J.K. Rowling à l’école des apprentis-sorciers

par Hervé van Baren

A la suite du remarquable et remarqué article de Jean-Marc Bourdin, arrêtons-nous un instant sur le sujet de la controverse qui a valu à l’autrice de Harry Potter la une des médias et une exposition médiatique peu favorable, pour dire le moins. Ce complément n’ajoute rien à l’article. La démarche de Jean-Marc Bourdin est la bonne : sortir du scandale, seule manière d’autoriser une analyse objective de l’événement, ce qui suppose de se détacher de l’objet du scandale, l’identité transsexuelle. Ce que nous cherchons à savoir ici, c’est si n’importe quel sujet aurait pu déclencher un scandale similaire ; autrement dit, en quoi le sujet est-il scandaleux ? La controverse était-elle inévitable ?

Rowling admet volontiers qu’elle avait prémédité son coup médiatique. Tout commence par un tweet mentionnant « les personnes qui ont des règles » au lieu de « les femmes ». La provocation est patente. Qu’est-ce qui pousse Rowling à s’exposer sur un sujet, la transsexualité, qui, a priori, ne la concerne pas directement, et qui, comme elle le sait pertinemment, ne lui vaudra que des coups ? Pour tenter de le comprendre, allons faire un tour du côté de son site web, dans lequel elle a publié un justificatif des tweets qui ont enflammé le web (1).

La controverse tourne autour de la « gender theory », qui défend l’idée que le « genre », l’identité sexuelle, est plus significatif que le « sexe » biologique. Au fil des tweets et en lisant son manifeste, il apparaît assez clairement que Rowling fait partie de celles et ceux qui n’adhèrent pas à cette thèse, et qu’elle est devenue progressivement une militante de cette contre-cause jugée réactionnaire.

Je devrais rester à distance respectable du pugilat. Je risque pourtant un avis. Il me paraît tout aussi stupide de nier la réalité de la différenciation sexuelle biologique que celle de l’identité sexuelle, et je constate que les deux ne sont pas toujours en phase. Je ne vois d’ailleurs pas de problème insurmontable à faire coexister les deux notions, ce qui ne semble pas l’avis de la majorité des intervenants dans le débat. On est soit pro-genre, soit pro-sexe ; pas de compromis possible lorsqu’on s’exprime sur le sujet.

Rowling est donc bien une militante de la cause du sexe biologique, et elle ne s’en cache pas. Fort bien, chacun ses idées. Reste à comprendre la violence extrême des réactions à ses prises de position. A partir de maintenant, chaussons les lunettes qui permettent de reconnaître la dimension mimétique dans ce qui apparaît comme un phénomène politique et sociétal.

Autant l’article de Jean-Marc Bourdin met en lumière le mécanisme de fabrication d’une foule, autant cette lecture des tweets et de leurs réponses fait surgir l’autre facette de la théorie mimétique : le désir. Dès que les passions s’enflamment, on peut se mettre en quête de l’objet de désir. Ici, il n’est pas difficile à identifier. C’est la féminité. Arrêtez, dit Rowling à longueur de tweets et autres textes, d’essayer de me voler cette identité qui me définit. Le message de l’autre camp est à l’inverse : permettez-nous d’acquérir cet objet si désirable qui nous est interdit.

Qu’on me comprenne bien, je ne nie absolument pas la réalité de la transsexualité, ni les souffrances qui l’accompagnent trop souvent par la méconnaissance et l’intolérance de la société. On peut naître dans le mauvais corps, je pense que c’est acquis. Mais cette réalité n’empêche nullement l’apparition d’un désir mimétique qui vient déformer la légitime revendication de vivre en accord avec son « genre ». On a vu le même phénomène de perversion d’un débat – et même d’impossibilité d’en débattre sereinement – avec le mariage pour tous. Que des lesbiennes et des gays puissent vivre leur relation sans se cacher honteusement, voilà une avancée qui aurait dû faire l’unanimité. Malheureusement, il ne s’agissait pas au premier chef de faire passer l’amour avant l’ordre traditionnel ; il ne s’agissait pas seulement de conquérir le droit de vivre en couple. Il fallait le même mariage que celui des couples traditionnels. Il fallait que toute différence soit gommée dans les textes légaux. Il fallait que le nom de cette union soit « mariage » pour tous. Autrement dit le même mariage pour tous. La légitime revendication s’est insidieusement transformée en lutte farouche pour la possession d’un objet désirable. La violence du débat prenait sa source dans la rivalité mimétique autour de l’objet du désir.

J.K. Rowling est humaine, c’est-à-dire mimétique. Les militants de la cause transsexuelle lui ont désigné quelque chose qu’elle possédait, sans se poser trop de questions, sereinement : sa féminité. L’objet est devenu éminemment désirable dès le moment où elle a eu l’impression qu’on essayait de le lui arracher. Pour ses adversaires, elle est devenue l’obstacle qui en interdisait l’accès. Les conditions au déchaînement de la violence étaient réunies.

Il faut aller un peu plus loin. Beaucoup de détracteurs de Rowling ne sont pas directement impliqués dans ce débat ; pourquoi se sentent-ils obligés d’y participer ? J’ai relevé, entre autres propos, ceux d’Emma Watson, l’actrice qui a joué le rôle d’Hermione dans les films de la saga Harry Potter. Je reproduis son tweet :

« Trans people are who they say they are and deserve to live their lives without being constantly questioned or told they aren’t who they say they are ». (Les personnes trans sont ce qu’elles disent qu’elles sont et ont le droit de vivre leur vie sans qu’on les remette constamment en cause ou qu’on leur dise qu’elles ne sont pas ce qu’elles disent qu’elles sont).

Voilà qui est bien remarquable, et tellement représentatif du discours progressiste contemporain. Il n’y a pas de réalité objective, il n’y a qu’une vérité subjective. Ce genre de propos permet de mieux apprécier la critique girardienne du relativisme… D’où viennent-ils ? Comment peut-on sérieusement postuler que la vérité émerge miraculeusement de nos petits egos (que tout désir surgit spontanément de la partie la plus intime de notre esprit), et qu’il n’y a aucun problème à ce que cette vérité-là soit l’exact opposé de celle du voisin ?

Bien que Girard nous ait appris que ces phénomènes étaient largement déterminés par la méconnaissance, je vais faire ici l’hypothèse que cette particularité de la modernité a pour origine une connaissance inconsciente, indicible. C’est la peur qui nous fait dire pareilles bêtises. Nous savons sans le savoir la force du désir mimétique. Nous sommes parfaitement informés de l’attrait irrésistible de tout objet désiré par d’autres. Nous avons aussi dénoncé la violence et l’injustice intrinsèque de tous les ordres que nous avions mis en place pour contenir la violence qui menace ; nous n’en voulons plus. Le relativisme et son rejeton, le politiquement correct, sont les remplaçants de ces barrages traditionnels. Emma Watson ne dit nullement à J.K. Rowling qu’elle a tort. Elle lui dit : quelle inconscience ! Comment peux-tu jouer ainsi avec le feu ? Pour les trans, ta féminité est un objet de désir, et tu veux leur interdire ? Fais comme moi, J.K., regarde ailleurs. N’en parle pas. Evite de prononcer les mots tabous, les mots qui exposent à la vue de tous ces objets maudits. Remplace-les par des mots neutres, des mots magiques qui leur enlèvent toute nocivité. Si tu dois absolument en parler, dis ce qu’il est convenu de dire. C’est peut-être stupide, mais c’est lisse, mou, inconsistant. C’est conçu pour ne pas blesser.

Il y a une intelligence du politiquement correct et du relativisme, et c’est l’intelligence de la peur. Elle est du même ordre que la terreur inspirée jadis par les jumeaux, par les ressemblances, par le non-respect des rites. Nous n’imaginons que trop bien l’enfer du tous contre tous.

Seul Girard permet d’éclairer, je pense, le paradoxe du progressisme. Comment la croyance en l’existence de sept milliards d’individualités parfaitement indépendantes, libres et maîtres de leurs vies, chacune capable de créer sa propre réalité, peut-elle muer en pensée unique, en discours formaté et hégémonique ? Cette croyance devrait mener à une différenciation inédite, au lieu de quoi on obtient l’indifférenciation suprême, celle qui gomme toutes les identités, culturelles, raciales, sexuelles… Le progressisme veut le paradis, il prépare l’enfer ; il aspire à la liberté, il impose de nouveaux totalitarismes. Tout cela par méconnaissance et déni de la force du désir qui, tant qu’il a pouvoir sur nous, rend cette indépendance chimérique.

(1) https://www.jkrowling.com/opinions/j-k-rowling-writes-about-her-reasons-for-speaking-out-on-sex-and-gender-issues/

11 réflexions sur « J.K. Rowling à l’école des apprentis-sorciers »

  1. Sur votre question « Comment la croyance en l’existence de sept milliards d’individualités parfaitement indépendantes, libres et maîtres de leurs vies, chacune capable de créer sa propre réalité, peut-elle muer en pensée unique, en discours formaté et hégémonique ? », je pense qu’il faut utiliser les outils que proposent des domaines mathématiques comme la mécanique des fluides, la géométrie fractale et la théorie du chaos. Dans la théorie du chaos (qui se penche sur les systèmes dynamiques), il y a des notions comme celle des « attracteurs étranges », qui expliquent comment un très petit changement, dans un sens, ou dans l’autre, peut conduire à des conséquences diamétralement opposées à l’échelle de tout un système. Je suis persuadé que Girard avait une sorte de conscience, ou prescience, de ces mécanismes, même si son oeuvre n’en porte pas de trace formelle. J’ai essayé d’utiliser ce genre de raisonnements dans une analyse girardienne de l’affaire dite « Matzneff » (où nous avons pu assister à un changement brutal de polarisation, dans une atmosphère sacrificielle à maints égards). Le lien, si cela vous intéresse: https://www.revelateur.ch/post/l-amnésie-de-l-ogre-et-le-clin-d-oeil-de-paul-vi .

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    1. Bonjour,

      Vous devez sans doute le savoir mais pour l’information de nos autres lecteurs, je me permets d’ajouter que Lucien Scubla a abordé certaines parentés entre théorie mimétique et théorie du chaos dans plusieurs articles et dans son livre tiré de sa thèse « Lire Lévi-Strauss » paru aux éditions Odile Jacob en 1998. Il est probable que René Thom et René Girard aient partagé des modes de pensée similaires sans avoir une connaissance (approfondie) des théories de l’autre. Coïncidences sans inspiration directe que je trouve très stimulantes.

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      1. J’ignorais. Merci de me signaler ces recherches. Il me semble qu’on parle trop peu des méthodes de réflexion de Girard. Le contenu de ses théories est tellement révolutionnaire (et intéressant, utile, etc.) qu’on en oublie de voir comment (par quelles méthodes, grâce à quelle façon de penser) il a pu se mettre sur la piste des réalités anthropologiques qu’il décrit.

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  2. Voici deux articles (ceux de J.M. Bourdin et H. Van Baren) qui se complètent idéalement et montrent le virage pris par le progressisme devenu totalitaire, et qui transparaît jusque dans certains journaux crépusculaires ou via les réseaux supposément sociaux. Sans prendre de gants, je le dis tout net : il est ici question d’un bouleversement anthropologique. La théorie du genre imposée par Judith Butler et ses émules ne fait pas que distinguer le genre et le sexe, l’identité de genre et la biologie, mais elle vise, pour la dénoncer, une « norme » considérée comme « dominante » et « oppressive », l’hétérosexualité (constitutive de la famille, la reproduction, le lien filial…). Sans doute, en plus de sa féminité, J.K. Rowling pressent-elle les bouleversements mimétiques à venir : le « mariage » pour tous n’était que la première étape d’un désir mimétique, à savoir vivre en couple comme « tout le monde », qui devait conduire à un autre désir mimétique (qui posera d’autres questions bouleversantes), à savoir avoir un enfant « comme tout le monde », et ce quelque soit mon orientation sexuelle ou mon identité de genre. La déclinaison du « genre » est en soi tout un programme : asexuel, non binaire, pansexuel, bisexuel, transsexuel binaire, transsexuel non binaire, … autant de sous-groupes qui soulignent la tendance individualiste de reconnaissance et de demandes de droits particuliers dans un relativisme lénifiant. Cette théorie née aux USA (après avoir ingurgité la « French Theory ») ne se contente donc pas de demander de considérer tout un chacun comme un individu mais bien comme un individu « genré », avec des droits qui deviennent des droits spécifiques, lesquels ressembleront bientôt à ceux qui sont demandés par des individus « racisés » (parité, visibilité, discrimination positive…) La différenciation extrême deviendra, finalement, l’indifférenciation extrême : on entend déjà ici ou là des promesses de métissage forcé (Marie Darrieussecq imagine l’homme du futur, il sera « beige foncé avec des cheveux bruns » (sic)) ou de reproduction des humains via les techniques les plus élaborées (jusqu’à l’utérus artificiel), ce qui, selon les concepteurs de cet avenir radieux, permettra à chacun de choisir et d’obtenir tout objet désiré sans aucune des limites naturelles qui ont fait jusqu’à présent l’humanité. J.K. Rowling dit rapidement son angoisse de ce monde à venir à travers un tweet qui, si j’ai bien compris, était une provocation. Il y en aura d’autres. Récemment, les militantes du TERF (Trans-Exclusionary Radical Feminist – féministes excluant les trans) ont défilé en criant : « Seules des femmes peuvent être des lesbiennes. » Si la chose a fait peu de bruit c’est que les femmes qui se sont ici indignées ne font pas partie du groupe « dominant » de J.K Rowling ( riche, blanche, hétérosexuelle) mais de celui « stigmatisé » des femmes lesbiennes. Avant l’indifférenciation totale, les guerres progressistes et égotiques opposent des « tribus » genrées (ou « racisées ») et participent à une criminelle déconstruction du monde.
    Comme le souligne Régis Debray depuis vingt ans, notre « américanisation » n’est pas seulement visible à travers l’envahissement de notre espace par la mal-bouffe, les séries américaines, le rap, les expressions anglaises devenues monnaie courante dans notre langue, mais aussi dans l’importation des « gender studies », « black studies » (les derniers évènements français autour de la manifestation « antiraciste » en sont le point culminant) et autre « cultural studies » qui ne se contenteront pas de déboulonner les statues. C’est toute une conception du monde et des hommes qui doit partir à la décharge…

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  3. Je suis tout à fait d’accord avec ce constat : il s’agit d’un bouleversement anthropologique. Et, naturellement, j’en suis bouleversée. Tant mieux si les outils de pensée que René Girard nous a fournis peuvent aider à prendre le recul de la réflexion et à produire ces analyses (peu rassurantes) qui donnent au moins le plaisir de l’intelligence. Merci donc, à Hervé van Baren et à ses commentateurs.

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  4. Oui, tout à fait, le tellement gratifiant plaisir de l’intelligence que la lecture de tous ces articles me donne. Tellement même, que je dirais plutôt pour ce qui me concerne, le plaisir de se sentir intelligent. Autrement dit de me sentir aussi intelligent que ceux qui rédigent articles et commentaires. Ce qui me renvoie à la raison d’être que je donne parfois à ce blog : servir de mediateur externe à mon désir mimétique. Et ainsi, au lieu de souffrir, je me retrouve tout content. Que demander d’autre ?

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  5. Oups ! Mon doigt est allé trop vite et j’ai envoyé mon commentaire sans avoir eu le temps de le signer… Je signale donc que Anonyme (commentaire du 20 juin) n’est autre que moi… D Desrimais.

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  6. Un ami, anciennement une amie, devenue homme après cette invraisemblable épreuve d’opérations multiples de chirurgie plastique, quand enfin elle fut convaincue d’avoir l’apparence désirée, se mit à sortir en boite gay…
    Au-delà du fait qu’évidemment les transgenres sont victimes du commerce des exciseurs médicaux qui préfèrent les mutiler plutôt que de les aider à s’assumer tels qu’ils sont, le génome de chacune de leurs cellules gardant le x ou y de leur constitution originelle, cette expérience personnelle m’avait fait conclure que ces relativement rares cas extrêmes allait tout au bout du désir d’être l’autre, être celui que je désire, accédant à une auto-suffisance, un état de pseudo-divinité corroboré par ces nouveaux aztèques que sont devenus les chirurgiens plastiques, sacrifiant leur victime pour lui faire accéder à cet éden désincarné, bien-entendu illusoire.
    Il n’est donc pas étonnant que J.K.Rowling, soulignant cette réalité, soit victime d’un lynchage de la part de cette minorité qui, on le voit de toute part, voudrait imposer à la majorité sa particularité.
    A l’heure où d’éminents girardiens prônent le retour au sacré, il n’est pas étonnant que la confusion règne dans les esprits, que la phase que nous vivons du tous contre tous finisse par confondre la pierre que l’on jette avec la pierre rejetée, ce chemin sans chemin ou l’homosexuel a droit à toute la protection nécessaire pour vivre sereinement sa particularité sans avoir besoin de l’imposer au grand nombre, au lieu comme nous l’avons observé de ne savoir dans son désir politique de domination qu’exacerber l’homophobie.
    Merci d’ici lutter contre l’ignorance, vous n’êtes sûrement pas sans savoir que les théoriciens du genre ont fondé leurs études sur le « Sodome et Gomohrre I » de Proust, manifeste suprême, mais qu’ils n’en ont pas tiré les conséquences que le génie profèrent à la fin de celui-ci, conséquences que les machines de censure ne permettait pas que l’on cite au moment du mariage pour tous :

    « Ces descendants des Sodomistes, si nombreux qu’on peut leur appliquer l’autre verset de la Genèse : « Si quelqu’un peut compter la poussière de la terre, il pourra aussi compter cette postérité », se sont fixés sur toute la terre, ils ont eu accès à toutes les professions, et entrent si bien dans les clubs les plus fermés que, quand un sodomiste n’y est pas admis, les boules noires y sont en majorité celles de sodomistes, mais qui ont soin d’incriminer la sodomie, ayant hérité le mensonge qui permit à leurs ancêtres de quitter la ville maudite. Il est possible qu’ils y retournent un jour. Certes ils forment dans tous les pays une colonie orientale, cultivée, musicienne, médisante, qui a des qualités charmantes et d’insupportables défauts. On les verra d’une façon plus approfondie au cours des pages qui suivront ; mais on a voulu provisoirement prévenir l’erreur funeste qui consisterait, de même qu’on a encouragé un mouvement sioniste, à créer un mouvement sodomiste et à rebâtir Sodome. Or, à peine arrivés, les sodomistes quitteraient la ville pour ne pas avoir l’air d’en être, prendraient femme, entretiendraient des maîtresses dans d’autres cités, où ils trouveraient d’ailleurs toutes les distractions convenables. Ils n’iraient à Sodome que les jours de suprême nécessité, quand leur ville serait vide, par ces temps où la faim fait sortir le loup du bois, c’est-à-dire que tout se passerait en somme comme à Londres, à Berlin, à Rome, à Pétrograd ou à Paris.  »

    https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Proust_-_%C3%80_la_recherche_du_temps_perdu_%C3%A9dition_1919_tome_9.djvu/48

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  7. Il faut entendre ces témoignages de personnes qui disent s’être sentis étrangers à leur sexe biologique dès leur prime enfance. Il n’y a là nulle affabulation. Je le répète, la transsexualité est une réalité. La séparation duale entre masculin et féminin est une symbolique importante, mais elle ne peut pas cacher une autre réalité : les frontières sont floues. Je pense aussi à l’hermaphrodisme, et aux souffrances que des parents pourtant bien intentionnés ont fait subir à leur enfant uniquement parce que la pression sociale exigeait le retour à une norme acceptable. De ce point de vue, la modernité progressiste a permis de mettre fin à des injustices criantes, et la médecine, quand elle évite les dérives que vous dénoncez, n’est pas critiquable. Nous devons prendre garde que la confusion toute mimétique que nous dénonçons ne conduise à un retour aux temps sacrificiels qui faisaient systématiquement passer l’ordre social avant le bien-être et les droits fondamentaux des individus. En aucun cas mon article ne plébiscite l’utilisation de ces arguments pour prôner un retour à « l’ordre violent ». Progressisme et traditionalisme sont autant l’un que l’autre susceptible de dériver vers la violence sacrificielle.

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    1. Vous avez raison, Hervé, et ma critique des éminents girardiens ne vous concerne pas.
      Mais il n’empêche que l’opposition progressisme-traditionalisme n’échappe pas à l’enfer des doubles et que, comme les théoriciens du genre éludent la conclusion de Proust et au nom de ce texte en contredisent le fondement, comme Thiel et Zuckerberg penseraient utiliser la théorie mimétique à leurs fins hégémoniques en en dissimulant le fondement évangélique, comme Patrick Buisson en France tente de rentabiliser le sentiment catholique à des fins de commerce électoral, si nous dissimulons l’origine biblique de l’intuition girardienne, nous ne saurons que prendre parti au lieu d’admettre l’effort du consensus qui n’est qu’une variation de l’amour du prochain.
      Les chirurgiens plastique, au lieu d’aider les transgenres à assumer leur condition, exercent avec virtuosité la mutilation de ces personnes, alors que leur pathologie est mentale, il n’y a là aucun phénomène de discrimination à leur égard de remarquer ce défaut dans le soin, qui à mon sens est un crime.
      Ce que dénonce Proust avec art, à mon avis rejoint ce que dit Girard dans le chapitre « Le triomphe de la croix » du « Je vois Satan… »:

      -« Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en radicalisant le souci des victimes dans un sens anti-chrétien. »

      -« Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. »

      C’est à mon sens la confusion dont sont victimes consentantes toutes les minorités qui mettent la protection légitime à leur droit à la différence en danger par désir d’un pouvoir vengeur des discriminations passées.
      Sujet radioactif s’il en est, et la similitude que fait Proust entre le sionisme et l’homosexualité est la ligne de crête qu’à mon sens seul Girard, dans la mesure où on n’élude pas l’ indispensable conversion à laquelle il invite, est à même d’accompagner.
      Ainsi, et c’est l’occasion de signaler cet ouvrage, il est possible d’envisager sereinement de cheminer ensemble en nos solitudes pas à pas sur ce chemin sans chemin que les justes nous convient à emprunter, le chemin escarpé de l’amour :

      « Comme le dit Rabbi Moshe Loeb : « La voie est en ce monde comme le fil d’une lame ; de ce côté, l’enfer, et de l’autre, l’enfer ; entre les deux : la voie de la vie. » »

      https://www.liseuse-hachette.fr/file/111474?fullscreen=1&editeur=Grasset#epubcfi(/6/10%5Bp1chap1%5D!/4/2%5Bchap-001%5D/4/54/5:169)

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