
Les éditions Le Pommier ont publié cette année l’intégrale des chroniques radiophoniques de Michel Serres (1). De 2004 à 2018 en effet, ce dernier a proposé aux auditeurs de France Info, chaque dimanche soir, un entretien avec Michel Polacco. Ces rendez-vous, au nombre de 591, abordent une grande variété de thèmes, avec pertinence, érudition, humour quand le sujet s’y prête, toujours avec clarté et concision.
Plusieurs de ses chroniques sont consacrées explicitement à René Girard et à la théorie mimétique. Beaucoup d’autres traduisent implicitement la complicité intellectuelle entre les deux auteurs. En témoigne la chronique du 26 février 2006, que nous reproduisons ici avec l’aimable autorisation des éditions Le Pommier. En dépit de la date, une certaine connexion avec notre actualité se manifeste…
*****
Les épidémies
Michel Serres, Michel Polacco
« Michel Polacco : Cette semaine, parlons épidémies. Plus un oiseau ne peut mourir sans que la découverte de sa dépouille ne relance, de l’Asie à l’Europe et aux Amériques, une grande inquiétude, pire que celle de la vache folle, bientôt proche de la grande peur de l’an 1 000. Alors épidémies, pandémies, épizooties… Michel, pour commencer, quelques explications s’imposent…
Michel Serres : Avant cela, je voudrais raconter une petite histoire. Nous sommes en 1348, la peste fait rage à Florence. Sept jeunes filles et trois jeunes gens se rencontrent par hasard dans l’église de Sainte Marie Nouvelle, Santa Maria Novella. Et, complètement affolés, paniqués, ils décident de se réfugier dans les environs de la ville et de s’enfermer dans une villa où ils attendront la mort, peut-être…
… la fin de l’épidémie…
… pendant ce temps, ils décident de faire la fête : banquets, ripailles, etc. Elisant tous les jours un roi et une reine, ils s’obligent à raconter des histoires. Et racontent des histoires égrillardes, tragiques, comiques, sentimentales, le plus souvent érotiques il faut le dire. Quel meilleur temps pourrait-on passer en attendant la mort ? Quelle belle vue de la vie ! Quel magnifique modèle réduit de l’existence humaine ! Je n’invente rien bien entendu. C’est l’histoire que nous raconte Boccace dans le Décaméron. Ce recueil fourmille d’histoires extraordinaires dont s’inspireront La Fontaine, Molière… Cette mise en scène de la quarantaine va inspirer beaucoup de monde, y compris… comment appelez-vous cela ?… « Le Loft » ou quelque chose comme ça ?
Continuer à lire … « De bonnes nouvelles »







