans la situation actuelle. A condition, comme le rappelait Paul Dumouchel dans sa conférence du 4 décembre dernier, de ne pas en avoir une vision déterministe, ce qui, reconnaissons-le, est une constante tentation.
    La fin de ton article, l’appel à un nouveau langage et à de nouvelles attitudes, sonne pour moi comme un appel à réfléchir et à agir, et non à simplement cultiver l’espoir en attendant qu’une divinité tutélaire nous gratifie de jours meilleurs. J’espère ne pas avoir déformé ta pensée…

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    1. Je ne parle pas de n’importe quelle crise, je parle de la crise de la révélation. Comme le résume si bien orsinich, « la crise est inséparable de la révélation ». Une révélation porte toujours en elle une promesse, puisque par définition elle nous extrait de la méconnaissance, condition pour pouvoir avancer. Il y a bien quelque chose de déterministe dans ce phénomène qui se déroule à l’échelle de l’histoire. Il est écrit, je pense, qu’un jour les mensonges qui supportent les systèmes sacrificiels (c’est-à-dire toutes les organisations et collectivités humaines) ne pourront plus tenir. Je fais le constat que c’est ce que nous vivons aujourd’hui, non pas de manière inédite mais à une échelle inégalée.
      Le talon d’Achille de la violence c’est qu’elle repose sur la méconnaissance. Jean glisse un indice discret dans l’Apocalypse :
      « L’une de ses têtes était comme blessée à mort, mais sa plaie mortelle fut guérie. » (Ap. 13, 3)
      Le mal est une fausse transcendance (« La bête que tu as vue était, mais elle n’est plus. » Ap. 17, 8, à comparer au « Je suis » de Jésus) et comme tel il ne peut subsister qu’en donnant l’illusion d’être réellement transcendant. Le problème ne réside pas dans l’issue d’un combat entre bien et mal : le bien ne peut que gagner, parce que le mal est absurde, dépourvu de sens. Le problème tient à notre idolâtrie et à notre aveuglement :
      « Emerveillée, la terre entière suivit la bête.
      Et l’on adora le dragon parce qu’il avait donné le pouvoir à la bête,
      et l’on adora la bête en disant :
      qui est comparable à la bête et qui peut la combattre ? » (Ap. 13, 3-4)
      Le problème c’est nous, parce que nous ne voulons pas renier cette fausse transcendance, nous nous y accrochons comme si notre vie en dépendait. Notre très fondamental aveuglement nous fait croire que si nous renonçons au sacrifice, à la rivalité, à la contre-violence, à l’appropriation, nous périrons, et d’une certaine façon c’est vrai : nous mourrons au monde, c’est pour nous l’arrachement le plus douloureux qui soit. Nous avons tout construit sur une illusion et le prix à payer pour nous en libérer c’est le deuil de cette illusion.
      La crise de la révélation n’appelle pas à réfléchir et à agir, mais le contraire : arrêter de nous reposer uniquement sur la raison et sur l’action, qui sont incapables de repérer et de vaincre cette fausse transcendance. Arrêter de penser que par notre raison et nos actions nous allons pouvoir gagner ce combat entre le bien et le mal : c’est le fantasme du progressisme et c’est faux. La révélation du mal nous invite à l’introspection et à y renoncer, et c’est le choix le moins raisonnable et le moins matérialiste qui soit. C’est un combat purement spirituel.
      L’idée que cet événement singulier – la révélation – soit le résultat de l’action d’une divinité tutélaire et qu’elle conduise à un Eden miraculeux est aussi fausse que l’idée que nous puissions vaincre le mal par des moyens humains. Ce que les Écritures nous racontent, c’est que la révélation viendra « comme un voleur », nous plongeras dans des tourments difficilement imaginables, et nous permettra de choisir en toute liberté entre la violence suicidaire et le renoncement à cette violence. Accepter la révélation / la crise n’a donc rien de fataliste. C’est un acte de foi.

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      1. Merci de ta réponse qui m’a fait comprendre la source de notre divergence. Tu parles de la crise de la révélation, tandis que de mon côté, j’avais en tête l’amoncellement de crises que nous connaissons.
        Constituent-elles une crise de la révélation ?
        On peut le penser (« Nous vivons des temps apocalyptiques »), mais est-ce se cramponner à la mentalité sacrificielle que de supposer que ce n’est peut-être pas le cas ? Que les traces aujourd’hui d’une sortie de la méconnaissance sont bien ténues (j’ai parfois plutôt l’impression que nos sociétés s’y enfoncent) ? Que les mensonges des systèmes sacrificiels ne sont peut-être pas au bord de l’effondrement ? Qu’il vaut peut-être la peine de persévérer à les dénoncer (ce que j’appelle agir) ? Que cela nécessite de bien percevoir où est le sacrificiel dans ces systèmes (c’est pour cela que je parlais de réfléchir), car le mimétisme permet aussi à des bourreaux de se faire passer pour des victimes (cf. mes articles des trois Masques du persécuteur) ?
        Diviniser la raison est en effet une erreur, je partage ton avis ; je crois cependant qu’elle peut jouer un rôle, parmi les diverses dispositions humaines, dans l’accueil de la révélation ; à condition précisément de ne pas la diviniser, ainsi que nous l’enseigne la pensée de René Girard. Comme le rappelle Christine Orsini, Pascal l’avait déjà fait : l’ordre de la charité (de l’amour) transcende l’ordre de l’esprit.

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      2. Merci Hervé,vos propos sont toujours très inspirants du moins pour moi).
        En vous lisant m’est revenue en tête la lecture d’un article de Marguerite Léna publié en 2003 dans la revue Christus « La grâce du possible »: « Tant que l’événement n’est pas venu à la parole, tant que la parole n’est pas elle-même devenue événement, le premier reste un fait brut, sinon brutal, la seconde risque l’insignifiance et le bavardage. »
        De mémoire, en hébreu et en grec, événement et parole se disent par le même terme : davar en hébreu, rhema en grec.

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  6. L’amour, si j’ai bien compris Dumouchel, serait donc la contingence qui fonde l’incroyance en la violence et nous permet d’entendre Hölderlin hors de tout déterminisme qui mène la démocratie à la tyrannie du désir.

    Ainsi, puisqu’autour de nous, s’amoncellent, dressées,
    Les montagnes du Temps, et que les bien-aimés vivent là, tout proches, languissant
    De solitude sur les cimes séparées,
    Ouvre-nous l’étendue des eaux vierges,
    Ah, fais-nous don des ailes, que nous passions là-bas,
    cœurs
    Fidèles, et fassions ici retour !

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  7. Bonsoir,

    L’invention d’un langage, une langue de convertis à l’amour. Cela me parle.
    Un langage sur la crise, cela me parle moins, il serait happé par la crise, plongé dedans et finalement l’alimenterait.

    Que peut vraiment la pensée contre une crise mimétique ?
    Le langage est le propre du différencié, du distinct.
    La crise est le propre de l’indifférence (des doubles identiques), de l’indistinct.

    Je crois qu’en dernière analyse, le seul langage qui conviendrait dans les crises des doubles, reviendrait aux mathématiques qui ont pour objet des éléments d’un ensemble indistincts les uns vis à vis des autres. C’est d’ailleurs, je crois, le langage adopté par nos démocraties pour gouverner grâce aux statistiques.

    La mathématique n’a besoin que de mathématiques pour se justifier. Il y a beaucoup de raisonnements, de pensées, en mathématique mais ce n’est pas la pensée ou le langage que vous attendez… ?
    La mathématique est une langue inadaptée à notre échelle humaine… N’est-ce pas ?

    N’est-il pas écrit que c’est aux fruits que l’on reconnaît l’arbre ?
    (le fruit… c’est à dire, pour un homme, le verbe-incarné ?)
    La connaissance est une lanterne qui n’éclaire que ceux qui la portent.
    Reconnaissons-nous encore les fruits de nos jardins ?

    Quel model historique avons nous pour la recherche d’un langage de convertis ?
    N’est ce pas les expériences du cheminement au milieu des crises que se forment la langue que vous attendez ?

    Et ce langage, ce pont actif entre les êtres, qui parmi nous, sera capable de l’entendre, d’en être sensible ?

    Les tragédies grecs, finement analysés par René Girard, montrent que les crises mimétiques ont pu être surmonté temporairement par la pensée tragique (disons pour résumer, par la conscience du mensonge mythique, mais accepté comme seul horizon). Et cela constitue déjà une sorte de… révélation… pour quiconque surmonte une telle crise.

    Dans ce cas, des révélations ont lieux depuis toujours… Avec une différence, certes, depuis les prophètes juifs et bien sur Jésus.

    Ainsi les crises mimétiques peuvent déboucher sur au moins deux sortes de révélations (tragique, chrétienne ou pseudo-chrétienne). Révélations qui ne peuvent être qu’une ouverture de l’individu (romantique) aux autres, vue qu’elles tendent à se tenir dans un verbe-incarné…

    Les révélations sont en cours, certainement, et leur issue peut différer beaucoup.

    Pensez-vous vraiment que la révélation chrétienne (ou pseudo-chrétienne) puisse devenir majoritaire ?

    Le mécanisme sacrificiel est-il enrayé ? Je n’ai personnellement pas cette impression. Mais c’est un autre débat…

    Et j’ai déjà apporté beaucoup de questions, avec quelques hypothèses trop rapidement esquissées… mais il est déjà bien tard.

    Je vous souhaite une bonne fin de nuit.

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    1. En réponse à Gifre et aussi à jlsalasc,
      Vous posez tous deux la question du langage, et en particulier d’un langage adapté à « la crise ». C’est une question essentielle bien sûr, surtout si « au commencement était le verbe » (Jn.1,1). Le problème de toutes les analyses actuelles, et Girard s’y est souvent confronté, c’est une forme de confusion qui a fini par contaminer les mots eux-mêmes. Il est donc important de les définir en respectant leur origine. Le mot grec krisis s’applique à la résolution d’une situation de conflits généralisée, que Girard définit – à mon avis à tort –, par le terme « crise mimétique » (mais on ne lui en voudra pas…). En d’autres termes, la krisis s’applique au sacrifice réconciliateur, et non à la situation qui le précède immédiatement. La tragédie grecque décrit précisément des situations qui ne parviennent pas à se résoudre par une krisis (Créon ne parvient pas à réaliser un sacrifice, à aboutir à une krisis). La situation traversée par le monde contemporain s’apparente clairement à une tragédie, et certainement pas à une crise, si on veut bien reconnaître l’origine grecque de ce mot. A mon avis, il faut partir de là pour commencer à y comprendre quelque chose…

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      1. Bonjour, merci pour cette précision !

        Plaçons nous dans le contexte de la culture grecque antique pour comprendre le sens du mot krisis.

        Si le moment de la krisis se confond avec la résolution de la situation critique (où les rituelles sont sans effet bénéfique), alors la krisis est le rétablissement d’un nouvel ordre mythique.

        Et le langage de la krisis, est ici partie prenante de l’action de résolution mettant en jeu le jugement de la situation.

        Si les révélations, issues des tragédies, sont des krisis, elles restent mythiques.
        Et peut-être que les révélations secondaires, issues des krisis (ie du rétablissement de l’ordre), sont justement d’un autre ordre.

        Mais plaçons-nous maintenant dans le contexte de la culture judéo-chrétienne.

        A partir du moment où le jugement cherchant le rétablissement l’ordre ne fait pas l’unanimité, nous sommes sensés rester en situation de tragédie (ce qui n’est pas vraiment le cas)… La krisis grecque n’est plus sensée résoudre de tragédie.

        Et le mot grec krisis, n’a donc de fait plus aucun de sens aujourd’hui.

        Ainsi pour ma part, le sens contemporain (et celle de René Girard si je comprends bien) du mot crise (avant résolution), convient bien à la situation tragique où la krisis est elle-même le sujet et prétexte à contestation…

        Comme nous sommes sur l’étymologie des mots et je ne suis loin d’être expert en la matière, pouvez-vous m’éclairer sur l’origine du mot ‘Christ’ ?
        J’avais idée que la traduction était ‘Oint’, mais on m’a dit récemment que Christ venait de ‘Christos’ dérivé de ‘Chrestos’ qui se traduirait en gros par ‘beau parleur’ (connoté négativement, bien sur).
        Pouvez-vous m’éclairer sur ce noeud plutôt curieux que nous jouerait ici l’étymologie ?

        Bien à vous

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      2. Benoît Hamon : Vous avez raison de dire que pour mieux comprendre ce qui nous arrive, il faut donner un sens précis aux mots et en convenir. Le mot « crise », d’après le dictionnaire historique de la langue française, vient du latin impérial « crisim » au sens de « phase décisive d’une maladie ». Ce mot latin vient en effet du grec « krisis » qui, dérivé de « krinein »(juger) signifie : » décision, jugement.
        A mon humble avis de girardienne de stricte obédience, je ne vois pas l’intérêt de revenir au grec pour qualifier la crise mimétique ou toute forme de crise, comme celles que nous qualifions de « politique », « économique » , « sociale », « familiale », « culturelle » etc, selon le domaine où le désordre s’installe. Donner tort à Girard sur ce point n’est pas une mince affaire car ce n’est pas un point de détail. Vous pouvez considérer notre situation sous l’angle de la tragédie mais ce n’est pas du tout girardien. Le tragique et l’apocalyptique diffèrent comme le païen et le chrétien, comme la lecture nietzschéenne et la lecture girardienne de la Passion, , comme Dyonisios et le Crucifié.
        Girard qualifie la modernité de « crise sacrificielle aggravée sans résolution d’aucune sorte »(je cite de mémoire), ce qui peut l’apparenter à une tragédie, sauf que « si grande que soit en elle la part du « bruit et de la fureur qui ne signifient rien », les souffrances publiques et privées, les angoisses des malades mentaux, les luttes politiques, ne sont pas privées de sens. » L’univers girardien ou chrétien n’est pas tragique : il ne nous propose rien de moins que d’échapper à l’insensé.

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  8. Pour résumer les questions posées dans les commentaires :
    – Le mécanisme sacrificiel est-il réellement enrayé ou en cours d’enrayement, et le phénomène est-il irréversible ?
    – Quel langage pour remplacer celui de la raison triomphante (et tout le monde semble d’accord pour dire qu’il ne sera pas étranger à la raison) ?
    Ces questions sont effectivement cruciales. Ce n’est pas dans le cadre de cet article que nous y trouverons des réponses, mais de les avoir posées a bien sûr tout son mérite. Merci à tous les contributeurs et contributrices pour ce passionnant débat !

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    1. Si je comprends bien ces sujets feront l’objet des prochains articles…

      Pour le premier sujet
      je crois que la première chose à préciser est l’expression ‘mécanisme sacrificiel’ : entendez-vous plutôt le ‘mécanisme victimaire’, ou bien le ‘rite sacrificiel’, ou alors les deux ?

      Pour alimenter le deuxième sujet :
      – Première épître aux Corinthiens chapitre 14
      (avec un bémol sur les versets 34-35)
      ou j’y comprends que l’on parle en fonction de qui l’on s’adresse (c’est finalement, la raison d’être de toutes paroles)…
      A noter l’obstacle exprimer dans le verset 21 : « C’est par des hommes d’une autre langue et par des lèvres étrangères que je parlerai à ce peuple, et même ainsi ils ne m’écouteront pas, dit le Seigneur.  »

      Un sujet supplémentaire semble s’être formé, à savoir si les temps sont aux révélations plutôt tragiques, plutôt chrétiennes évangéliques, ou apocalyptiques… ou un panachage des trois à la fois…

      Bien à vous

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  9. Et pourtant, Hervé, la réponse est au cœur fidèle de chacun de nous qui, désormais et s’il est sincère, se souvient en quelle terreau charnel fleurissent les fleurs de la raison et, grâce à l’exemple ineffable d’un pardon formulé, n’est plus victime amnésique et peut, et doit même car le chemin d’Emmaüs est tracé de la si bonne nouvelle du choix raisonnable de l’acte de foi, faire l’effort individuel de laisser les montures violentes aux abords de l’enceinte protégée et qu’alors, et seulement alors, la vraie histoire pourra commencer à être racontée, la démocratie, autant dire le royaume, établie, quand chacun aura effectué ce changement infime mais infini, de renoncer à dominer pour mieux apprendre à se connaitre et à se reconnaitre, le mimétisme alors retourné comme un gant converti, devenue la certitude qu’il est possible et même très certain qu’en la geste mutuelle d’un renoncement à tout expliquer, l’humain a dans les mains la formulation du jugement dernier :

    « Le livre intérieur de ces signes inconnus (de signes en relief, semblait-il, que mon attention explorant mon inconscient allait chercher, heurtait, contournait, comme un plongeur qui sonde), pour sa lecture personne ne pouvait m’aider d’aucune règle, cette lecture consistant en un acte de création où nul ne peut nous suppléer, ni même collaborer avec nous. Aussi combien se détournent de l’écrire, que de tâches n’assume-t-on pas pour éviter celle-là. Chaque événement, que ce fût l’affaire Dreyfus, que ce fût la guerre, avait fourni d’autres excuses aux écrivains pour ne pas déchiffrer ce livre-là ; ils voulaient assurer le triomphe du droit, refaire l’unité morale de la nation, n’avaient pas le temps de penser à la littérature. Mais ce n’étaient que des excuses parce qu’ils n’avaient pas ou plus de génie, c’est-à-dire d’instinct. Car l’instinct dicte le devoir et l’intelligence fournit les prétextes pour l’éluder. Seulement les excuses ne figurent point dans l’art, les intentions n’y sont pas comptées, à tout moment l’artiste doit écouter son instinct, ce qui fait que l’art est ce qu’il y a de plus réel, la plus austère école de la vie, et le vrai Jugement dernier. Ce livre, le plus pénible de tous à déchiffrer, est aussi le seul que nous ait dicté la réalité, le seul dont « l’impression » ait été faite en nous par la réalité même. De quelque idée laissée en nous par la vie qu’il s’agisse, sa figure matérielle, trace de l’impression qu’elle nous a faite, est encore le gage de sa vérité nécessaire. Les idées formées par l’intelligence pure n’ont qu’une vérité logique, une vérité possible, leur élection est arbitraire. Le livre aux caractères figurés, non tracés par nous, est notre seul livre. Non que les idées que nous formons ne puissent être justes logiquement, mais nous ne savons pas si elles sont vraies. Seule l’impression, si chétive qu’en semble la matière, si invraisemblable la trace, est un critérium de vérité et à cause de cela mérite seule d’être appréhendée par l’esprit, car elle est seule capable, s’il sait en dégager cette vérité, de l’amener à une plus grande perfection et de lui donner une pure joie. L’impression est pour l’écrivain ce qu’est l’expérimentation pour le savant, avec cette différence que chez le savant le travail de l’intelligence précède et chez l’écrivain vient après. Ce que nous n’avons pas eu à déchiffrer, à éclaircir par notre effort personnel, ce qui était clair avant nous, n’est pas à nous. Ne vient de nous-même que ce que nous tirons de l’obscurité qui est en nous et que ne connaissent pas les autres. Et comme l’art recompose exactement la vie, autour de ces vérités qu’on a atteintes en soi-même flotte une atmosphère de poésie, la douceur d’un mystère qui n’est que la pénombre que nous avons traversée. »

    https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Proust_-_Le_Temps_retrouv%C3%A9,_1927,_tome_2.djvu/25

    La conversion de l’art transmute le pari pascalien en choix raisonnable.

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  10. En réponse à Christine Orsini.
    Désolé de vous décevoir, je ne suis pas Benoit Hamon, mais comme ma propre fille, pour me taquiner, l’appelle « papa » devant moi : j’ai l’habitude…
    Et je ne suis pas non plus schismatique, mais girardien de stricte obédience comme vous, et en précisant « mais on ne lui en voudra pas… », je voulais dire en plaisantant qu’il est parfaitement normal d’employer les termes « crise mimétique » au regard de la signification courante et actuelle du mot « crise ». Le langage sert à se faire comprendre, et il y parvient mieux que je ne le puis, apparemment.
    Mon propos visait simplement à signaler une mutation du sens originel d’un mot essentiel, et à indiquer que cette mutation contribuait à une perte de sens. Ainsi, le mot « crise » est désormais utilisé à tout propos, et en particulier au sujet de processus longs, voire continus (ne sommes-nous pas perpétuellement « en crise » ? au moins depuis le premier « choc pétrolier », et dès lors, qu’est-ce que cela peut bien signifier ?). Pourtant, la krisis désigne un processus extrêmement court : on parle du « couperet de la décision ». La krisis tombe comme l’éclair. Je ne pense pas qu’il y ait là la moindre contestation de ma part de la pensée de Girard, bien au contraire.
    Vous associez la situation actuelle à l’apocalypse, je me suis déjà exprimé à ce sujet. S’il s’agit de l’Apocalypse de Jean, je ne suis pas d’accord puisqu’il décrit à mon avis, de façon prémonitoire mais prévisible, la situation de l’an 70. Nous ne sommes pas non plus dans une tragédie grecque, bien entendu, mais il me semble que le parallèle avec les situations décrites par ces auteurs non chrétiens peut nous éclairer sur la nôtre, dans le sens où dans les deux cas, les rivalités mimétiques déchaînées ne parviennent pas à produire de résolution sacrificielle, de jugement décisif, ou krisis. De plus, vouloir séparer absolument les mondes grec et judaïque me semble aller à l’encontre d’une pleine compréhension de nos origines. C’est en particulier la thèse de Ratzinger, pour qui le catholicisme se nourrit de ces deux sources principales.
    A Gifre : je suis là aussi désolé de vous décevoir, si je ne suis pas le député de l’Essonne, je ne suis pas non plus un spécialiste du langage ou un professeur, mais un autodidacte habitué à consulter les dictionnaires : je ne pourrai donc pas vous répondre.
    A Hervé : désolé d’avoir débordé du cadre, j’espère que vous ne m’en voudrez pas.

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    1. Je suis tout à fait navrée d’avoir commis cette étourderie sur votre nom, Benoît Hamot. Toutes mes excuses. J’ai au moins celle de ne vous avoir jamais confondu avec cet ancien candidat au pouvoir suprême qui nous disait : « Elisez-moi parce que je vous aime » Un bel exemple de confusion des ordres selon Pascal.

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    2. Je prends bonne note de ma confusion.
      Cependant, ne vous inquiétez pas, bien que je sois éminemment déçu, je ne vous tiendrai pas rigueur de n’être pas un spécialiste du langage ou un professeur.

      J’ai donc effectué ma recherche personnellement (sur lueur.org), puisque c’était ma question, pour constater que l’on m’avait donné quelque demi-vérité.

      Christos étant traduit par ‘oint’ (venant de chrio / oindre)
      Chrestos étant traduit par ‘bon’, ‘doux’, ‘bonté’
      (associé à ‘vertueux, bon’ mais aussi à ‘maniable, docile’)

      la connotation négative dont on m’a parlé viendrait finalement de
      Chrestologia étant traduit par ‘paroles douces’
      (associé à ‘paroles justes, équitables, un discours plausible et doux qui simule la bonté’)

      Bref…

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  11. Je serai bref: notre incapacité de penser est un indicateur inconscient qui nous intime à l’action. Seule l’action est la grande absente des débats, pas vraiment la pensée, qui est moins dans l’incapacité que dans la saturation, voire l’indigestion. Citez qui vous voudrez, vous trouverez à force égale un contraire valable. Seule l’action manque. Car seule l’action est capable de recréer le paradis perdu dans l’imaginaire collectif. Tant que nous laisserons aux religions le paradis perdu, la terre sera dans une éternelle procrastination.

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