Intervention de Camille Riquier « La loi de double frénésie »

Intervention de Camiller Riquier au colloque « Faut-il avoir peur ? René Girard penseur de la violence » qui a eu lieu le 6 mai 2017 à l’Institut catholique de Paris.

 

Dans cette conférence, Camille Riquier met en parallèle « la loi de double frénésie » d’Henri Bergson avec le concept de « montée aux extrêmes » développé par René Girard dans « Achever Clausewitz ». Le paradoxe est que c’est au moment où la guerre abstraite et totale entre dans la réalité que s’émousse le sentiment d’apocalypse ; c’est au moment où la catastrophe apocalyptique est prévisible, que nous n’avons plus peur. Camille Riquier analyse l’accélération des désinhibitions des sociétés modernes face aux dangers du progrès, que seul un « retour à la vie simple » pourrait freiner.

Camille Riquier, agrégé et docteur en philosophie, est vice doyen du département de philosophie de l’Institut catholique de Paris. Il a notamment écrit « Archéologie de Bergson », coll. « Epiméthée », PUF, 2009 et « Philosophie de Péguy », PUF, 2017. Camille Riquier est à l’initiative de ce colloque à l’ICP, qu’il a dirigé avec Benoît Chantre et Bernard Perret.

 

« Terrorisme et démocratie », intervention de Benoît Chantre

 

Voici la troisième intervention, celle de Benoît Chantre, au colloque du 6 mai « Faut-il avoir peur, René Girard penseur de la violence », organisé pas l’Institut catholique de Paris et l’ARM.

« Face à la violence du djihadisme, il devient urgent de s’interroger sur le devenir de nos démocraties, notamment dans leur rapport à la religion. On repart ici de la genèse du sacré proposée par René Girard, à qui l’on doit la découverte du rôle structurant d’un certain type de violence à la racine du politique. Si le religieux archaïque était de la violence contenue par des rituels et des prohibitions, la violence djihadiste est, elle, un mixte de nihilisme et de religieux décomposé. Relisant Clausewitz, Girard a proposé d’appeler « montée aux extrêmes » ce processus aveugle, qui rend plus complexe et plus précaire le fonctionnement de nos démocraties. Comprendre ce phénomène, avec toutes les ressources de l’anthropologie religieuse, et de l’anthropologie mimétique en particulier, permettrait de donner une réponse politique – et non une réponse religieuse – aux désordres politico-religieux qui nous menacent. »

Benoît Chantre est éditeur et écrivain, fellow de la fondation Imitatio et président de l’Association Recherches Mimétiques. Auteur de plusieurs livres d’entretiens et d’un essai sur Charles Péguy (Péguy point final, Editions du Félin, 2014), il a publié, en octobre 2016, Les Derniers Jours de René Girard (Grasset).

>informations sur le colloque

« Face à la catastrophe » Intervention de Jean-Pierre Dupuy

image colloque

Nous vous proposons sous forme de « feuilleton » la mise en ligne de l’enregistrement du colloque « Faut-il avoir peur ? René Girard penseur de la violence ».

Ce colloque a eu lieu le samedi 6 mai dernier à l’Institut catholique de Paris. Plus de trois cents personnes sont venues écouter James Alison, Benoît Chantre, Michel Corbin, Jean-Pierre Dupuy, Bernard Perret, Camille Riquier, Jean-Claude Monod, Jean-Louis Schlegel, Michel Serres de l’Académie française.

Nous commencerons donc par l’intervention intitulée « Face à la catastrophe», de Jean-Pierre Dupuy qui a ouvert cette journée .

Jean-Pierre Dupuy, polytechnicien et ingénieur des mines, est professeur émérite de philosophie sociale et politique à l’Ecole Polytechnique, Paris et  professeur à l’Université Stanford. Il a fondé le CREA (Centre de recherche en épistémologie appliquée) et enseigné longtemps à l’Ecole polytechnique la philosophie sociale et politique et l’éthique des sciences et des techniques. Il est président du Comité d’Éthique et de Déontologie de l’Institut français de Radioprotection et de Sécurité Nucléaire. Il est directeur de la Recherche de la Fondation Imitatio.

Jean-Pierre Dupuy est l’auteur de très nombreux ouvrages, parmi lesquels : L’enfer des choses. René Girard et la logique de l’économie (avec Paul Dumouchel, 1979) ; La panique (1991) ; Le sacrifice et l’envie (1994) ; Pour un catastrophisme éclairé (2004), Petite métaphysique des tsunamis (2005), La Marque du sacré (2009), et dernièrement  La jalousie : Une géométrie du désir (2016).

Nous vous signalons le texte de Jean-Pierre Dupuy écrit en hommage à René Girard.

(Merci de nous excuser pour les bruits qui perturbent à certains moments l’intervention).

PROGRAMME DU COLLOQUE

Matinée 

Jean-Pierre Dupuy           Face à la catastrophe

Bernard Perret                  Écologie, institutions et mimesis

Benoît Chantre                 Terrorisme et démocratie

Camille Riquier                 Quelle herméneutique de la peur ?

 

Après-midi 

James Alison                     René Girard et la vertu théologale de l’espérance

Michel Serres                    Les trois sacrifices

Michel Corbin                   Grégoire de Nysse et la nature sans mélange du Bien

 

Table-ronde conclusive animée par Jean-Louis Schlegel : Quels prophètes aujourd’hui ?

Participants : Camille Riquier, Jean-Claude Monod, Bernard Perret.

> Plus d’informations sur le colloque sur le site de l’ARM

 

 

Faut-il avoir peur ? René Girard penseur de la violence

L’Institut catholique de Paris et l’Association Recherches Mimétiques organisent le samedi 6 mai prochain un grand colloque, où sont invités  James Alison, Benoît Chantre, Michel Corbin, Jean-Pierre Dupuy, Bernard Perret, Camille Riquier, Jean-Claude Monod, Jean-Louis Schlegel, Michel Serres de l’Académie française.

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« Moi, président ! »

par Thierry Berlanda

Les vœux télévisés de François Hollande, quel que soit le bilan que nous pouvons dresser de son mandat (il est d’ailleurs probable que sa politique ne fut pas aussi néfaste que ses adversaires de tous bords se sont acharnés à constamment le prétendre), avaient quelque chose d’émouvant, voire de pathétique. Non seulement parce que le président y a tenté une défense quasi désespérée de sa politique, mais aussi et surtout parce que le point d’énonciation du discours présidentiel, soit son principe même et sa structure idéologique, y apparaissaient clairement. Or ce sont ce principe et cette structure, d’ailleurs grandement commune à la gauche et à une partie de la droite, qui suscitent précisément le problème de la fameuse distance séparant le peuple de ses élites (politiques ou autres, en France et dans le monde). Or cet écart, qui fut longtemps nié, s’il est à peu près admis aujourd’hui, reste néanmoins mal compris, et notamment par l’actuel président.

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Lire l’actualité à l’aide de René Girard

par Bernard Perret

René Girard nous a quittés le 5 novembre 2015. Quelques jours après cet anniversaire, il est encore temps d’en saisir l’occasion pour relire les débats qui nous agitent à la lumière des idées de ce grand penseur. Anthropologue et exégète, Girard est certes resté à l’écart des controverses politiques ; qui plus est, quand il s’est risqué sur ce terrain, il y a toujours fait preuve d’un pessimisme a priori peu susceptible d’inspirer l’action. Il vaut cependant la peine de passer outre à cette difficulté : le cadre d’analyse fourni par la « théorie mimétique » girardienne peut en effet nous aider, non pas certes à trancher nos différents, mais à les considérer avec plus de recul. Pour le dire en peu de mots, la théorie mimétique est un puissant outil de démystification de la violence – qu’elle soit physique ou symbolique – et d’élucidation de ses ressorts cachés. Girard, tout d’abord, souligne avec force le caractère mimétique de tous les antagonismes. Quels que soient les motifs plus ou moins rationnels invoqués par les individus ou les camps qui s’affrontent (y compris les sacro-saintes « valeurs »), le moteur le plus puissant de la volonté de combattre est presque toujours un ressentiment qui s’inscrit dans un cycle sans fin d’humiliations et de vengeances et qui fait de nous tour à tour des victimes et des bourreaux. À l’origine de la haine, Girard nous aide à voir l’omniprésence des rivalités mimétiques. Nous sommes toujours les uns pour les autres des modèles, des obstacles et/ou des rivaux, mutuellement impliqués dans la constitution intime de désirs que nous croyons pourtant authentiques et légitimes. Girard nous apprend aussi à repérer dans le fonctionnement de la société la diversité des pratiques et des dispositifs institutionnels qui contribuent avec plus ou moins de succès à éviter que ces rivalités ne dégénèrent en violence ouverte, et à y voir des avatars souvent peu reconnaissables des lynchages et des rites sacrificiels par lesquels les groupes humaines expulsaient naguère la violence hors d’eux-mêmes. Il nous aide ainsi à comprendre qu’une identité collective n’est jamais totalement innocente. Que l’on se tourne vers l’économie de marché (la concurrence comme institutionnalisation de la guerre de tous contre tous), le sport ou la vie démocratique, on constate la justesse du point de vue girardien.

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