
Manel Albouchi
Regards croisés sur Donald Trump… et autres catastrophes
par Hervé van Baren
L’article de Manel Albouchi dans Kapitalis1, un site tunisien centré sur l’économie, résonne étrangement avec ma récente analyse girardienne de la crise mondiale (voir une série de courtes vidéos récemment parues sur ma chaîne YouTube, lien ici). Assisterions-nous à une réconciliation des deux courants de pensée, la psychanalyse et la théorie mimétique ?
L’autrice met comme moi l’accent sur l’engouement massif pour le discours de Donald Trump « qui semble tout droit sorti des méandres de l’histoire médiévale », plutôt que sur la personnalité du nouveau président US. Cette ferveur « s’enracine dans des mécanismes psychiques archaïques ».
Elle parle aussi de « régression collective », un retour du clivage, « cette défense primitive qui oppose le ‘tout bon‘ au ‘tout mauvais‘ ». Une « peur profonde de l’incertitude » serait à l’origine de ce grand pas en arrière. C’est aussi une crise de la pensée, les anciens récits, éclipsés par « des récits réducteurs et des idéologies vides », laissent un « vide immense […] que des figures populistes, avec leurs promesses grandiloquentes et leur rejet de l’autre, viennent occuper ».
La généalogie de la crise remonte aux « traumatismes collectifs », aux « blessures historiques » qui restent hanter nos imaginaires parce qu’ils ne sont pas dits, pas reconnus.
La soumission à l’autorité d’un leader populiste « reflète la quête désespérée d’ordre et de stabilité », même si la figure paternelle élue est défaillante et incapable de « transmettre des valeurs qui permettent de dépasser les oppositions binaires ».
Le remède ? Réinvestir « les espaces de création, de pensée et de transmission symbolique ». Là où ces espaces renaissent, « les ombres du passé peuvent enfin s’intégrer, et les sociétés peuvent commencer à se reconstruire sur des bases plus saines et plus lumineuses ».
Ce court article a le grand mérite d’éviter de tomber dans le piège d’une lecture myope de la crise, avec les outils de la normalité : économie, sociologie, géopolitique, etc. L’autrice relève bien, et c’est rare, le caractère immatériel des causes profondes de la crise et son diagnostic d’une régression généralisée de ce qu’elle appelle l’inconscient collectif est nécessaire. Le vocabulaire est freudien, mais ce n’est pas le plus important. Rares sont les explications de la crise qui insistent sur la dimension immatérielle, symbolique.
Si le diagnostic est bon, la genèse de cet effondrement des ordres symboliques est absente. La conclusion pourrait s’appliquer à la sortie d’une crise telle que la seconde guerre mondiale, à la formidable vitalité des Trente Glorieuses et à l’exception historique de décennies de paix entre nations, en Europe du moins. La question des causes profondes de la régression sacrificielle à laquelle nous assistons à l’échelle mondiale est pourtant primordiale.
D’après l’autrice, le silence qui s’impose à la suite d’épisodes de traumatisme collectif permet la résurgence périodique de crises destructrices. C’est le déficit de parole qui enclenche et entretient la malédiction qui s’abat sur la communauté. Je partage cet avis. Pourtant, il manque un facteur clé dans cette analyse. Ce silence n’empêche nullement de longues périodes d’entente et de prospérité. Il faut identifier le déclencheur de la phase critique du cycle, qui replonge la communauté dans la crise. Ce déclencheur est presque toujours une parole.
De meilleurs connaisseurs que moi du paradigme psychanalytique trouveraient sans doute une autre passerelle avec la pensée de Girard. Lorsque la cure conduit à la libération de la parole interdite, lorsque le réel s’évade de la prison de l’amnésie traumatique, que se passe-t-il ? La « guérison » épargne-t-elle au patient une crise particulière, une crise de la révélation ? Je laisse cette question aux commentaires.
Notre civilisation occidentale a réalisé des exploits inédits dans presque tous les domaines, la pacification des mœurs, la sécurité matérielle, la victoire de la raison contre l’obscurantisme, entre autres. Le progrès nous promettait un avenir radieux. L’effondrement est d’une telle brutalité qu’il me semble peu crédible d’en attribuer les causes à une série de phénomènes secondaires et matériels, dont l’apparition simultanée ne serait qu’une malheureuse coïncidence.
Il y a bien une cause fondamentale à l’effondrement du monde : les victimes parlent, phénomène invisible et impensé, si ce n’est par l’approche girardienne. C’est là que la théorie mimétique se démarque. Les victimes parlent et le monde s’effondre. C’est la parole libérée des victimes qui fait resurgir les anciens traumatismes enfouis dans les mythes. Ce sont d’ailleurs plus que des traumatismes : ce sont les structures violentes de toute société, de toute institution humaine, que cette parole fait surgir des limbes où nous les dissimulions.
Beaucoup d’intellectuels sont tentés par la position du spectateur averti, qui se permet de donner la solution magique à la crise. L’autrice n’échappe pas à cette tendance, lorsqu’elle espère un réinvestissement du monde symbolique par l’art, l’éducation, les récits porteurs de sens. Les « il faut » qui saturent l’espace médiatique n’ont aucune vertu ; pour la plupart, ils resteront lettre morte. La crise ne nous invite à rien d’autre qu’à une douloureuse introspection. Face à la victime qui parle, personne n’est innocent. Nous aussi, nous sommes des sacrificateurs, et nous aussi, nous opposons à cette révélation le déni et les formules magiques. Les trajectoires de fuite sont nombreuses, et toutes sont vaines.
Nous vivons les douleurs de l’enfantement, la fin de notre état de fœtus, cet état si confortable qui nous permettait de croire que nous pourrions continuer à vivre dans la chaleureuse et rassurante matrice mythologique. La résistance aux contractions est acharnée, mais rien n’y fera : nous serons expulsés de ce jardin d’Eden, que nous le voulions ou non.
Le travail a commencé.
1 Le phénomène Trump : analyse psychanalytique des fractures contemporaines, par Manel Albouchi – Kapitalis, 23 janvier 2025. https://kapitalis.com/tunisie/2025/01/23/le-phenomene-trump-analyse-psychanalytique-des-fractures-contemporaines/
Lien vers la playlist« Crise dans le monde » sur YouTube :
Magnifique, Hervé !
Quand la cabane tombe sur le chien, il s’aperçoit encore que ce n’est même pas lui qui a détruit la vieille structure protectrice, mais la vérité de l’Être qu’il n’a plus qu’à imiter, cette victime qui, par sa parole, nous apprend à pardonner, cette brique rejetée qui désormais et à tout jamais est le fondement de notre maison commune, laissée à la disposition de notre libre-arbitre pour construire l’avenir radieux alors accessible à notre entendement.
L’élégie du péquenaud de l’adepte de Peter Thiel, qui a repris à son compte l’antienne libertarienne que la liberté n’est pas compatible avec la démocratie, va vite s’apercevoir des faiblesses de la loi du plus fort face à la loi du plus juste, quand les barons de la tech s’alignent sur les illibéraux et vont mener leur peuple à la baguette chinoise des tyrannies de la productivité, et disparaitre, comme tous les empires incapables de borner leur désir hégémonique.
Ils comprendront alors qu’on n’invoque pas impunément René Girard en dissimulant ce qui l’a inspiré, l’Évangile, au risque sinon d’imiter Poutine et Kirill, et d’aller écraser au nom de l’amour du prochain le frère ukrainien.
Ils s’apercevront alors qu’ils auraient mieux fait d’avoir peur du peuple qu’ils trompent en reproduisant l’erreur ancestrale, exacte réciproque aux délires woke, en utilisant à des fins d’oppression la parole sainte qui signifie qu’il n’y a qu’un empire, celui qui s’exerce sur soi-même.
J. D. Vance comprendra que ceux qu’il fustige l’invitent à replacer la parole au fondement de ce qui fit l’Amérique, que le temps de la liberté est aussi celui des échecs de l’amour et de la vérité, que là est la maitrise de la peur et la confiance qui permet la patience d’attendre sereinement ce qui inexorablement adviendra, et qui l’enjoint à s’appliquer à lui-même les paroles dont il use, pour sinon le condamner à reproduire ce que pourtant il dénonce :
» N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! À sa puissance salvatrice ouvrez les frontières des États, les systèmes économiques et politiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation, du développement. N’ayez pas peur ! Le Christ sait « ce qu’il y a dans l’homme » ! Et lui seul le sait ! «
https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/homilies/1978/documents/hf_jp-ii_hom_19781022_inizio-pontificato.html
Come on, Hillbilly, laissez donc à Thiel son délire dominant pour servir la loi du plus juste au service des plus humbles, la démocratie est ce qui permet la liberté, dans l’égalité par la fraternité, que la lutte des deux premiers principes ne sauront se résoudre que par le troisième exclu, quand nous admettrons enfin que nous ne sommes pas nous-mêmes, mais l’imitation d’un modèle, que nous ne ferons plus de cette blessure d’orgueil un scandale qui nous empêche d’accepter notre condition de mortel, alors invités à rejoindre l’Être de la vie éternelle :
« Mais alors qu’advient-il pour nous ? Paul répond: «Vous ne faites plus qu’un dans le Christ» (Ga 3, 28). Non pas une seule chose, mais un, un unique, un unique sujet nouveau. Cette libération de notre moi de son isolement, le fait de se trouver dans un nouveau sujet, revient à se trouver dans l’immensité de Dieu et à être entraînés dans une vie qui est dès maintenant sortie du contexte du «meurs et deviens». La grande explosion de la résurrection nous a saisis dans le Baptême pour nous attirer. Ainsi nous sommes associés à une nouvelle dimension de la vie dans laquelle nous sommes déjà en quelque sorte introduits, au milieu des tribulations de notre temps. Vivre sa vie comme une entrée continuelle dans cet espace ouvert : telle est la signification essentielle de l’être baptisé, de l’être chrétien. Telle est la joie de la Veillée pascale. La résurrection n’est pas passée, la résurrection nous a rejoints et saisis. Nous nous accrochons à elle, c’est-à-dire au Christ ressuscité, et nous savons que Lui nous tient solidement, même quand nos mains faiblissent. Nous nous accrochons à sa main, et ainsi nous nous tenons la main les uns des autres, nous devenons un unique sujet, et pas seulement une seule chose. C’est moi, mais ce n’est plus moi: voilà la formule de l’existence chrétienne fondée sur le Baptême, la formule de la résurrection à l’intérieur du temps. C’est moi, mais ce n’est plus moi: si nous vivons de cette manière, nous transformons le monde. C’est la formule qui contredit toutes les idéologies de la violence, et c’est le programme qui s’oppose à la corruption et à l’aspiration au pouvoir et à l’avoir. »
https://www.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/homilies/2006/documents/hf_ben-xvi_hom_20060415_veglia-pasquale.html
Tout est accompli, il n’y a rien à faire qu’a poursuivre le chemin des êtres libérés, celui qui conduit inexorablement à la vraie vie :
« En chemin avec Jésus à l’instar des disciples d’Emmaüs, l’Église apprend toujours à lire l’Ancien Testament avec lui et à comprendre d’une manière nouvelle. Elle apprend à reconnaître que c’est très précisément cela qui est dit par avance à propos du « Messie », et, dans le dialogue avec les juifs, elle doit essayer de montrer que tout cela est « conforme à l’Écriture ». C’est pourquoi la théologie spirituelle a toujours souligné que le temps de l’Église ne signifie pas l’arrivée au paradis, mais correspond à l’exode de quarante ans d’Israël dans le monde entier. C’est le chemin de ceux qui sont libérés. De même qu’il est toujours à nouveau rappelé à Israël que son chemin dans le désert est la conséquence de la libération de l’esclavage d’Égypte ; de même qu’Israël a toujours à nouveau voulu sur son chemin retourner en Égypte, car il n’était pas capable de reconnaître le bien de la liberté comme un bien, de même pour la chrétienté sur son chemin de l’exode : reconnaître le mystère de la libération et de la liberté comme don de la rédemption est toujours à nouveau difficile pour les hommes, et ils veulent retourner à l’état antérieur. Mais grâce aux actions miséricordieuses de Dieu, ils peuvent sans cesse réapprendre que la liberté est le grand don qui conduit à la vraie vie. »
https://shs.cairn.info/revue-communio-2018-5-page-123?lang=fr#s2n4
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Merci, Aliocha, de nous rappeler constamment que l’Eglise, malgré ses errances, porte toujours la Parole.
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Prendre son désir impérial pour la réalité du royaume ne signifie pas qu’on aurait compris René Girard au point de l’utiliser pour désigner des boucs émissaires, fussent-ils eux-mêmes en pleine logique sacrificielle.
La crucifixion de la crucifixion reste une crucifixion et ne pas se soumettre aux discours de Greta ne justifie pas leur réciproque qui pourtant vous a fait élire par le rejet de leurs délires, le risque étant qu’il ne reste qu’une chose, le rejet.
Là est toute la difficulté face à ceux qui radicalisent le souci des victimes pour mieux le paganiser, définition de l’antéchrist selon Girard et que reprend Peter Thiel, mentor de Vance, pour justifier une action semblable et réciproque, concluant alors que la liberté est incompatible avec la démocratie, mimant ce qu’il dénonce, tombant donc au piège méphitique des rivalités qui ne sait que précipiter la chute de tout désir hégémonique.
La nature est bien faite et Thiel comme Vance ont là l’occasion de découvrir ce qui fonda la pensée du grand René, qui ne vouait sûrement pas le pays de toutes les libertés à se soumettre aux standards russes ou chinois, mais appelait sans cesse à relire les grands auteurs de la littérature occidentale, un certain Dostoïevski notamment, pour être en phase avec les temps que nous vivons, quand pour l’Européen que je suis, il n’y a aucune différence entre Vance et le patriarche Kirill, tous deux interprètes du grand inquisiteur des Frères Karamazov, qui n’ont que leur manque de foi en l’humanité pour justifier leur tyrannie :
« As-tu donc oublié que l’homme préfère la paix et même la mort à la liberté de discerner le bien et le mal ? »
C’est donc au nom de la liberté et des exigences fraternelles qui permettent sa coexistence avec l’égalité que le discours de Vance est irrecevable pour tout démocrate européen.
C’est en Europe que le ressentiment contre le vieux continent s’observe le mieux, quand les citoyens, à l’invitation des illibéraux, se déchaînent contre ce qui les protège d’eux-mêmes pour offrir leur liberté au shérif qui, lui, renonce à les protéger.
Manipulés, ils usent de leur liberté pour décider de s’en passer, lui préférant la paix ou même la disparition plutôt que de choisir entre le bien et le mal, quand Vance et Trump s’inclinent devant les totems de la loi du plus fort, signant la défaite du monde libre, qui reproduit l’erreur passée européenne, cette chute due à l’incapacité de tout empire à savoir borner sa domination.
Vance peut nous faire la morale, les relents pétainistes de ses discours signifient qu’il n’a pas compris qu’il singe ce qui provoqua notre défaite, comme Poutine ou les Chinois ou tous ceux qui rêvent d’empire.
Cela devrait permettre aux Européens qui ne sont pas victimes de cette illusion car ils en ont l’expérience historique, d’élaborer enfin la réponse commune seule à même de sauver l’humanité de ses démences virtuelles qu’encore elle prend pour la réalité, ne cédant pas aux tentations des extrêmes qui font des opinions, à l’image désastreuse de la démocratie américaine, des bancs de poissons mimétiques qui ne votent plus que par réflexe, pour en appeler à contrario aux exigences de l’ordre fraternel indispensable à l’exercice de la liberté, quand c’est la loi du plus juste face à la loi du plus fort qui seule est à même de choisir entre le mal et le bien, c’est à dire d’exercer notre capacité à faire face à la réalité de notre condition.
On a bien entendu le droit d’obéir à Mr Vance et de voter RN ou AfD, on se soumet comme lui aux standards russes ou chinois des oligarques de la tech, qui ont déjà prévenu qu’ils baisseront les salaires alors que le protectionnisme augmentera les prix, on signe pour travailler plus en gagnant moins tout en renonçant à sa liberté.
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Merci, encore une fois, à Hervé, pour cet éclairage radical qui appelle bien des commentaires, comme il s’y attend. Voici le mien.
Il faut, je crois, associer « la régression sacrificielle » à laquelle nous assistons, et dont nous sommes tous conscients (sauf encore quelques djihadistes forcenés) à la « crise de la révélation » que nous traversons. Les « douleurs de l’enfantement » ne font que commencer. Nous venons à peine d’avoir « perdu les eaux ». Ou pour reprendre une analogie biblique plus ancienne, « nous ne serons pas expulsés du jardin d’Eden », nous sommes déjà dehors, et nous découvrons que nous sommes nus. La tentation est grande de se vêtir des quelques oripeaux qui nous restent. Mais cela ne va pas faire l’affaire. La révélation passe par une conversion totale de nos réflexes sacrificiels ataviques. Il va falloir reprogrammer nos logiciels. Et peut-être aussi inverser nos valeurs.
Ainsi dire « les victimes parlent et le monde s’effondre » est juste, mais c’est insuffisant. Ce n’est pas tant que « les victimes parlent », c’est qu’elles se vengent à prséent ! Job s’est levé de son tas d’ordures, il a pris sa voiture et fonce sur un Marché de Noël. « Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles », avait prévenu G. K. Chesterton. Voyez le Moyen-Orient ! La Shoah est devenue le refuge des enfants de victimes, qui n’ont pas été victimes, et qui n’ont pas d’autres sacrifices à mettre en avant pour se… donner raison. En être réduit à « gratter les cicatrices » pour se sentir exister est déjà assez triste en soi. Se servir d’un passé, dans lequel on n’a nulle part, pour justifier sa propre violence, son goût atavique pour la vengeance, est assez bas. Dans le camp opposé, chercher à consommer la culpabilité de l’autre, comme de vouloir se débarrasser de la « culpabilité allemande » pour s’adonner à des comportements néonazis, est d’une bassesse au moins aussi lamentable. Ces attitudes sont « révélatrices ». Nous avons accordé une visibilité aux victimes et elles ne se comportent plus du tout comme victimes. Comme si la Révélation avait été pervertie. Bien sûr, Satan est à la manœuvre.
Le coup était prévisible, annoncé par Jésus lui-même.
« Malheur à vous, scribes et Pharisiens, qui bâtissez les sépulcres des prophètes et décorez les tombeaux des justes, tout en disant : Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour verser le sang des prophètes. Ainsi, vous en témoignez contre vous-mêmes, vous êtes les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes ! Eh bien ! vous comblez la mesure de vos pères ! » (Matthieu 23, 29-31)
Le début du commencement du rétablissement de la vérité, ou de la fin de la méconnaissance, passe par une définition claire de la victime. Ou sa reconnaissance vraie. Quel statut lui accorder ? Évidemment NI celui de bouc émissaire favori, NI celui de représentant du prolétariat qui est « l’avenir du monde ». Les vieilles idéologies ne tiennent plus.
Et conjointement à la définition de la victime, quels sont les véritables persécuteurs ? Nous commencerons par les « persécuteurs économiques ». Les riches sont devenus leaders. Les oligarques russes soutiennent Poutine. Les milliardaires de la Silicon Valley financent Trump.
Quant à ceux qui vont oser dire la vérité, ils ont déjà été mis en garde :« ‘‘Vous serez persécutés’’, leur dit-il » (Matthieu 10, 17-20).
Joël Hillion
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Cher Joël,
Que les victimes se contentent de témoigner ou qu’elles veulent se venger, le caractère destructeur de l’ordre violent reste intact. Ce qui change, je pense, par la parole de la victime pardonnante, c’est l’espérance qu’elles ouvrent d’un monde qui a dépassé le mécanisme sacrificiel. Comme vous le dites, nous n’en sommes pas encore là.
Hervé
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J’entends bien , mais cela n’est pas nouveau . Les victimes apparaissent toujours comme nous questionnant et comme nous ne savons pas leur répondre nous les tuons en les ignorant dans le silence ! Inutile victime !
Amicalement Jean Louis Choplin
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Désolé Joël Hillion, je ne m’identifie pas à un « djihadistes forcené » en ne pensant pas assister à une « régression sacrificielle », mais bien au contraire: à une volonté d’effacer jusqu’au souvenir du sacrifice. Comme l’écrit Michel Eltchaninoff dans un article sur le film « the brutalist »: « c’est bien à une entreprise (américaine) de démolition et à une volonté de reconstruction, sans aucune considération des êtres, que nous avons affaire aujourd’hui, de Gaza à l’Ukraine en passant par le Groenland. » Reconstruction d’un monde délivré de son histoire et de sa mémoire, qui contient le sacrifice. Car les libertariens sont des idéalistes et des pacifistes, que nous le voulions ou non, et c’est bien là que réside le danger. Ils croient au pouvoir émancipateur de la nouveauté, de la création pure: c’est le sens du titre de l’ouvrage de Peter Thiel: « de zéro à un »: « nous, les humains, nous distinguons des autres espèces par notre capacité à faire des miracles. Et ces miracles portent un nom: la technologie » (p.10). La rhétorique antisacrificielle, abondamment répétée par les girardiens sur ce blog, a été abandonnée assez tôt par Girard ; il pourrait être utile de s’interroger un peu plus sérieusement là dessus, ne trouvez-vous pas?
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Cher Benoît,
Je suis un peu confus en lisant ton commentaire. L’entreprise de démolition/reconstruction sans considération pour les êtres, n’est-ce pas une assez belle définition du sacrifice ? Et le sacrifice ne contient-il pas son propre effacement ? Dès lors, où est le problème avec l’expression régression sacrificielle ?
D’autre part, qu’appelles-tu la rhétorique anti-sacrificielle ? Je pense que cela vaudrait la peine de préciser.
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Hervé, cela signifie qu’on n’échappe pas au sacrifice, qui nous constitue, qui est ce qui fait de nous de humains: toute notre culture en est imprégnée. On ne peut que substitutuer des objets de plus en plus anodins à la victime humaine primordiale, et là encore, toute notre culture témoigne de ce lent processus de substitution. Les financiers qui dirigent le monde, ces libertariens, sont opposés au sacrifice: ils sont girardiens dans la mesure ou ils estiment que la pensée apocalyptique de Girard signifie la fin du sacrifice, de toutes ces « vieilleries » telles que la nation, la monnaie commune, la politique, la démocratie, la guerre, etc. Je pense autrement, je ne crois pas, comme thiel, que la technologie soit miraculeuse. J’ai proposé un article qui dévellope cette idée, son titre: « les cryptomonnaies contre le sacrifice? ». Aussi, je n’irai pas plus loin dans mon explication ici.
Par ailleurs, je trouve, avec Jean-Louis, que l’article d’Albouchi est peu convaincant: la simple mention d’un « inconscient collectif » est révélatrice d’un courant jungien, qui selon moi, n’appartient pas à la psychanalyse. Je suis, en tant que giradien, dans le droit fil de la pensée freudienne.
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Craignons que la prophétie répétée ad-nauseam par les disciples libertariens de René Girard, qui dirigent désormais le monde : « nous vivons des temps apocalyptiques », ne soit auto-réalisatrice.
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Merci Benoît. Pour interroger la « logique antisacrificelle », je propose justement de redéfinir, ou plutôt de définir POUR DE BON la notion de victime et celle de persécuteur. Chacun a tendance à se cacher derrière l’autre. Pour ma part, je ne veux pas confondre un enfant du Soudan et un milliardaire en haut de sa tour.
Globalement, les persécuteurs font la Une des médias. Les vraies victimes sont invisibles. Avons-nous une empathie suffisante pour reconnaître les plus petits d’entre les nôtres ? Comme Jésus qui sent « quelqu’un qui a touché son manteau » (Marc 5, 25-34).
Joël Hillion
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Je ne comprends pas… qui peut confondre un enfant du soudan et un milliardaire? Quand à la femme qui a osé toucher le manteau de Jésus, en quoi est-elle une victime?
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Bonsoir Hervé,
je ne me retrouve pas dans l’idée selon laquelle psychanalyse et théorie mimétique seraient deux courants de pensée sinon antagonistes, du moins distincts et comme tu le dis dans ton billet, à « réconcilier ».
Il me semble que la vision girardienne recouvre totalement la psychanalyse et en fait une simple étape. Là où Freud se limite à mettre une multitude d’étiquettes sur les phénomènes qu’il observe (moi, surmoi, ça, inconscient, transfert, refoulement, libido, complexe d’Oedipe, pulsion de mort et j’en passe), Girard révèle les mécanismes sous-jacents et montre qu’ils se ramènent à un tout petit nombre de concepts, deux en fait, mimétisme et bouc émissaire.
Du coup, les « regards croisés » sur Donald Trump ne me paraissent pas si « croisés » que cela.
Manel Albouchi présente l’élection de Donald Trump comme le symptôme d’une « régression généralisée ». J’ai du mal à voir ici une analyse para girardienne. Nous avons souvent partagé que les temps que nous vivons (« apocalyptiques » dirait notre Président et ami Benoît Chantre) sont marqués par la perte d’efficacité du mécanisme du bouc émissaire pour contenir la violence collective. Ce qui est du, selon Girard, à sa dénonciation par la Passion du Christ.
Mais la tentation de faire encore jouer ce mécanisme reste vivace. Nous nous retrouvons donc dans une situation confuse où différents groupes, unis par tel ou tel dogme fédérateur, tentent d’imposer leurs boucs émissaires respectifs, par des logomachies, accusations, discrédits, etc.
Donald Trump a remporté les élections en proposant de nouveaux boucs émissaires. Ce faisant, il renverse les totems de l’opinion auparavant prédominante en Occident : obsolescence de l’état-nation, wokisme, urgence climatique, etc.
Mais avoir une attitude critique devant l’activation par Donald Trump du mécanisme du bouc émissaire ne doit pas nous faire prendre les totems qu’il détruit pour des vérités absolues. Que le wokisme soit l’aboutissement pur et parfait du progressisme occidental se discute ; que le remplacement des états-nations par des systèmes néo-impériaux (Chine, Russie, USA), où les décisions sont prises de très loin par rapport à ceux à qui elles s’appliquent, se discute également.
Jean-Louis.
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Cher Jean-Louis,
Tu as raison de souligner l’ambiguïté des rapports entre psychanalyse et théorie mimétique. Girard admirait Freud, et lui reconnaissait une intuition géniale : le meurtre fondateur, dont il n’aurait pas poussé la logique jusqu’au bout. Je pourrais citer aussi l’impossibilité pour la psychanalyse de reconnaître la réalité sacrificielle de l’inceste, si tu te souviens du débat lors de la conférence « inceste et justice » l’année dernière. Ce sont les deux courants de pensée qui mettent en avant une idée formidable : la nécessité d’une parole pour sortir des mécaniques de violence.
Quant à la « régression généralisée », c’est cette expression qui m’a donné envie d’écrire l’article. Je parle, comme Joël Hillion plus haut, de « régression sacrificielle ». C’est l’idée que lorsque la crise mimétique se déclenche, nous essayons toujours de la résoudre par des sacrifices, mais cela ne fonctionne plus ; alors on passe au niveau précédent du sacrifice, et c’est bien une régression vers des niveaux toujours plus archaïques. Le rejet des « totems » de la modernité devrait conduire à la conclusion que nous devrions apprendre à vivre sans totems ; mais cette simple idée nous scandalise et nous terrorise, alors nous régressons…
J’aime bien la chaîne de vulgarisation Les ethnochroniques sur You Tube. Le dernier épisode montre comment ethnologie et anthropologie ont déconstruit le mythe de l’amour romantique. Brillant exposé ! Mais qui termine par le discours progressiste d’une confondante naïveté : puisque nous avons détruit tout les aspects conventionnels de la relation amoureuse, nous pouvons réinventer l’amour comme bon nous semble ! Autrement dit, prolifération anarchique de nouveaux mythes tirés du chapeau, qui n’auraient pas subi le test du temps. Et la réalité dément cruellement cette vision optimiste d’un comportement humain fondamental qui ne serait soumis à aucune loi, aucun cadre : lire Eva Illouz, La fin de l’amour. C’est troublant, mais les leaders illibéraux qui pullulent ont raison : nos rêves de paradis par le progrès sont caduques. La réaction à cet effondrement du principal mythe de la modernité ? Régression brutale à tous les niveaux, retour du sacrifice.
La crise actuelle signe la fin de la polarisation gauche-droite, progressisme-traditionalisme, autrement dit la destruction de l’équilibre du monde. Nous n’avons pas de formule de rechange. Nous vivons bien des temps apocalyptiques.
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Jean-Louis, vos rares commentaires nous sont précieux, mais là, il faudrait m’expliquer pourquoi vous mettez sur le même plan le discutable wokisme (aux deux sens du mot, comme dirait Benoît (Chantre) et ce vers quoi se dirigent ensemble Poutine et Trump, « le remplacement des Etats nations par des systèmes néo-impériaux, où les décisions sont prises de très loin par rapport à ceux à qui elles s’appliquent ». Il ne s’agit pas de détenir la vérité mais même en politique, tout n’est pas « discutable ». En ce qui concerne la majorité des Européens, la menace russe, en tous cas poutinienne de reconstituer la grande Russie ou l’URSS, menace qui prend du relief du fait que le président des Etats-Unis semble avoir pris Poutine comme modèle, il est en plein délire mimétique !, bref, les Européens dont nous sommes commencent à la prendre au sérieux.
En ce qui nous concerne, on a eu de Gaulle, certes, mais surtout la défaite et la collaboration lors de la « dernière guerre » (on a pensé que ce serait la dernière et on a eu de facto un temps de paix en Europe inhabituellement long au regard de l’histoire) et sans les Américains… Il devient donc probable que nous n’aurons plus leur soutien et il n’est pas sûr du tout que nous soyons capables d’imiter le courage des Ukrainiens ; mais enfin, me semble-t-il, n’est-il pas sûr que certains totems prévalant dans nos démocraties comme l’urgence climatique et le refus de vivre sous une dictature, pourraient relever ou devraient relever de l’indiscutable ?
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Bonjour Christine,
Merci de votre commentaire, par lequel je vois que je me suis exprimé de façon trop elliptique. Je ne mets pas sur le même plan wokisme et effacement des états-nations ; je donne simplement deux exemples, dans des champs différents, de ce que les paradigmes qui prévalaient avant l’irruption de Donald Trump, ne sauraient, selon moi, constituer automatiquement des vérités révélées, du simple fait qu’elles soient remises en cause par le nouveau président américain.
La volonté de remplacer les états-nations existe depuis longtemps, ce n’est pas une invention récente du duo Trump-Poutine ; Junger Habermas, par exemple, en a publié l’acte de décès en 2000 (« Après l’état-nation »). Zbignev Bzrezinski, le pape de la géopolitique américaine, a qualifié la relation entre les USA et l’Europe de relation de suzerain à vassal ; c’était en 1993, dans son livre « Le grand Echiquier », et c’est à cette situation que je fais allusion par l’expression de système néo-impérial. Je n’ai pas besoin de préciser que je ne suis pas du tout un adepte de ces systèmes, ne serait-ce parce qu’ils contournent trop facilement le contrôle démocratique.
Quant à la question climatique, je pense en effet que le sujet est discutable (ou du moins qu’il devrait l’être) ; Michael Shellenberger est une grande figure du combat écologiste ; il a travaillé dans des ONG, a reçu le titre de « Héros de l’environnement » par le magazine Time, etc. Il a publié en 2021 « Apocalypse zéro : pourquoi la fin du monde n’est pas pour demain ». Il y considère que le « dérèglement climatique » est devenu un dogme, qui entraîne vers de mauvaises décisions. Mais je sais bien que dès que l’on émet la moindre réserve sur cette question, on est immédiatement considéré comme un être odieux, un égoïste à faire taire ; le royaume de la nuance n’est pas de ce monde.
Bien sûr, je vous rejoins sur le refus de vivre sous une dictature.
Bien amicalement, Jean-Louis.
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C’est moi et ce n’est plus moi.
La pantomime adolescente de l’enfant-roi occidental nous offre le spectacle absurde de la force qui n’admet pas d’être contredite et ne sait que mimer les comportements animaux des dominants, quand chacun finit par devenir le gourou d’une secte dont il est l’unique membre, ne sait plus que se scandaliser si on ne s’incline pas devant l’idée majestueuse qu’il se fait de lui-même.
Peuple de citoyens devenus prêtres par la Réforme allemande, pairs du roi par la révolution anglaise puis nobles par la française, chacun interprète Freud au bénéfice d’un moi devenu divin en la perception sacrée de soi-même, alors voué au sacrifice pour justifier son erreur ancestrale.
À l’endroit du péril, l’héritier gaullien a l’occasion, ogives dans la poche et siège au conseil de sécurité, de dérouler la geste qu’il réclame depuis bientôt huit ans sous les quolibets de son peuple, des élites mondiales comme européennes, pour signifier aux grands singes de l’hyper-puissance qu’il n’y a d’autre voie que la fraternité entre les peuples si l’humanité veut survivre, éviter de devoir génocider l’une ou l’autre entité pour légitimer par sa victimisation passée sa vengeance actuelle, et enfin placer au fondement des relations internationales la seule voie et la seule rétribution, la pierre échappée des mains des lapideurs, tombée à terre et désormais seule à pouvoir être assez solide pour construire un nouvel ordre social, le pardon à l’ennemi qui seul permet de ne ne même plus crucifier la crucifixion, mais d’en incarner la révélation, moi crucifié qui a renoncé à lui-même au bénéfice de la vie ainsi devenue envisageable en son éternité par l’acceptation de la finitude personnelle.
L’expérience vécue de l’effondrement de quarante des empires européens voit la tache indélébile de la Shoah rappeler celle de la mort du roi sur la parure républicaine, vice de forme exposé de la nature humaine qui empêche, si l’on est honnête, d’éviter l’amnésie de la crise, se vouant sinon sempiternellement à la reproduire, quand la démocratie ne serait plus qu’alternative entre le Hamas et Netanyahou, quand le sionisme mime ses bourreaux et le cartoon américain la brute russe ou chinoise.
Le peuple français saura-t-il entendre son roi déchu, qui va se présenter nu face à l’oligarchie américaine, ou préférera-t-il répéter son atavisme révolutionnaire pour en rester aux revendications illusoires des clivages qui déjà précipitèrent sa chute, alors qu’il a l’occasion de représenter et de défendre avec tous les moyens disponibles la force réelle de la paix face aux paix illusoires de la force, inventant les institutions indispensables de la réconciliation qui permettent la liberté de choisir entre le bien et le mal, borne européenne de tous les désirs hégémoniques d’empire ?
Trump comprendrait alors qu’il est de son intérêt pragmatique de ne pas briser le monde libre au bénéfice du sondage d’un jour, Thiel et Vance comprendrait que Girard n’est pas qu’un moyen de manipuler les foules au service de l’idée fausse qui ne sait que répéter le pire, non seulement parce que le lynchage ne se manipule pas et n’est pas maitrisable, mais qu’ils ont là l’occasion de servir le seul vrai roi, le Seigneur Jésus-Christ, encore enfermé aux brutalités des curés qui alors cesseraient d’enclore la vérité aux compromissions de la puissance, désormais impossibles à dissimuler.
À l’endroit du péril, le chemin est clairement indiqué, il est désormais temps d’user de notre liberté, non pas pour s’en passer au bénéfice de je ne sais quel suprémacisme obsolète et dépassé, mais conscient que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres, que là est l’avenir radieux promis aux humains, si l’Amérique, ici et maintenant se souvient de ce qui a fondé sa puissance, comme elle a l’occasion de relire les principes fondamentaux qui en construisirent l’hégémonie, dont l’exercice à l’image des empires européens risque de la précipiter aux retours des pires désastres, et dont le préambule de la Constitution suisse de 1848, copie de l’américaine, devra lui rappeler à quelle mission elle est vouée, l’exercice de la liberté, dans l’égalité par la fraternité :
« Au nom de Dieu Tout-Puissant!
Le peuple et les cantons suisses,
conscients de leur responsabilité envers la Création,
résolus à renouveler leur alliance
pour renforcer la liberté, la démocratie, l’indépendance et la paix dans un esprit de solidarité et d’ouverture au monde,
déterminés à vivre ensemble leurs diversités
dans le respect de l’autre et l’équité,
conscients des acquis communs et de leur devoir d’assumer leurs responsabilités envers les générations futures,
sachant que seul est libre qui use de sa liberté et que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres,
arrêtent la Constitution que voici:
… »
Nous en sommes là et il suffit d’y croire pour s’en apercevoir, l’humanité a l’occasion de choisir de vivre en pleine connaissance de cause, d’accéder à ce que Nietzsche appelait le surhomme, étape suivante de l’évolution naturelle offerte à son entendement s’il admet de ne plus se soumettre à l’idée fausse de son orgueil, ou de mourir en refusant la crucifixion de son moi qui se prend pour le roi.
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Oups, je devrais mieux me relire, il serait préférable de lire « invite » plutôt qu' »empêche » au quatrième paragraphe de ma précédente missive :
L’expérience vécue de l’effondrement de quarante des empires européens voit la tache indélébile de la Shoah rappeler celle de la mort du roi sur la parure républicaine, vice de forme exposé de la nature humaine qui invite, si l’on est honnête, à éviter l’amnésie de la crise, se vouant sinon sempiternellement à la reproduire, quand la démocratie ne serait plus qu’alternative entre le Hamas et Netanyahou, quand le sionisme mime ses bourreaux et le cartoon américain la brute russe ou chinoise.
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Dimanche 23 février, la chose la plus simple à comprendre et à faire est d’aller à l’église. L’église de pierres qui porte la croix.
S’il était encore en vie, c’est ce qu’aurait fait René Girard, à l’église St-Thomas-d ’Aquin de Palo Alto. Inspiré par la lecture de l’Évangile de Jésus Christ selon saint Luc, qui rappelle « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. », il aurait échangé des vœux de paix et d’amour avec quelques « oligarques de la tech » qui habitent la même paroisse.
Amen.
René Ducharme
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Ainsi, avec tous les renseignés debout, il aurait rappelé la suite du « N’ayez pas peur » de Jean-Paul II, qui ne juge ni ne condamne mais invite à l’enseignement évangélique :
» N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! À sa puissance salvatrice ouvrez les frontières des États, les systèmes économiques et politiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation, du développement. N’ayez pas peur ! Le Christ sait « ce qu’il y a dans l’homme » ! Et lui seul le sait ! «
Cela est suffisant pour s’apaiser, rappelant avec la révérende Budde comme avec Haïm Korsia face à Zemmour, que nous devons accueillir l’étranger car nous avons été étrangers en terre d’Égypte pour les juifs, et pour les chrétiens que nous ne sommes pas encore au paradis mais accompagnons Israël en son exode dans le monde entier.
Voilà qui devrait permettre à tous les légitimes qui auraient intégré cette réalité, de se dresser ensemble et de défendre ce pour quoi nous avons été créé : la liberté !
« De même qu’il est toujours à nouveau rappelé à Israël que son chemin dans le désert est la conséquence de la libération de l’esclavage d’Égypte ; de même qu’Israël a toujours à nouveau voulu sur son chemin retourner en Égypte, car il n’était pas capable de reconnaître le bien de la liberté comme un bien, de même pour la chrétienté sur son chemin de l’exode : reconnaître le mystère de la libération et de la liberté comme don de la rédemption est toujours à nouveau difficile pour les hommes, et ils veulent retourner à l’état antérieur. Mais grâce aux actions miséricordieuses de Dieu, ils peuvent sans cesse réapprendre que la liberté est le grand don qui conduit à la vraie vie. »
Amen, alléluia !
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Le réchauffement de la terre (global warming) est un fait observationnel, fondé sur de très nombreuses mesures effectuées un peu partout sur le globe. Deux choses peuvent être discutées collégialement par les scientifiques : 1. L’extrapolation de la courbe actuelle aux années futures ; 2. Le rôle précis des activités humaines dans ce réchauffement et, partant les solutions (complètes ou partielles) que les humains peuvent apporter à ce problème.
Les experts ont jugé de leur devoir civique et moral de rendre publiques et donc de résumer et vulgariser leurs observations. C’est là que l’on rentre ipso facto dans le domaine de l’opinion, celui que j’ai qualifié comme relevant de la pensée magique dans un article publié sur ce blog. La Fondation Jean Jaurès, qui n’est pas une émanation de LFI, a publié une analyse sociologique fine des progrès du climatoscepticisme en France (https://www.jean-jaures.org/publication/climatoscepticisme-le-nouvel-horizon-du-populisme-francais/).
Quant à Shellenberger, il n’a aucun diplôme qui le qualifie pour parler du réchauffement climatique. Il a un master d’anthropologie et a enseigné entre autres le ‘Free Speech’ à l’Université d’Austin (TX).
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Voilà donc, je me répète et vais encore voir les commentaires multipliés en leur vaine virtualité, le blog qui ne répond plus, je poursuis donc ma réflexion sans son secours :
L’heure de l’émancipation sonne pour l’Europe.
Que les derniers bastions du dumping fiscal rejoignent la raison, l’alignement somnambule a vécu, après quatre-vingts ans de propagande hollywoodienne, quand la tyrannie de l’image a décérébré les jeunesses devenus retraitées aujourd’hui, peuple d’oubliseurs qui a ici l’occasion de retrouver la réalité décrite dans nos textes fondamentaux.
La poupée télé-réelle détruit la démocratie, jeu d’images playmobil de cartoon qui ne savent mimer que les divinités dépassées et obsolètes de la férocité animale, Trump, Poutine et Xi nous offrant le spectacle honteux d’un iguane, d’un gorille albinos et d’un éléphant qui ne sont pas à la mesure de l’humanité qu’ils veulent détruire au bénéfice de leur régression assumée.
Que l’Européen affirme ce qui existe au cœur de sa psyché, que le Français se dresse pour défendre la protection sociale et la démocratie.
Leur capacité à savoir ne pas oublier le passé, reconnaissance mutuelle des fautes qui engendrèrent l’amnésie source de tous les retours désastreux, et le monde alors comprendra qu’il n’y a d’autre domination possible que de soi-même, examen de conscience minutieux, et que la réconciliation européenne comme son renoncement aux représailles sont à vivre entre nous sur le vieux continent, à défendre universellement avec tous les moyens à disposition que nous possédons.
S’ouvre maintenant l’infini des possibles, quand l’être humain a compris que ce dieu, auquel depuis le fond des âges se réfèrent les bourreaux en leur prière d’enfants barbares, n’est que l’image de leur désir hégémonique et mensonger, répétition de la soumission au maître des enfers, maquillage méphitique de ce qui à tout jamais est renversé par le vrai Dieu et le vrai roi, image encore mystérieuse et incomprise : cet homme mort, cloué sur une croix.
Benoît XVI l’affirmait à raison, nous n’en sommes qu’au deuxième jour après la crucifixion, que ceux qui savent maîtriser leur passion se lèvent et témoignent des raisons de leur foi en l’humain.
Capacité à accéder à la résurrection du don mutuel qu’est le pardon à l’ennemi, reconnaissance de la faute partagée collectivement, résistance aux délires grégaires générateurs du sacré menteur, quand par cette connaissance objective, les individus reconnaissent qu’ils n’existent qu’en relation à leur milieu et que désormais cette conscience est accessible à chacun, de pouvoir choisir la représentation qu’il se fait du divin, celui qui ne réclame aucun sacrifice au point de s’être offert au mensonge pour en démontrer la plus complète culpabilité, invitation mirifique faite aux êtres humains d’être l’incarnation de la réalité véritable.
https://www.youtube.com/watch?v=erIgelUhqoc
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