L’éternel retour…

par Jean-Louis Salasc

En Ukraine aujourd’hui, des gens souffrent et des innocents périssent. Ont-ils voulu ce conflit ? Non. De quoi sont-ils coupables ? De rien. Nous éprouvons pour eux une immense commisération ; mais peut-être leur devons-nous davantage.

Les quatre cercles du conflit

A en croire Michel Mourre, l’antagonisme entre impérialisme russe et nationalisme ukrainien remonte à la fin du dix-septième siècle. A partir de 1386, l’Ukraine avait été intégrée dans le royaume polono-lituanien. Les habitants du sud, les Cosaques Zaporogues, jouissaient alors d’une certaine autonomie, en échange de laquelle ils protégeaient le royaume des incursions des Tatars. Mais la Pologne chercha à latiniser les Ukrainiens, ce qui provoqua des révoltes. En 1654, les Cosaques se placèrent sous la protection du Tsar. La déception vint rapidement. Le traité qui garantissait leurs libertés traditionnelles ne fut pas respecté ; Catherine II prononça la dissolution de la « Sietch » (l’organe politique central des Cosaques). La suite de l’histoire est une succession de tensions (répression tsariste au XIXème siècle) et d’apaisements (front commun face à l’armée allemande pendant la seconde guerre mondiale).

Le premier cercle de la crise actuelle est la résurgence, cristallisée dans le Donbass, de cet antagonisme pluriséculaire. Comme l’ont souligné René Girard et Russel Jacoby (1), l’hostilité la plus féroce naît précisément entre proches. Au chapitre de la proximité, Ukrainiens et Russes sont imbattables : même origine (les Varègues), même matrice politico-historique  (premier royaume kiévien des Xème et XIème siècles), langues voisines, familles entremêlées. En 2014, les événements de la place Maidan amènent au pouvoir une équipe à laquelle sont hostiles les communautés russophones de Lougansk et Donetsk. Elles se constituent alors en républiques autoproclamées ; l’Ukraine les bombarde, elles répliquent. Le bilan de ces huit années est de treize mille morts et un million et demi de réfugiés (source : ONU).

Dans ce premier cercle figure également la Russie. Elle soutient les républiques autoproclamées, avec l’argument de protéger des populations russophones. Et de fait, l’Ukraine a passé une loi interdisant l’emploi du russe (la loi de 2017 incitant à l’enseignement de la langue ukrainienne devient le 25 avril 2021 un décret interdisant d’enseigner le russe). Lointaine revanche sur l’interdiction faite au XIXème siècle par le tsar d’employer la langue ukrainienne.

 L’Union Européenne entre en scène avec le deuxième cercle. Depuis la Révolution orange de 2004, l’Ukraine se tourne vers l’ouest et y cherche des alliés ; des alliés, pour ne pas dire un protecteur. Ce sera l’Union Européenne. L’Ukraine étant trop éloignée des critères d’adhésion, notamment en matière de corruption, l’UE propose à défaut un accord d’association, négocié entre 2007 et 2012. Le président ukrainien de l’époque joue à faire monter les enchères entre Russie et UE. Fin 2013, au moment de signer l’accord d’association, il se récuse et annonce rejoindre l’Union Economique Eurasiatique pilotée par Moscou : cela déclenche les événements de la place Maidan et la mise en place du nouveau pouvoir, favorable à l’intégration dans l’Union Européenne.

Notons l’effet de mimétisme entre l’UE et l’Union Economique Eurasiatique, qui comporte le Kazakhstan, la Biélorussie, l’Arménie, le Kirghizistan et la Russie. Ces pays se sont explicitement inspirés de la Communauté Economique Européenne pour construire une union douanière en vue d’un marché unifié.

Le troisième cercle fait apparaître les Etats-Unis. Que viennent-ils faire ici ? La réponse figure dans un ouvrage de Zbigniew Brzezinski, ancien secrétaire d’état (le ministre des affaires étrangères aux Etats-Unis), « le Grand Echiquier », paru en 1997. Il y expose les conditions du maintien de l’hégémonie mondiale des Etats-Unis (le « garant de la stabilité internationale » en langage plus fleuri), hégémonie héritée de l’effondrement de l’URSS. Parmi ces conditions, la plus importante est de maintenir endiguée et même de refouler la Russie, ce pour quoi le levier idéal est l’Ukraine. Brzezinski prévoyait son intégration dans l’OTAN et dans l’Union Européenne pour la décennie 2005-2015. Cette doctrine (la « doctrine Brzezinski ») reste d’actualité, comme en témoigne l’article-programme de Victoria Nuland  en août 2020, six mois avant sa nomination comme secrétaire d’état adjoint : « L’Ukraine est un champ de bataille que les Etats-Unis ne doivent pas céder à Poutine. » (cf. un précédent billet : « Les cent Jours de l’oncle Joe »).

Il est loisible de penser que les Etats-Unis n’agissent que par idéalisme et conviction, pour défendre et diffuser la démocratie.  Il est également loisible  de moduler cette vision. Voici quelques extraits du « Grand Echiquier » :

« L’Eurasie demeure l’échiquier sur lequel se joue la primauté mondiale ».

« L’Europe est la tête de pont géostratégique fondamentale de l’Amérique ».

« L’Europe de l’Ouest reste un protectorat américain et ses états rappellent ce qu’étaient jadis les vassaux et les tributaires des anciens empires ».

Et enfin, dans un remarquable effort d’humilité : « Pour la première fois dans l’histoire, un état unique est devenu une véritable puissance globale ; pour la première fois dans l’histoire, un état non eurasien domine le monde ; pour la première fois dans l’histoire, la scène principale du monde, l’Eurasie, est dominée par un état non eurasien ».

En  version grand public, cela donne la célèbre phrase de Bill Clinton, reprise par Barak Obama : « Les Etats-Unis sont la nation indispensable » (quel sort attend celles qui ne le seraient pas ?)

Ce troisième cercle est un choc des volontés : les Etats-Unis veulent conserver leur prééminence mondiale ; la Russie ne veut pas devenir un vassal. La légitimité de ces volontés ? C’est un débat sans fin ; la Russie ressasse le pillage et l’abaissement qu’elle a subi pendant la décennie Eltsine (point documenté par exemple dans « La Stratégie du choc » de Naomi Klein) et les Etats-Unis se présentent en champion de la démocratie.  Attitude éminemment mimétique de se proposer soi-même comme le modèle à suivre.

Ce choc des volontés fait surgir un nouvel acteur, la Chine, ce qui engendre un quatrième cercle. Pékin partage avec Moscou le refus de l’hégémonie américaine. Elle y ajoute un désir de revanche. La Chine s’est toujours considérée comme la plus ancienne et la première des nations. Or, les puissances occidentales se sont imposées à elle au XIXème siècle lors des « Guerres de l’opium », conclues par les Traités inégaux, dans lesquels l’occident imposait ses desiderata (entre autre de faire perdurer le commerce de l’opium, qui causait des ravages dans la population chinoise). Selon les spécialistes, la classe dirigeante à Pékin se répartit en deux factions, celle qui souhaite simplement que la Chine retrouve sa première place et celle qui, par surcroît, veut « faire payer » l’occident pour l’humiliation subie au XIXème siècle. Nul ne sait à laquelle appartient Xi Jinping. Toujours est-il que le gouvernement chinois a explicitement fixé l’échéance de 2049 (le centenaire du parti communiste) pour s’affirmer comme la première puissance mondiale.

Un conflit mimétique

Ces quatre cercles s’emboîtent les uns dans les autres pour constituer une spirale. Nous pouvons légitimement la qualifier de mimétique. Car les classes dirigeantes de ces tous ces pays  sont enfermées dans les rivalités et les ressentiments. L’Ukraine est à la recherche de son identité et sa gémellité russe y est un obstacle. La Russie ne surmonte pas l’effondrement de l’empire soviétique et la perte de la place qu’il lui procurait parmi les nations. L’Europe refoule (au sens psychanalytique) sa vassalité. Les Etats-Unis ne parviennent  pas à résoudre le « double bind » qu’ils s’infligent à eux-mêmes : servir de modèle à la terre entière mais demeurer la nation exceptionnelle. La Chine est travaillée par l’esprit de revanche.

Les spirales de rivalité mimétique n’engendrent que des antagonismes et des violences. Et d’abord, vis-à-vis de soi-même.

En Ukraine, l’armée russe fait mourir des quasi-russes. L’Union Européenne met en danger sa propre économie par les sanctions contre la Russie. Les Etats-Unis trahissent leur vocation à défendre la démocratie et le droit. Ce n’est pas nouveau. Quelques exemples au hasard : seconde guerre d’Irak déclenchée sans mandat de l’ONU ; pas d’excuses de la part de Barak Obama quand furent révélées la mise sur écoute par le renseignement américain du portable personnel d’Angela Merkel ; chantage pour obtenir l’acquisition d’Alstom par General Electric.

Le contexte de l’invasion russe en Ukraine donne lieu à un nouvel exemple. Depuis l’ère Chavez- Maduro, le Venezuela est sur la liste noire des Etats-Unis ; le pays est sous sanctions économiques et les Etats-Unis soutiennent Juan Guido, un sénateur adversaire de Nicolàs Maduro, et qui s’est proclamé vainqueur des dernières élections présidentielles du Venezuela ; il est désormais en exil. Or, depuis le récent embargo américain sur le pétrole russe, il manque aux Etats-Unis, non pas des volumes, mais une qualité spécifique d’huile que l’on ne trouve qu’en Russie et au Venezuela. Du jour au lendemain, le régime vénézuélien est devenu fréquentable : une mission américaine s’est rendue à Caracas le 6 mars dernier pour négocier des livraisons de ce fameux pétrole, dont précédemment la défense de la démocratie interdisait l’usage ; elle a proposé un relèvement partiel des sanctions. Flexible sur les principes, intransigeante quant à ses intérêts ; par ce type d’attitude, Washington porte atteinte à la seule justification en faveur de sa prééminence : la défense de la démocratie, du droit et de la liberté.

Quant à la Chine, son esprit de revanche la conduit également à des options autodestructrices. Elle a choisi comme stratégie économique le mercantilisme : « je fabrique et vous (l’occident) vous êtes les clients ». Depuis le XVIIIème siècle, nous savons que c’est une stratégie suicidaire, car elle détruit les capacités productives des « clients » et les ruine : à quoi bon un client ruiné ? (2)

Mais ces spirales mimétiques conduisent bien sûr à porter atteinte aux autres. En Ukraine actuellement, ces atteintes prennent la forme violente d’une agression militaire. Mais bien d’autres formes existent. L’une d’entre elles consiste à frapper son adversaire par acteur interposé, à faire faire le « sale travail » par quelqu’un d’autre. Celui qui instrumentalise autrui au service de ses propres intérêts (ou de ses propres fantasmes) est-il moins condamnable que celui qui se livre lui-même à la brutalité de la guerre ? L’hypocrisie mérite-t-elle un bonus ?

Le conflit actuel donne maints exemples de cette instrumentalisation. Le Donbass n’est qu’un prétexte pour la Russie de neutraliser l’Ukraine. Celle-ci n’est qu’un levier au service des Etats-Unis pour refouler la Russie. L’Union Européenne n’est que la « tête de pont » des Etats-Unis pour contrôler l’Eurasie.

Et la Russie est bien près de n’être qu’une « brute utile » au profit de Pékin. Malgré leur « solide amitié » sans cesse réaffirmée, ces deux pays ne sont complices que par leur hostilité commune aux Etats-Unis. Structurellement, la Russie est une proie pour son voisin : elle est gorgée de ressources et pauvre de population (l’extrême orient russe compte moins de dix millions d’habitants). L’offensive de Moscou sur l’Ukraine apporte de nombreux bénéfices à la Chine :

  • la tranquillité militaire, car les Etats-Unis ne peuvent tenir deux fronts simultanés contre les deuxième et troisième puissances militaires mondiales,
  • un accès prioritaire et meilleur marché aux matières premières russes,
  • la remise en cause du dollar comme monnaie exclusive des transactions internationales (3),
  • l’affaiblissement de la Russie, déconsidérée et frappée par les sanctions économiques ; cela procure à la Chine la primauté dans le camp des adversaires de l’hégémonie américaine.

Tous les rivaux entretiennent la spirale

Se pose alors la question suivante : dans cette guerre en Ukraine, quelles sont les parts de responsabilité respectives entre le mécanisme girardien des spirales de réciprocité violente et la malfaisance intrinsèque du maître du Kremlin ?

A cette question, les opinions publiques occidentales répondent par le deuxième terme, et de façon exclusive. Les dirigeants aussi, tout au moins publiquement. La russophobie est de saison ; elle n’est pas seulement autorisée, elle est obligatoire. Jusqu’à pousser à la démission Tugan Sokhiev, le chef de l’orchestre du Capitole de Toulouse ; annuler des conférences sur Dostoïevski ; vandaliser des établissements russes, etc.

Cette réaction d’effroi et d’émotion est bien naturelle devant l’irruption  de la violence.

Mais en rester là et se livrer à son exaspération fait oublier les spirales de réciprocité hostile. Nous ancrons alors dans nos esprits que la source de la violence à une origine unique, le Kremlin ; pour le dire d’une autre façon, que nous sommes totalement innocents de ce qui se passe. Or, ce sentiment d’innocence est le plus sûr moyen d’entrer le cercle de la violence ou d’en amplifier l’intensité : car il nous permet de devenir à notre tour violents en toute bonne conscience.

C’est ainsi qu’un sénateur américain a réclamé l’assassinat de Vladimir Poutine et que nos médias ont disserté de la question avec une parfaite décontraction. Qu’un de nos ministres annonce comme objectif l’effondrement de l’économie russe. Que le président Biden pose comme seule issue l’éviction de Vladimir Poutine. Ces attitudes nous enferment dans la spirale de la violence réciproque et constituent le plus sûr moyen de ne pas mettre fin aux hostilités.

Or notre sentiment d’innocence dans ce conflit est-il justifié ? Quelques citations :

  • George Kennan (un des stratèges de la Guerre froide) en 1998 : « L’élargissement de l’OTAN est une erreur tragique ».
  • Henry Kissinger en 2014 : « L’Ukraine ne devrait pas rejoindre l’OTAN ».
  • John Maersheimer (géopoliticien célèbre et professeur à l’université de Chicago) en 2015 : « Nous n’avons pas cessé nos efforts pour que l’Ukraine fasse partie de l’Occident […] Le résultat final est que l’Ukraine va être détruite […] Ce que nous faisons encourage en fait ce résultat ».
  • Jack Matlock (dernier ambassadeur américain en URSS) en 1997 : « L’expansion de l’OTAN a été la plus profonde bévue stratégique commise depuis la fin de la Guerre froide ».
  • Noam Chomsky en 2015 : « Clinton a étendu l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie. Le nouveau gouvernement ukrainien a voté en faveur de l’adhésion à l’OTAN. Le président Porochenko (*) ne protégeait pas l’Ukraine, mais la menaçait d’une guerre majeure ».
  • Jeffrey Sachs (haut conseiller auprès de l’ONU) en 2021 : « L’élargissement de l’OTAN est tout à fait malavisé et risqué. Les vrais amis de l’Ukraine et de la paix mondiale devraient appeler à un compromis des États-Unis et de l’OTAN avec la Russie ».
  • Jeffrey Sachs trois jours avant l’attaque russe : « En 2008, le président George W. Bush a été particulièrement imprudent en ouvrant la porte à l’adhésion de l’Ukraine (et de la Géorgie) à l’OTAN ».
  • Bill Burns (ex ambassadeur en Russie, actuellement directeur de la CIA) en 2008 : « Je n’ai encore trouvé personne qui considère l’Ukraine dans l’OTAN comme autre chose qu’un défi direct aux intérêts russes ».
  • Malcolm Fraser (ex premier ministre australien) en 2014 : « Le mouvement vers l’est [de l’OTAN] est provocateur, imprudent et […] conduit à un problème difficile et extraordinairement dangereux ».
  • Robert Mc Namara (secrétaire à la Défense de JFK et L. Johnson) en 1997 : « L’effort mené par les États-Unis pour étendre l’OTAN est une erreur politique de proportion historique », « Il favorise l’instabilité en Europe. C’est une position marginale et traîtresse ».
  • Roderic Lyne (ambassadeur de Grande-Bretagne en Russie) en 2021 : « [Pousser] l’Ukraine dans l’OTAN […] est stupide à tous les niveaux ». « Si vous voulez déclencher une guerre avec la Russie, c’est le meilleur moyen de le faire ».

(*) Prédécesseur de Volodymyr Zelenski comme président de l’Ukraine.

Sortir de la réciprocité violente

Les dirigeants occidentaux ont trompé l’Ukraine. Ils l’ont instrumentalisé et encouragé dans la voie des tensions avec la Russie. En témoigne un rapport de 2019 de la Rand Corporation, une officine de conseil pour le Pentagone : « Overextending and unbalancing Russia », (« Epuiser et déséquilibrer la Russie ») ; nous pouvons y lire : « Fournir des armes létales à l’Ukraine exploiterait le plus grand point de vulnérabilité extérieur de la Russie ». L’Ukraine est le point faible de la Russie (nous retrouvons la doctrine « Brzezinski ») et le seul intérêt qu’elle présente aux yeux des stratèges américains est de pouvoir « l’exploiter » pour affaiblir Moscou.  Le terme d’instrumentalisation n’est pas galvaudé. Beaucoup traitent aujourd’hui Vladimir Poutine de paranoïaque ; mais des phrases comme celle-ci  ne sont pas de nature à l’atténuer.  

Nos médias passent leurs journées à célébrer l’héroïsme du président Zelinski. De quel réconfort lui sont ces belles paroles ? Il se sentait invité dans l’OTAN, à défaut d’en être membre : l’OTAN ne s’engagera pas. Il se croyait attendu dans l’UE : celle-ci diffère la candidature ukrainienne. Il réclame des avions : les Etats-Unis refusent d’en fournir. Il demande une intensification des livraisons d’armes : certains pays s’en dispensent et l’Allemagne « n’a plus de stock » (!).

Josep Borrell est le haut-représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la sécurité. Voici ce qu’il déclare le 10 mars dernier sur LCI : « Il y a sont des choses que nous avons proposées et que nous n’avons pas pu mettre en œuvre, comme, par exemple, la promesse que l’Ukraine et la Géorgie feront partie de l’OTAN. Je pense que c’est une erreur de faire des promesses que vous ne pouvez pas tenir ».

Il est louable de reconnaître ses erreurs. Mais des ukrainiens (et des soldats russes aussi) sont en train de payer cette « erreur » de leur vie. « Erreur » dont les classes dirigeantes étaient prévenues et dont le caractère funeste avait été identifié de longue date (cf. la liste de citations qui précède).

Alors Monsieur Borrell aurait peut être pu aller jusqu’à présenter des excuses ; jusqu’à reconnaître au peuple ukrainien le droit d’être à lui-même sa propre finalité, et non de servir de « levier », de « pivot » ou de « champ de bataille » aux rivalités des classes dirigeantes de divers pays ; jusqu’à  en donner l’exemple au président russe, plutôt que le rejoindre dans les surenchères.

Nul ne sait comment la paix reviendra, mais il est douteux que les postures actuelles des dirigeants occidentaux, et largement approuvées par les opinions publiques, produisent d’autres effets que d’alimenter l’éternel retour de la violence.

*****

(1) Russel Jacoby, « Les Ressorts de la violence », Belfond, 2014
(2) Par exemple, Jean-Marc Daniel, « Histoire de la pensée économique », Pearson, 2010
(3) Le statut du dollar est l’un des trois piliers de l’hégémonie américaine, avec le complexe militaire et le contrôle des approvisionnements énergétiques.

30 réflexions sur « L’éternel retour… »

  1. Poutine le nouveau bouc émissaire de l’Europe qui du jour au lendemain a apaisé tous les conflits intracommunautaires.
    Situation au combien Girardienne

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  2. Quel plaisir de lire une analyse girardienne qui ne se paye pas de mots et dissipe vigoureusement l’écran de fumée diffusé par le choeur des médias occidentaux qui diabolisent Poutine et la Russie. Il est ici très justement rappelé que nul n’est innocent, y compris ceux qui se rangent du côté de l’OTAN en croyant appartenir à l’Empire du Bien.
    Une fois ce constat responsable ô combien nécessaire réalisé, et à supposer qu’il se généralise au sein de la population, aurions-nous encore des chances d’échapper à l’escalade vers les extrêmes catastrophiques que la théorie girardienne laisse anticiper ?
    Il me semble bien que dans La Violence et le Sacré, René Girard pointait le fait que dans la tragédie de Sophocle, Oedipe Roi, le « voyant » Tirésias comprenait à un moment donné que, vu l’intensité de la crise, sa lucidité ne lui était plus d’aucun secours face à la logique implacable de la réciprocité violente.
    Bref, comme disait l’autre, l’optimisme est une erreur, l’espérance une grâce.

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  3. Le contexte historique est remarquablement résumé, mais ce que je retiens surtout c’est qu’au XXIeme siècle nous sommes encore enfermés dans nos rivalités mimétiques, incapables de sortir de la réciprocité violente. Un article important par sa capacité à nous extraire de la vision toujours myope, toujours partisane que nous avons des relations internationales.

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  4. Passionnante analyse géostratégique. L’analyse girardienne s’applique merveilleusement à ces rivalités de puissances : USA, UE, Russie, Chine. Jeu dangereux à quatre mains (interchangeables). Mais une question sérieuse se pose : en sommes-nous encore aux rivalités de PUISSANCES ? Qu’est-ce qu’une « puissance » comme la Russie qui est un nain économique et qui est en train de s’appauvrir ? C’est pour avoir cru qu’il était une « puissance » que Poutine s’est planté !
    Qu’est-ce que la notion de « puissance » signifie dans un monde comme le nôtre, hyperconnecté, hyperdépendant ? Les conséquences du coup de force en Ukraine vont être planétaires, lourdes et longues. Dans le prolongement de la crise sanitaire, l’effet cumulatif est énorme. À cela s’ajoute la menace imminente de la crise climatique, qui fait paraître dérisoires nos petits problèmes d’approvisionnement en énergie. Avant la fin des années 2020, nous aurons superposé ces trois crises et les guéguerres des superpuissances s’effondreront d’elles-mêmes (ou s’exacerberont dans un pugilat que je n’ose imaginer). En attendant que « l’Afrique s’éveille » comme puissance elle aussi : continent le plus grand et bientôt le plus peuplé de notre monde minuscule.
    Nous sommes tous dans le même bateau, au milieu du gué. L’Ukraine est sous les bombes et demain, c’est le Tchad qui crèvera de faim. Nous échapperons sûrement à une prochaine guerre mondiale, mais pas à la guerre universelle qui se pointe.

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  5. Cher Jean-Louis,

    Un grand merci. Comme tu le sais, dans ma thèse dont le sous-titre était « La théorie mimétique : un paradigme pour l’anthropologie politique ? », j’avais tenté de montrer à quel point elle était pertinente pour améliorer la compréhension, entre autres, les relations internationales. Tu en fournis une preuve éblouissante pour éclairer les rivalités qui s’enroulent actuellement en spirale mimétique.

    Ton article est remarquablement documenté. Je me permets d’ajouter d’autres éléments historiques qui me sembleraient utiles à mentionner : rattachement du Donbass par Lénine et de la Crimée par Staline à la RSS d’Ukraine dans un monde soviétique alors unifié (donc au-delà des questions nationales qui ont resurgi sous la forme actuelle alors que ce qui animait l’URSS d’alors était la questions des nationalités), millions de morts ukrainiens victimes de la famine provoquée par Staline à la suite d’un refus de la collectivisation de l’agriculture, leur remplacement par des « colons » russophones, etc. L’histoire est une référence indispensable à la compréhension de toute guerre.

    Le souci des victimes et l’identification de toutes les culpabilités qu’induit la TM (individuelles, étatiques, multi-étatiques) sont alors un angle d’approche éclairant. Les opportunités de réconciliation supposent un accord sur les multiples composantes de la vérité.

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  6. J’entends dire autour de moi qu’un article comme celui-ci sur la guerre en Ukraine rend intelligent. Il est en effet d’une grande valeur, due en premier lieu à sa rareté : dans quels médias avons-nous pu lire une analyse aussi documentée, aussi objective, aussi limpide malgré sa complexité ? Et où trouver une telle détermination à nous prévenir contre les maux qu’emporte la guerre et dont le plus banal, le plus redoutable aussi est la haine de l’ennemi, ici la haine de Poutine et pendant qu’on y est, des Russes et de la Russie ?
    Je voudrais exprimer à JL Salasc notre reconnaissance pour ce « billet » salutaire, qui non seulement nous éclaire sur une situation géopolitique et géostratégique complexe, mais aussi nous rend meilleurs. L’analyse qu’il nous propose obéit à une forme de sagesse, par exemple celle de Spinoza : « Ne pas rire, ne pas se lamenter, ne pas haïr mais comprendre ». N’est-il pas sage, en effet, de se tenir à l’écart de ces « foules sentimentales » qui , même pacifistes, sont potentiellement violentes ? Cette analyse est surtout remarquable dans sa façon d’utiliser les outils girardiens pour rendre compte de la complexité des relations entre les Etats, relations mimétiques qui ne différent pas tellement des relations entre les individus. Et si l’analyse de JL Salasc se signale à ses lecteurs autant par sa qualité que par sa rareté, c’est une excellente raison de nous conforter dans notre projet de faire mieux connaître la théorie mimétique.

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  7. Bonsoir,
    J’abonde sur tous les compliments précédents de cet article.
    En plus de toutes ces qualités, je crois qu’il a en plus celle de rallier tout le monde ici.

    Si je comprends bien, la paix ne pourrait venir, pour commencer, qu’avec de la volonté occidentale de cesser de faire de l’Ukraine l’objet de ses convoitises stratégiques et de cesser de faire de la Russie un ennemie que l’occident voudrait voir achever pour leur illusoire hégémonie ?

    Bien à vous

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    1. Pour avoir l’image complète, vous pouvez, dans votre commentaire, vous livrer au jeu des permutations :
      – … la volonté russe de cesser de faire de l’Ukraine… et de cesser de faire de l’Occident un ennemi…
      – … la volonté chinoise de cesser de faire de Taiwan… et de cesser de faire de l’Occident un ennemi…
      – … la volonté de l’Iran de cesser de faire du Yemen … et de cesser de faire de l’Arabie un ennemi… (et l’inverse)
      – … la volonté de la Turquie de cesser de faire de la mer Méditerranée… et de la Grèce un ennemi… (et l’inverse)
      – … la volonté de l’Inde de cesser de faire du Cachemire… et de cesser de faire du Pakistan un ennemi… (et l’inverse)
      J’arrête là, les possibilités sont nombreuses et correspondent à toutes les zones de conflit. Je pense qu’il est important d’élargir le champ, ce que fait précisément Jean-Louis Salasc, pour réaliser qu’on a là un schéma universel et non une équation limitée à un cas, ce qui désignerait les « gentils » et les « méchants ». Nous sommes une espèce violente.

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      1. Bonsoir,

        La violence des autres frères est toujours une bonne excuse pour justifier la violence de chacun des frères et ne pas commencer à faire les premiers gestes de paix.

        Qu’est-ce à dire que nous serions une espèce violente ? ou que l’on aurait ici un schéma universelle ?

        Qu’entendez-vous par là ? Que les schémas Girardien seraient indépassable ? Qu’il faudrait donc accepter la violence et les mensonges de chacun pour tous ? Bref qu’il faudrait donc accepter la guerre ?

        Car finalement que penser devant (que faire avec) l’innocence de Jesus ? Innocence présumée ? ou bien présumé coupable car il est d’une espèce violente ?

        Si les exceptions ne font pas la règle, la majorité des cas ne vaut pas mieux pour une définition.

        Par exemple, si Zelenski, Poutine ou autres, ne sont pas encore des héros de la vérité, il n’est pas écrit qu’ils ne finiront pas par le devenir… Même si je ne miserai pas un haricot là dessus. Car même s’ils n’existent pas, je mise quand même sur les gentils. Pas vous ?

        Bien à vous

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      2. Gifre,
        Si je peux me permettre de répondre à votre question adressée à Jean-Marc, et sans préjuger de sa réponse, il me semble que la confusion lexicale entre l’ennemi intime (inimicus) – celui à qui Jésus nous demande de montrer « une autre face » lorsqu’il nous gifle, au lieu d’entrer dans le cycle de la réciprocité violente (et non de « tendre l’autre joue » bien sûr…) – et l’ennemi extérieur (hostis), est à l’origine de la question du pacifisme chrétien, que vous soulevez. De ce fait, la question n’est pas d’accepter ou non la guerre : elle est là, que nous le voulions ou non, ni de savoir si tel dirigeant est « gentil » ou « méchant », puisque la situation ne relève pas de la relation personnelle que nous pourrions entretenir avec un ami ou un ennemi intime. Il s’agit de politique.

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      3. Benoit Hamot, je ne pensais pas qu’un tel clivage (ennemies intimes // ennemies extérieurs) était possible, surtout après Rene Girard.
        Mais si tel est votre cas, c’est que vous êtes prêt à partir vous même dans cette guerre avec les Ukrainiens contre les Russes ?

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      4. Gifre,
        Vous m’avez mal compris, j’ai sans doute été un peu rapide. La différence inimicus/hostis qui existait dans les langues latines et grecques a été supprimée en français, ce qui induit une mauvaise compréhension de l’injonction évangélique, qui ne concernait pas le politique, mais les rivalités intimes, entre proches. Il ne s’agit donc pas d’un clivage qui pourrait être dénoué d’une façon ou d’une autre, mais de deux réalités différentes. Le missile qui vient détruire votre maison n’implique pas que vous soyez en rivalité (forcément mimétique) avec celui qui l’a lancé, car vous ne connaissez même pas. Les relations interpersonnelles ne sont pas en cause, il s’agit d’une question essentiellement politique, d’un ordre différent. Et vous n’y pouvez rien. Vous n’avez rien fait pour mériter ce missile…

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      5. L’exemple que vous prenez ne diffère en rien d’un clivage culturel (ennemies intimes // ennemies extérieurs) tel que je le conçois. Mais se placer du côté de la victime qui reçoit le missile n’est pas le point vue qui met ce clivage en perspective.

        Celui qui a envoyé un missile sur ma maison, a considéré que j’étais suffisamment abstrait, ou identique à ses ennemis, ou insignifiant voir même inexistant à ses yeux, et donc finalement sacrifiable pour la démonstration de ses tours de force.

        Il y aurait ainsi une réalité (du côté de cette violence là) où des ennemis intimes seraient quelque peu ménagés (car connus comme rivaux, nécessaire pour entretenir le désir associé), et où des ennemis extérieurs pourraient être écrasés sans trop de culpabilité (car inconnus, voir inexistants, inutiles au désir, mais pratique comme cibles communes). Drôle de réalité tout de même…

        Cela relève à mes yeux des mêmes mécanismes rituels que vous connaissez. Je perçois donc ce que vous décrivez comme un clivage culturel, dont les origines vous ont été révélées par René Girard.

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      6. A Gifre
        L’exemple n’était peut-être pas très probant, je vous l’accorde, et en réfléchissant à votre formulation d’un« clivage culturel » qui irait à l’encontre de ma proposition de deux figures dissociables de l’ennemi, deux aspects directement liés à la théorie mimétique me sont apparus.
        Mais tout d’abord un aparté : je précise que cette proposition bien connue (différence hostis-inimicus) n’est pas mienne, mais a été formulée par Carl Schmitt (et précisée par Julien Freund). J’avais interrogé René Girard pour avoir son avis sur l’œuvre controversée de ce penseur du politique, et il me répondit tout de suite qu’il ne comprenait pas pourquoi Schmitt n’était toujours pas reconnu à la hauteur de son importance, ni pourquoi il posait encore tant de réticences… Je me sens donc autorisé à prendre en compte ses travaux dans le cadre plus général de la théorie mimétique.
        Je reprends. Le premier aspect a trait à la différence opérée dans les premiers textes de Girard entre médiation interne et externe, qui peut être mise en rapport avec la différence lexicale opérée dans les langues anciennes (inimicus/hostis) et soulevé par Schmitt, ce qui conduisit ce dernier à préciser la traduction de l’évangile de Matthieu (5,39). Mais on pourra me rétorquer que pour Girard, le danger provient avant tout de la médiation interne, c’est-à-dire lors du rapprochement des interactions mimétiques, et donc de l’inimicus plutôt que de l’hostis, qui resterait hors de portée. Ce qui pourrait faussement apparaitre comme une contradiction peut être explicité, mais ce serait un peu long…
        Il y a surtout la différence entre d’un côté :
        1 – Violence mimétique due à l’indifférenciation des partenaires : la « crise » mimétique, que pour ma part, je préfère associer au principe diabolique, c’est-à-dire celui qui divise la communauté (j’ai déjà expliqué mes réticences à l’encontre de la formule « crise mimétique », réticence largement obsessionnelle, je l’avoue…) Le principe diabolique correspond à la médiation interne, à l’inimicus ou ennemi intime.
        2 -Violence sacrificielle due à la convergence des partenaires, précédemment divisés par la contagion diabolique, sur une victime définie comme étrangère au groupe, en vue de rétablir son unité. C’est le principe satanique ; le tous contre un sacrificiel. Ce principe satanique correspond à la médiation externe et à l’hostis, l’ennemi extérieur, c’est-à-dire à un acte sacrificiel, rassemblant la communauté, ce qui sous une forme moderne correspond à la guerre idéologique (comme celle entamée par Poutine).
        Cette différence est essentielle, puisque le premier principe diabolique n’intègre aucune dimension culturelle, en dehors du fait de sa dissolution, car c’est un phénomène chaotique, de panique, alors que le second principe satanique est au contraire éminemment culturel, puisqu’il s’agit de rétablir l’ordre culturel menacé. C’est bien pour cette raison que tout chef d’état engageant une guerre idéologique fait appel à des notions culturelles, d’ordre religieux. Poutine a besoin du soutien du roman national « historique » et de Kirill, représentant de l’orthodoxie. Pour lui, les ukrainiens menacent réellement l’unité du peuple russe, mais seulement dans sa dimension culturelle telle qu’il la conçoit (l’Empire, la mission sacrée d’une religion orthodoxe mêlée aux élucubrations des cosmistes, qui ont façonné cette idéologie composite).
        Je pense vous avoir rassuré en montrant ainsi que ma pensée est tout entière contenue dans la théorie mimétique de René Girard ? Et je vous remercie de m’avoir donné l’occasion de la préciser. Votre formulation était je pense très proche de la mienne : « …où des ennemis extérieurs pourraient être écrasés sans trop de culpabilité (car inconnus, voire inexistants, inutiles au désir, mais pratique comme cibles communes). » Je pense donc que nous sommes d’accord.

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  8. Analyse remarquable mais d’un pessimisme absolu avec l’espérance au degré zéro. La guerre du premier cercle atteindra-telle le deuxième puis le troisème pour finir par enflammer le monde du quatrième cercle. Le seul réconfort est la volonté de comprendre, de démontrer et peut-être en révélant de montrer aux hommes de bonne volonté qu’il peut exister un chemin, mais que celui-ci doit échapper aux cercles pour prendre des formes en spirale, transversales et inconnues.

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  9. Pertinence de l’analyse mimétique avec sa composante historique. Je me rappelle du moment où René nous dit en classe que, sans l’histoire, il n’y a pas de pensée sérieuse.

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  10. Ce qui nous bouleverse le plus profondément avec ce qui se joue en Ukraine, ce n’est pas seulement le spectacle révoltant de la violence et de l’injustice, c’est surtout le courage incroyable d’un peuple soutenu par une espérance, ce sont ces visages souriants au milieu des épreuves. Car il n’y a pas de courage sans espérance. Et c’est là une des principales vertus chrétiennes à mon avis, que nous avons tendance à oublier dans le confort de nos théories.
    Ce qui manque à l’article de J-L. Salasc (L’éternel retour…) au titre ô combien nietzschéen, c’est précisément de ne pas faire la moindre mention de cette bouleversante espérance, et donc de l’évènement principal qui se produit au centre de cette ronde infernale des empires, tout occupés à calculer leurs intérêts réciproques. Ronde infernale et éternel retour, en effet, de la violence et de la négation de l’autre, de notre prochain, par ailleurs brillamment analysée et très bien documentée dans cet article… qui oublie alors l’essentiel.
    Car en se focalisant sur la ronde, ou la « spirale » animée par la volonté de puissance des empires, on en vient à passer sous silence la volonté clairement exprimée par un peuple: celui d’exister, de faire librement des choix, de faire respecter ses droits. Or cet article semble n’en tenir aucun compte, en laissant croire à travers les nombreuses citations de dignitaires autour de « la doctrine Brzezinski » que ce sont les Etats-Unis et sa « tête de pont » (sic) européenne qui ont poussé les ukrainiens à rejoindre l’OTAN, alors que ce sont les membres de l’OTAN, bien au contraire, qui leur ont signifié fermement leur refus de les intégrer, à plusieurs reprises, suite à leurs demandes pressantes : ils avaient en effet toutes les raisons de craindre l’impérialisme russe, il suffit de se pencher sur l’Histoire pour le comprendre, et si on a la mémoire courte, regarder le présent pour s’en assurer.
    Je suis étonné que cet article ambigüe rencontre une telle adhésion sur ce site, y compris de la part de Mr Salvador (un comble…), dont la position pro Poutine a au moins le mérite d’être claire, et je tiens à exprimer mon désaccord sur le fond comme sur la forme : cet article ne « rallie pas tout le monde ici », fort heureusement !
    Oui sur ce point J-L.Salasc, je vous rejoins lorsque vous écrivez : « Nous éprouvons pour eux une immense commisération : mais peut-être leur devons-nous davantage. » Car nous leur devons surement, et non pas « peut-être », ce qu’ils nous demandent : écoutons-les un peu, plutôt que d’admirer la ronde des brillants stratèges qui les regardent de haut.
    Quand à ce qu’ils nous demandent ; vous le savez bien.

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    1. Benoît Hamon, comment ne pas approuver la première partie de votre commentaire ? Le peuple ukrainien, dans sa résistance héroïque, mérite et d’ailleurs suscite toute notre admiration. Mais serait-il possible de l’aider à la hauteur de ce qu’il demande sans étendre la guerre ? Cependant, n’est-il pas risqué de reprocher à un texte non ce qu’il dit mais ce qu’il ne dit pas ? Il me semble que vous reprochez à la réflexion de JL Salasc, conduite en fonction de certains critères de jugement comme l’information, le refus de prendre parti et l’utilisation pertinente de concepts girardiens, d’avoir omis certaines considérations qui ne sont pas forcément incompatibles avec elle : on ne peut pas tout dire en même temps.

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      1. Christine Orsini
        Je cite JL Salasc: « Le Donbass n’est qu’un prétexte pour la Russie de neutraliser l’Ukraine. Celle-ci n’est qu’un levier au service des Etats-Unis pour refouler la Russie. L’Union Européenne n’est que la « tête de pont » des Etats-Unis pour contrôler l’Eurasie. »
        Je ne reproche nullement à JL Salasc certaines omissions, et d’ailleurs je ne lui reproche rien : j’exprime un désaccord. Si l’utilisation de concepts girardien est pertinente en soi, dans son article , ils posent problème dans la mesure où ils tournent à vide, c’est-à-dire sans tenir compte de la réalité, comme un moulin qui n’aurait rien à moudre. La notion de « spirale mimétique » serait pertinente s’il était vrai que l’occident se soit posé comme ennemi des russes, or cette description d’une rivalité mimétique avec Poutine est simplement grotesque. L’occident a toujours cherché à collaborer, à échanger et à conclure des accords politiques et commerciaux dès que le rideau de fer s’est ouvert – construit par les russes – avant qu’ils le referment peu à peu en multipliant les exactions et en trahissant les accords et les promesses. Il s’agit d’un régime mafieux, élaboré pendant la période communiste, et la chute de ce régime a été la conséquence de ses propres contradictions, et non d’une intervention extérieure d’un « ennemi », à plus forte raison « mimétique ». Il en sera de même du régime bicéphale, mafieux-orthodoxe, de Poutine-Kirill (puisque tout totalitarisme doit nécessairement s’appuyer sur une eschatologie d’ordre religieux).
        Je cite encore JL Salasc : « En Ukraine actuellement, ces atteintes prennent la forme violente d’une agression militaire. Mais bien d’autres formes existent. L’une d’entre elles consiste à frapper son adversaire par acteur interposé, à faire faire le « sale travail » par quelqu’un d’autre. Celui qui instrumentalise autrui au service de ses propres intérêts (ou de ses propres fantasmes) est-il moins condamnable que celui qui se livre lui-même à la brutalité de la guerre ? L’hypocrisie mérite-t-elle un bonus ? »
        Je trouve cette vision des choses, qui affirme que l’occident manipule les ukrainiens « au service de ses propres intérêts » déconnectée de la réalité, insultante envers ce peuple courageux, et constitue de plus une forme d’autodénigrement particulièrement insidieux. De plus, la violence intrinsèque du régime russe n’est pour personne de sensé « un fantasme ».
        En aidant militairement les ukrainiens, qui nous le demandent instamment, je ne crois pas nous fassions preuve d’hypocrisie et de honteux calcul, mais de solidarité. Quant à la nouvelle guerre mondiale qui semble s’être engagée, à l’initiative des Russes, qui peut savoir si notre inaction, c’est-à-dire le fait de laisser le peuple ukrainien se faire massacrer, ne provoquerait pas son extension d’une façon plus terrible encore ? Je crois au contraire que c’est notre passivité devant les exactions de Poutine, de plus en plus grossières, qui nous a mené jusqu’à la situation actuelle, qui heureusement, ne suit pas jusqu’au bout notre attitude adoptée vis-à-vis d’ Hitler autrefois. La réaction occidentale : soutenir sans intervenir directement, isoler la Russie, me semble à la fois ferme et mesurée, à la mesure des dangers qui nous menacent aussi.
        La situation de la Russie par rapport à l’Ukraine me semble comparable, toutes proportions gardées avec la guerre du Vietnam. Cela en dépit de l’éloignement et de la méconnaissance américaine de la réalité vietnamienne et de la proximité paradoxale entre russes et ukrainiens, également trompeuse puisque les russes ont manifestement ignoré la réalité de la volonté d’indépendance de leurs voisins (et nous aussi d’ailleurs…). Nous allons donc assister, je pense, à une longue guerre d’usure qui va démoraliser les russes jusqu’à ce qu’ils se retirent, ce qui signera la fin de l’Empire russe. Car sur ce plan, Poutine a raison : l’Ukraine est essentielle pour soutenir son fantasme, qui n’est certainement pas le nôtre, puisque la caractéristique de chaque nation européennes, c’est d’avoir été un empire avant d’y renoncer définitivement. C’est pour cette raison que je suis profondément européen, et souhaite que l’Ukraine intègre le plus tôt possible l’Europe. Ce n’est pas qu’une question économique ou de vaine rivalité politique, mais le signe de la maturité d’un peuple. Renoncer à l’empire, renoncer à dominer, mais se montrer solidaire.
        Benoit Hamot (qui n’est toujours pas membre du parti socialiste).

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  11. Extrait d’un article du Figaro où il est question de spirale :
    « Un haut responsable américain a expliqué lors d’une conférence téléphonique que les États-Unis voulaient créer «un cercle vicieux» en accumulant les mesures depuis le début de l’invasion de l’Ukraine. «Nous privons (la Russie) de capitaux, nous la privons de technologie, nous la privons de talents et l’ensemble des mesures que nous prenons crée une spirale qui s’accélère au fur et à mesure que Poutine continue l’escalade» militaire, a-t-il assuré, sous couvert d’anonymat. »
    Aurait-il lu le billet de Jean-Louis ?

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  12. La définition de camps adverses ne fonctionne plus si on a assez de distance pour les penser dans une perspective de réconciliation.
    Nous n’avons pas encore réussi l’Europe, nous avons encore la guerre.
    Toutes les remarques qui donnent à Poutine les arguments réels de l’hypocrisie occidentale, impérialisme américain et division des peuples européens, pour légitimer ses entreprises de dénazification, excusent-elles, comme dirait papa Francesco, la défaite honteuse devant les forces du mal qu’est toute guerre ?
    Certainement pas, et il ne faudrait pas que les errances impérialistes cèdent aux délires wokes qui, utilisés par l’ennemi pour détruire la démocratie en ses entrismes des opinions où il y diffuse le chaos, nous empêchent de l’appeler par son nom, les oripeaux victimaires dont ils se déguisent n’en feront jamais un bouc émissaire, la connaissance du phénomène ici est suffisante pour ne pas aller se cogner le front à ce miroir à simien, tout russe fût-il.
    Si l’Europe fait bloc face à l’agression, c’est qu’elle retrouve avec le président français depuis cinq ans, sous les huées de son peuple égaré et des nations européennes qui lui tournaient le dos, la foi dont Delors à raison disait dès 2008 qu’elle manquait à sa messe, et proposait à nouveau son projet de réconciliation, en espérant qu’il ne soit pas trop tard pour enfin se doter des moyens de cette politique.
    Reste à savoir si les français se réveilleront, où s’ils ploieront sous les retours impériaux électroniques dont nos élèves de Girard à Stanford ont universalisé le pouce baissé ou levé du cirque romain ou célinien, suivant les meutes du Brexit ou du Capitole coiffés par le chapeau du précité simien.
    Ils ont là l’occasion, qu’on sent bien fragile, de faire front, de se rappeler les presque derniers mots de de Gaulle et de sa grande idée française, la France n’en est plus à la domination et à vouloir l’obtenir et doit œuvrer à la coopération internationale, définissant selon Girard le héros littéraire et philosophique qui refuse de collaborer, seule formule héroïque de la résistance, les armes ne devant être qu’un moyen de fortifier la justice face à ceux qui justifient la force.
    A l’endroit du péril des crises, apparait clairement ce qui doit être engagé pour la survie du monde qui, s’il ne sait pas formuler les conditions nécessaires et suffisantes à l’équilibre des relations internationales, coure à la perte que l’arsenal sur lequel il est assis lui promet, et qui n’a plus besoin, j’insiste, de la contingence d’une intervention aléatoirement divine car elle s’est déjà manifestée, mais de la prise de conscience citoyenne qu’il n’y a pas d’autre chemin que celui de la réconciliation et du renoncement aux représailles qui pourraient le lui garantir, les quatre piliers européens définis par Rocard- économie de marché, au nom de la liberté d’entreprise, encadrée par la protection sociale, les droits de l’homme et la démocratie – permettant l’établissement d’un État démocratique fondé sur cette connaissance anthropologiquement établie face à ceux qui en sont encore à confondre son autorité avec la force brutale d’un clan mafieux.

    Tout est déjà formulé aux préambules de nos Constitution qui définissent avec précision le cadre des valeurs démocratiques, dont le suisse est un merveilleux résumé :

    Constitution fédérale
    de la Confédération suisse
    du 18 avril 1999 (Etat le 7 mars 2021)
    Préambule
    Au nom de Dieu Tout-Puissant!
    Le peuple et les cantons suisses,
    conscients de leur responsabilité envers la Création,
    résolus à renouveler leur alliance
    pour renforcer la liberté, la démocratie, l’indépendance et la paix dans un esprit de solidarité et d’ouverture au monde,
    déterminés à vivre ensemble leurs diversités
    dans le respect de l’autre et l’équité,
    conscients des acquis communs et de leur devoir d’assumer leurs responsabilités envers les générations futures,
    sachant que seul est libre qui use de sa liberté et que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres,
    arrêtent la Constitution1 que voici:
    https://www.fedlex.admin.ch/eli/cc/1999/404/fr

    Le principe évangélique est ici clairement formulé, l’usage individuel de la liberté définissant sa force par sa capacité à se soucier des petits, mettant en lumière le travail immense qu’il reste à accomplir mais qui a l’immense avantage de proposer ce qui jamais ne s’imposera, invitant chaque citoyen à l’accession à cette conscience qui seule saura proposer ce chemin sans chemin à l’humanité, lui permettant d’inventer la mise en application institutionnelle qui lui manque.
    L’état de notre pays, tenté à rebours de cette indispensable prise de conscience par un Vénézuélien sans pétrole ou une Pinochette à bas brun-rouge, décrit bien l’instant que nous vivons et la pathologie qu’ici nous pouvons décrire avec précision comme religieuse, cet épithète pouvant être laïquement décrit anthropologiquement, l’abstention qui risque de favoriser les dérives démagogues usant de la liberté définie aux préambules pour choisir de s’en passer, collaborant alors aux forces du pire.
    Car L’abstention en ce sens serait donc un problème médical, et la France se fait peur et fait peur aux démocrates mondiaux à s’imaginer rejoindre les autocrates de tous bords où le malade est prêt à tout pour défendre une liberté dont il use pour décider de s’en passer.
    Le deuxième personnage de l’État s’est coiffé de la corne de bison trumpiste, entraînant à sa suite tous ceux qui, ne supportant pas l’échec de leur candidate, sont prêts au suicide collectif.
    Les citoyens, ne se reconnaissant plus en aucune communauté d’organisation sociale, se retrouvent donc isolés à revendiquer, qui le mou tamponnage de coquillard, qui la torture subie de la part du « système », qui le formulaire CERFA, pour justifier sa sécession, légitimer sa désertion.
    Alceste moderne qui, furibard le matin, jure de fuir dans un désert l’approche des humains, se retrouve néanmoins le soir, encore plus furieux, derrière le sofa de l’objet de son désir dont il finira pourtant par rejoindre l’hallali nécessaire à sa réputation mondaine.
    Voici mis donc en lumière le mal qui nous frappe, mal qui, si l’on est sincère à vouloir en connaître les raisons, est une pathologie de la relation, autant dire une maladie religieuse, et devrait entendre Palamède XV de Guermantes, frère cadet du duc de Guermantes qui devrait porter le titre de prince des Laumes, mais, « avec une apparente simplicité où il y a beaucoup d’orgueil », ne porte que celui de baron de Charlus ; il est aussi « duc de Brabant, damoiseau de Montargis, prince d’Oloron, de Carency, de Viareggio et des Dunes » et membre de l’ordre de Malte et du Jockey Club (dont il sera exclu à la suite d’une vie trop scandaleuse). Il est de la famille des ducs de Guermantes, dont les membres parcourent à de multiples reprises les pages de La Recherche, il porte le prénom de « Palamède », comme les rois de Sicile, ses ancêtres.

    L’accumulation de titres ne saurait, quatre siècles après Molière, dissimuler l’analogie du noble fin de race avec le pire héros sordide de Dostoïevski, où le baron ne sait plus cacher, par désir de vaincre l’ennemi intérieur, sa germanophilie qui désire la victoire de l’ennemi extérieur pour lui assurer la possession de l’être aimé, la satisfaction de son désir de domination qui finit au lit morbide et masochiste d’une soumission totale à l’ennemi, l’amenant à ne céder qu’au pire et comme Rogojine à la fin de « L’Idiot », n’a plus que le meurtre de l’être aimé pour se soulager.
    La démocratie en est à cet exact point et a là l’occasion d’incarner le seul héros possible à même de fortifier la justice, et qui est littéraire.
    Saura-t-elle entendre les romanciers qui ont su, en avouant ce vice, en décrire les contours, en dégager la loi qui voilà deux mille ans a été formulée ?
    Chacun alors aura la possibilité de prendre sa responsabilité et d’assumer la charge mirifique confiée à l’humanité, accéder par l’aveu de notre vice à l’émancipation des servitudes de notre pathologie anthropologique, qui sinon ne saura que nous mener à la démence :
    « Alors je compris la peur de Morel ; certes il y avait dans cette lettre bien de l’orgueil et de la littérature. Mais l’aveu était vrai. Et Morel savait mieux que moi que le « côté presque fou » que Mme de Guermantes trouvait chez son beau-frère ne se bornait pas, comme je l’avais cru jusque-là, à ces dehors momentanés de rage superficielle et inopérante. »

    https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Proust_-_Le_Temps_retrouv%C3%A9,_tome_1.djvu/15

    Si vous allez deux pages plus haut vous avez l’occasion de lire la lettre écrite par le baron au narrateur du Temps retrouvé à la recherche du temps perdu :

    https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Proust_-_Le_Temps_retrouv%C3%A9,_tome_1.djvu/150

    Saurons-nous reconnaître que tout est déjà accompli, qu’il nous suffit d’y croire, ô joie complète, pour offrir notre vie en réponse au don qu’il nous en est fait, avec la pleine confiance de servir cette vérité si parfaitement formulée ?
    La violence alors retournera au trou qui lui est destiné.

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  13. A Benoît Hamot : Merci cher Monsieur, d’avoir longuement et précisément exposé votre point de vue…qui est le mien. Je suis très admirative de l’analyse géopolitique de JL Salasc, très désireuse aussi d’échapper à la contagion de la haine que nous inspirent à (presque) tous la violence et les mensonges de l’autocrate russe, désireuse de comprendre, d’échapper au manichéisme, mais l’atroce guerre à laquelle nous assistons, guerre d’agression où il y a clairement d’un côté un projet impérialiste et de l’autre un projet démocratique m’inspirent les mêmes sentiments qu’à vous. Et comme vous, je me sens profondément européenne, soulagée de voir que ce sentiment d’appartenir à l’Europe et d’avoir des valeurs à défendre est aujourd’hui largement partagé. Mais il ne faudrait pas que cette guerre dure trop longtemps. On verrait alors, peut-être, l’union se défaire et chacun se replier sur ses intérêts les plus égoïstes.

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    1. Chère Christine Orsini,
      Nous espérons tous que cette guerre ne durera pas trop longtemps, bien sûr…
      Pour autant, céder à un état totalitaire n’est pas une option envisageable, comme de continuer à détourner les yeux devant des massacres, ce que nous avons fait en Tchétchénie et en Syrie. C’est pour cette raison que je pense que cette guerre prévisible sera longue, et que nous y sommes engagés, que nous le voulions ou non, car la réponse de Julien Freund à Jean Hippolyte est toujours actuelle : « …vous pensez que c’est vous qui désignez l’ennemi, comme tous les pacifistes. Du moment que nous ne voulons pas d’ennemis, nous n’en aurons pas, raisonnez-vous. Or c’est l’ennemi qui vous désigne. Et s’il veut que vous soyez son ennemi, vous pouvez lui faire les plus belles protestations d’amitiés. Du moment qu’il veut que vous soyez son ennemi, vous l’êtes. Et il vous empêchera même de cultiver votre jardin. »
      Mais je ne pense pas qu’une guerre longue entraine l’union européenne, à se défaire, bien au contraire, mais peut-être à se recomposer : intégrer l’Ukraine et laisser la Hongrie prendre son indépendance – si l’on peut dire…– pour rejoindre l’empire russe. Simple supposition…

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  14. Quel bonheur de vous lire, tous, en ces temps de feu, et qui permet, comme le souligne Mr Hamot, plus que de fonder l’espérance, mais de la vivre en européen convaincu que la coexistence des différences est possible et que nous sommes prêts alors à défendre cette vérité qui est la perte de sens de nos identités fondées sur meurtre et mensonge dont parle si bien James Alison, qui, avec douceur, nous amènent à entendre l’invitation qui est faite à tout humain d’accéder à l’apprentissage de la connaissance de lui-même, et qui lui permettra de comprendre que le nom écrit au ciel a sa réplique en son cœur :

    « Car l’ascétisme réel qui est suggéré est un ascétisme du sens. En tant qu’êtres humains, nous tendons désespérément vers le sens. Nous voterons contre nos intérêts, donnerons un statut divin aux charlatans, sacrifierons le bien-être des autres, dépenserons de folles sommes d’argent, n’importe quoi pour trouver un sens, ou pour nous agripper à un sens, ne pas subir la perte de toute signe suggérant que nous sommes « spéciaux », que nous valons quelque chose, pas comme eux, qui que ces « eux » puissent être. Quiconque conteste ou menace nos mythes de fondation nationale, d’appartenance raciale ou de signification sexospécifique sera considéré comme un ennemi. Et c’est un processus très frustrant d’assister à la perte de nos mythes nationaux – notre identité et notre appartenance – à la perte de notre différence raciale, de nos rôles liés au genre. Ou plutôt que de perte, c’est de lâcher prise qu’il s’agit. Car c’est ce que le mot grec que nous traduisons habituellement comme « pardon » signifie, littéralement ; lâcher prise. Alors, qu’est-ce que c’est, maintenant, que de ne pas se laisser distraire en combattant pour ou contre de telles choses ? Se soumettre, dans un monde où la cacophonie du cataclysme est plus forte que jamais et où le sens est combattu avec une violence de plus en plus visible, à un genre d’apprentissage qui nous prépare à accueillir en tant qu’invité bienvenu celui contre lequel nous pourrions sinon nous protéger comme si c’était un voleur dans la nuit ? C’est l’ascétisme d’apprendre à ne pas prendre trop au sérieux quelque identité que ce soit agrippée contre une autre, et à subir le silence, la perte de sens, la chute jusqu’à nous retrouver porté par un nom écrit dans le ciel[28]. »

    http://jamesalison.com/fr/girard-livre-de-lapocalypse/

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  15. Trés bon article paru dans « L’express » qui penche plus vers la rivalité mimétique envers l’occident qui habite les dirigeants russes plutot que celle de la provocation occidentale .

    « Le poutinisme, une cleptocratie de voyous se faisant passer pour une civilisation » – L’Express
    http://www.lexpress.fr

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