Entre adultes consentants

par Hervé van Baren

L’affaire Hulot éclaire la perte de repères qui accompagne le délitement des mythes.

Sur les faits, pas grand-chose à dire : les témoignages sont concordants et précis. Il y a en particulier cette femme qui dit avoir été avertie des comportements donjuanesques de Hulot avant de travailler avec lui.

Hier on l’aurait qualifié d’homme à femmes, de coureur de jupons, de Don Juan. Lui se voit comme un séducteur respectant les femmes ; si elles ne veulent pas, elles n’ont qu’à dire non. Aujourd’hui il est traîné devant le tribunal médiatique en tant que pervers, violeur : criminel.

C’est le même phénomène, encore et encore. Les faits, évidemment, n’ont rien à voir avec le scandale de la pédophilie dans l’Eglise, ni avec les récents scandales d’inceste. La mécanique qui nous fait passer de la complaisance à la condamnation, par contre, relie ces affaires.

Nous ne nous attarderons pas sur les questions morales, la présomption d’innocence, la véracité des accusations… Toutes ces questions sont importantes, mais attachons-nous plutôt à extraire du fait divers la dynamique collective qui autorise la libération de la parole.

Car c’est bien cela l’événement significatif que nous vivons : la mort d’une mythologie, la fin d’un tabou qui s’inscrit dans la mort de toutes les mythologies, de tous les tabous. La conséquence ultime du désenchantement du monde, nous ne l’avions pas anticipée, ni réalisé à quel point elle allait bouleverser notre monde.

Dans le système du séducteur, l’amour est une jungle dont sortent vainqueurs les plus fort(e)s ; les autres, les proies, sont consommé(e)s. Sa démythologisation fait apparaître à la fois la vacuité de la vie intérieure des prédateurs, dont le narcissisme pathologique exige des tableaux de chasse toujours plus fournis dans le seul but de nourrir leur ego, et surtout les victimes, celles (et ceux, parfois) qui ne se sont pas conformé(e)s strictement aux codes de cette fausse geste chevaleresque. Le mythe du séducteur cache le caractère systémique d’une violence sexuelle habilement camouflée en amour galant. Ce sont les liaisons dangereuses si bien racontées par Choderlos de Laclos. C’est dans ce système mythologique qu’évoluait, visiblement, Nicolas Hulot. Il n’est bien entendu pas le seul*.

On s’offusque de son déni, comme s’il pouvait d’un claquement de doigts réaliser à quel point il était lui-même englué dans un système. La prise de conscience passerait sans doute par une refonte complète de son système de valeurs ; personne ne mène à bien un tel chantier en quelques semaines ou sous la pression médiatique. La plupart des agresseurs sexuels ne reconnaissent jamais leur violence parce que, de leur point de vue, ils se sont conformés aux règles tacites connues et acceptées par tout le monde.

Le mythe du séducteur était la partie visible d’un système sacrificiel, un système qui laissait dans son sillage un certain nombre de victimes, coupables de n’avoir pas assimilé correctement les règles du jeu. Si tu entres dans ma chambre d’hôtel, cela veut dire que tu es consentante. Si tu n’as pas compris cela, tant pis pour toi.

Nous sommes tous et toutes à la fois témoins et acteurs du basculement brutal de notre regard collectif, de la démythologisation de notre société et de nos esprits. Il y a là un phénomène inédit, stupéfiant, dont nous peinons à reconnaître les causes et à anticiper les conséquences.

Le scandale Hulot, ce sont les cris d’agonie d’un système sacrificiel, tout comme le rapport de la Ciase est l’acte de dissolution d’un système sacrificiel.

Subsiste pourtant cette idée fermement ancrée qu’ « entre personnes consentantes, pas de problème ». Cette formule traduit une véritable névrose collective, écartèlement entre la prise de conscience de la violence systémique qui tolère le viol occasionnel et la nostalgie de ces temps insouciants parce qu’inconscients de cette violence. D’autant que d’autres victimes se cachent derrière cette phrase sibylline : les coups d’un soir n’engagent pas que les amants d’un soir, ils blessent souvent une compagne, un conjoint, victimes silencieuses et ignorées d’un système qui décidément immole beaucoup de gens sur l’autel d’une sacro-sainte liberté de mœurs.

Alors nous voilà, encore un peu plus, dans le désert sans horizon de la crise apocalyptique, sans plus de repères quant à la manière d’aimer. Nous voilà entrés dans le chaos de la relation amoureuse sans directives, sans sens, angoissante et aliénante. Le mariage n’est plus qu’une convention bourgeoise et les passions n’ont jamais été aussi dangereuses. On peut aimer, nous disent les progressistes, qui on veut comme on veut ; mais plus personne ne sait comment aimer.

Je faillirais à ma réputation sans une citation biblique. Voici celle que je propose à votre méditation :

Vous avez entendu qu’il a été dit : “Tu ne commettras pas d’adultère.” Eh bien, moi je vous dis : tout homme qui regarde une femme pour la désirer a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. (Matthieu 5, 27-28)

C’est le résumé de notre sujet du jour. Avant, il y avait la Loi et tout ce qu’elle cachait de violence inexprimable. Aujourd’hui vient la prise de conscience qui détruit la Loi. Nous avons pris le verset 28 comme une super-loi, une surenchère de Jésus ; comme s’il nous était possible de ne pas ressentir de désir. Si c’est une loi, elle nous condamne tous et toutes avant tout acte blâmable.

Le « je vous dis » de Jésus n’est pas une loi : c’est l’expression de la réalité accablante, c’est une révélation. Nos désirs sont violents. A nous de nous débrouiller avec ce scoop.

Ce phénomène de dévoilement est apocalyptique en ce sens qu’il démontre l’injustice et la violence de toutes nos représentations mythiques et conventionnelles, exprimées ou tacites, et qu’il les détruit en profondeur ; dans le même temps, il révèle notre incapacité à concevoir les relations humaines sans celles-ci. C’est l’impasse, le vide de sens, l’enfer. C’est la crise.

*Au même moment, sont dénoncés les agissements de PPDA et de Jérôme Cahuzac, entre autres.

17 réflexions sur « Entre adultes consentants »

  1. Cher Hervé, chers amis,
    Je me sens en tous points d’accord avec toi, cette fois encore.
    Merci donc, et aussi pour le niveau où tu as situé le problème, ainsi que pour ta manière de le traiter.
    Si je ne te revoyais pas bientôt, ni vous, amis, je vous souhaite à tous, et de tout cœur, de cheminer le cœur léger sous le ciel où l’Etoile est apparue.
    Thierry

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  2. Comment ça, « plus personne ne sait comment aimer » ? Voilà une façon terrifiante d’envisager la crise que nous vivons.
    Ce que j’apprécie beaucoup dans la réflexion et le travail exégétique de Hervé van Baren, c’est la radicalité de sa démarche, tout lui est bon pour nous amener ou nous ramener à l’essentiel : la Révélation ne fait qu’un avec la crise et nous ne pouvons les comprendre et les affronter qu’en les reliant étroitement l’une à l’autre. Cette Révélation qui nous promet un monde de paix et d’amour, il faut pour la mériter, au moins pour en saisir le sens, regarder en face notre « enfer », c’est-à-dire notre violence et notre incapacité à aimer. Et la Bible nous force à nous voir tels que nous sommes.

    Je vous remercie, Hervé, pour m’avoir éclairée sur le sens de ces versets de Matthieu. J’ai toujours été découragée, comme la plupart des gens je pense, par cette idée selon laquelle on pourrait commettre un péché rien qu’en pensant qu’on pourrait (ou qu’on aimerait bien) le commettre. Le contresens que vous détruisez ici a malheureusement permis à pas mal de lecteurs de la Bible de se délivrer des scrupules raisonnables qui eussent empêché le passage à l’acte. On s’est dit « Tant qu’à être pécheur… »

    Et les lecteurs de Girard ne pourront que saluer votre orthodoxie : en effet, savoir que nos désirs sont violents et que la façon dont nous nous les représentons participe de cette violence, c’est « se savoir persécuteur ». Mais suffit-il de se savoir persécuteur pour s’empêcher de persécuter ? N’y a-t-il chez le prédateur que de l’inconscience ?

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    1. Comment relire le Don Juan de Molière et réécouter le Don Giovanni de Mozart ? Comment le mythe survivra-t-il à notre époque ? La chute en enfer du héros à la fin de l’œuvre est-elle une punition provisoire ? Au regard de quel Commandeur sommes-nous désormais assujettis ? Si c’est celui de la « justice médiatique », qui se confond avec le lynchage systématique (et pervers), c’est l’enfer assuré. Nous n’avons plus à attendre le Jugement Dernier, nous vivons dans le jugement permanent.
      Avec l’avancée de la Révélation, nous nous trouvons devant des mythes exsangues. Mais une fois déconstruits, nous ne savons pas par quoi les remplacer. Le vide fait peur. Et c’est l’atavisme le plus archaïque qui revient en force, la violence collective d’autant plus nocive qu’elle ne peut produire aucun ordre, aucun rite stable, aucune nouvelle mythologie.
      Par quoi remplace-t-on la méconnaissance ?

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  3. Ce texte me paraît très stimulant à plusieurs niveaux. Et d’abord par l’image (!) choisie (de qui ? de l’auteur ? bravo !), qui mériterait un commentaire en elle-même, par son humour : pour ma part j’aime beaucoup les mollets de ce séducteur au petit pied.

    Plus sérieusement : vous écrivez « Nous voilà entrés dans le chaos de la relation amoureuse sans directives, sans sens, angoissante et aliénante. Le mariage n’est plus qu’une convention bourgeoise et les passions n’ont jamais été aussi dangereuses » comme constat de la situation présente. On pourrait, je crois, se demander à quelle époque il en a été autrement. Ce qui a toujours existé, c’est très précisément cet état de fait : les mariages arrangés, avec comme fond anthropologique l’échange des femmes, et les mariages mal assortis transformés en coexistence glacée ou en enfer pour les deux membres du couple, voilà ce que fut toujours et partout, statisquement, la condition de nos parents. Ce qui est nouveau, c’est que l’on ne s’en satisfasse plus. Et on peut voir là quelque chose de fabuleux, parce que c’est bien ce que nos sociétés occidentales n’acceptent plus : les violences du compagnon, l’infériorité légale de la femme, le manque d’amour, la peur du regard de la communauté, la honte de la séparation et tant d’autres choses. Naturellement, l’enfer n’a pas disparu, mais quand même, il brûle moins de victimes. Et que l’on puisse faire un billet sur ce qui auparavant apparaissait comme la norme d’une violence parfaitement intériorisée et ignorée est un signe formidable, je crois, malgré les effets de loupe que cela induit.

    Mais là où je vous suis, c’est bien sûr dans les effets pervers de cette évolution libératrice : il nous faut admettre, qui sait ?, que la vie en société est toujours un jeu à somme nulle : toute avancée se paie quelque part par un recul ou une souffrance nouvelle.
    Je crois que celui qui, en matière d’amour, d’éros plus précisément, propose une remarquable perspective historique est Allan Bloom, à propos de qui Mme Orsini avait rédigé deux billets, concluant qu’il fallait lire Bloom et son livre L’amour et l’Amitié. Je le confirme: lisez Bloom.

    Bloom fait remonter à la naissance de l’approche romantique, c’est-à-dire celle qui met l’accent sur le sentiment amoureux et non plus sur les convenances sociales et religieuses, le succès du projet rousseauiste, qui plaçait l’attirance sexuelle au centre de la vie des individus, et qui affirmait que c’était sa sublimation (Freud n’a pas été le premier) qui permettait la création du lien social à travers l’institution du mariage et la fondation d’une famille, fusionnant ainsi le sexe avec l’amour. Tout le 19ème a ainsi vécu sur l’idée que le but de toute existence était de rechercher l’amour et l’extase amoureuse face à la conception matérialiste bourgeoise ; Flaubert est celui qui en a marqué le premier l’échec avec Mme Bovary, qui échoue à le vivre mais qui y croyait toujours, alors que les personnages des romanciers du 20ème n’y croient plus : Molly, Odette, Albertine, Charlus, Robinson dans le voyage, et tant d’autres ne voient plus dans l’amour une source de sublimation.

    Cet effacement de la foi en l’amour a été paradoxalement remplacé par une tolérance généralisée et un hédonisme qui ont peu à peu submergé toutes les classes sociales au cours du vingtième siècle, dont Catherine Millet (pour prendre une femme comme exemple) ou Nicolas Hulot sont des représentants médiatiques parmi beaucoup d’autres. Ce changement apparaît aux yeux de Bloom comme caractéristique d’une dissociation du sexe et de l’amour: désormais « la relation librement consentie » remplace la liaison amoureuse.

    Sauf que cet hédonisme finit par se révéler comme une perversion de cet idéal de bonheur réduit à sa dimension organique : on dirait que le « alors tout est permis » ne fait qu’apporter une nouvelle angoisse à la place de l’ancienne, et que de nouveau le jeu est à somme nulle.
    Et, comme de toute éternité la solution la plus simple, et la plus efficace pour effacer l’angoisse a été et est la violence sacrificielle, malheur à ceux qui n’ont pas compris que dans ce jeu à somme nulle qu’est la vie sociale le néo-moralisme accompagne maintenant l’hédonisme, désormais cantonné à la pornographie.
    Reconnaissons que cet hédonisme revendiqué à la sauce Strauss-Kahn est devenu particulièrement ignoble (à mes yeux), mais que c’est nouveau, et que, inévitablement, ce rejet s’accompagnera de tous les excès hypocrites et/ou sacrificiels : tout a un prix. Et en effet il risque de nous coûter cher, pas seulement pour les coupables reconnus tels par la justice.
    Je crois pour ma part que les ressources d’eros sont infinies, et que de nouveaux chemins s’ouvriront aux êtres humains que nous sommes. Et que de nouveau le jeu sera à somme nulle.

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  4. Oui Hervé, c’est aussi dans ce sens que j’entendais ce passage de Matthieu. Et si tous ceux qui désirent sont adultères, tous sont adultères parce qu’humains, soumis à cet hyper mimétisme qui caractérise notre espèce. Le désir mimétique est donc bien équivalent au péché originel (« vous serez comme des dieux »). Reconnaitre notre hyper mimétisme est donc équivalent à se reconnaitre pécheur, et c’est en même temps nous en délivrer, parce qu’il me semble que cette prise de conscience empêche justement d’aller « trop loin » dans cette voie. Le problème des défenseurs de ce que Muray nommait « l’Empire du bien », qu’il soit écologique et anti-chasse comme dans le cas de Hulot, ou religieux dans le cas des prêtres pédophiles (perversement attirés par ce bien « angélique » et donc asexué, incarné par les enfants), c’est de ne pas vouloir accepter la simple réalité de notre condition, de ne pas vouloir « faire avec ».

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  5. Merci pour tous ces commentaires qui me frappent, une fois de plus, par leur pertinence et leur profondeur de vue.

    orsinich : Je n’ai pas de réponse à la dernière question. Je ne suis pas dans la tête des prédateurs dont la violence est soudainement exposée. Je ressens leurs dénégations outragées comme en partie sincères. Ils sont persuadés de leur innocence, et cela, je ne vois pas comment l’appeler autrement que de l’inconscience, mais cela n’enlève rien à leur responsabilité. Nous sommes littéralement enfermés dans nos systèmes sacrificiels, incapables de les contempler de l’extérieur ; c’est là, je pense, que réside le pouvoir unique d’une lecture non sacrificielle de la Bible qui nous montre dans quels jeux mimétiques nous jouons. Il nous faut, pour sortir de cette nasse, un regard extérieur. J’allais dire : pas de ce monde.
    Joël Hillion, votre analyse rejoint la mienne. Cet enfer dont vous parlez est la crise de la révélation. C’est toute la puissance de la notion d’apocalypse que les Ecritures nous décrivent toujours comme une crise ravageuse.
    Alain, le mérite de l’illustration de l’article revient entièrement à Jean-Louis Salasc. Moi aussi j’en avais apprécié la pertinence et l’humour.
    En me relisant je n’étais pas satisfait de l’article, en particulier de sa tonalité traditionaliste, « c’était mieux avant ». Je ne suis nullement nostalgique des antiques codes de l’amour et je trouve, comme vous, formidable notre remise en question de ce dévoiement de l’amour au profit de la stabilité de la société. Jeu à somme nulle ? Mais il y a quelque chose de fondamentalement nouveau qui vient perturber le phénomène de balancier entre périodes hédonistes et puritaines. Aucune des deux approches ne permettait de constater l’étendue des violences, le caractère systémique. Le dévoilement est inédit et il ne faut pas s’étonner si la crise existentielle qui l’accompagne est inédite aussi.
    Pour introduire une note d’optimisme, je voudrais rappeler que cette crise dévastatrice est toujours présentée comme une étape indispensable vers la pleine conscience, ou ce que « Anonyme » nous présente en négatif comme l’acceptation du réel. La tragédie de l’espèce humaine est cette obsession à déformer le réel pour le rendre supportable et ce faisant nous créons notre propre enfer. Le réel est beaucoup plus beau que toutes les chimères mythologiques que nous inventons pour ne pas le voir.

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  6. Il y eu un bug ou une erreur de ma part: le message signé « anonyme » était de ma plume, et je n’ai pas pour habitude non plus de « liker » mes messages…. étant d’avis que l’anonymat sur internet n’est pas une bonne chose en général, je me devais de rectifier. Joyeux Noël à tous!

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  7. Exode 20 :
    14 <>
    17 <>
    Mathieu 5,27-28 traduit par ClaudeTresmontant :
    27 <>
    28 <>

    Dans Exode tous girardiens reconnaîtront sans peine un triangle à la française…

    Au verset 28 :
    Un sommet, du triangle disparait, et laisse place à un face à face entre un homme et une femme.
    D’épouse la femme devient générique.
    D’abord au futur, soulignant le rôle préventif de la Parole, le verbe est conjugué ici au présent d’où son caractère impératif.
    Le processus du désir, du regard au cœur (l’intelligence en hébreu) est explicité.
    De la première à la seconde Alliance, de l’implicite à l’explicite du désir on passerait de la suggestion bienveillante au commandement forcé.

    Mais si l’attention est portée non sur le désir mais son objet alors un renversement de l’explicite (la femme mise sur le même plan que la maison…) à l’implicite se manifeste pour révéler la structure profonde de ce désir qui « objectivise ». En quelques mots est dévoilée l’absence de réciprocité, conséquemment du <> absent, barré du dialogue il ne reste que le <> solipsiste. Le rétablissement du « face à face » à l’image de l’Alliance divine peut alors advenir. L’aliénation (étymologiquement proche d’adultère) s’efface pour une altérité riche de tous les possibles.

    La Loi ou Alliance peut s’accomplir en toute liberté.

    Joyeux Noël

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    1. décidément j’ai des difficultés avec les guillenets :

      lire : ….conséquemment du « TU » absent …ne reste que le « MOI JE » solipsiste…

      ci-dessous :

      lire : avec mes excuses pour les guillemets non prises en charge, faute qui oblige à un effort de lecture

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  8. reprise de
    Exode 14 : Tu ne prendras pas la femme d’un autre
    Exode 17 : Tu ne convoiteras pas la maison de ton compagnon.
    Tu ne convoiteras pas la femme de ton compagnon, et son esclave,
    Et sa servante, et son bœuf et son âne et tout ce qui est à ton compagnon
    Mathieu 5,27-28 traduit par ClaudeTresmontant :
    27 : Vous avez entendu qu’il a été dit : tu ne prendras pas la femme d’un autre
    28 : Mais moi je vous dis
    Tout homme qui regarde une femme pour la désirer
    Déjà il l’a prise dans son cœur

    Avec mes excuses pour les guillemets non prises en charge qui oblige à un effort de lecture

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  9. décidément mes corrections s’avèrent faillibles

    lire dans la première intervention : …conséquemment du _TU_ absent…il ne reste que le _MOI JE_
    solipsiste…

    lire dans la seconde intervention corrective : avec mes excuses pour les guillemets non prises en charge, faute qui oblige à un effort de lecture (redoublé ici)

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  10. Pour ajouter une conclusion à cette intervention formellement confuse due principalement à une pensée empressée de s’écrire.

    Avec René Girard notons :
    Une révélation progressive du texte biblique.
    Du maximum d’objets interdits dans les sociétés primitives, on passe aux objets interdits aux
    uns puis aux objets permis aux autres, avec échanges.
    Dans Exode 20,17 ce sont des objets de même nature qui peuvent appartenir aux uns et aux
    autres.
    Dans les deux cas il s’agit de contenir (deux sens du mot ; Jean Pierre Dupuy) la violence du
    mimétisme d’appropriation.

    Avec Mathieu 5, 27-28 et 5, 29-30 :
    s’opère une distinction sujet/objet.
    ob-jet : jeter devant.
    29 : l’oeil droit,jeté loin de toi (devant)
    l’oeil devient objet.
    30 : la main droite, jetée loin de toi (devant)
    la main devient objet.

    su(b)-jet : dessous (le caché, l’invisible) jeter.
    29-30 : il est avantageux pour toi qu’un seul de tes membres périsse et que ton corps ne soit
    pas jeté dans la Géhenne.
    en hébreux comme pour le catholicisme orthodoxe il n’y a pas de séparation entre l’âme et
    ce qu’on appelle aujourd’hui le corps ; rejoint le sens moderne de sujet ou être connaissant
    en opposition à objet.

    C’est notre vision de l’autre comme sujet qui nous sauve.

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  11. Pour ajouter une conclusion à cette intervention formellement embrouillée due à une saisie non maitrisée et une pensée pressée de s’écrire.
    Notons :

    Avec René Girard :
    Une révélation progressive qui va du mythe au texte biblique :
    Du maximum d’objets interdits dans les sociétés primitives on passe aux objets interdits aux uns permis aux autres, origine des échanges ou inversement.
    Dans Exode 20,17 seuls les objets, sous le sceau de l’appartenance et du désir, sont distingués.
    Dans les deux cas il s’agit de contenir (avec Jean Pierre Dupuy entendre les deux sens du mot) la violence du mimétisme d’appropriation s’étendant de l’avoir à l’être.

    Avec Mathieu 5,27-28 puis 5,29-30 :
    (29 : Si ton œil droit est pour toi un obstacle / qui te fait trébucher et tomber / alors arrache-le et jette-le loin de toi / car il est meilleur pour toi / que périsse l’un de tes membres / et que tout ton corps ne soit pas jeté / dans la Géhenne)
    (30 : Si ta main droite…)
    S’opère une coupure objet / sujet
    Ob-jet : jeter devant
    Aussi œil et main jetés loin de toi sont promus comme objets.
    Su(b)-jet : jeter dessous (le caché, l’invisible).
    Que tout ton corps ne soit pas jeté…en hébreux comme pour le catholicisme orthodoxe il n’y a pas de séparation entre l’âme (cachée, invisible) et ce qu’on appelle aujourd’hui le corps, avec Mathieu le corps est donc le sujet moderne, ou être connaissant anciennement âme vivante, par opposition à objet.
    Ainsi un membre-objet peut-il être retranché, sacrifié du corps-sujet sans que ce dernier subisse un changement ou aliénation.
    C’est bien ici la révélation du don de vie ou de l’être inaliénable.

    Avec Claude Tresmontant :
    Les Evangiles synoptiques sont une compilation de notes sans ordre préalable aussi placerons nous 5,28 après 5,29-30.
    Tout homme qui regarde une femme pour la désirer : le regard désirant objective mécaniquement la femme. Mimétisme portant sur l’avoir.
    Déjà il l’a prise (adultérer synonyme d’altérer, d’aliéner) dans son cœur : par sa pensée (le cœur est l’intelligence en hébreux) l’homme subjective-intériorise automatiquement la femme. Mimétisme portant sur l’être.

    Pour conclure
    Ces deux mimétismes connus du rédacteur d’Exode 20,14-17 sont ici dépassés et si l’être est rendu à son inviolabilité parce que don de vie immémorial l’homme est renvoyé implicitement à sa tentation première Genèse 3,5 : vous serez comme des dieux…

    En parallèle : le Pape François face à des journalistes
    Après les révélations d’une liaison avec une femme en 2012, le prélat s’en était remis au jugement du pape pour savoir s’il devait rester en poste ou non.
    Mgr Michel Aupetit «ne peut plus gouverner» car «sa réputation a été atteinte» par les «commérages», a estimé lundi 6 décembre le pape François lors d’une conférence de presse, quelques jours après avoir accepté la démission de l’archevêque de Paris.

    Dans l’avion qui le ramenait lundi d’Athènes vers Rome, le pape François a évoqué plusieurs sujets d’actualité devant la presse, il a notamment expliqué pourquoi il avait accepté la démission de Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris. Nous publions la réponse intégrale du pape à cette question sur la base du compte rendu de l’agence romaine de presse I.Media, présente dans l’avion.

    Pape François – Sur le cas Aupetit. Je me demande : mais qu’est-ce qu’a fait Aupetit de si grave qu’il a dû donner sa démission. Qu’a-t-il fait ? Si nous ne connaissons pas la cause, nous ne pouvons pas condamner. Quelle a été la cause ? Qui le sait ? C’est laid, non ?

    Relance de la question : «Y a-t-il eu des problèmes de gouvernance ou d’autres choses ?»

    Pape François – Avant de répondre, je dirai : faites l’enquête. Faites l’enquête. Parce qu’il y a le danger de nous dire «il a été condamné». Qui l’a condamné ? C’est l’opinion publique, c’est la rumeur. Mais qu’a-t-il fait ? Nous ne savons pas. Si vous savez pourquoi, dites-le. Sinon je ne peux pas répondre. Vous saurez pourquoi.
    Parce qu’il y a eu un manquement de sa part, une faute contre le 6e commandement («tu ne commettras pas d’adultère», NDLR), pas de façon totale, mais des petites caresses, des massages qu’il faisait à sa secrétaire. C’est ça l’accusation. C’est un péché. Mais cela n’est pas un des péchés les plus graves, parce que les péchés de la chair ne sont pas les plus graves. Les péchés les plus graves sont ceux qui ont le plus d’angélisme. La superbe, la haine… Ceux-là sont les plus graves.
    Aupetit est pécheur, je le suis aussi… comme l’a été Pierre, l’évêque sur lequel Jésus Christ a fondé l’Église. Comment la communauté de cette époque a-t-elle pu accepter un évêque pécheur ? Et celui-là avait fait des péchés sans angélisme, celui de renier le Christ. Mais c’est une Église normale, elle était habituée à se sentir toujours pécheresse, tous. C’est une Église humble. On voit que notre Église n’est pas habituée à avoir un évêque pécheur, nous faisons semblant de dire «mon évêque est un saint». Nous sommes tous pécheurs.
    Quand le commérage grandit, il grandit… elle détruit la réputation d’une personne, il ne pourra plus gouverner. Parce que sa réputation est détruite, non pas pour son péché – qui est péché, comme celui de Pierre, comme le mien, comme le tien, c’est un péché – mais à cause des commérages des personnes responsables de raconter les choses. L’homme dont on a détruit publiquement la réputation de cette façon ne peut pas gouverner. Et cela, c’est une injustice. C’est pourquoi j’ai accepté la démission d’Aupetit, non pas sur l’autel de la vérité, mais sur l’autel de l’hypocrisie

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    1. Merci pour ces commentaires, ils enrichissent le débat. Les propos du Pape François dénoncent avec justesse le marché de dupes mimétique entre les hommes et femmes publiques et le public. Un évêque est sensé être un saint, un homme politique l’intégrité même. Avec cela on oublie qu’ils/elles sont des humains, des sujets – on en fait des objets qu’on peut jeter lorsqu’ils ne présentent plus les « qualités » requises pour porter nos désirs de pureté. D’ailleurs il me semble que les propos de François vont dans le même sens que mon interprétation de Matthieu 5, 27-28. Qu’en pensez-vous ?

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  12. En effet le Pape François nous parle du péché de la chair rejoignant votre interprétation de Matthieu 5, 27-28, pour, cependant, le minimiser en comparaison d’une autre faute qui, en termes girardiens, serait celle du groupe indifférencié par la haine accusatrice.
    Pourquoi cette gradation de la faute? C’est me semble-t-il celle inhérente au mimétisme portant sur l’être notifié dans Matthieu 5,28 (il l’a prise dans son cœur). Désirer métaphysiquement c’est prendre le risque de l’excès soit en maximalisant l’être de l’autre et c’est l’idolâtrie soit en le minimisant et c’est le rejet haineux comme vous le suggérez. Mais avec le rapport à l’être de l’autre s’inclut la question de son origine, de son appartenance et donc une possibilité de rivalité avec l’Etre Incréé ou de son inexistence. Avec la révélation explicite que vous dénouez ne coexiste-t-il pas une révélation implicite des propos du pape François et des versets de Matthieu?

    Vous devinez sans peine que mon (mes) interventions se situent implicitement dans un questionnement autour de l’articulation ou non de l’anthropologie et de la théologie.

    Quelques références:
    https://www.youtube.com/watch?v=HUUKl2fCdqM après 1 heure 9 minutes
    Dieu une invention aux éditions de l’atelier (p115-118 par exemple)
    Salut à vous.

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    1. Pardon pour cette réponse tardive. Cette question de l’articulation entre les deux dimensions des Evangiles est effectivement cruciale. L’intervention du Pape François est de fait tout-à-fait girardienne dans l’esprit… Ou comment se sortir d’un piège pharisaïque en renvoyant chacun à son péché…
      Bien amicalement

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