René Girard peut-il être récupéré ?

Pour un chroniqueur régulier de l’Émissaire, la récupération de la pensée de René Girard par la nouvelle droite américaine pose question, pour dire le moins. J.D. Vance, le vice-président, déclare que sa conversion au catholicisme en 2019 doit tout à sa découverte de l’œuvre de Girard1. On s’interroge sur le sens que M. Vance donne à une « conversion au catholicisme », et plus particulièrement à la dimension anti-sacrificielle de cette religion mise en exergue par René Girard, lorsqu’on constate le recours systématique de l’administration Trump à l’accusation d’innocents, les migrants illégaux qui sont qualifiés de criminels, les ukrainiens accusés d’être responsables de la guerre d’agression qu’ils subissent depuis trois ans et plus, jusqu’aux européens accusés par M. Vance de brader leurs valeurs démocratiques. Plus que des provocations gratuites, on reconnaît aisément l’inversion sacrificielle entre le bourreau et sa victime. Le régime Trump II est une grossière tentative de rétablir les antiques mensonges mythologiques.

Dans cet article, je vais tenter de montrer que cette démarche s’intègre dans un combat existentiel qui pourrait bien être au cœur de l’idéologie MAGA.

Partons de la principale contradiction interne du trumpisme : la cohabitation improbable entre l’anarchie la plus radicale, la destruction de l’État, la liberté d’expression érigée en valeur suprême, et le retour à un ordre moral rigide (dont Vance est sans doute un des plus farouches partisans). On admettra qu’il y a là une contradiction majeure.

L’ordre moral est vu comme une solution à la crise morale dont sont accusés les progressistes : éclatement de la famille et de ses valeurs, recours abusif à l’avortement, combats LGBTQ+, victimisation à outrance, hégémonie du politiquement correct…

L’autoritarisme est vu comme la solution à la paralysie de l’État, dont est accusée la démocratie : budget hors de contrôle, réactions frileuses aux crises extérieures vues comme des aveux de faiblesse, culture du compromis qui interdit toute politique volontariste.

Revenons à notre sujet : la récupération de la pensée de Girard au prétexte que celle-ci a su mettre au jour le rôle fondamental du mécanisme victimaire dans la genèse et la sauvegarde des sociétés. Le problème, c’est que Vance ne retient de cette pensée que le risque d’embrasement généralisé consécutif à l’affaiblissement des mécanismes régulateurs de la violence, et il a fait de Girard l’inspirateur d’un traditionalisme moderne qui est en réalité le sien : pour éviter le chaos et la destruction, il faut à tout prix rétablir des structures solides, fût-ce au prix de l’humanisme et de la démocratie. La fin justifie les moyens, et la fin est, dans ce cas, purement négative : il s’agit d’éviter le chaos et la destruction. L’enjeu est existentiel2.

Girard n’a jamais préconisé un repli sur les positions stables du passé ; il montre au contraire l’inanité de telles réactions. A partir du moment où le mécanisme sacrificiel est exposé, il perd toute efficacité, ce qui fait de l’apocalypse girardienne un phénomène irréversible. Les tentatives modernes de rétablir un ordre sacrificiel sont vouées à une surenchère sanglante, comme le montrent les génocides du XXe siècle.

Pourtant, le diagnostic du trumpisme est globalement correct. L’Amérique de Biden et consorts est décadente, prisonnière d’une dynamique d’effondrement.

Dans le domaine économique d’abord : l’incapacité à juguler le déficit du budget promet à relativement court terme un défaut de paiement, la disparition du dollar comme monnaie de référence, et autres conséquences en cascade. Bref, la disparition de la grande puissance USA. Le libre-échange considéré comme un principe sacré s’est retourné contre son principal promoteur et a conduit à la désindustrialisation du pays au profit de la Chine et des pays émergents (Mexique), une des causes de cette faillite annoncée de l’État américain. En ce sens, la politique de Trump II est parfaitement cohérente et pourrait même être qualifiée de vertueuse. Une majorité des décrets présidentiels pris dans l’urgence des premiers jours de son mandat vont dans le sens très pragmatique d’un équilibrage des comptes : taxes à l’importation qui doivent conduire à la réindustrialisation du pays et au rééquilibrage de la balance commerciale, réduction drastique des dépenses de l’État au risque du chaos administratif, pressions sur les alliés pour qu’ils paient leur part dans les initiatives communes (Otan, soutien à l’Ukraine, aide au développement…).

Quant à la méthode, cette rhétorique de diabolisation, ce langage outrancier, ouvertement sacrificiel, elle s’explique par la nécessité d’appuyer une telle politique sur le plébiscite d’une large base populaire. Trump et son équipe ont bien compris le parti qu’ils pouvaient tirer de la compréhension et de l’utilisation de la rivalité mimétique et du mécanisme victimaire, particulièrement en temps de crise.

Dans le domaine identitaire ensuite. Le progressisme, dont on regroupe les plus farouches partisans sous le terme de woke, a conduit au délitement des structures sociales traditionnelles : la famille, les communautés religieuses (un des piliers sociétaux aux USA), la patrie. Là encore, une valeur première de l’Amérique, la liberté, s’est retournée contre elle en se transformant en relativisme moral, en individualisme forcené qui interdit de facto la constitution de communautés soudées.

Un troisième marqueur culturel vient compléter le sombre tableau : le culte de l’argent, qui n’a fait que se renforcer, conduit à terme à une société dans laquelle les relations humaines sont tarifées, une société cynique et indifférente à l’autre, toujours plus ou moins vu comme un agent de l’enrichissement personnel3.

Le cocktail est explosif et l’effondrement de tout le système n’est plus de l’ordre de l’hypothèse. Le mouvement MAGA peut être vu comme un sursaut existentiel face à cette crise.

Constatons le dilemme de l’Amérique, qui sera très bientôt le nôtre, parce que la crise qui menace l’Europe n’est, particularités culturelles mises à part, pas si différente. Nous avons le choix entre la peste et choléra. La peste, c’est le retour d’une extrême-droite décomplexée dont l’idéologie présente trop de similitudes avec le fascisme pour notre tranquillité d’esprit. Cette dérive autoritariste est justifiée par le choléra : l’État progressiste est devenu impuissant à cause de son tropisme vertueux. Toute action, tout changement doit être soigneusement pesé pour être sûr de ne léser personne, de ne pas créer de nouvelles victimes sacrificielles. C’est le retour de bâton de la révélation de la violence des institutions humaines : la paralysie, la faiblesse, l’impuissance4. C’est ce phénomène, associé à la culture de l’initiative privée, qui explique la détestation de la démocratie moderne par la nouvelle droite américaine.

A tous points de vue, la démocratie et le progrès sont préférables à une résurgence du fascisme ou de ses avatars ; il suffit d’ouvrir un livre sur l’histoire du XXe siècle pour s’en convaincre. Malheureusement, le progressisme est en échec, c’est cela la crise existentielle que nous traversons. Avant de se réfugier dans une politique réactionnaire, il convient de s’interroger sur les raisons profondes de cet échec, ce que ne font ni les progressistes ni leurs adversaires. C’est à ce stade de l’analyse qu’il faut convoquer René Girard et l’anthropologie. Girard montre que l’effondrement simultané du rêve progressiste et des structures sociales ne peut être abordé par des analyses locales ou contemporaines ; il faut étendre le champ d’étude aussi bien géographiquement que dans le temps. Le sacrifice est en train de disparaître, et ce mécanisme régulateur définit toutes les institutions de l’histoire. Le phénomène s’apparente à un saut anthropologique majeur, voire inédit5. Girard place l’enjeu à un niveau autrement élevé que les considérations économicopolitiques ou sociopolitiques qui précèdent.

La crise que nous vivons est de nature apocalyptique, ce qui a trois significations :

1) Elle découle de la démythification du monde, la révélation des invisibles mécanismes de contrôle de la violence par le sacrifice.

2) Il en résulte la destruction des institutions, dont l’efficacité et le caractère rassembleur dépendent de la méconnaissance de ces mécanismes.

3) Le niveau de bouleversement, qui touche à notre être tant individuel que collectif, dépasse notre capacité à contrôler le phénomène ; nous ne pouvons que le subir.

La dimension apocalyptique de la crise seule peut résoudre le paradoxe du trumpisme que nous exposions au début de l’article, cette improbable rencontre entre l’anarchie la plus radicale et un ordre autoritariste et rigide. L’anarchie résulte directement du constat de l’échec de toutes les institutions ; elles deviennent haïssables dès que leur dimension sacrificielle est exposée. Cette haine est particulièrement sensible chez des personnalités comme Vance et Musk. Sans que la contradiction leur soit apparente, les mêmes reconnaissent la nécessité vitale de rétablir un ordre autoritaire, en particulier moral, pour éviter le chaos absolu.

Tout cela peut se résumer en un concept simple : une réaction panique à la fin d’un monde.

La reconnaissance de la nature apocalyptique de la crise condamne à l’avance toutes nos tentatives de l’éviter. Une réflexion vraiment chrétienne doit nous conduire à un tout autre positionnement. La crise aura lieu, le monde tel que nous le connaissons sera détruit, et ce n’est la faute de personne : c’était écrit depuis le début. Les vraies valeurs des trois religions monothéistes nous invitent plutôt à survivre à la période de chaos qui en résultera6, et pour cela il n’y a qu’une voie, comme le dit très clairement Girard : la conversion, le renoncement aux passions mimétiques. La douceur, l’humilité, la compassion, l’amour de l’autre. L’ordre moral prôné par Vance n’est qu’un indigeste et dangereux succédané à cette conversion des cœurs. Vance veut nous imposer la soumission à un ordre archaïque. L’Evangile nous invite à l’acte libre par excellence.

*****

1 Voir l’article de J.D. Vance How I Joined the Resistance, The Lamp, 2020 (en anglais).« Girard’s […] theory of mimetic rivalry […]spoke directly to some of the pressures I experienced at Yale. But it was his related theory of the scapegoat—and what it revealed about Christianity—that made me reconsider my faith.” https://thelampmagazine.com/blog/how-i-joined-the-resistance

2 C’était aussi le cas du nazisme dans sa rhétorique : Lebensraum, purification de la race, nouvel ordre moral basé sur la force, tout cela dérivait de la perception d’un danger existentiel qui aurait menacé la survie de l’Allemagne.

3 Par exemple, la résolution des conflits relationnels dans les tribunaux qui s’apparente souvent à de l’extorsion de fonds.

4 Voir l’article Sortir de la victimisation, https://emissaire.blog/2024/05/28/sortir-de-la-victimisation/

5 Comparable aux bouleversements anthropologiques tels que la maîtrise des outils, du feu, de l’agriculture et de l’élevage.

6 Je parle ici d’une survie spirituelle : ne pas céder à l’appel de la barbarie.

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Auteur : blogemissaire

Le Blog émissaire est le blog de l'Association Recherches Mimétiques www.rene-girard.fr

9 réflexions sur « René Girard peut-il être récupéré ? »

  1. Bonjour, Très bonne analyse, Merci.

    J’ai écrit ceci, il y a quelques jours :

    Les yeux s’ouvrent. > > La nouveauté n’est pas dans l’événement (l’irruption de Trump II sur la scène du monde) elle est dans l’effet de dessillement qu’il provoque. Rien n’est au fond changé : les hommes sont toujours les hommes, les nations sont toujours les nations, le bien et le mal sont toujours le bien et le mal. Mais la vision irénique du monde, à ma gauche les Bons, à ma droite les Méchants, elle, s’est évaporée, d’un seul coup, tel un mirage. Elle ne saurait tout simplement plus avoir cours. Les choses ne sont pas telles qu’elle les dit. Vér.té universelle : le mal est en chaque individu comme il est en chaque nation. > > Cavalier de l’apocalypse, Trump tient des propos tellement stupéfiants et prend des décisions tellement invraisemblables qu’ils ont un extraordinaire effet révélateur : se croire innocent, accuser autrui, c’est mentir et c’est se mentir à soi-même. > > Être libre c’est s’abstenir d’accuser autrui, être libre c’est être responsable de ses actes et de leurs conséquences… > > Par ses paroles et ses actions triomphalement assumées, Trump montre au monde ce qu’il ne faut pas faire, et que pourtant nous faisons tous. Qui peut encore ne pas voir cela ? > > N’est-ce pas cela que la France devrait dire haut et fort ? > > Lors de la nomination toute récente de Dan Caine, nouveau chef d’état-major, le président américain a eu ces mots : « Restaurer la paix par la force, placer l’Amérique en premier ». Est exprimée là, en toutes lettres, une tentation universelle, venue du fond des âges, présente en chaque individu comme en chaque tribu, peuple ou nation. Ne pas lui céder, c’est être civilisé. > > « Un homme, ça s’empêche », dit Camus. Une nation, ça s’empêche, peut-on ajouter. > > Les « illusions relatives à l’emploi de la force » : De Gaulle, Phnom Penh, 1er septembre 1966. > > Que la France dise cela, et elle aura fait œuvre utile.

    Bien cordialement, Denis Monod-Broca 30bis, boulevard Jourdan, Paris 14ème

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  2. Bravo, encore une fois, à Hervé pour cette analyse fine et redoutable.

       En fait, Mr. Vance a bien lu Des choses cachées depuis la fondation du monde, mais il s’est arrêté au chapitre IV, sans doute épuisé par une lecture aussi dense ! Lui et ses condisciples font de la théorie mimétique l’analyse la plus archaïque qui soit. Ils se revendiquent d’ailleurs comme conservateurs et veulent retrouver, croient-ils, la « Terre promise » qu’a été l’Amérique des premiers colons blancs. À ceci près que leurs glorieux ancêtres ne rêvaient que de conquérir de nouvelles frontières, eux veulent les fermer et s’enfermer dedans.

       Pour l’instant, ils n’ont rien « retrouvé » du tout, ils se sont contentés de casser ce que leurs pères avaient passionnément construit en quatre siècles. Il est possible que dans leur délire ils ne construisent absolument rien. Car il n’y a rien de cohérent ni de juste dans leur volonté de casser. Il n’y a aucune eschatologie. Quel désir les pousse en avant ? Aucun, à part l’appât du gain. Et ils ne parviendront à leur fin qu’en ruinant beaucoup de monde, y compris beaucoup de ceux qui les ont élus (sauf Musk, qui n’a pas été élu). Vont-ils « résoudre la crise » réelle où l’Occident comme le reste du monde s’enfoncent ? Il est plus que probable qu’ils vont l’exagérer.

       La « tentation du pire » est très sacrificielle ! Avec la joint-venture Trump & Co, nous ne voyons aucune lumière au bout du tunnel, les agitations et les paroles véhémentes ne sont que les symptômes de la crise et rien de mieux. Ces excités « reflètent » la crise mais ne nous « révèlent » rien. Passé l’effet de surprise entretenu par cette équipe de farfelus — effet de surprise dont ils ont plus ou moins conscience qu’il ne durera pas longtemps —, la catastrophe va se précipiter. Imagine-t-on l’alliance Trump-Poutine durable, avec leurs egos démesurés ? La mécanique mimétique va fatalement s’enclencher et les « lecteurs avertis » de Girard en seront pour leurs frais.

       Quant à l’Europe, une partie de ses « élites » est aussi tentée par la politique du pire : forte est la tentation de ne pas courir au secours des victimes, et l’Ukraine est leur terrain de jeu autant qu’il est celui de Poutine. Mais on sent bien aussi qu’une conscience se fait jour parmi les dirigeants, et plus encore parmi les Européens au sens large. Cette conscience des faibles (et Dieu sait qu’on nous répète assez que l’Europe est faible !) aura-t-elle raison des plus forts ? Le doux finira-t-il par l’emporter sur le dur ? Nous n’avons jamais autant eu besoin de Michel Serres.

    Joël Hillion

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  3. Nous avons en France et en Europe réellement l’occasion de faire progresser ensemble l’idéal démocratique, quand les individus, plutôt que de de céder aux régressions passionnelles, accèdent à la maitrise qui permettra de tirer les enseignements de l’histoire, quand la seule réponse aux agressions hypocrites ne peut pas être la réédition d’un conflit douloureux, mais d’envisager sereinement l’apaisement d’une relation seul à même de régler les différents.

    L’invitation est suprême et trouve sa plus haute formulation dans l’établissement des relations européennes, qui devraient inspirer la régulation des conflits mondiaux qui se déchainent, dans la mesure où les opinions du vieux continent accèdent à ce que leur histoire révèlent par l’expérience du cycle complet des échecs de toute domination, pour en incarner ce qui n’est pas une morale inécoutable par ceux qui estiment avoir été spolié par la colonisation, mais l’exemple d’une réconciliation des ennemis dont découle l’affirmation de notre capacité à savoir discerner le mal du bien, ayant alors latitude à dire le droit et la justice au service de chacun.

    C’est tout à fait extraordinaire d’observer ce qui apparait en ces pèriodes troublées, la véritable universalisation du principe qui nous gouverne en ces temps de liberté et que la France est seule à incarner, quand la liberté est aussi latitude à choisir le mal, quand il est de notre devoir le plus fécond de savoir affirmer le choix de résistance et quoi qu’il en coûte, la grande idée française formulée par de Gaulle que nous n’en sommes plus à la domination et à vouloir l’obtenir, mais que nous sommes au service de la coopération internationale, qui commence par la réconciliation européenne.

    Aurons-nous ce courage et la détermination nécessaire ?
    L’avenir du monde en dépend, au risque sinon de retourner se soumettre au principe malin qui,, comme Musk le fait avec Zelenski, désigne toujours le mal chez autrui alors qu’il domine tout les belligérants d’un conflit, pour les entrainer à la défaite honteuse face aux forces qui ne savent qu’exciter les passions mortifères, plutôt que lentement accéder à la patience et à l’amour qui permettent de les maitriser.

    C’est un choix, et chaque citoyen est invité à se déterminer librement dans la plus parfaite égalité, instruit de sa propre structure persécutrice et de sa capacité à désormais avoir le pouvoir de s’en émanciper par la fraternité, immense privilège d’avoir ce devoir éminent de pouvoir choisir d’assumer cette connaissance, ou de la refuser en renonçant soi-même à dominer sa pulsion, pour finir au bureau ovale de la démence des lyncheurs qui voudraient nous imposer leur inconsciente incompréhension.

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  4. Vision tout à fait juste, à ceci près qu’elle a 2000 ans de retard, date de l’effondrement de la structure sacrificielle du judaïsme, avec son Temple. C’était écrit, effectivement, depuis la fondation du monde. Et les libertariens, cosmistes et autres « penseurs apocalyptiques » n’ont retenu de la pensée girardienne que ses erreurs : c’est la raison de leur égarement, de leur angoisse devant une fin du monde qu’ils contribuent à faire advenir (on se suicide pour ne plus souffrir). Il faut se méfier des prophéties autoréalisatrices, car si elles réussissent, elles n’en sont pas moins fausses. Il ne faut pas confondre en effet apocalypse et catastrophe, ce qui semble être le cas de tous les intervenants sur ce blog, ce qui me désole. Mais tout cela, je l’ai déjà assez dit et répété.

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    1. Je découvre votre commentaire après avoir posté le mien qui est en attente. Quelles sont donc les « erreurs » de la pensée girardienne dont vous parlez ?

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      1. Erreurs souces de graves malentendus, qui ne sont pas sans conséquences: je réponds à votre question dans un article en attente, proposé début février, sur les cryptomonnaies et la prise en compte de la pensée de Girard par les libertariens. Quoi qu’on en dise, ils sont également girardiens (surtout Thiel) et n’ont donc pas à être « exclus » de notre « groupe », ce qui serait pour le coup bien peu girardien… Je regrette qu’on ne prenne pas plus au sérieux ici ce qu’ils ont à nous dire, et qui doit être discuté. Les tenant de l’apocalypse imminente verraient alors qu’ils ne sont pas si éloignés d’eux. Ils réagissent seulement autrement aux évènements en cours.

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    2. Pourquoi se désoler ?

      L’apocalypse est une expérience intime vécue au cœur de chacun, quand la reconnaissance personnelle de sa propre structure persécutrice permet l’accession à la vérité romanesque de la conversion religieuse.

      Désir ardent

      Le désir ardent s’élève, serein,

      Et ma résignation parcourt la plaine.

      Je me trouve alors entre le plateau de Najd

      Et la basse et torride Tihama.

      Voilà deux contraires

      Qui ne peuvent se rencontrer !

      Jamais, ma dispersion ne trouvera

      Un temps pour les épousailles !

      Comment faut-il faire ? Quelle ruse inventer ?

      Oh, conduis-moi doucement,

      Toi, mon censeur sévère.

      Par tes reproches,

      Ne m’afflige point !

      De profonds soupirs s’exhalent,

      Par degrés ils s’élèvent.

      Sur mes joues,

      Des pleurs abondants se répandent.

      Les chameaux couleur fauve

      Aspirent à leur terre natale.

      Les sabots usés par la marche,

      Ils geignent, tout altérés d’amour.

      Après leur passage,

      Ma vie n’est qu’extinction.

      Que la paix protège

      Ma vie et la patience !

      Ibn’Arabi, L’Interprète des Désirs.

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  5. Je suis de plus en plus troublé par la récupération de la TM par certains « girardiens » (Thiel, Vance). Comme ce ne sont pas des imbéciles, je ne pense évidemment pas qu’ils n’ont rien compris à la TM. Hervé van Baren nous rappelle que tout est contradictoire entre la pensée de Girard et le manifeste politique de Trump & Vance (Vance dont la campagne a largement été financée par Thiel). Il faut donc se demander ce qui, dans la TM, se prête à cet énorme malentendu entre les écrits et propos de Girard et les écrits et propos réactionnaires, pour ne pas dire fascisants, de ces gens.

    NB : La perversion de la TM ne se limite pas aux moneymakers et politiques trumpistes cités plus haut. Elle a aussi gagné les milieux intellectuels. Ainsi Martha Reineke, philosophe américaine qui présidait jusqu’en 2023 le Colloquium on Violence & Religion (COV&R) a déclaré : « Il est crucial que les idées de Girard soient mieux connues dans la population, alors je crois que le financement de Thiel, au bout du compte, est une bonne chose. » (rapporté dans le journal La Presse du mardi 4 mars 2025).

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