
par Jean-Michel Oughourlian
J’ai assisté au cours de ma longue carrière à la destruction progressive de la médecine que j’aimais et qui m’avait été enseignée par mes maîtres. Celle-ci a été rongée par un certain nombre de règlements, de normes, de précautions et d’idées « morales » politiquement correctes.
Par exemple, il faut que le médecin dise la vérité au malade ; c’est absurde, pour une raison simple : il ne connaît pas la vérité. En effet, ce que le malade considère comme vérité, c’est l’évolution de la maladie, c’est son avenir. Or, le médecin l’ignore. En médecine, en effet, la vérité est statistique : « Dans votre cas, Madame, vous avez 80 % de chance de guérir ». Ce que la patiente entend, c’est qu’elle doit guérir. Si elle se trouve dans les 20 %, elle pensera que le médecin lui a menti.
Le médecin n’est pas prophète et ne connaît pas l’avenir, et donc ne connaît pas la vérité que réclame le patient.
Il est également recommandé aux médecins de tout dire au patient. Mais en réalité, le médecin ne peut pas ou ne doit pas tout dire au patient, car le problème du médecin est de savoir ce que le patient est en mesure d’entendre. Il ne s’agit pas de lui asséner une « vérité » qui transfère sur le patient toute l’angoisse du médecin. Tel malade auquel le médecin avait « moralement » révélé sa tumeur au cerveau rentra chez lui et se tira une balle dans la tête.
On dit aussi que le médecin doit obtenir « le consentement éclairé du malade » au traitement qu’il lui prescrit.
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