Pensée magique et pensée scientifique

Dans un billet du 27 décembre 2022 (https://emissaire.blog/2022/12/27/imitation-cognition-et-hominisation/), j’avais émis l’hypothèse selon laquelle l’accroissement des capacités cognitives avait précédé celui des capacités imitatives au cours du processus d’hominisation, c’est-à-dire qu’un surcroît de mimétisme, au sens girardien du terme, ne pouvait devenir un avantage évolutif que s’il se manifestait dans un groupe de pré-humains plus intelligents. Cependant, je ne précisais pas ce que j’entendais par capacités cognitives et intelligence. Dans le présent billet, je me propose de montrer la cohérence de cette hypothèse avec la coexistence des deux modalités principales de la pensée humaine : la pensée magique d’une part, intimement reliée au sacré, la pensée rationnelle et son prolongement scientifique d’autre part, cette dernière étant le résultat, progressif mais inéluctable selon René Girard, de la révélation christique.

La pensée magique

Une des modalités de la pensée magique est la croyance en des causalités fallacieuses fondées uniquement sur la séquentialité, c’est-à-dire la simple succession temporelle de deux événements. La pensée rationnelle repose elle aussi sur des relations temporelles mais requiert un rapport physique entre les évènements. Jean Piaget (1925) a observé chez de jeunes enfants (âgés de 5 à 7 ans) la coexistence des deux types de causalité et l’abandon progressif de la causalité magique au profit de la causalité rationnelle. La pensée magique est également repérable dans certaines pathologies psychiatriques, notamment les troubles obsessionnels compulsifs (Einstein & Menzies, 2004). L’aptitude à se représenter une causalité magique doit nécessairement préexister au mécanisme du bouc émissaire. C’est elle qui est sollicitée dans le mécanisme victimaire, dans ses formes les plus rudimentaires comme les plus ritualisées (La violence et le sacré, Grasset, 1972). Dans ce cas précis, il y a une succession temporelle immédiate entre l’action (le meurtre) et l’effet (l’harmonie retrouvée), mais en l’absence de causes physiques directes ou intermédiaires.

Dans les sociétés dites traditionnelles, « On ne peut pas dire que le primitif repousse la catégorie causalité. Il porte plutôt un désintérêt pour les causes secondes, les circonstances, les moyens, il s’attache aux causes profondes, surnaturelles : si sa fille est morte, qu’importe que ce soit par une morsure de serpent ou une maladie, l’important est de chercher l’origine, l’action éventuelle d’un sorcier, un tabou violé. » (Lévy-Bruhl, 1998). Lévy-Bruhl affirme donc la persistance, sinon la prééminence, du recours à la pensée magique dans les sociétés traditionnelles. Les membres de ces sociétés sont dotés des mêmes capacités cognitives que les membres des sociétés modernes développées, mais ils préfèrent recourir à la pensée magique plutôt qu’à la pensée rationnelle dans certaines circonstances. Dans une optique girardienne, c’est la nature sacrificielle des religions traditionnelles qui explique cette différence. C’est elle qui, dans ces sociétés, interdit l’essor d’une pensée scientifique qui suppose un abandon, au moins partiel, de la pensée magique. Dans Le bouc émissaire (Grasset, 1982, p. 153), Girard écrit : « La causalité magique ne fait qu’un avec la mythologie. On ne peut donc pas exagérer l’importance de sa négation ».

Naturellement, l’esprit occidental moderne reste profondément prédisposé à diverses figures de la pensée magique, dans tout ce qui relève de la superstition ou du complotisme par exemple (voir notamment le travail du sociologue Gérald Bronner sur cette dernière question) et ce, particulièrement en période de crise, comme on a pu le voir en corollaire de la pandémie de Covid-19 (Klein, 2020).

La persistance du recours à la pensée magique sacrificielle jusque tardivement dans notre histoire occidentale se manifeste dans les comportements victimaires de la chasse aux sorcières. Celle-ci débute vraiment en Europe aux XIII-XIVème siècle, atteint son apogée à la Renaissance et décline rapidement au XVIIème siècle. Il s’agit parfois de lynchages spontanés, mais généralement c’est la justice civile ou ecclésiastique qui gère ce phénomène, réalisant la délégation de la vindicte populaire aux institutions.

La pensée scientifique

La représentation d’une causalité rationnelle suppose un rapport physique immédiat entre l’action et son ou ses effets, comme par exemple, au cours de la fabrication d’une pierre taillée. Mais, avec l’augmentation des capacités cognitives, apparaissent des causalités intermédiaires, secondaires ou mineures entre la cause et l’effet qui peuvent être de plus en plus nombreuses et complexes. Entre la taille du premier chopper et l’invention du métier à tisser ou du tour du potier, il y a toute l’histoire de l’humanité archaïque. Pourquoi les sociétés modernes, et singulièrement occidentales, ont-elles abandonné la pensée magique pour développer des techniques de plus en plus sophistiquées requérant de plus en plus de connaissances scientifiques ? On doit sans doute retrouver les traces de cet abandon au cours de l’histoire de nos sociétés occidentales. Girard repère notamment une étape explicite d’un abandon partiel de la pensée magique, explicite puisqu’elle repose sur des témoignages écrits. Il s’agit des textes dits de persécution écrits au moment des pogroms qui se sont produits lors de l’épidémie de peste qui a ravagé l’Europe occidentale entre 1347 et 1352. Il analyse ces textes dans Des choses cachées depuis la fondation du monde (DCC, Grasset, 1978, pp. 139-145) et dans Le bouc émissaire (pp. 7-21). Les juifs, victimes de ces persécutions, sont désignés coupables de l’épidémie et sont accusés (entre autres choses) d’empoisonner les puits. Il y a donc recherche d’une causalité intermédiaire, rationnelle, ce qui témoigne de l’affaiblissement de la croyance dans la causalité magique simple à cette époque et sans doute d’une diminution de l’efficacité cathartique de leur sacrifice. On voit donc que l’abandon de la pensée magique, bien que sans cesse menacé, traverse toute la société et se fait progressivement. Ce phénomène est singulier aux sociétés de tradition chrétienne, donc aux sociétés occidentales. Ces sociétés ne pratiquent plus le sacrifice, seules en subsistent des formes très édulcorées ou symboliques qui ne conservent pas, ou peu, le souvenir de leur origine.

« L’histoire du christianisme historique consiste, comme toute histoire sacrificielle, en un desserrement graduel des contraintes légales, à mesure que diminue l’efficacité des mécanismes rituels. » (DCC, p. 277)

La pensée scientifique est une des expressions de la pensée rationnelle en général. Les religions sacrificielles se sont accommodées des approches scientifiques dans la mesure où elles ne contredisaient pas les récits mythologiques. Au IIIème siècle avant notre ère, le grec Ératosthène mesure la circonférence de la terre avec moins de 2% d’erreur. Cette mesure ne sera améliorée qu’à la fin de la Renaissance. Entretemps, la rotondité de la terre ne sera jamais sérieusement remise en question par le public occidental cultivé. A tel point qu’un navigateur instruit, Christophe Colomb, tentera de rejoindre l’Inde par l’Ouest sans craindre de s’abîmer dans le vide ou de se heurter à une bordure infranchissable. La soumission de la Raison à la Foi, ou tout du moins la non conflictualité entre l’une et l’autre a été réalisée, dans l’espace occidental, pendant au moins 2000 ans, en gros depuis les premiers penseurs grecs jusqu’à Galilée. Les théories, expériences et hypothèses des grecs antiques ont été transmises à l’Occident chrétien, soit directement par les Romains (Pline l’Ancien, 23-79) et les Grecs d’Alexandrie (Ptolémée, ca 100-168), soit par les écritures byzantines, et peut-être surtout par les arabo-musulmans, qui de plus en ont amélioré bon nombre (voir par exemple sur ce sujet Max Lejbowicz, 2009).

Dans DCC (p. 283), Girard approuve la proposition de J.-M. Oughourlian : « …pour inventer la science et la technologie, une désacralisation radicale de type évangélique était indispensable. » Les historiens des sciences conviennent généralement que la première étape fondamentale dans l’élaboration de la science moderne est l’abandon du géocentrisme professé par Aristote au IVème siècle avant notre ère, puis formalisé par Ptolémée au IIème siècle. Cet abandon se fait au profit de l’héliocentrisme essentiellement grâce à Copernic (1473-1543), chanoine de son état, qui développe son modèle dans les toutes premières années du XVIème siècle. Son travail n’est cependant publié qu’en 1543, sans avoir rencontré d’opposition de la part de l’Église, voire même un accueil favorable par les catholiques, au titre d’« hypothèse ». Il se peut que les quelques clercs qui ont eu connaissance des travaux de Copernic à son époque n’en aient pas perçu toutes les implications religieuses et philosophiques. Kepler perfectionnera le modèle copernicien au début du XVIIème siècle dans l’Allemagne luthérienne, sans rencontrer lui non plus, d’opposition théologique. Dans le même temps, la contre-réforme catholique se met en place. Giordano Bruno, qui défend l’hypothèse copernicienne, entre autres hérésies, est brûlé vif en 1600. L’ouvrage de Copernic est mis à l’index en 1616, et Galilée choisit d’abjurer en 1633. Cette nouvelle vision du monde conduit, chez les esprits les plus libres, à un affaiblissement du littéralisme religieux, condition essentielle pour l’essor de la pensée scientifique.

Par ailleurs, l’abandon du géocentrisme, inexorable, ne met plus la Terre au centre du monde. Son corollaire est qu’il cesse aussi de mettre l’Homme au centre de la Création, ce qui conduit à l’affaiblissement de l’ethnocentrisme radical et, finalement, au relativisme culturel. « Les spécialistes des sciences sociales sont toujours en quête d’une position qui réconcilie leur conscience du relativisme culturel avec leur croyance dans l’unité de la connaissance, croyance qu’ils ne peuvent abandonner sans abandonner l’entreprise scientifique elle-même » (La voix méconnue du réel, Grasset, 2002, p. 96).

Références

Einstein DA, Menzies RG. The presence of magical thinking in obsessive compulsive disorder.BehavResTher42: 539-549, 2004.

Klein E. Le goût du vrai. Tracts, Gallimard, 2020.

Lejbowicz M. Les Grecs, les Arabes et nous. Enquête sur l’islamophobie savante. Éd. Büttgen P, de Libera A, Rashed M, Rosier-Catach I. Cahiers de Recherches Médiévales et Humanistes, Fayard, 2009. https://journals.openedition.org/crmh/11662

Lévy-Bruhl L. Carnets 1938-1939. Quadrige, Puf, 1998.

Piaget J. De quelques formes primitives de causalité chez l’enfant : phénoménisme et efficace. L’Année psychologique 26 : 31-71, 1925.

29 réflexions sur « Pensée magique et pensée scientifique »

  1. Votre article, Claude JULIEN, est remarquable. Cependant, je ne pense pas que, ce que vous nommez la pensée magique (ou terme que je préfère, la pensée sacrificielle) ait été supplantée par la pensée rationnelle. Dans ce premier commentaire, je ne peux développer. Je le ferai, dans un deuxième temps, en 2024.. La pensée sacrificielle est, à mon avis (résultat de mes recherches -article en préparation)

    Cela ne change pas les résultats de votre recherche, résumée dans votre article.

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  2. Merci pour cet excellent article. Permettez-moi d’approfondir un point que vous ne faites qu’aborder :
    « …l’esprit occidental moderne reste profondément prédisposé à diverses figures de la pensée magique, dans tout ce qui relève de la superstition ou du complotisme par exemple […] et ce, particulièrement en période de crise […] »
    L’évolution historique vers toujours plus de pensée scientifique est un fait majeur, mais il y a une autre loi anthropologique : les crises sont intimement liées à une régression sacrificielle et à un retour de la pensée magique. C’est ce qu’on constate un peu partout sur la planète, sous des formes diverses : succès des médecines parallèles, des spiritualités new age, du complotisme, des leaders populistes qui désignent les responsables de la crise, de la multiplication des boucs émissaires, etc.
    La pensée scientifique porte en elle sa propre malédiction. En nous dévoilant le réel, elle en fait aussi apparaître les aspects négatifs. Elle nous oblige à faire face à nos responsabilités individuelles et collectives dans des catastrophes telles que les guerres, les violences sexuelles (phénomène de plus en plus reconnu comme systémique), les catastrophes écologiques… Avec la fin du géocentrisme, nous sommes ramenés brutalement à notre juste place dans l’univers. Mais les autres révélations de la science, et notamment des sciences humaines, détruisent encore plus l’image mythologique de l’humain parfait et du monde parfait. Il n’y a pas de révélation sans crise, sans « angoisses telles qu’il n’y en a pas eu depuis le commencement du monde ». Dans cette situation, la régression sacrificielle et vers la pensée magique sont inévitables, parce que c’est la seule réponse que notre psyché connaît.
    La réaction du monde scientifique est absurde et condamnée à l’échec par – ironiquement – méconnaissance de cette loi anthropologique que je pense fondamentale. On le voit bien avec le réchauffement climatique. Plus les scientifiques nous bombardent de faits objectifs, dans l’espoir de déclencher des changement comportementaux salvateurs, plus ils augmentent cette angoisse du réel qui nous précipite dans la pensée magique et dans la résolution sacrificielle. Impasse !
    Ici, il faut souligner la mutation de la pensée magique. Hier, elle était, contrairement aux idées reçues, tentative d’explication rationnelle du monde. Aujourd’hui, elle n’est plus que fuite devant le réel, à n’importe quel prix. D’où les élucubrations parfois accablantes de bêtise qu’on voit fleurir un peu partout.
    Cette impasse est celle des Lumières, qui, comme je l’écrivais dans ce blog il y a quelque temps, ne sont plus capables d’éclairer le monde. Pour nous sortir de cette nasse, il faudra plus que la raison, plus que la science.

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    1. Merci Hervé, de votre commentaire stimulant avec lequel je suis globalement d’accord. Je dois avant tout préciser que le sujet que j’ai tenté d’aborder dans le billet est bcp plus vaste que ne le permettait le format du blog. Je l’ai cependant choisi, car je trouvais Girard trop court sur cet aspect qui est une implication directe et fondamentale de sa théorie : c’est la révélation christique qui rend possible l’éclosion et le développement de la pensée scientifique, et qui permet donc de comprendre toute la partie récente de l’histoire humaine. Le second aspect que je n’ai pu qu’effleurer est aussi un résultat direct de sa pensée : le balancement tjrs en cours de l’ethnocentrisme vers le relativisme culturel. L’abandon de l’ethnocentrisme est loin d’être achevé et sa survivance rend compte des racismes, de l’esclavage et des colonisations. Chacun de ces deux points mériterait un article en soi. Le présent billet n’est qu’un point de départ.
      Sur le complotisme, il y aurait toute une histoire à écrire. Sa renaissance que vous soulignez ne traduit-elle pas « la misère de l’Homme sans Dieu », cet homme « qui sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’univers » ? Cet homme-là, la Science ne l’aide pas, s’il n’a pas les moyens de s’en remettre complètement à elle. Au risque de paraphraser un grand scientifique, je pense qu’un peu de science éloigne de Dieu, et que bcp de science ne l’y ramène pas (pas tjrs en tout cas).
      Quant au réchauffement climatique, je crains que vous n’ayez fait une faute de frappe en écrivant « La réaction DU monde scientifique est absurde et condamnée à l’échec » ? Ou alors, expliquez-moi. Sur ce sujet précis, je termine en disant que plus personne (ou presque) n’est climatosceptique, les conséquences du réchauffement étant devenues vraiment trop visibles. Ironiquement, nous avons basculé vers un phénomène qui a tout à voir avec l’égoïsme le plus pur et le plus bête (surtout pour qui a des enfants), ce qu’un éditorialiste, respectable et très sérieux d’ordinaire, a qualifié récemment par un néologisme, savoureux s’il n’était tragique, le climatobalékisme, que je vous laisse traduire…
      C. Julien

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      1. Je précise donc mon dernier propos. Les climatosceptiques (climato-indifférents ?) ne sont pas, à mon avis, fondamentalement égoïstes, ils suivent cette loi de régression qui accompagne toutes les crises, toutes les anticipations d’une catastrophe annoncée ; par conséquent, le monde scientifique, lorsqu’il tente de contrer ce phénomène par la vérité, l’objectivité, la rigueur scientifique, ne fait que l’amplifier en confirmant implicitement l’oracle. Les efforts d’un Jean-Marc Jancovici, par exemple, remarquable communicant et assez honnête pour ne pas nous promettre de solution miracle (il dit clairement que la décroissance est inévitable), sont louables mais globalement inefficaces. Je ne dis pas qu’ils sont inutiles, heureusement qu’il y a des relais médiatiques de ce courant, mais insuffisants. La seule réponse à cette régression sacrificielle essentiellement motivée par la peur est d’ordre spirituel, ce que notre époque n’est pas (encore) disposée à reconnaître.
        Hervé van Baren

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  3. Désolé, j’ai eu du mal à suivre l’argumentaire. Un résumé aurait aidé je pense. Mais surtout ce qui m’a manqué, ce sont des définitions précises de ce qui est discuté. La pensée magique, la pensée religieuse et la pensée scientifique ont des points communs fondamentaux (ce sont des pensées causales) et des différences qui nécessitent d’être clairement énoncées si on veut savoir de quoi on parle.
    L’idée que le retrait du religieux est ce qui laisse la place à la pensée mécaniste ou naturaliste (que nous croyons actuellement seules rationalistes sans en avoir administré la preuve) me paraît de bon sens mais il est à noter qu’il n’a pas fallu attendre la révélation christique pour que le processus s’engage. L’invention de la science (qui ne se réduit pas à la technique) est, à ma connaissance, généralement attribuée à la Grèce mais il n’est pas interdit de penser qu’il y ait eu des précédents. Les Chinois aussi ont fait leurs découvertes sans le Christ mais, avec aussi, sans doute, un retrait du religieux suffisamment marqué pour que le sacrificiel soit quasiment effacé alors qu’il était flamboyant à certaines époques (cf. le beau livre de Lewis (1990) « Sanctioned Violence in Early China », dans lequel il se permet de juger la thèse de Girard absurde alors qu’il apporte toutes les preuves de sa pertinence).

    Et puis si on pouvait ici, sur ce site girardien, s’épargner les accusations de complotisme qui sont absolument gratuites (jamais aucune démonstration, seulement des accusations destinées à discréditer, bref du lynchage soft), ça serait pas mal comme hygiène de discussion.

    Bref, mon sentiment est que le sujet de l’article est d’importance, il mérite d’être étudié attentivement mais pour le moment, en dépit des efforts assurément louables de l’auteur, je ne vois rien qui permette d’affirmer que Girard ait eu raison ou tort. Il nous faudra sûrement remettre l’ouvrage sur le métier.

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    1. J’ai beau relire l’article et les commentaires, je ne vois aucune accusation de complotisme Pouvez-vous préciser ? D’autre part, il ne s’agit pas dans les articles du blog d’affirmer que Girard ait eu raison ou tort, mais d’utiliser son paradigme pour tenter un éclairage original sur le monde. Est-ce que la théorie mimétique rend compte de la réalité ? Cela, c’est aux lecteurs d’en décider.

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    2. Vous (l’anonyme qui ne devrait pas craindre de signer) : La pensée magique, la pensée religieuse et la pensée scientifique ont des points communs fondamentaux (ce sont des pensées causales) et des différences qui nécessitent d’être clairement énoncées si on veut savoir de quoi on parle.

      Moi : Je croyais avoir donné une définition claire, qui est celle qu’adopte Piaget en 1925 dans l’expérience à laquelle je renvoie : « La pensée rationnelle repose elle aussi sur des relations temporelles mais requiert un rapport physique entre les évènements. »

      Sur la science chinoise, entre autres :
      Cette civilisation a produit des techniques merveilleuses : les Chinois ont inventé la poudre, ils n’en ont pas fait grand’chose d’ailleurs – tant mieux -, mais surtout ils ont inventé le papier et les caractères d’imprimerie, et se sont arrêtés là. Je crois vraiment qu’il serait facile à un historien des sciences de démontrer que la science, au sens où nous l’entendons aujourd’hui, est occidentale et post-chrétienne. Ceci parce que les autres civilisations n’ont pas pu se détacher suffisamment de la pensée magique, cad se séculariser et renoncer au littéralisme religieux. C’est ce que dis dans le billet.

      Bref, mon sentiment est que le sujet de l’article est d’importance, il mérite d’être étudié attentivement mais pour le moment, en dépit des efforts assurément louables de l’auteur, je ne vois rien qui permette d’affirmer que Girard ait eu raison ou tort. Il nous faudra sûrement remettre l’ouvrage sur le métier.

      Il ne tient qu’à vous….

      C. Julien

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  4. Je remarque une belle continuité entre les billets Salasc et Julien, pas forcément due au hasard. En effet, la pensée magique, c’est la « structure téléologique » appliquée à tous les phénomènes. Comme le remarquait René Girard, dans un régime totalitaire, même si les scientifiques tiennent le haut du pavé, quand un sous-marin coule, on cherche le coupable. Le complotisme n’est pas autre chose que la dénonciation d’intentions malfaisantes, voire diaboliques, que la catastrophe soit naturelle, économique ou politique. Si Girard a raison dans son hypothèse morphogénétique des cultures, notre mentalité a été formée à partir du mécanisme du bouc émissaire. C’est ainsi qu’il faut penser contre soi-même pour adopter le « principe d’objectivité » dont Monod dit à juste titre qu’il est un « choix éthique ».
    Cela dit, je serais bien d’accord avec Hervé, les sciences collaborent malgré elles à l’obstination , voire au développement de la pensée magique. Elles ne nous disent absolument rien sur ce qui nous intéresse le plus, qui nous sommes et ce que nous devons faire et espérer pour notre salut ; elles excluent par principe les questions du sens de la vie sur terre et des « fins dernières ». Et du côté des religions, en particulier de la plus « raisonnable » d’entre elles, d’après Pascal et Girard, elles ne peuvent « rendre raison de leur créance ». Pascal : « Les chrétiens ne peuvent rendre raison de leur créance, ils professent une religion dont ils ne peuvent rendre raison ». C’est bien pourquoi la TM est certainement une avancée scientifique mais elle est aussi le chaînon manquant entre la foi et la raison. Du moins, de mon point de vue.

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    1. Juillerat Daniel à
      Mme Orsini

      D’après vos propos je perçois que vous n’avez pas lu Claude Tresmontant qui fut un défenseur acharné de la liaison foi et raison aussi je me permets de vous citer la conclusion du chapitre «supplément de l’activité du vivant dans l’évolution… tiré de COMMENT SE POSE AUJOURD’HUI LE PROBLEME DE L’EXISTENCE DE DIEU». De la page 340 à la page 363 il s’interroge sur la pertinence des concepts Hasard et Nécessité développés dans le livre de Jacques Monot.

      Voici les dernières lignes de la conclusion de ce chapitre :
      «Supposons que Mr Monod ait raison en tout. il reste dans ce cas à comprendre l’existence de cette loterie, qui est ainsi faite, que d’une manière continue, et accélérée, elle produit par hasard, des inventions de plus en plus merveilleuses, depuis les microorganismes monocellulaires, jusqu’à Vivaldi, Mozart et Jean-Sébastien Bach.
      Car l’intelligence est au bout, dans cette histoire créatrice. Au terme de l’évolution des êtres capables de créer de l’information à leur tour.
      Si la pensée n’est pas au début, et de tout temps, on ne comprendra jamais, et on ne pourra jamais faire comprendre comment à partir de matière brute arrangée par hasard elle ait pu apparaître au terme.
      Et même si la seule source de l’évolution est, comme le pense Mr Monod, le hasard, il reste à comprendre l’existence d’une loterie si bien concue que, grâce à une dialectique du hasard et de la sélection naturelle, on obtienne des réalisations de plus en plus merveilleuses.
      Le matérialisme de Mr Monod, comme celui de Leucippe et de Démocrite, ne prend pas la peine de traiter ce problème fondamental posé par l’existence même du système, dont on prétend qu’il est purement mécanique.

      Remarque :
      Il me semble qu’un parallèle puisse-t-être fait avec René Girard qui partant d’un élément, le meutre fondateur origine des rituels, des interdits, des mythes donc du symbolique comme langage avec une complexité croissante et des ruptures créatives s’oblige également à une pensée première qu’il nommerait «l’oeuvre pédagogique de dieu»

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      1. A Monsieur Juillerat : Mais si, j’ai lu il y a très longtemps, dans les années de ma jeunesse et de mon apprentissage philosophique, Claude Tresmontant et Jacques Monod et j’ai même repris sur ce blogue un argument de Claude Tresmontant concernant le rôle exclusif du hasard : c’est l’argument du temps ; il faudrait avoir l’éternité devant soi pour qu’une chose aussi imprévisible que la vie, puis l’esprit, surgisse de la matière. C’est un argument qui m’avait frappée.
        Cependant, je me permets de vous signaler que ce n’est pas le problème de l’existence de Dieu qui a inspiré mes commentaires mais la question de savoir si la pensée de René Girard, qui se veut scientifique, accueille ou exclut une « structure téléologique ». Et à ce sujet, Tresmontant n’a pas grand chose à nous dire. Cependant, cette notion de « l’œuvre pédagogique de Dieu », l’avez-vous trouvée sous la plume de René Girard ou est-ce une extrapolation de votre part ?

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    2. Juillerat Daniel
      à Madame Orsini

      Etant l’agent de malentendus j’espère que la suite de mes propos saura les dissiper.

      1 Les majuscules employées précédemment n’étaient pas pour accentuer un argument sur l’existence de Dieu. Elles étaient employées pour désigner le titre du livre dont étaient extraites les citations.
      2 L’argument intéresse singulièrement la condition de la présence d’une pensée : si elle est au terme alors elle est déjà à la source par un processus de création continuée. Claude Tresmontant insiste sur le fait qu’un système ne peut se donner ce qu’il n’a pas ainsi de la pensée, qu’il nomme également information, de plus en plus complexe pour ce qui concerne le monde. Cette complexité croissante et irréversible n’est-elle pas l’indice d’une téléologie ?
      3 De la différence de registres entre sciences exactes et sciences humaines et associant principalement l’objectivité aux premières et l’éthique aux secondes je percevais mal leur liaison. Mais je m’égare dans la confusion des réponses, aussi de peur d’être tout aussi confus et trop insistant, j’en viens, à ce qui je pense, est l’objet de votre curiosité «l’oeuvre pédagogique de Dieu»* en réalité «la stratégie pédagogique de Dieu».
      4 La citation est tirée de L’ORIGINE DE LA CULTURE de René Girard chez Desclée de Brouwer page 130.
      «Je ne vois pas Dieu comme une entité changeante. Je suis plutôt pour une compréhension ontologique de Dieu**. Cependant, c’est un Dieu qui a une stratégie pédagogique, si l’on peut dire, débutant avec la religion archaïque et allant vers la Révélation chrétienne. C »est la seule façon pour qu’une humanité libre se développe.»
      5 Tous deux insistent sur la libre participation de l’homme à la création divine.

      *j’ai prêté attention à cette citation grâce au livre de Paul Dubouchet L’ESPRIT DU CATHOLICISME D’APRES RENE GIRARD chez l’Harmattan. Citation qui depuis ne me quitte pas lorsque je suis avec la pensée de ces deux grands chercheurs que je perçois souvent comme complémentaires.
      **D’où je pense son attention envers Claude Tresmontant, métaphysicien guidé par la révélation biblique et la genèse du monde.

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      1. De Christine Orsini à Daniel Juillerat : Merci beaucoup, Monsieur, de m’avoir répondu de façon aussi convaincante. Vous donnez envie de relire Claude Tresmontant.

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    3. Juillerat Daniel
      à Madame Orsini

      j’en suis heureux et vous souhaite une relecture à la hauteur de votre envie.

      Joyeux Noël à vous et à toutes personnes qui liront ces lignes

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  5. Merci de votre commentaire, Mme Orsini, mais je dois dire que je ne comprends pas du tout votre rque sur le fait que la science, ou les sciences, si vous préférez, ne nous disent rien sur le sens de la vie et ses « fins dernières ». Ces questions ne sont pas, par définition, des objets de savoir. Ce sont des actes de Foi. Il y a une discontinuité fondamentale entre la foi et la raison que la TM n’aide pas à combler, contrairement à ce que dit Girard lui-même (il a dit d’abord dans DCC que sa foi était un résultat de son travail, puis plus tard dans un échange avec MS Barberi, il a dit que la conversion était un préalable à la connaissance). Sans doute, pour un croyant, la TM est-elle un complément utile à sa foi, dans la mesure où son intelligence a soif de savoir et de comprendre, comme celle de tout être humain (là, je pense à Teilhard d’un seul coup). Pour un mécréant comme moi, la foi est inutile pour adhérer au contenu scientifique de la TM, une théorie globale du fait humain que je juge à ce jour la plus performante et la plus économe en hypothèses, comme je l’ai déjà écrit. Je vais peut-être vous (et d’autres) choquer avec ce qui suit : j’ai parfaitement conscience que la foi, cad la croyance en la divinité de Jésus, a été historiquement indispensable à la préservation et à la diffusion de la révélation anthropologique christique. Sans elle, les proto-chrétiens auraient formé une petite secte juive de plus et auraient tout simplement disparu. Seul aurait perduré le judaïsme talmudique et rabbinique. Ce rôle joué par la foi chrétienne est cependant limité dans le temps. Il a permis de développer l’esprit scientifique et les valeurs humanistes (à commencer par qq degrés de liberté par rapport à l’ethnocentrisme qui a tjrs prévalu dans l’enfance de l’humanité et parfois encore aujourd’hui). Maintenant, nous nous retrouvons face au dilemme si bien exprimé dans la magnifique conclusion de Monod : « Non plus que son destin, son devoir n’est écrit nulle part. A lui de choisir entre le Royaume et les ténèbres ». Et là, nous sommes encore et tjrs face à la question de la liberté, qui est pour moi, vous le savez, la seule question philosophique qui vaille.

    PS C’est curieux que vous citiez Monod si souvent. « Le hasard et la nécessité » est le premier livre « sérieux » que j’aie réussi à lire (en 70-71, vers 13-14 ans). Je luis dois ma première extase intellectuelle, lorsque j’ai enfin compris la sélection naturelle. La seconde (pardon de m’épancher ainsi) est venue avec DCC en 79, au bout d’une vingtaine de pages quand même, mais mon meilleur ami (bonne mimesis) me l’avait très chaudement recommandé, alors… j’ai insisté.

    C. Julien

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    1. Christine Orsini à Claude Julien : Vous avez raison, Monsieur, la raison et la foi peuvent être rendues compatibles, c’est l’objet du versant théologique de l’œuvre girardienne, mais n’étant pas du même ordre, étant infiniment distantes l’une de l’autre, comme le naturel du surnaturel, l’expression de « chaînon manquant » était une étourderie de ma part.
      Par contre, je n’adhère pas du tout à votre philosophie de l’histoire qui, sur un mode évolutionniste, limiterait le christianisme à son rôle historique d’éducateur moral et intellectuel : ça fait penser à la loi des 3 états d’Auguste Comte, le christianisme serait l’étape intermédiaire, comme une médiation nécessaire entre la pensée magique et la pensée scientifique. Je cite Aliocha citant Alison « Divers systèmes philosophiques faisant illusion ont convaincu (l’homme) qu’il est le maître absolu de lui-même, qu’il peut décider de manière autonome de son destin et de son avenir en ne se fiant qu’à lui-même et à ses propres forces. » Girard a « déconstruit », comme on dit, cette illusion, non ?
      La liberté, oui, bien sûr, c’est d’ailleurs une invention chrétienne (les Grecs ont inventé l’homme libre dans la cité, c’est-à-dire la politique, pas le libre-arbitre), mais si nous avons besoin d’un modèle, on n’est libre que du choix de ce modèle, non ? Cela n’enlève rien à notre responsabilité mais cela nous force à penser que certains choix sont meilleurs que d’autres.

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      1. Je ne fais pas cette généalogie qui poserait la révélation christique comme intermédiaire entre la pensée magique et la pensée scientifique. Je pense que cette révélation, on pourrait dire aussi révolution, anthropologique est ce qui a permis à l’esprit humain de se libérer du carcan sacrificiel. La foi a été pendant peut-être 15 siècles absolument nécessaire à la transmission du message de l’innocence du bouc émissaire. Selon Girard, la croyance en la culpabilité du bouc émissaire est le pilier sur lequel repose tout l’édifice sacrificiel. Si l’on accepte son hypothèse, on doit dire que c’est la pensée magique sacrificielle qui a été le moteur de l’hominisation. Mais, comme j’ai tenté de l’argumenter dans mon précédent billet sur ce sujet, d’autres aptitudes cognitives, que l’on peut qualifier de rationnelles, ont aussi été indispensables à l’efficacité du mécanisme victimaire comme principe évolutif. Il y a une cohérence logique parfaite, magnifique, dans la TM. Je suis touché par la beauté simple de cette théorie, comme j’avais été touché il y a bien longtemps par la beauté simple de la théorie de l’évolution (dans mon cas, vulgarisée par Monod). C’est ici que je me risquerai à parler d’esthétique de la vérité. Mais je ne veux pas m’abîmer dans la contemplation de la théorie, je préfère continuer à besogner à la marge.
        Pour revenir à des propos moins emphatiques, la pensée magique est constitutive, structurante et structurelle de l’esprit humain. Il n’est donc pas surprenant de la retrouver encore et tjrs, plus ou moins prégnante (pas mal en ce moment). Donc, d’une certaine manière, la pensée scientifique n’est pas naturelle. Elle est ce que certains scientifiques appellent une propriété émergente, contingente pourrait-on dire aussi.
        Vous utilisez le mot christianisme qui renvoie au dogme et à l’Eglise. Quand j’utilise ce mot ou son adjectif, c’est dans le cadre d’une réflexion historique car je ne peux ignorer que la révélation christique a été portée par une église, jusqu’à Girard finalement. Aliocha (le faux Karamazov de B. Hamot !) nous indique que l’église chrétienne, par la voix de Benoît XVI, est enfin revenue sur le concile de Trente : « Le sacrifice n’a plus fonction d’apaiser la divinité, mais plutôt d’apaiser l’homme… » Il serait temps.
        En attendant la suite, je vous souhaite (ainsi qu’aux autres contributeurs du blog) de passer un bon Noël

        C. Julien

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  6. Vous écrivez, Monsieur Julien, que  » la pensée scientifique est une des expressions de la pensée rationnelle en général ».
    Je suis bien d’accord, mais il me semble que c’est l’assimilation ou la confusion des deux à certains endroits de votre si intéressant article qui peut poser problème. La science que le dix-septième siècle invente est je crois la science expérimentale, la seule qui, comme vous le dites, intègre les rapports physiques dans ses systèmes. Et tout le monde est d’accord pour estimer que, paradoxalement, c’est le christianisme, qui en même temps qu’il donnait un brutal coup d’arrêt aux spéculations rationnelles du monde païen a permis, en presque deux millénaires quand même, l’émergence de la science expérimentale. Et c’est cette même science expérimentale qui a fini par créer au début du dix-neuvième siècle la « masse critique  » à l’origine du prodigieux développement du monde occidental.

    Les Égyptiens, les Grecs, les Chinois, les Mayas, les Indiens ont quant à eux pratiqué aussi la pensée rationnelle mais n’ont débouché rationnellement sur des vérités scientifiques, qu’elles soient astronomiques ou techniques, que pour les intégrer ou les soumettre à leurs visions eschatologiques. Le rapport physique au réel n’était que second par rapport au monde sacrificiel qui était le leur.
    On peut même avancer peut-être qu’il n’y a à ce moment aucune différence entre causalité magique et rationnelle. Et que c’est une caractéristique anthropologique de l’humain de fusionner les deux : le rationnel est à l’œuvre dans la pensée sauvage, pour parler comme Lévi-Strauss, tout comme la pensée sauvage est toujours à la manœuvre dans nos sociétés par ailleurs si rationnelles.

    Alain

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  7. Il semblerait que le commentaire que j’ai posté hier soit resté englué dans quelque entraille numérique. Je me résous donc à le reposter, avec le risque de créer un doublon bien inutile.

    Vous écrivez, Monsieur Julien, que  » la pensée scientifique est une des expressions de la pensée rationnelle en général ».
    Je suis bien d’accord, mais il me semble que c’est l’assimilation ou la confusion des deux à certains endroits de votre si intéressant article qui peut poser problème. La science que le dix-septième siècle invente est je crois la science expérimentale, la seule qui, comme vous le dites, intègre les rapports physiques dans ses systèmes. Et tout le monde est d’accord pour estimer que, paradoxalement, c’est le christianisme qui, en même temps qu’il donnait un brutal coup d’arrêt aux spéculations rationnelles du monde païen, a permis l’émergence, au bout de presque deux millénaires tout de même, de la science expérimentale. Et c’est cette même science expérimentale qui a fini par créer au début du dix-neuvième siècle la « masse critique  » à l’origine du prodigieux développement du monde occidental.

    Les Égyptiens, les Grecs, les Chinois, les Mayas, les Indiens ont quant à eux pratiqué aussi la pensée rationnelle mais n’ont débouché rationnellement sur des vérités scientifiques, qu’elles soient astronomiques ou techniques, que pour les intégrer ou les soumettre à leurs visions eschatologiques. Le rapport physique au réel n’était que second par rapport au monde sacrificiel qui était le leur.
    On peut peut-être même avancer qu’il n’y a à ce moment aucune différence entre causalité magique et rationnelle. Et que c’est une caractéristique anthropologique de l’humain que de fusionner les deux : le rationnel est à l’œuvre dans la pensée sauvage, pour parler comme Lévi-Strauss, tout comme aujourd’hui la pensée sauvage est toujours à la manœuvre dans nos sociétés qui se veulent ou s’imaginent rationnelles.

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  8. Alain, vous exprimez parfaitement bien ce que je n’ai pas ou mal fait, à savoir que, dans les civilisations sacrificielles, certains modes d’exercice de la pensée rationnelle conduisent à des vérités pour « les intégrer ou les soumettre à leurs visions eschatologiques ». Mais ce ne sont pas des vérités scientifiques, car elles ne sont pas réfutables. La pensée scientifique est une modalité particulière de la pensée rationnelle qui suppose que la vérité obtenue au terme de l’expérimentation puisse être contredite par une autre expérimentation. Par exemple la génération spontanée des êtres vivants a dû attendre le XIXème siècle pour être réfutée (par Pasteur et d’autres).
    Pour résumer : une causalité rationnelle peut absolument être intégrée à une pensée magique qui produit un discours sur le monde et l’humanité, ses origines et ses fins. Mais si l’on adopte la définition de la causalité magique que je donne dans le billet (celle de la parabole du coq qui chante et du soleil qui se lève), elle ne peut jamais être qualifiée de rationnelle. J’ai choisi cette définition de la causalité magique parce que c’est celle qu’adopte Girard pour décrire le mécanisme victimaire.

    C. Julien

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  9. « LA FOI ET LA RAISON sont comme les deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité. C’est Dieu qui a mis au cœur de l’homme le désir de connaître la vérité et, au terme, de Le connaître lui-même afin que, Le connaissant et L’aimant, il puisse atteindre la pleine vérité sur lui-même (cf. Ex 33, 18; Ps 27 [26], 8-9; 63 [62], 2-3; Jn 14, 8; 1 Jn 3, 2).
    (…)

    7. Au point de départ de toute réflexion que l’Église entreprend, il y a la conscience d’être dépositaire d’un message qui a son origine en Dieu même (cf. 2 Co 4, 1-2). La connaissance qu’elle propose à l’homme ne lui vient pas de sa propre spéculation, fût-ce la plus élevée, mais du fait d’avoir accueilli la parole de Dieu dans la foi (cf. 1 Th 2, 13). A l’origine de notre être de croyants se trouve une rencontre, unique en son genre, qui a fait s’entrouvrir un mystère caché depuis les siècles (cf. 1 Co 2, 7; Rm 16, 25-26), mais maintenant révélé: « Il a plu à Dieu, dans sa bonté et sa sagesse, de se révéler lui-même et de faire connaître le mystère de sa volonté (cf. Ep 1, 9), par lequel les hommes ont accès auprès du Père par le Christ, Verbe fait chair, dans l’Esprit Saint, et sont rendus participants de la nature divine ».5 C’est là une initiative pleinement gratuite, qui part de Dieu pour rejoindre l’humanité et la sauver. En tant que source d’amour, Dieu désire se faire connaître, et la connaissance que l’homme a de Lui porte à son accomplissement toute autre vraie connaissance que son esprit est en mesure d’atteindre sur le sens de son existence.
    (…)

    15. La vérité de la Révélation chrétienne, que l’on trouve en Jésus de Nazareth, permet à quiconque de recevoir le « mystère » de sa vie. Comme vérité suprême, tout en respectant l’autonomie de la créature et sa liberté, elle l’engage à s’ouvrir à la transcendance. Ici, le rapport entre la liberté et la vérité devient suprême, et l’on comprend pleinement la parole du Seigneur: « Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous libérera » (Jn 8, 32).

    La Révélation chrétienne est la vraie étoile sur laquelle s’oriente l’homme qui avance parmi les conditionnements de la mentalité immanentiste et les impasses d’une logique technocratique; elle est l’ultime possibilité offerte par Dieu pour retrouver en plénitude le projet originel d’amour commencé à la création. A l’homme qui désire connaître le vrai, s’il est encore capable de regarder au-delà de lui-même et de lever son regard au-delà de ses projets, est donnée la possibilité de retrouver un rapport authentique avec sa vie, en suivant la voie de la vérité. Les paroles du Deutéronome peuvent bien s’appliquer à cette situation: « Cette loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-delà de tes moyens ni hors de ton atteinte. Elle n’est pas dans les cieux, qu’il te faille dire: « Qui montera pour nous aux cieux nous la chercher, que nous l’entendions pour la mettre en pratique? » Elle n’est pas au-delà des mers, qu’il te faille dire: « Qui ira pour nous au-delà des mers nous la chercher, que nous l’entendions pour la mettre en pratique? » Car la parole est tout près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur pour que tu la mettes en pratique » (30, 11-14). A ce texte fait écho la célèbre pensée du saint philosophe et théologien Augustin: « Noli foras ire, in te ipsum redi. In interiore homine habitat veritas » — « Ne va pas au dehors, rentre en toi-même. C’est dans l’homme intérieur qu’habite la vérité ».21
    (…) »

    https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/encyclicals/documents/hf_jp-ii_enc_14091998_fides-et-ratio.html

    Il est nécessaire de lire Jean-Paul II pour comprendre Benoit XVI :

    « Espérons alors que notre engagement dans l’évangélisation aide à redonner son caractère central à l’Évangile dans la vie de tant d’hommes et femmes de notre temps. Et prions afin que tous retrouvent dans le Christ le sens de l’existence et le fondement de la liberté véritable: en effet, sans Dieu, l’homme s’égare. Les témoignages de ceux qui nous ont précédés et ont consacré leur vie à l’Évangile le confirment pour toujours. Il est raisonnable de croire, c’est notre existence qui est en jeu. Cela vaut la peine de se prodiguer pour le Christ, Lui seul satisfait les désirs de vérité et de bien enracinés dans l’âme de chaque homme: à présent, dans le temps qui passe, et le jour sans fin de l’Éternité bienheureuse. »

    https://www.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2012/documents/hf_ben-xvi_aud_20121121.html

    Benoit XVI, selon l’homonyme Chantre, était renseigné sur le travail de Girard :

    « Dans le Christ, c’est Dieu qui se fait victime, et non pas la victime (chez Freud, le père primordial) qui, une fois sacrifiée, va être ensuite élevée à la dignité divine (le Père des cieux). Ce n’est plus l’homme qui offre des sacrifices à Dieu, mais Dieu qui se sacrifie pour l’homme, en livrant pour lui à la mort son Fils unique (cf. Jean3, 16). Le sacrifice n’a plus fonction d’apaiser la divinité, mais plutôt d’apaiser l’homme et de le faire renoncer à son hostilité envers Dieu et envers son prochain.  »
    Raniero Cantalamessa, 2. 4. 2010

    Tout est accompli, et parfaitement, si nous exerçons cette capacité libre qui nous est offerte de suivre l’exemple d’amour, l’immanence horizontale de notre rapport équilibré à autrui définit par elle-même la verticale d’une transcendance qui n’est plus déviée par un orgueil vain et meurtrier, mettant en lumière le geste de confiance de la divinité qui nous offre d’en être ses signifiants, et alors attend de nous la confiante réciprocité d’un mimétisme alors dégagé de son désir de dominer.
    Oui, cela dépend de nous et c’est absolument extraordinaire de toute simplicité et de confiance, cette responsabilité énorme que James Alison sait si bien formuler et qui nous est offerte de s’abandonner à un sens inconnu mais qui nous invite à habiter ce qu’il a su nous transmettre :

    « 107. A tous, je demande de considérer dans toute sa profondeur l’homme, que le Christ a sauvé par le mystère de son amour, sa recherche constante de la vérité et du sens. Divers systèmes philosophiques, faisant illusion, l’ont convaincu qu’il est le maître absolu de lui-même, qu’il peut décider de manière autonome de son destin et de son avenir en ne se fiant qu’à lui-même et à ses propres forces. La grandeur de l’homme ne pourra jamais être celle-là. Pour son accomplissement personnel, seule sera déterminante la décision d’entrer dans la vérité, en construisant sa demeure à l’ombre de la Sagesse et en l’habitant. C’est seulement dans cette perspective de vérité qu’il parviendra au plein exercice de sa liberté et de sa vocation à l’amour et à la connaissance de Dieu, suprême accomplissement de lui-même. »(Ibid 1)

    Et pour conclure, en remerciement à l’accueil que Mme Orsini sait formuler envers nos errances, la conclusion mariale du pape polonais en hommage à l’image féminine est ici tout à fait indispensable :

    « 108. Ma dernière pensée va à Celle que la prière de l’Église invoque comme Trône de la Sagesse. Sa vie même est une véritable parabole qui peut rayonner sa lumière sur la réflexion que j’ai faite. On peut en effet entrevoir une harmonie profonde entre la vocation de la bienheureuse Vierge et celle de la philosophie authentique. De même que la Vierge fut appelée à offrir toute son humanité et toute sa féminité afin que le Verbe de Dieu puisse prendre chair et se faire l’un de nous, de même la philosophie est appelée à exercer son œuvre rationnelle et critique afin que la théologie soit une intelligence féconde et efficace de la foi. Et comme Marie, dans l’assentiment donné à l’annonce de Gabriel, ne perdit rien de son humanité et de sa liberté authentiques, ainsi la pensée philosophique, en recevant l’appel qui lui vient de la vérité de l’Évangile, ne perd rien de son autonomie, mais se voit portée dans toute sa recherche à son plus haut accomplissement. Cette vérité, les saints moines de l’antiquité chrétienne l’avaient bien comprise, quand ils appelaient Marie « la table intellectuelle de la foi ».132 Ils voyaient en elle l’image cohérente de la vraie philosophie et ils étaient convaincus qu’ils devaient philosophari in Maria.

    Puisse le Trône de la Sagesse être le refuge sûr de ceux qui font de leur vie une recherche de la sagesse! Puisse la route de la sagesse, fin ultime et authentique de tout véritable savoir, être libre de tout obstacle, grâce à l’intercession de Celle qui, engendrant la Vérité et la conservant dans son cœur, l’a donnée en partage à toute l’humanité pour toujours! »(Ibid 1)

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  10. Pensée magique et pensée scientifique.
    Foi et raison.
    Irrationnel et rationnel.
    Pensée sauvage et pensée civilisée.
    Pensée sacrificielle et pensée évangélique.
    Mythologie et sécularisation.
    Causalités finales et causalités secondes.
    Pourquoi et comment.
    Etc.

    Dans le désordre, voilà quelques termes du débat initié par Claude Julien. Que j’aimerais poursuivre un peu pour le plaisir de bavarder entre gens de bonne volonté et de bonne compagnie.

    Claude Julien a précisé sa vision des choses en estimant que si la pensée magique peut intégrer une forme de pensée rationnelle à ses « structures téléologiques », pour reprendre la formule de Ch. Orsini, à l’inverse on ne peut concevoir une pensée rationnelle intégrant de la causalité magique (ce qui, par parenthèses, est pourtant en train de se passer sous nos yeux dans nos sociétés hyper-techniciennes : mon neveu, pharmacien de son état, a fait le portrait astrologique de son bébé. Ce qui naturellement ne prouve rien.)

    Je l’ai déjà évoqué, mais il me semble que Claude Lévi-Strauss a déjà tenté de résoudre cette aporie, qu’il estime être le résultat de notre arrogance occidentale, pour rester poli.
    Il a consacré son livre de 1962, La Pensée sauvage, à montrer que cette pensée sauvage, loin d’être incohérente ou confuse, est tout autant fondée sur une rationalité que notre pensée qu’il appelle civilisée.
    Ce qu’on peut déduire du livre et de sa thèse, c’est qu’il y a là une constante anthropologique concernant la structure de l’esprit apparu dans le cerveau des membres de l’espèce Homo : elle serait caractérisée par l’émergence progressive d’une rationalité ( les capacités cognitives dont C. Julien parle dans son article, organisatrices du monde), dont la différenciation en caractère magique puis scientifico-magique puis scientifique puis scientifique expérimental, serait secondaire, du point de vue qui nous occupe.

    L’essentiel est de voir qu’il n’y a pas, au cours du temps et du point de vue anthropologique, opposition, dépassement ou abandon de ces caractères dénommés magiques, sauvages ou sacrificiels, mais plutôt fusion, unité ou coexistence au sein de chaque individu archaïque ou moderne.

    Je crois que c’est une erreur que de penser que nos sociétés occidentales « ont, un jour, ou un siècle, abandonné » la pensée magique. Une erreur ou plutôt une myopie : il ne faut pas oublier que l’occultisme et les pratiques magiques n’ont jamais été aussi développées qu’au siècle des Lumières ou pendant le siècle du positivisme, et il n’est que de penser à Hugo et ses tables tournantes ou au mage Sar Peladan et son prodigieux succès à la fin du dix-neuvième, parmi une myriade d’exemples, pour s’en convaincre. En bonne théorie structuraliste, il est évident qu’il fallait un grand développement de la science pour que des pratiques jusque-là dominantes voire exclusives, habituelles et reçues de tous deviennent, par opposition, son inverse.

    On peut en fin de compte penser que cette illusion d’un affaiblissement ou d’une disparition de la pensée magique dans nos sociétés occidentales est le résultat d’un tour de passe-passe des élites disposant du monopole de la parole, qui ont adopté, pour les domaines où elle était particulièrement efficiente – les techniques, l’économie, la recherche – la pensée et la science expérimentale et en ont fait une pensée unique. Et que l’ensemble de la société était en fait adepte de la rationalité comme les Russes étaient communistes au vingtième siècles ou les paysans médiévaux chrétiens, c’est-à-dire superficiellement et prudemment, voire pas du tout.

    Et ce à quoi on assiste aujourd’hui pourrait bien ressembler à un retour du refoulé, de ce refoulé de l’irrationnel consubstantiel à notre esprit, hypocritement nié par des élites qui s’y laissaient en réalité aller tout autant que la majorité de leurs concitoyens.
    On peut enfin penser que la toute-puissance de la science, exaltée par les médias et les institutions, est en fait vécue plus ou moins massivement comme une amputation de tout cette part « sauvage » de notre esprit, cette part sauvage qui a toujours constitué le socle anthropologique de l’être humain et qui prenait en charge les fins dernières.

    Alain

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    1. Je suis ravi de prolonger le dialogue ! Je rappellerai tout d’abord que les pharmaciens ne sont pas tous dotés d’un grand esprit scientifique (je le sais, j’en suis un au départ, j’ai mieux tourné ensuite) : p. ex., il y a des apothicaires qui vendent de l’homéopathie en croyant sincèrement vendre des substances douées de propriétés pharmacologiques, y compris ces fameuses dilutions où la probabilité de trouver une seule molécule de principe actif tend vers zéro… Bien sûr, nous avons eu cette belle supercherie (dévoilée) de la « mémoire de l’eau » (son inventeur, le Pr. J. Benveniste était directeur d’unité INSERM, médaille d’argent du CNRS ; que lui est-il arrivé pour sombrer ainsi ???).
      Dans mon billet, je parle en introduction de « la coexistence des deux modalités principales de la pensée humaine : la pensée magique […] et la pensée rationnelle… » Je précise ensuite la modalité de la pensée magique dont je me propose d’expliquer l’affaiblissement dans les sociétés occidentales post-chrétiennes : celle qui suit l’observation que le coq chante avant le lever du soleil. Personne sur ce blog ne croit que c’est le chant du coq qui fait se lever le soleil, pas plus que nul ne croit que si nous tuons tous ensemble un borgne ou un boiteux, nous allons anéantir la pandémie de covid19. Question indiscrète : êtes-vous vacciné ? Pardon, je vous taquine un peu, c’est l’esprit de Noël ! Sérieusement :
      Voici un extrait de l’expérience de Piaget publiée en 1925, expérience qui dans sa géniale simplicité, illustre parfaitement le type de pensée magique qui est l’objet de mon petit article :
      « On présente à l’enfant une pipette de 10 centimètres de haut sur 5 de large, pansue du milieu et effilée aux deux extrémités, lesquelles sont toutes deux percées d’une ouverture. On retire la pipette de l’eau en bouchant l’extrémité supérieure avec le doigt, mais en laissant libre l’extrémité inférieure. La pipette est ainsi remplie d’eau jusqu’à la moitié, mais l’eau ne peut tomber, quoique que l’ouverture inférieure reste libre.
      L’enfant, qui ignore les lois de la pression atmosphérique, est stupéfait de cette constatation et intéressé au plus haut point. On le place alors à 30 ou 50 centimètres de la pipette, et on lui dit : « Quand tu voudras que l’eau tombe, tu feras comme ça (on fait soit un petit geste de l’index, soit un geste de la main). » On peut ainsi émettre un son ou dire : « Ça y est », etc. Puis on fait l’expérience. Au moment où l’enfant donne le signal convenu, on soulève très légèrement l’index qui bouchait l’extrémité supérieure de la pipette et un peu d’eau s’écoule. Il convient naturellement de soulever l’index assez doucement pour que l’enfant ne se doute de rien. L’enfant est, en général, très étonné du résultat de son signal et recommence de lui-même à faire l’épreuve. On vide ainsi peu à peu toute la pipette et l’on demande à l’enfant pourquoi et comment l’eau est tombée. »

      Peut-être connaissez-vous cette étude ? Sinon, j’espère avoir éveillé votre curiosité. Le texte complet peut être trouvé ici :
      https://www.persee.fr/doc/psy_0003-5033_1925_num_26_1_6234

      « La part « sauvage » de notre esprit, cette part sauvage qui a toujours constitué le socle anthropologique de l’être humain », c’est la pensée magique sacrificielle, celle que la révélation anthropologique christique affaiblit depuis 2000 ans. Pour moi, j’aurais pu simplement dire la révélation girardienne. En fait, j’ai tjrs été hermétique à la pensée magique, avant même d’avoir lu Girard. La lecture de DCC m’a permis disons, de conceptualiser et d’exprimer. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire nous viennent aisément. La concision exigée par le format du blog me convient tout-à-fait. Il m’est même arrivé de pécher par excès de concision dans mes articles scientifiques. Ce qui semblerait être aussi le cas ici. Mais le pb tient à la vastitude du sujet. J’aurais peut-être dû commencer plus modestement sur un aspect précis et décliner en deux ou plusieurs articles, pour peu qu’on m’y autorise…

      C. Julien

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      1. Merci pour votre lien, au contenu effectivement fort riche et stimulant. En cette période de Noël, je vois un de mes petits-fils de presque cinq ans s’accrocher mordicus à l’existence du père Noël malgré les remarques perverses de son frère aîné qui en a huit…

        Nous sommes bien évidemment d’accord sur le fond, d’autant que, je crois, nous partageons une tendance marquée pour une lecture d’abord scientifique de Girard.
        Là où je me différencie (!) de vos remarques c’est sur le point de  » l’affaiblissement de la pensée magique dans les sociétés occidentales post-chrétiennes ».
        Et j’aurais tendance à rejoindre Hervé van Baren dans la réponse qu’il vous a faite:  » L’évolution historique vers toujours plus de pensée scientifique est un fait majeur, mais il y a une autre loi anthropologique : les crises sont intimement liées à une régression sacrificielle et à un retour de la pensée magique. C’est ce qu’on constate un peu partout sur la planète, sous des formes diverses : succès des médecines parallèles, des spiritualités new age, du complotisme, des leaders populistes qui désignent les responsables de la crise, de la multiplication des boucs émissaires, etc.”.
        Avec la nuance que « le retour de la pensée magique  » n’est pas un retour au sens de quelque chose qui réapparaîtrait après avoir disparu ; il s’agirait plutôt de son retour sous nos yeux qui jusque-là refusaient de la voir, ou la croyaient naïvement éradiquée.

        Alain

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  11. Alain, puis-je vous inviter à lire le commentaire que je viens de poster en réponse à C. Orsini, un peu plus haut ? Il y a là, je crois, qq éléments de réponse à vos remarques.
    Passez un bon Noël.

    PS Piaget m’a permis de comprendre comment j’avais pu cesser de croire au père Noël absolument sans douleur vers l’âge de 6 ans, il me semble !

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  12. Juillerat Daniel à
    Madame Orsini

    Ma dernière réponse s’étant perdue dans les nuages je récidive en la recopiant même si je prends la posture d’un enfant qui joue avec le temps…les temps…

    «j’en suis heureux (votre réponse du 23 à 15 h 29) et vous souhaite une relecture à la hauteur de votre envie.
    Joyeux Noël à vous et à tous lecteurs de ces lignes»

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  13. Ambiguïté très méchante, Ivan Illitch parle magnifiquement du fait que nous sommes tous les enfants d’une mère indigne, mais pas indigne de nous…
    Ceci dit pour apaiser le rapport à l’institution cléricale qui a permis, en amenant les textes jusqu’à nous, le développement girardien, celui qui rend possible le choix rationnel de la foi et notre capacité éventuelle de la vision inversée de l’institution, table autour de laquelle nous pourrions nous retrouver autour du mystère de nos vies, plutôt que système producteur d’une fausse vision de la grâce aliénatrice de l’espérance.

    À 7:39 et jusqu’à 11:54 :

    Et, en clin d’œil rieur aux patronymes qui, il faudra le reconnaitre un jour, ne sont qu’un masque comme les autres, je signerai : Le faux karamazov, dans la mesure où un personnage de roman pourrait être vrai, de Benoit Hamot, la vraie personne qui en notre récent conflit aurait su donner identité à ma réalité persécutrice, que je salue amicalement.

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    1. Oui, ce jour-là, puisque vous pensez pouvoir choisir les patronymes et changer de masque à votre guise, ce jour-là, vous auriez dû signer Stavroguine !

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      1. Ahah, voilà l’athée, religieux comme tout le monde, qui se démasque et pourchasse le diable !
        Si vous voulez connaitre mon patronyme, mon adresse mail personnelle est liée à chacun de mes envois. Vous confirmez la raison pourquoi jamais je ne révèle mon nom sur les réseaux, simple protection contre les malveillants, avec l’immense avantage d’éviter toute tentation de publicité personnelle.
        Je suis néanmoins heureux que vous ayez ici dérogé à votre loi en me faisant l’honneur de me répondre, me donnant l’occasion de préciser ce que vous n’avez pas compris donc mal pris.
        Comme à l’habitude, je laisse à plus grand que moi le soin de développer ce que les grands artistes ont offert à notre pillage pour notre édification, dessinant avec quel art la succession de Moi morts que recouvre nos patronymes :

        « Mais principalement parce que si notre amour n’est pas seulement d’une Gilberte, ce qui nous fit tant souffrir ce n’est pas parce qu’il est aussi l’amour d’une Albertine, mais parce qu’il est une portion de notre âme plus durable que les moi divers qui meurent successivement en nous et qui voudraient égoïstement le retenir, portion de notre âme qui doit, quelque mal, d’ailleurs utile, que cela nous fasse, se détacher des êtres pour que nous en comprenions, et pour en restituer la généralité et donner cet amour, la compréhension de cet amour, à tous, à l’esprit universel et non à telle puis à telle, en lesquelles tel puis tel de ceux que nous avons été successivement voudraient se fondre. »

        https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Proust_-_Le_Temps_retrouv%C3%A9,_1927,_tome_2.djvu/47

        Aussi, et avec malin plaisir, je continuerai à signer du prénom d’un personnage inexistant, mais que le génie d’un écrivain a su peindre par son art notre commune tendance à nous persécuter, n’espérant à l’habitude qu’une bénigne réciprocité.

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