La destruction de la médecine

Gustav Klimt – La Médecine (détail)

par Jean-Michel Oughourlian

J’ai assisté au cours de ma longue carrière à la destruction progressive de la médecine que j’aimais et qui m’avait été enseignée par mes maîtres. Celle-ci a été rongée par un certain nombre de règlements, de normes, de précautions et d’idées « morales » politiquement correctes.

Par exemple, il faut que le médecin dise la vérité au malade ; c’est absurde, pour une raison simple : il ne connaît pas la vérité. En effet, ce que le malade considère comme vérité, c’est l’évolution de la maladie, c’est son avenir. Or, le médecin l’ignore. En médecine, en effet, la vérité est statistique : « Dans votre cas, Madame, vous avez 80 % de chance de guérir ». Ce que la patiente entend, c’est qu’elle doit guérir. Si elle se trouve dans les 20 %, elle pensera que le médecin lui a menti.

Le médecin n’est pas prophète et ne connaît pas l’avenir, et donc ne connaît pas la vérité que réclame le patient.

Il est également recommandé aux médecins de tout dire au patient. Mais en réalité, le médecin ne peut pas ou ne doit pas tout dire au patient, car le problème du médecin est de savoir ce que le patient est en mesure d’entendre. Il ne s’agit pas de lui asséner une « vérité » qui transfère sur le patient toute l’angoisse du médecin. Tel malade auquel le médecin avait « moralement » révélé sa tumeur au cerveau rentra chez lui et se tira une balle dans la tête.

On dit aussi que le médecin doit obtenir « le consentement éclairé du malade » au traitement qu’il lui prescrit.

Continuer à lire … « La destruction de la médecine »

Qu’est-ce qu’un influenceur ?

par Imen Mehrzi

Imen Mehrzi est une journaliste tunisienne ; un de ses récents articles, publié dans le journal électronique Business News de Tunis, recourt aux concepts girardiens pour proposer une réflexion sur les influenceurs. Elle s’adresse aux milieux politiques et économiques.

Que signifie le mot « influenceur » ?  D’où vient ce terme et pourquoi est-il sur toutes les lèvres ?

« Influenceur » , c’est le nom que l’on donne à quelqu’un dont l’exposition sur les réseaux sociaux lui permet de relayer des opinions. Un « influenceur » a droit à ce statut si le nombre de personnes qui le suivent est jugé suffisant pour avoir le pouvoir d’affecter leurs goûts, leurs opinions et leurs comportements d’achat. Ce que confirme le Petit Robert qui propose comme définition au mot « influenceur » : « Personne qui influence l’opinion, la consommation par son audience sur les réseaux sociaux».

Le terme a émergé dans les années 90 pour désigner l’activité de certains blogueurs. On les a d’abord nommés « blogueurs d’influence », puis simplement « influenceurs ». Le terme est employé pour souligner la présence d’un médiateur entre les marques et les consommateurs. En effet, le néologisme n’est entré dans le Robert qu’en 2017, avec le verbe « retweeter » ou l’adjectif « europhobe ».

 Mais avant même l’avènement de l’Internet, ce phénomène plonge ses racines dans la Seconde Guerre mondiale, au moment où l’influence est devenue un objet de recherche dans le domaine des sciences humaines et sociales, notamment dans la lignée des analyses sur la propagande.

Parmi eux, les travaux du sociologue américain d’origine autrichienne, Paul Lazarsfeld. Celui-ci a analysé les raisons du changement d’opinion d’un échantillon à propos des élections et des produits commerciaux dans ses livres « The People’s Choice » (1944), puis dans «  Personal Influence » (coécrit avec son élève Elihu Katz, en 1955).

Continuer à lire … « Qu’est-ce qu’un influenceur ? »

La fraternité

par Jean-Michel Oughourlian

Lorsqu’on me parle de fraternité, je frémis. Sait-on bien de quoi l’on parle ? Les Français ayant inscrit le mot au fronton de leur temple pensent qu’il s’agit d’un acquis social ! Peut-être, mais pas définitif, et à acquérir, entretenir et inventer tous les jours.

La fraternité consanguine est mortifère : Caïn tue Abel dès la première génération de l’humanité. Il le tue par jalousie, parce que Dieu a accepté l’offrande d’Abel et pas celle de Caïn…

Étéocle et Polynice, frères jumeaux, s’entretuent et meurent en même temps, tués l’un par l’autre, au grand désespoir de leur sœur Antigone.

Romulus tue Remus, son frère, parce que celui-ci a osé franchir la ligne qu’il venait de tracer, délimitant la frontière de la future ville de Rome.

Tout au long de l’histoire, les guerres fratricides ont fait des millions de victimes : pensons aux guerres de religion, à la Saint-Barthélemy au cours de laquelle des Français ont massacré d’autres Français au motif d’une lecture différente de la Bible. Pensons aujourd’hui aux luttes meurtrières au sein de l’islam entre musulmans sunnites et chiites. Pensons à toutes les guerres civiles et aux massacres de populations entières par leurs « frères » aux idées politiques différentes.

La fraternité est-elle donc dangereuse ?

Il y a en fait deux sortes de fraternité qu’il faut bien distinguer : la fraternité naturelle, consanguine, héritée. Elle est mortifère, car la jalousie et la rivalité mimétique se portent tout naturellement sur le modèle le plus proche. Le célèbre psychiatre Ernst Kretschmer avait bien décrit ces formes de délire et de haine entre voisins, qu’il appelait des « délires de palier ».

Continuer à lire … « La fraternité »

Annonce Cinéma

Cet écran pour vous signaler l’accueil de quatre nouveaux films dans notre anthologie de cinéma : les Liaisons dangereuses, Panique, Ridicule, Rocco et ses frères.

Deux d’entre eux font l’objet d’analyses inédites : Rocco et ses frères par Christine Orsini, Panique par Didier Desrimais.

Lien vers la page :https://emissaire.blog/le-blog-fait-son-cinema/

J.K. Rowling à l’école des apprentis-sorciers

par Hervé van Baren

A la suite du remarquable et remarqué article de Jean-Marc Bourdin, arrêtons-nous un instant sur le sujet de la controverse qui a valu à l’autrice de Harry Potter la une des médias et une exposition médiatique peu favorable, pour dire le moins. Ce complément n’ajoute rien à l’article. La démarche de Jean-Marc Bourdin est la bonne : sortir du scandale, seule manière d’autoriser une analyse objective de l’événement, ce qui suppose de se détacher de l’objet du scandale, l’identité transsexuelle. Ce que nous cherchons à savoir ici, c’est si n’importe quel sujet aurait pu déclencher un scandale similaire ; autrement dit, en quoi le sujet est-il scandaleux ? La controverse était-elle inévitable ?

Rowling admet volontiers qu’elle avait prémédité son coup médiatique. Tout commence par un tweet mentionnant « les personnes qui ont des règles » au lieu de « les femmes ». La provocation est patente. Qu’est-ce qui pousse Rowling à s’exposer sur un sujet, la transsexualité, qui, a priori, ne la concerne pas directement, et qui, comme elle le sait pertinemment, ne lui vaudra que des coups ? Pour tenter de le comprendre, allons faire un tour du côté de son site web, dans lequel elle a publié un justificatif des tweets qui ont enflammé le web (1).

La controverse tourne autour de la « gender theory », qui défend l’idée que le « genre », l’identité sexuelle, est plus significatif que le « sexe » biologique. Au fil des tweets et en lisant son manifeste, il apparaît assez clairement que Rowling fait partie de celles et ceux qui n’adhèrent pas à cette thèse, et qu’elle est devenue progressivement une militante de cette contre-cause jugée réactionnaire.

Je devrais rester à distance respectable du pugilat. Je risque pourtant un avis. Il me paraît tout aussi stupide de nier la réalité de la différenciation sexuelle biologique que celle de l’identité sexuelle, et je constate que les deux ne sont pas toujours en phase. Je ne vois d’ailleurs pas de problème insurmontable à faire coexister les deux notions, ce qui ne semble pas l’avis de la majorité des intervenants dans le débat. On est soit pro-genre, soit pro-sexe ; pas de compromis possible lorsqu’on s’exprime sur le sujet.

Continuer à lire … « J.K. Rowling à l’école des apprentis-sorciers »

Redéfinir l’article indéfini pluriel

par Jean-Marc Bourdin

Il m’arrive parfois de m’agacer pour un rien ou, soyons plus précis, pour un presque rien. Ainsi quand je lis, dans Le Monde, un gros titre tel que “Les fans de « Harry Potter » secoués par les propos jugés transphobes de J. K. Rowling”, je m’interroge sur le sens du premier mot : “Les”. Car, pour autant qu’il m’en souvienne, cet article défini pluriel est l’équivalent de “tous les” ou à la rigueur “l’ensemble des”, voire “la quasi-totalité des”. J’ai du mal à croire que cet immense ensemble soit unanimement “secoué par des propos jugés transphobes”. 

Si je pratique une arithmétique basique, je soustrais les fans qui n’ont pas eu connaissance desdits propos, puis je retranche parmi les au courant ceux qui n’ont pas conscience de ce qu’est la transphobie (ils doivent être assez nombreux parmi un lectorat qui commence et devient fan jeune et parce que la transphobie est une notion assez récente), et encore ceux qui savent ce que transphobie veut dire et qui ont lu les propos et les commentaires associés mais qui n’ont pas d’opinion sur la transphobie, ou qui considèrent qu’il s’agit là d’une attitude dont les victimes sont ultra-minoritaires et qui ne mérite pas de s’y attarder, voire sont eux-mêmes transphobiques et qui seraient prêts à se réjouir de partager une opinion prêtée à J. K. Rowling. Sans exagérer, je pense parvenir au terme de ma petite série d’opérations, que je pourrais sans doute poursuivre en définissant d’autres sous-ensembles (ce que vous pouvez bien sûr faire si cela vous amuse), à une grande majorité des fans d’Harry Potter.

Je poursuis ma lecture, pas trop longtemps parce qu’il s’agit d’un article réservé aux abonnés (tous les, mais seulement eux), ce que je ne suis pas. J’arrive ainsi au sous-titre, écrit comme il se doit avec une police de caractères un peu plus petite que le titre mais encore aisément visible, même pour quelqu’un de mon âge et je lis : “De nombreuses communautés qui font vivre l’univers du sorcier ont condamné les récentes publications en ligne de l’autrice de leur saga fétiche.” Donc, ce ne sont pas “tous les fans” mais de “nombreuses communautés”. Je continue à faire le tri en me demandant : où sont les fans qui n’appartiennent pas à une communauté ? et où sont les communautés qui n’ont pas été secouées ? Si je les réunis, cela doit faire “un certain nombre de fans”. Je manque de courage pour lire tout ce à quoi j’ai droit sans être abonné et je saute à un intertitre, lui aussi ami des presbytes, qui indique : “Condamnations d’acteurs et de fans”. Donc, il ne s’agit pas de la condamnation de l’ensemble des acteurs et de l’ensemble des fans mais de certains d’entre eux, tout au plus. 

Continuer à lire … « Redéfinir l’article indéfini pluriel »

La jeunesse

par Jean-Michel Oughourlian

En 1970, je fus chargé d’une mission d’étude par le laboratoire de psychologie pathologique de La Sorbonne. En 1969, en effet, on avait assisté à la naissance d’un  mouvement de contestation de la guerre au Vietnam au cours du fameux « summer love », rassemblement de jeunes habillés de fleurs, prônant le rejet de la guerre, le retour à la nature, et décidés à « faire l’amour, pas la guerre ».

En même temps, on avait assisté à une épidémie d’usage de drogue, le cannabis surtout (marijuana, haschich) et les hallucinogènes, notamment le LSD prôné par Timothy LEARY.

Ma mission consistait à me rendre à San Francisco pour visiter et étudier le fonctionnement des « free clinics » qui avaient éclos pour traiter les problèmes liés à l’usage des drogues. La plus célèbre était la Free Clinic dirigée par le Docteur David SMITH, rédacteur en chef du « Journal of psychedelic drugs ».

Je me rendis donc à San Francisco et me fis conduire par un taxi à cette clinique. J’arrivais devant une porte bariolée de toutes les couleurs et un jeune homme avec des colliers de fleurs autour du cou m’accueillit et me salua les mains jointes à la mode hindoue. Je demandais à voir le Docteur David SMITH et celui-ci arriva également en tenue de type hindoue, avec un collier de fleurs autour du cou.

J’étais ahuri et entamais ma visite et mes interviews. J’appris que le mouvement « hippie » traduisait justement cette aspiration de la jeunesse qui refusait la guerre et voulait faire l’amour en s’inspirant des philosophies orientales. L’usage du cannabis était le ciment de leur union et l’emblème de leur révolte. L’usage des hallucinogènes était censé leur faire connaître des états de conscience modifiés et leur faire faire des voyages « initiatiques » au-delà de la réalité quotidienne et banale.

Continuer à lire … « La jeunesse »

Robin des Bois

par Christine Orsini

Cette crise sanitaire a beau être inédite et mondiale, elle prend des couleurs particulières, qu’elle emprunte largement aux crises nationales en cours. Ainsi, chez nous, la crise de confiance du « peuple » à l’égard des élites, telle qu’elle s’est manifestée, par exemple, dans la longue colère des « Gilets jaunes », s’incarne ces jours-ci dans une bataille d’opinions dont un éminent professeur de médecine est l’enjeu : le professeur Raoult prétend en effet représenter tous ceux qui n’ont jamais la parole, cela fait beaucoup de monde. Mais il se singularise aussi, dans son ordre qui est celui de la médecine, il joue « cavalier seul ». L’alliance paradoxale qu’on trouve chez lui entre une posture de « hors-la-loi » et une large audience populaire, le fait qu’il pense incarner l’idée du héros de Hegel (sic), l’homme providentiel appelé par les circonstances, et aussi le physique qu’il s’est choisi, anachronique dans le genre médiéval, tout cela ne fait-il pas penser irrésistiblement, à Robin des Bois ?

Personne ne sait très bien (c’est justement là que le bât blesse) si l’hydroxychloroquine est une médecine efficace, inutile ou même dangereuse, mais à peu près tout le monde a pris parti pour ou contre le professeur Raoult. C’est tout le charme de cette « polémique ». On est plus dans le romanesque que dans le débat scientifique. Je suis frappée par la violence (verbale) des détracteurs comme des promoteurs du nouveau héros de la science médicale : ça n’est pas tous les jours qu’on assiste à une nouvelle « affaire Galilée ». Dans notre monde moderne, la science est habituellement vénérée comme un champ de connaissances et de pratiques au-dessus de tout soupçon : on lui fait confiance, surtout quand il s’agit de la science médicale. Et voici que ce personnage fait entrer la médecine dans l’arène politique.

Il faut prendre de la distance. Il m’a donc semblé qu’en prenant le parti d’une analogie entre le professeur Raoult et Robin des Bois, on aurait un bon angle de vue sur cette affaire. Le parti pris n’est pas injurieux, Robin des Bois est le héros intemporel (il a été mis à toutes les sauces, constamment réactualisé) de la lutte du Bien contre le Mal et plus précisément  de la lutte contre l’injustice, quand celle-ci prend la forme de la coutume et du droit : c’est pourquoi Robin des Bois est « hors-la-loi », il prend la défense de ceux que la loi opprime, il vole les riches pour donner aux pauvres, il ruse avec les puissants, il les ridiculise en les réduisant à l’impuissance, il joue la solidarité, l’égalité de tous dans des liens fraternels, contre la hiérarchie sans pitié de la société (féodale, à l’origine du mythe).

Continuer à lire … « Robin des Bois »

Le rire déconfiné

par Jean-Louis Salasc

Vous aimez rire, comme tout le monde ou presque. Cependant, lorsque vous entrez dans la quête philosophique séante à toute honnête personne, l’inquiétude vous saisit. Platon juge le rire indigne et le bannit de sa république idéale. Aristote le trouve laid. Les Latins y voient un instrument moralisateur (« Castigat ridendo mores »). Pour Hobbes, c’est un mouvement de vanité et de mépris, comme pour Baldassare Castiglione.

Descartes convient que le rire est une expression de joie, mais reste réservé, car la moquerie est teintée de haine. La tradition chrétienne ne vous réconfortera pas davantage, souvenez-vous du « Nom de la rose » ; et des comédiens enterrés de nuit, Molière en tête. Un cas isolé, Spinoza : « Le rire est le signe d’une puissance de l’âme et de son épanouissement » ; bravo Baruch.

Faible secours de la part des Lumières. Voltaire donne une définition sympathique du rire, mais sa pratique en est acerbe, sinon cruelle ; c’est une arme, le ridicule tue. Kant tourne autour du pot ; il décortique le mécanisme du comique (le « soudain anéantissement d’une attente »), pour se ranger finalement à une position néo-cartésienne : à consommer avec modération.

Au siècle suivant, le dossier s’assombrit encore. Stendhal dénonce la tristesse de son époque. Le comique est pour Baudelaire un « signe satanique ». Vous vous dites : « Il ne manquerait plus qu’un Schopenhauer ne s’occupe du sujet ». Justement, il s’en est occupé. Ce qui donne : « Le rire est une subsomption, c’est tout ». Le nom officiel de cette conception est la Théorie de l’incongruité. Herbert Spencer nous l’explique : « L’âme occupée à de grandes choses se retrouve soudain face à des petites ». Traduction moins fleurie : le rire nous mène à la bassesse et la grossièreté.

Nietzsche fait du rire l’apanage des Dieux et des surhommes ; tant mieux pour eux. Que nous reste-t-il à faire ? Consulter Freud ? Pour lui, le rire est un défoulement et une régression. Un dernier espoir avec Bergson peut-être, le philosophe de l’élan vital ? Il considère que le rire est provoqué par « du mécanique plaqué sur du vivant » ; autrement dit, le comique vient du spectacle de la perte d’humanité…

Après une telle revue, de Platon à Bergson, pas besoin de coronavirus pour que le rire nous reste en travers du gosier. Ou que honte et confusion ne nous envahissent si nous nous y abandonnons.

Mais la théorie mimétique ? Quel secours pouvons-nous en espérer ?

Continuer à lire … « Le rire déconfiné »

Disputatio : sociabilité et coronavirus

Jean-Marc Bourdin attire notre attention sur un article de Fabienne Martin-Juchat sur le site The Conversation : https://theconversation.com/maintenir-la-distance-tristesse-a-venir-dune-socialite-sans-contacts-135736

S’ensuit la « disputatio » suivante.

Jean-Marc Bourdin

René  Girard fait quelques développements bien sentis sur la politesse et rêvait plus largement d’une science des rapports humains. Voici un panorama très large des théories sur les rituels de politesse et une amorce de questionnement sur les conséquences des normes de distanciation que nous risquons d’avoir à subir durablement. De quoi réfléchir avec notre angle d’attaque préféré. 

Thierry Berlanda 

Je répondrais très poliment, et avec toutes les attentions que je vous dois et que volontiers je vous porte, que la codification nous décharne… et qu’il n’y a point de vivants s’ils ne sont de chair. Cela dit, cher Jean-Marc, ce que tu nous invites à lire me rappelle la sagesse de la décence (« common decency »), telle que décrite par Orwell, et que je traduirais par « savoir éthique immédiat », c’est-à-dire phénoménologiquement « d’avant le monde », c’est-à-dire immanent à la vie : une sorte de retenue, qui contraint de soi-même et par soi-même l’énergie expansive de cette même vie. Comme souvent, il ne s’agirait donc pas « d’implanter » cette sagesse dans la prétendue terre sauvage de nos psychés (ah, ravages du nominalisme anglais !), mais de la révéler à elle-même car elle est toujours déjà constitutive des dites psychés.

Christine Orsini

Continuer à lire … « Disputatio : sociabilité et coronavirus »