Les livres des révélations

Commémorer le centenaire de la naissance de René Girard en 2023 a fourni à beaucoup d’entre nous l’occasion de réfléchir à la meilleure présentation de la théorie mimétique. Si de nombreux ouvrages ont été récemment publiés jusqu’à dépasser le millier de pages avec la Biographie de Benoît Chantre, il m’a semblé nécessaire d’aller en sens inverse vers la concentration la plus extrême : à la recherche d’une formulation la plus synthétique possible, j’en propose une un peu différente des habituelles en les regroupant toutes sous un seul vocable, celui de « révélations ». La révélation est “l’action de porter à la connaissance quelque chose de caché, d’inconnu” [1]. Le geste de René Girard est tout entier gouverné par l’espoir de révéler quelques évidences essentielles de l’histoire de l’humanité, de son origine à son horizon, qu’un voile de méconnaissance recouvre et qu’il faut déchirer.

Son insistance troublante pour beaucoup de ses lecteurs sur l’apocalypse aurait dû nous déciller. Présent dès son premier livre, le terme, qu’il faut comprendre plus comme une allusion aux petites apocalypses des évangiles synoptiques qu’à la grande apocalypse de Jean, répond à un enjeu de vérité. Pour René Girard, la vérité existe et est atteignable ou, à tout le moins, approchable. Il s’oppose ainsi aux relativismes et déconstructivismes en se mettant à l’écoute de la voix du réel.

Remise dans l’ordre de la chronologie humaine, la théorie mimétique se présente en définitive comme la succession de quatre révélations :

  • l’origine violente des institutions qui ont permis à l’humanité de persister dans l’être,
  • l’innocence des victimes des rituels sacrificiels,
  • le caractère mimétique de nos désirs,
  • l’horizon d’une issue apocalyptique à venir pour sortir définitivement de la violence induite par nos désirs sans avoir à recourir à des institutions qui conservent en elles une part de violence pour être efficaces.

D’une certaine manière, la plupart des titres de ses ouvrages majeurs font écho à ces révélations. Sur le plan le plus global, Des choses cachées depuis la fondation du monde, son plus grand succès de librairie, exprime au mieux son projet.

La révélation de l’origine violente des institutions est l’objet de La violence et le sacré. Si Sigmund Freud et Claude Lévi-Strauss ont mis René Girard sur la voie, seules ses propres analyses des mythes et des rites l’ont conduit à ce qu’il entend nous dévoiler sur l’hominisation et l’institutionnalisation des communautés primitives. Si ces événements initiaux ne sont pas datables (ils sont supposés se dérouler durant la préhistoire, au néolithique à coup sûr, au mésolithique très probablement et, pour certains, au paléolithique), leur probabilité d’occurrence est accrue par les étranges significations des mythes, rites et interdits qui nous sont parvenus, plus ou moins déformés, de ces époques, par ailleurs accessibles seulement par l’archéologie et la paléoanthropologie.

Le Bouc émissaire insiste sur la révélation de l’innocence des victimes des rituels sacrificiels, qu’a permise la Passion du Christ, événement historique situé il y a bientôt 2000 ans : il a fait basculer le monde dans un processus lent de dévoilement des ambiguïtés du sacré et d’exposition à la violence, privant l’humanité de ce que René Girard appelle ses « béquilles sacrificielles ».

Le lieu inaugural de la troisième révélation se trouve dans le premier livre publié par René Girard : Mensonge romantique et vérité romanesque. Désir triangulaire, désir mimétique ou mimésis d’appropriation, appellation qui a évolué au fur et à mesure de la maturation de l’hypothèse, la révélation de ce mécanisme central des rapports humains est à la convergence des dévoilements opérés par les plus grands romanciers et dramaturges occidentaux entre la fin du XVIe et le début du XXe siècle. Leurs œuvres accompagnent la période de l’histoire où le travail des Évangiles a commencé à produire ses effets de minage de l’ordre sacré précédent, sans parvenir à fonder complètement et définitivement un monde débarrassé de la violence des rapports humains, comme les petites apocalypses semblaient l’avoir d’ailleurs prophétisé.

Commencé dans la préhistoire, l’itinéraire se termine par une ultime révélation qui devrait se situer dans un au-delà de l’histoire. Elle a été précisée dans Achever Clausewitz, l’ouvrage testamentaire écrit au crépuscule d’une vie de recherches aussi atypiques que fécondes. L’échec du politique et de son corollaire le droit vient redoubler celui des religions et, ajouterons-nous, les faiblesses des régulations économiques face aux passions tristes déchaînées. Dès lors, il ne reste qu’à espérer avec Hölderlin que “là où est le péril, croît aussi ce qui sauve”. Face à l’échec des institutions de moins en moins aptes à contenir les violences suscitées par notre individualisme, lequel n’a cessé de se développer depuis le XVIe siècle, une seule solution semblerait encore envisageable : sortir de la violence et se passer d’institutions désormais impuissantes. L’état du monde nourrit un grand scepticisme sur ce devenir, à moins que ce qui sauve ne grandisse à proportion des périls qui guettent.

Pour en revenir à l’origine de ce billet, il me semble que René Girard s’est voulu un révélateur de(s) moments cruciaux de l’aventure humaine ; meurtres fondateurs, Passion et montée aux extrêmes vers la seule issue durable, quoique improbable pour la majeure partie d’entre nous, mais seule conforme aux trois révélations antérieures : un monde qui n’aurait plus besoin du sacré pour contenir la violence, les convertis aux vérités d’évangile étant miséricordieux et préservés de la concupiscence. Une telle utopie a été définie depuis bien longtemps et a pour nom, là encore, un seul vocable : le Royaume.


[1] Définition du CNRTL.

27 réflexions sur « Les livres des révélations »

  1. Brillante analyse, que je viens de lire avec d’autant plus de bonheur que j’ai entamé le gros Chantre le 25 décembre (oui, c’était mon cadeau de Noël). Vos « révélations » m’ont fait le plus grand bien et j’aurai grâce à elle encore plus de plaisir à retrouver René ce soir, qui vient de se convertir (je suis arrivé aux années 59-60 celles de la conversion et de « Mensonge romantique et Vérité romanesque »). En fait, le message que je retiens essentiellement de cet auteur prodigieusement intelligent, c’est qu’il a une façon bien à lui de démontrer que Jésus est le Fils de Dieu et que si nous ne nous convertissons pas, eh bien… on n’a pas fini de déguster ! Je me doute qu’on peut être chrétien sans avoir lu Girard mais c’est encore mieux de l’avoir lu… Il y a vraiment eu un avant et un après. (Je parle du Christ, évidemment !) Hélas, les mondialistes ont besoin de multiplier année après année les signes d’ indifférenciation pour nous asservir totalement. Voilà, ce que j’avais envie d’écrire vite fait mal fait avant… de relire vos « révélations ». Et de passer à table ! Bravo ! Merci ! Et bonne année 2024 !

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  2. Cher Jean Marc, votre billet est lumineux et prosélyte, enfin.
    J’avais jusqu’à présent coutume de recommander à mes amis de commencer à faire connaissance avec la TM en lisant « Quand ces choses commenceront », entretiens avec Michel Treguer, journaliste intelligent et pas sectaire pour un sou (il y en a, heureusement). Maintenant, je recommande le Que sais-je de Christine Orsini intitulé sobrement « René Girard ». Mais, je ne peux pas recommander la biographie de plus de 1000 pages de B. Chantre !! Nous devons tenter une sortie de l’entre-soi du blog où l’on ne prêche que des convaincus et où l’on se passe la rhubarbe et le séné en attendant… pour vous, le Royaume. Pour moi, je vois surtout l’urgence climatique et l’horreur prévisible de l’IA qui sera forcément détournée d’un usage bienveillant par des malfaisants (comme disait Louis le mexicain).
    Mais, sérieusement, pourquoi renverser l’ordre des révélations girardiennes : d’abord fut la mimesis (MRVR), puis la victime émissaire (VS), puis la révélation christique de l’innocence de toutes les victimes (DCC et le Bouc émissaire) ; et…la solution pour l’humanité privée de ses béquilles sacrificielles qui reste à trouver (pessimisme de l’intelligence), qu’elle s’efforce de trouver et qu’elle a peut-être commencé à trouver quand même puisque nous sommes là à converser gentiment via Internet, alors que l’Occident est presque complètement sécularisé, cad largement débarrassé du contenu sacrificiel des religions (optimisme de la volonté, ou peut-être de l’intelligence, finalement ?).

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    1. Cher Claude,
      Pourquoi renverser l’ordre des révélations girardiennes ? Mon intention n’était pas de refaire une histoire de la théorie mimétique et des « découvertes » de René Girard mais de suggérer ce que la théorie mimétique nous dit de l’histoire de l’humanité, d’où une chronologie en quatre temps, tout à fait originale : avant l’histoire (l’origine de l’institutionnalisation de l’espèce), la révélation chrétienne, la révélation « romanesque » et après l’histoire (l’horizon d’un espoir d’une fin de la méconnaissance et, par voie de conséquence, de la violence). Il m’a semblé ce faisant possible de mettre en évidence qu’en définitive la périodisation girardienne se focalisait sur deux processus historiques et seulement deux : la perte progressive des béquilles sacrificielles (depuis 2000/2500 ans) et le développement contagieux de la mimésis d’appropriation (depuis quatre siècles environ si Cervantès et Shakespeare sont les deux précurseurs, un peu plus si l’on remonte jusqu’à Dante).
      Sur un plan didactique, il me paraît en outre que la frise du temps est une bonne manière de présenter le cadre d’une réflexion mais il s’agit là peut-être d’un tropisme qui m’est personnel.
      Enfin lorsque je parle de Royaume, je vous précise que je n’ai pas personnellement une foi suffisante pour en faire mon espérance mais que je me contente de me faire ainsi l’écho de ce qu’induisent les réflexions théologiques sur la théorie mimétique qui sont actuellement dominantes, y compris sur notre blogue. Mon pessimisme est fondé sur un doute tenace : la dissipation de la méconnaissance sur la violence ne la fera pas disparaître comme le développement des connaissances sur l’influence de la publicité et ses modes opératoires n’a pas diminué l’addiction des consommateurs, même les mieux informés (moi le premier soumis aux publicités ciblées par une IA pourtant pas très subtile sur Internet). Et René Girard se reconnaissait lui-même hyper-mimétique et porté à la polémique…

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      1. Merci, une fois encore, cher Monsieur Bourdin,de votre nouvelle intervention qui permet à tous les girardiens débutants en mon genre de mieux cerner l’oeuvre de notre René préféré. Chaque fois qu’une tête bien faite écrit brièvement sur le girardisme, via L’Emissaire ou ailleurs, je fais un copier-coller de son intervention. Grâce à vous et à Claude Julien, j’ai trois nouveaux petits textes que je lirai avec profit dans les jours, semaines ou mois à venir. Merci ! (Merci également de sauver l’honneur des Bourdin car celui qui officie sur BFM-VC est d’une mauvaise foi absolue ou, au choix, d’une inculture crasse…)

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      2. Cher Jean-Marc. Peu importe que « les livres de la révélation » girardienne soient classés dans l’ordre de leur parution, ou selon les étapes historiques (et pré-historiques) abordées par l’auteur. Mais pour aller dans le sens historique, c’est-à-dire pour suivre avec toi la flèche du temps, il me semble qu’une autre approche de l’apocalypse est possible (je me suis suffisamment exprimé à ce sujet : je rejoins la pensée de James Alison : la révélation est à la fois derrière nous et hors du temps, ce n’est pas un évènement futur), ce qui a pour conséquence de réduire ton « pessimisme » à une simple observation du réel : « la dissipation de la méconnaissance sur la violence ne la fera pas disparaître ». Nous y sommes, et tu rejoins là l’essentiel de la pensée girardienne, me semble-il.
        J’avoue avoir un peu de mal avec Hölderlin (son allemand est tellement ardu…), tout en admirant son idée souvent reprise : « là où croit le danger croit aussi ce qui sauve ». Si nous entendons l’apocalypse comme la conséquence de la révélation judéo-chrétienne, nous sommes également amenés à considérer que nous vivons dans le Royaume, c’est-à-dire dans la nouvelle Jérusalem décrite par Jean : « De temple, je n’en vis point en elle ; c’est que le Seigneur, le Dieu Maître-de-tout, est son temple, ainsi que l’Agneau. »
        L’idéalisme chrétien, cette attente d’un monde délivré de la violence, n’est que le modèle original de toutes les utopies. Et l’on sait à quel point elles ont ravagé le siècle dernier, et continuent à nous menacer : Poutine justifie ses crimes en prétendant se conformer à l’eschatologie chrétienne, et il s’acoquine tout naturellement avec l’eschatologie musulmane, le Djihad. Aussi, lorsque tu précises, à propos du Royaume, ne pas avoir « une foi suffisante pour en faire ton espérance », je te rejoins, et ne considère pas que ton réalisme équivaut à un manque de foi : bien au contraire. Ce mot de « foi » est d’ailleurs un piège en soi, un concept forgé apostériori par les théologiens : Tresmontant le traduisait par « certitude de la vérité », ce qui, dans la bouche de Jésus, signifie « certitude que ce que je dis est vrai ». Et pour en revenir à l’espérance chrétienne, que je n’ai certes pas l’intention de fouler aux pieds, elle concerne la vie éternelle. Le Royaume défie le temps, nous le vivons si nous le voulons bien, il nous est donné, mais il est vrai que nous éprouvons des difficultés à l’accepter, et à le vivre. Cette promesse de vie éternelle peut nous y aider : elle nous a été faite par Jésus. Si donc nous avons la « certitude que ce qu’il dit est vrai », nous pouvons aussi le croire sur parole. Bien sûr, il ne s’agit plus alors de simple réalisme, mais aussi d’espérance.

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      3. J’ai peur que nous ne nous comprenions pas tout-à-fait. Je parlais de la mimesis en premier car c’est le point de vue de Girard sur l’hominisation que j’ai fait mien, vous le savez. Mais, bien sûr, je n’ignore pas qu’il a découvert la vérité mimétique et rivalitaire du désir (dans des formes bcp plus sophistiquées et « culturelles » que celles que nous rapporte l’éthologie) grâce aux grands auteurs romanesques. En fait, je m’aperçois que nous sommes bien d’accord 🙂

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  3. Merci Benoît. Pour rebondir sur ta dernière remarque, j’ai hésité entre le Royaume présent dans les synoptiques et ce que Jean y substitue à mon sens dans son évangile, la « vie éternelle », voire la Vie tout court. Mais je dois avouer que j’ai du mal à croire en la promesse d’une résurrection des morts au jour du jugement dernier, ainsi qu’un paradis, un enfer, un purgatoire, des limbes… J’ai besoin d’une définition de la vie éternelle libérée de nos ambitions ou peurs personnelles. Je suis preneur de toute proposition !

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    1. Jean-Marc, je te rejoins aussi dans ce sens. Ces constructions théologiques et leurs formulations hasardeuses m’indiffèrent désormais, après m’avoir profondément agacé, à tort : ils ont fait ce qu’ils ont pu, et il est vraisemblable que cela signifiait alors quelque chose, que nous avons oublié : le problème, c’est de le répéter sans l’interroger. Le dogmatisme religieux fige tout ce qu’il touche, le transforme en stature de sel, et donc le tue.
      Puisque tu es preneur de toute proposition, je te renvoie aux paraboles et à leur interprétation par Jean-Louis Marion : elles nous permettent non pas de rejoindre ou de comprendre le point de vue de Dieu ; cela nous ne le pouvons pas, parce que nous sommes incarnés dans l’espace et le temps, mais d’approcher, ou de concevoir que ce point de vue est possible, c’est-à-dire une position extérieure à l’espace-temps. Je ne voudrais pas m’enfoncer ici dans des considérations métaphysiques, ce qui nous entrainerait assez loin, mais simplement suggérer que ce qui nous dépasse nous contient aussi, et donc nous comprend, alors que nous ne pouvons naturellement le comprendre. Ce n’est pas si difficile à comprendre… Les deux sens du terme s’opposent ici ; tu l’auras remarqué. Enfin, si nous avons bien été créés « à l’image de Dieu », mais avec de la glaise, c’est-à-dire de la matière, ce qui nous relie à Lui n’est donc pas la matière, mais la forme, ou autrement dit, le souffle de l’esprit, c’est-à-dire ce quelque chose d’immatériel, mais dont nous pouvons quotidiennement constater la présence.

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    2. Eh bien, allons-y pour une proposition. En précisant tout d’abord que je partage très largement votre scepticisme, Jean-Marc et Benoît, concernant l’interprétation mythologique de mots tels que résurrection, vie éternelle, paradis etc. Comme disait St Augustin : toujours privilégier l’interprétation spirituelle.
      Si on admet que spirituel = centré sur la relation plutôt que sur les masses ou les individus, alors les définitions deviennent simples : enfer = relations violentes, paradis = relations aimantes. Nous connaissons très bien ces deux lieux, nous ne cessons de passer de l’un à l’autre. Pour être heureux et vaincre notre peur de la mort, il faut et il suffit d’établir des relations aimantes, et de ne pas nous laisser entraîner dans la violence par notre esprit rétributif. Girard fournit au moins l’explication de notre incapacité à réaliser ce projet plutôt simple en apparence. Le Royaume sera de ce monde le jour où nous aurons vaincu le mimétisme tragique, et comme tu le dis, Jean-Marc, cet exploit passe par une révélation de ses mécanismes.
      Je me pose souvent la question : à quoi ressemblera le Royaume ? Il serait puéril d’imaginer un lieu où nous vivrons d’amour et d’eau fraîche, sans lois, sans contraintes, sans conflits. Ca, c’est le royaume des bisounours, et nous sommes humains.
      Les Ecritures parlent très peu de la réalité matérielle du Royaume, mais quelques passages précisent assez clairement que les lois habituelles de l’humanité restent valides :

      1) La politique :
      1Alors le roi régnera selon la justice,
      les chefs gouverneront selon le droit.
      2Chacun d’eux sera comme un refuge contre le vent,
      un abri contre l’orage,
      ils seront comme des cours d’eau dans une terre desséchée,
      comme l’ombre d’un gros rocher dans un pays aride.
      3Les yeux de ceux qui voient ne seront plus fermés,
      les oreilles de ceux qui entendent seront attentives.
      4Les gens pressés réfléchiront pour comprendre
      et la langue de ceux qui bégayent
      parlera vite et distinctement.
      5On ne donnera plus à l’insensé le nom de magnanime
      et on ne dira plus au fourbe qu’il est généreux. (Isaïe 32, 1-5)

      2) Le commerce (après la crise !) :
      17Au bout de soixante-dix ans, le SEIGNEUR interviendra à Tyr et elle retournera à ses profits, elle se prostituera à tous les royaumes qui sont sur la face de la terre, 18mais ses gains et ses profits seront consacrés au SEIGNEUR, ils ne seront ni amassés, ni entassés. Ses gains serviront à nourrir et à rassasier ceux qui habitent devant le SEIGNEUR et à leur assurer un vêtement durable. (Isaïe 23, 17-18)
      NB : il FAUT lire Isaïe

      3) Les arts, l’amour charnel, l’industrie :
      21Alors un ange puissant saisit une pierre comme une lourde meule
      et la précipita dans la mer en disant :
      Avec la même violence sera précipitée Babylone, la grande cité.
      On ne la retrouvera plus.
      22Et le chant des joueurs de harpe et des musiciens,
      des joueurs de flûte et de trompette,
      on ne l’entendra plus chez toi.
      Aucun artisan d’aucun art ne se trouvera plus chez toi.
      Et le bruit de la meule,
      on ne l’entendra plus chez toi.
      23La lumière de la lampe
      ne luira plus chez toi.
      La voix du jeune époux et de sa compagne,
      on ne l’entendra plus chez toi,
      parce que tes marchands étaient les grands de la terre,
      parce que tes sortilèges ont séduit toutes les nations
      24et que chez toi on a trouvé le sang des prophètes, des saints et de tous ceux qui ont été immolés sur la terre.
      (Apocalypse 18, 21_24)
      Notez que Jean ne dit pas qu’il n’y aura plus d’arts, d’amoureux, d’artisans ; seulement que ces louables activités ne seront plus corrompues par la Grande Prostituée. Notez l’allusion au sacrificie d’innocents au dernier verset.

      Perso, je trouve ça limpide.
      Le problème, c’est que nous ne pouvons pas nous imaginer les modalités de fonctionnement du Royaume, et les prophètes non plus, je crois (c’est pourquoi ils n’en disent pas grand chose). Le fœtus peut-il imaginer la vie en dehors de la matrice ? Ce constat donne tout son sens aux mots foi et espérance. Il faut NOUS faire confiance.

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  4. « On appelle cela un sommeil de plomb ; il semble qu’on soit devenu soi-même, pendant quelques instants après qu’un tel sommeil a cessé, un simple bonhomme de plomb. On n’est plus personne. Comment, alors, cherchant sa pensée, sa personnalité comme on cherche un objet perdu, finit-on par retrouver son propre moi plutôt que tout autre ? Pourquoi, quand on se remet à penser, n’est-ce pas alors une autre personnalité que l’antérieure qui s’incarne en nous ? On ne voit pas ce qui dicte le choix et pourquoi, entre les millions d’êtres humains qu’on pourrait être, c’est sur celui qu’on était la veille qu’on met juste la main. Qu’est-ce qui nous guide, quand il y a eu vraiment interruption (soit que le sommeil ait été complet, ou les rêves entièrement différents de nous) ? Il y a eu vraiment mort, comme quand le cœur a cessé de battre et que des tractions rythmées de la langue nous raniment. Sans doute la chambre, ne l’eussions-nous vue qu’une fois, éveille-t-elle des souvenirs auxquels de plus anciens sont suspendus. Ou quelques-uns dormaient-ils en nous-mêmes dont nous prenons conscience ? La résurrection au réveil — après ce bienfaisant accès d’aliénation mentale qu’est le sommeil — doit ressembler au fond à ce qui se passe quand on retrouve un nom, un vers, un refrain oubliés. Et peut-être la résurrection de l’âme après la mort est-elle concevable comme un phénomène de mémoire. »

    https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Proust_-_%C3%80_la_recherche_du_temps_perdu_%C3%A9dition_1919_tome_6.djvu/108

    Ainsi libéré de notre « Moi » qui n’est qu’un contre, tout contre l’autre, pourrons nous être traversé par le logos éternel, trois fois renié avant que le coq n’ait chanté.

    Heureux pillage à tous pour cette nouvelle année !

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  5. Bravo, Jean-Marc : je suis particulièrement contente de l’hommage que rend à ta présentation éclairante le lecteur (sans nom mais non sans qualités) qui a reçu la Biographie en cadeau de Noël, tu lui donnes envie de comprendre la genèse de l’œuvre, tu lui procures un fil directeur. René Girard a beaucoup réfléchi non seulement bien sûr, aux conséquences incalculables de son intuition mais, de manière plus inquiète, à la meilleure façon de la présenter pour convaincre un lecteur honnête de sa véracité. Ton effort pour y contribuer est, comme ton texte sur Duchamp, un cadeau de Noël très bien venu. Bravo et merci.

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  6. « Sans nom mais non sans qualités », merci chère Orsinich !

    Sachez que j’ai découvert la richesse de Girard après avoir lu « Les Origines de la culture ». Un livre d’occasion que j’ai découvert par hasard dans une caisse de livres d’occasion.

    J’avais chez moi « Des choses cachées » mais trouvais certains passages trop difficiles…

    Deux petits livres m’ont emballé : le QSJ de Christine Orsini (extra !) et « Je vois Satan tomber » (formidable !).

    J’ai aussi beaucoup apprécié les discours des deux académiciens concernés par ce cher René : Serres (pas mal et c’est un beau compliment car c’est un auteur que je ne goûte guère) et l’autre, Zink (remarquable !).

    J’ai acheté L’Herne le concernant dans la foulée… « Quand ces choses » m’a aussi beaucoup plu..

    Mais je ne voudrais pas abuser de votre temps…

    Une chose est certaine : j’ai été licencié brutalement et injustement pendant que j’étais plongé dans le girardisme et je dois avouer que je n’ai guère souffert de ma situation…

    En grande partie grâce au fait que l’existence du Christ est désormais prouvable à des gens qui n’ont ni la foi ni l’envie de l’avoir…

    Bonne année à vous !

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    1. Les gens qui n’ont pas envie de croire à l’existence de Jésus, y compris sur le plan historique, liront avec bonheur le nouvel opus de Michel Onfray. Convaincu depuis toujours que les fondations du christianisme sont une fable qui commence dans une étable et finit sur une croix, Onfray se fait fort de le démontrer et ce ne sont pas les preuves de son inexistence qui manqueraient mais bien celles de son existence à un moment de l’histoire et dans un lieu déterminé.
      J’ai écouté sur France-Culture un débat sur le sujet entre Onfray et un père dominicain. Et je me suis étonnée que le prêtre se contente de proclamer sa foi, qu’il ne se demande pas si les Evangiles pourraient avoir été écrits ( inventés) par des hommes comme les autres mais avec le pouvoir inouï de transmettre un message totalement inattendu, imprévisible. Si ce ne serait pas là un événement sans précédent qu’il faudrait pouvoir expliquer. Bref, il y a bien eu une Révélation et est-ce crédible de l’attribuer à quelques complotistes inspirés plutôt qu’à un homme dont les moindres paroles sont inoubliables ?
      La foi relève de la grâce mais quand elle rencontre la raison, ce qui est le cas de la Révélation chrétienne, c’est parce que « le surgissement d’un être qui ne doive rien à la violence, qui ne pense pas selon ses normes et qui soit capable de lui dire son fait tout en restant complètement étranger à elle » selon Girard, est impossible.
      L’impossible repose sur un cercle : »On ne peut appréhender la vérité que si on se conduit contrairement aux lois de la violence et on ne peut se conduire contrairement à ces lois que si on appréhende, déjà, cette vérité. »
      La divinité du Christ, pour l’anthropologue, tient au « fait qu’un savoir authentique de la violence et de ses œuvres soit enfermé dans les Evangiles ne peut être d’origine simplement humaine. »
      L’affirmation de la non-existence de Jésus, si elle n’est pas neuve, me rappelle la blague que vous connaissez sans doute au sujet de l’existence de Shakespeare, elle aussi mise en doute :  » Shakespeare n’a jamais existé, c’est une fable, c’est quelqu’un d’autre qui a écrit ses pièces mais qui s’appelait aussi Shakespeare. »
      Ce qu’Onfray passe sous silence, ce sont les œuvres, une Révélation en paroles et en actes. Ne pas l’attribuer à un seul mais à plusieurs ne change rien à l’événement miraculeux de cette Révélation, mais cela rend la chose encore plus improbable.

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      1. Aussi vrai qu’on peut convaincre un scientifique qu’il a tort, on ne peut convaincre un croyant que sa croyance est fausse. Je connais cette vérité banale depuis très longtemps.
        Je me souviens que mon meilleur ami, alors croyant, m’avait fait rencontrer le Père Tournefier, aumônier du Lycée Ampère de Lyon. Celui-ci m’avait recommandé d’aller écouter une conférence du RP Varillon, jésuite à l’éloquence remarquable. J’avais retenu une phrase qu’il avait prononcée, parce que j’aimais le style et parce que je l’avais utilisée ensuite dans une dissertation de philo ! (en citant son auteur, quand même) : pour un croyant, la foi ne contrarie pas (ou ne détourne pas, ou n’infléchit pas) la rectitude de l’élan de son intelligence. Pour moi, il y a une rectitude de la raison et une rectitude de la foi, ce sont deux mouvements de l’esprit, deux droites (métaphore pour Hervé) qui ne se rencontrent jamais.
        Pour ce qui est de l’historicité de Jésus, il n’y a plus guère de doute (cf. D. Marguerat). Quant à Onfray, je ne l’écoute plus depuis que j’ai découvert sa parfaite mauvaise foi (à propos de Saint Paul).

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      2. Merci Claude, très touché !
        D’ailleurs je vous rejoint sur cette métaphore : c’est bien deux droites parallèles. Mais elles se rejoignent. Pour un mathématicien, ce serait à l’infini. Pour un lecteur attentif de la Bible, c’est à la fin des temps.

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  7. Dès qu’il y a deux points de vue, il y a lutte, et le troisième exclu voit sur quel fil la réalité des rivaux danse son identité, chorégraphie incarnée du Fils qui vit l’abandon de l’idée d’un père qui n’existe pas, pour enfin remettre aux mains du réel son esprit alors éveillé à l’équilibre relationnel qui permet de ne plus s’exclure pour l’envisager.

    Ainsi, la béquille sacrificielle n’est plus nécessaire au roi boiteux pour accuser les coups, mais plutôt l’acte suffisant pour accéder aux raisons de la foi qui permettent de descendre du piédestal de notre boiterie.

    Notre faiblesse de mortel individuel n’a plus besoin du collectif persécuteur pour adhérer au corps glorieux de la vie éternelle, la grâce du Logos a vaincu la mort et n’a besoin que de notre acte de foi pour en incarner l’articulation, pris en ce deuxième sens d’une diction claire, phénomène polysémique que Chantre n’arrête pas de souligner dans sa biographie, et qu’il suffit d’écouter la médiation du Verbe christique, réalité humaine qui expulse Dieu en son retrait au ciel de nos ténèbres, pour en entendre la lumineuse formulation.

    Le meurtre n’est plus nécessaire pour consentir à la vie, la joie est immense d’accepter l’invitation du Père à le reconnaitre dans l’équilibre fraternel qui n’est que géométrie mutuelle de la verticale à l’horizontale, symétriquement de l’immanence à la transcendance, le règne de Dieu par le bois de la croix, seul à même de contenir la violence, dans la mesure où nous admettons et nous reconnaissons que ce concept véritable nous contient, au deuxième sens du terme, invitation à reconnaitre qu’il y a plus grand que nous, qu’avant de nommer le Réel, nous sommes nommés, invités, identifiés par lui.

    Le Christ est le récit d’un acte d’amour qui renverse notre désir, place l’angoisse ontologique à l’endroit qui n’est pas premier, permet donc la confiance et la foi seule à même d’échapper aux illusions mortifères de nous penser omnipotents, donc abandonnés par cette fausse conception du père, pour remettre cet esprit qui ne nous appartient pas mais qui n’a que nous pour s’incarner, aux mains de Celui qui existe vraiment en ce geste de confiance qu’il ne nous reste qu’à avoir le courage d’imiter.

    En ce cadre rigoureux, toute science est bienvenue, permet d’éviter à l’humain grâce aux faiblesses de la grâce d’être corrompu par les atteintes de la force, renoncement aux armures du mensonge qui n’exonère d’aucune souffrance, mais affronte les rigueurs du destin sans recourir aux déguisements de l’illusion, de l’ivresse ou du fanatisme, accueille cette capacité de connaissance désormais établie qui permet de ne rien croire à l’abri du sort, de ne jamais haïr l’ennemi et de ne jamais mépriser les malheureux., génie épique du texte grec qui aurait enfin su accueillir, intégrer à son classicisme le roman iconoclaste des Hébreux.
    Le christianisme en quelque sorte.

    « De plus l’esprit de l’Évangile ne s’est pas transmis pur
    aux générations successives de chrétiens. Dès les
    premiers temps on a cru voir un signe de la grâce, chez les
    martyrs, dans le fait de subir les souffrances et la mort
    avec joie ; comme si les effets de la grâce pouvaient aller
    plus loin chez les hommes que chez le Christ. Ceux qui
    pensent que Dieu lui-même, une fois devenu homme, n’a
    pu avoir devant les yeux la rigueur du destin sans en
    trembler d’angoisse, auraient dû comprendre que seuls
    peuvent s’élever en apparence au-dessus de la misère
    humaine les hommes qui déguisent la rigueur du destin à
    leurs propres yeux, par le secours de l’illusion, de l’ivresse
    ou du fanatisme. L’homme qui n’est pas protégé par
    l’armure d’un mensonge ne peut souffrir la force sans en
    être atteint jusqu’à l’âme. La grâce peut empêcher que
    cette atteinte le corrompe, mais elle ne peut pas
    empêcher la blessure. Pour l’avoir trop oublié, la tradition
    chrétienne n’a su retrouver que très rarement la
    simplicité qui rend poignante chaque phrase des récits de
    la Passion. »

    Cliquer pour accéder à Weil-L_Iliade_ou_le_poeme_de_la_force.pdf

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      1. Ouf, je craignais un peu la comparaison avec Mr Perret, ayant bien conscience, sans complexe toutefois, de ne pas avoir le même niveau de référence.
        C’est une grâce de pouvoir ainsi partager l’héritage girardien aussi démocratiquement, d’où qu’on vienne et qui que l’on soit.
        Merci infiniment.

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  8. Merci Jean-Marc, je suis bien d’accord avec toi, mais il ne faut jamais oublier que, pour Girard, la vraie révélation était d’un autre ordre. On a pu dire non sans raison de la pensée de Girard qu’elle constituait une « révélation dans la révélation », ce qui souligne le fait que cette révélation intellectuelle renvoie elle-même à une révélation plus fondamentale, une révélation qui se produit à travers des événements réels et constitue la structure même de l’histoire humaine. Ce que Girard nous aide à voir, nous « révèle » en un certain sens, c’est que la Révélation judéo-chrétienne s’inscrit dans un processus de révélation du sens coextensif à l’histoire, ponctué par des événements à la fois décisifs et (apparemment) contingents. Pour commencer par le plus évident : le scénario girardien d’hominisation (crise mimétique suivie d’une résolution victimaire qui déclenche l’apparition de la symbolicite) est structurellement analogue à la Passion du Christ et aux effets de sens qu’elle déclenche. Et l’on pourrait montrer dans la foulée que les « conversions », qu’elles soient romanesques ou religieuses, et l’apocalypse elle-même, s’inscrivent dans la même structure. Plus largement, j’ai montré par ailleurs que ce schème peut se comprendre comme la projection dans l’histoire d’un schème existentiel et épistémologique inhérent à la condition humaine, que j’ai nommé « l’événementialité du sens ». Je renvoie ici à mon texte « René Girard and the epistemology of Revelation » paru dans la revue Forum philosophicum : https://forumphilosophicum.ignatianum.edu.pl/docannexe/file/3471/11_perret.pdf
    Au passage, j’esquisse dans ce texte une solution philosophique à une question restée sans réponse dans nos échanges précédents : l’articulation du déterminisme anthropologique de la théorie mimétique et de l’irruption de la transcendance religieuse.

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  9. Juillerat Daniel
    à Jean Marc Bourdin

    Ma réponse à votre dernière intervention dans «un autre centenaire» s’étant évaporée, certainement trop tardive, je me permets de l’intégrer dans cette discussion et si principalement hors sujet la conclusion peut, elle, avoir sa place dans votre billet. De plus il est frustrant de voir ses efforts d’écriture, de relecture, exclues par l’aléatoire des algorithmes. Veuillez m’en excuser.

    Je pense que, selon votre réponse, je n’ai pas été suffisamment explicite. En effet le fait que Marcel Duchamp fixe le regardeur par deux trous pratiqués dans la porte de «Etant donnés…» implique une perspective flottante sans point fixe contrairement à la perspective artificielle mise en place par Brunelleschi d’où un langage propre à cette construction avec en particulier ce point d’infini qui normalement devrait être pensé par les regardeurs.
    Il y manque cependant, une distinction, pour que mes assertions précédentes (du 2 janvier) soient plus pertinentes.

    Distinctions entre deux infinis : l’infini en acte et l’infini potentiel*. Le premier étant une décision actée qui met fin au second ainsi de la suite des nombres naturels à laquelle est ajouté systématiquement un nombre (infini potentiel) et qui est supposé réalisé (infini en acte).
    De cet infini en acte, Cantor, le créateur de la théorie des ensembles, déduit l’existence d’autres infinis correspondant aux nombres transfinis (ainsi de l’ensemble des entiers naturels et l’ensemble des entiers naturels pairs) sans différence quantitative mais avec une intensité ou qualité autre.
    Isolé dans sa recherche, parmi ses collègues mathématiciens, Cantor trouvera un écho chez des théologiens catholiques (un même Dieu infini avec trois déclinaisons ou Hypostases tout aussi infinies) mais aussi chez Duns Scot pour qui c’est l’infini qui fait unité tout en maintenant la distinction propre à chaque propriété. Pour Duns Scot «Dieu est infini» est équivalent à «Dieu est amour».

    Bien que largement incomplètes, insuffisantes ces quelques explications conduisent à penser l’infini en acte à travers le langage proprement pictural de la perspective mise en œuvre dans les deux tableaux précités mais non, car absent, dans l’installation de Marcel Duchamp. Aussi l’équivalence de points de vue, me semble-t-il, ne se justifie pas : l’un s’accompagne d’une révélation par le seul langage pictural, l’autre est plus spécifique à l’artiste Marcel Duchamp et ne peut être généralisé aux installations par exemple.

    Pour terminer, deux déclinaisons de la Transcendance :
    1 ce point d’infini pictural** comme figure du retrait de Dieu permettant à l’infinité des points, dans l’espace et dans le temps, d’advenir pour composer le tableau.
    2 infini en acte ou signifiant transcendantal de René Girard donnant naissance à l’infinité de sens dans le temps et l’espace de la culture humaine.

    DUNS SCOT-BRUNELLESCHI-CANTOR-RENÉ GIRARD

    *de Jean Louis Houdebine «Excès de langages» chez Denoël publié en 1984
    **qui à son origine donnait à penser à tous regardeurs d’un tableau construit selon la perspective artificiel.

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    1. Merci Daniel d’avoir ainsi associé point de vue, perspective et infini nous rapprochant des questions de la révélation et de Dieu.
      D’après ses biographes et ses notes, Duchamp comme certains de ses collègues à l’époque, s’intéressait à la question de la quatrième dimension (ayant lu le roman de SF de Gaston de Pawlovski), à Brunelleschi et également à la philosophie médiévale, notamment la liberté d’indifférence (il était alors employé à la bibliothèque Sainte Geneviève) au moment où il élaborait La mariée mise à nu…
      Malheureusement, je n’ai pas les compétences artistiques et mathématiques pour poursuivre avec vous sur la voie que vous ouvrez pour nous mais peut-être d’autres commentateurs du blogue pourront-ils vous y rejoindre.
      Pour conclure sur le rapport ici fait ente mes deux derniers billets, je signale l’équivalence sémantique entre « mise à nu » et « révélation » reliées par un même geste de dévoilement.

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