France sous émeutes : crise du désir ?

par Joël Hillion

Les éclats de violence qui explosent en France en ce début d’été 2023 semblent incompréhensibles à beaucoup de nos concitoyens. Les « analyses » des consultants ressassées sur les médias, les « justifications » des sociologues dûment patentés ou autoproclamés, les apitoiements victimaires sur « la jeunesse abandonnée par la Société », et autres commentaires de « spécialistes des banlieues » passent, à n’en pas douter, à côté de l’essentiel. La chasse aux boucs émissaires (la police, le gouvernement, le Président lui-même !) montre qu’il s’agit d’abord d’une crise mimétique. Mais laquelle ?

La crise est effectivement mimétique et la méconnaissance qui l’accompagne recouvre, comme il se doit, la bonne compréhension que nous devrions en avoir.

Les violents, les casseurs, sont des jeunes gens à peine sortis de l’adolescence. Leurs motivations sont fondées sur un modèle virtuel : celui d’un individu sevré par les médias racoleurs, un être qui se veut autonome, sans attache, qui ne veut rien devoir à personne, qui prétend « se construire » tout seul, qui n’a tiré profit d’aucune forme d’éducation. Nous avons affaire à des « enfants téflon » sur lesquels rien n’accroche, des êtres au désir en panne, sans racines (qu’il s’agisse d’enfants d’immigrés ou de « petits Français » sans mémoire), ce sont des « affranchis » qui n’ont eu à se libérer de rien (d’où les énormes erreurs des « gens de gauche » qui en font les nouveaux « damnés de la terre »). Ce ne sont même pas des vrais pauvres : nos banlieues n’ont rien à voir avec les « cités d’urgence » de l’après-guerre, ni avec les bidonvilles du tiers-monde, elles sont parfois coquettes, et dire qu’elles sont des ghettos est une contre-vérité : n’importe qui peut en sortir à condition d’avoir le désir de voir « de l’autre côté du périph’ ». La misère des banlieues est avant tout morale. Et en cela, on peut dire qu’elle est générale !

Ces jeunes solitaires vivent agglutinés, en meutes, en bandes, souvent rivales ― il faut bien s’opposer pour se sentir exister ―, selon des modes d’expression culturelle qu’on peut qualifier de « tribale » (« Tir’toi, t’es pas d’ma bande ! »). West Side Story, c’était magnifique ; mais la réalité que l’on voit est bien plus sinistre.

« Décivilisés », « ces enfants perdus de la République » n’ont pas de rites établis et s’en inventent de violents : rodéos motos, tatouages « rituels », rassemblements informels sans référence, dans le bruit et la drogue. Ils ne « fabriquent » du lien qu’à travers des réseaux sociaux, ce sont des liens virtuels, jamais authentiques, pour des rencontres sans finalité, sans projet, si ce n’est un passager accès de haine, traduite en violence aveugle. Leur jeu favori est la « vanne », toujours pour se sentir exister. Ils n’ont pas de désirs vrais et se plaignent qu’« on ne fait rien pour eux » : pour des autonomes qui n’écoutent qu’eux-mêmes, la contradiction est poignante ! C’est qu’« on » ne leur a pas appris les bons désirs, « on » ne leur a donné que des envies, des besoins factices dont la satisfaction n’est rien, « on » a excité leur « manque d’être » en leur laissant croire qu’ils pouvaient le combler dans l’achat d’objets jetables ― d’où leur obsession de l’argent, celui qu’ils n’ont pas ou qu’ils « gagnent » par des voies détournées (illégales, coupables, mafieuses).

À la place de désirs vrais, ils ont des ressentiments, ils éprouvent une jalousie tenace pour ceux qui vivent « de l’autre côté du périph’ ». Ce sont typiquement des exclus qui revendiquent leur statut d’exclus, non conformes ― mais, conformes à quoi ? Ils ne le savent pas.

Les soubresauts violents, qui viennent exciter leur existence insignifiante n’ont même pas de sens. Leur violence n’est fondatrice de rien. Faute de désirs vrais, il leur reste des petits délires éruptifs, aussi vains que ceux que les « spécialistes » inventent en déplorant leur environnement, leurs conditions de vie et autres excuses « sociales ». En accusant le milieu, le monde extérieur, la société, « on » évite d’évoquer le vide sidéral dans lequel tous nous vivons. Car ce monde sans horizon, sans transcendance, morne et plat, triste en un mot, c’est le nôtre !

51 réflexions sur « France sous émeutes : crise du désir ? »

  1. Meute, agglutinés et j’en passe.
    Attention la théorie mimétique n’est pas une théorie du mépris de classe.
    Vous remarquerez tout de même que ces émeutes sont de plus en plus fréquentes dans la France de Macron.

    Je vous rappelle également que Jésus fût jugé comme émeutier et condamné au milieu d’émeutier.
    Quand au fait que vous pensiez que les cités soient coquette je pense que vous êtes vraiment vraiment hors sol.
    Il faut que vous allier regarder par exemple les vidéos de David Guiraud sur les problèmes de l’habitat dans les banlieues de Tourcoing.

    Certes ils ne vivent pas dans des bidonvilles mais on est vraiment pas loin et ce sont des ghettos parfois très loin du centre ville.
    La notion de vrai désir doit faire rire Girard de la haut. L’avez vous vraiment lu???
    On peu parler de désir honnête mais vrai désir??

    Bon quand au plan banlieue c’est du n’importe quoi. On parle de 12 milliard sur les 10 dernières années. Qui ne sont pas que du à l’état.
    On pourrait également dire que la redistribution sociale par exemple pour les habitants du 93 est plus faible que sur tout le territoire !!!
    2100 euros par hab en moyenne quand la moyenne sur le territoire c’est 2600 !!
    Voilà.
    Mais surtout disons que ce sont des bêtes sans vrai désir. Vous ils sont vrai vos désirs?

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    1. Je ne réponds pas aux messages anonymes, qui ne devraient pas avoir leur place ici à mon avis : je l’ai déjà dit. Mon propos est donc général. On pourrait, à la suite de Mr Mélenchon et de ses militants, excuser la violence des pauvres, comme celle de ce gamin qui roulait en Mercedes jaune… Mais l’expérience montre que plus la population d’un pays est pauvre, plus la loi est ferme. C’est l’expérience du Mali qui me l’a fait constater de visu : on y évoquait alors, par métaphore, le « paragraphe 320 » : 300 francs (cfa) pour obtenir1 litre d’essence + 20 francs pour une boite d’allumettes. Lorsqu’un homme vole un fruit sur un marché ou un stylo de la poche d’un touriste (c’est arrivé), la foule rassemble cette somme pour asperger le coupable avant de l’enflammer. Le pays n’avait pas les moyens d’entretenir des tribunaux ou des prisons (les murs de la prison de Mopti s’étaient écroulés, les « prisonniers » venaient narguer les gardiens qui se tenaient encore sur le seuil…). C’est une triste réalité que je me garderai bien d’approuver, mais elle montre un phénomène inverse à ce qui prévaut dans notre pays : ici, la pauvreté provoque la pitié des bonnes âmes qui préconisent l’aménagement des logements, les associations subventionnées, les écoles aménagées, etc. Or on constate avec étonnement que ce sont précisément ces aménagements publics qui sont détruits en priorité. On en conclura, en toute objectivité, que ce n’était pas la réponse attendue. C’est d’ailleurs dans ces quartiers que la voix de la fermeté, portée par le Rassemblement National, rencontre le plus de succès. Daniel Lance, éducateur spécialisé d’élèves délinquants à Marseille et girardien convaincu, constatait dans un livre portant sur son expérience (Vous avez dit élèves difficiles ? L’Harmattan), que ses élèves de retour du « bled » algérien où ils avaient passé leurs vacances, exhibaient fièrement les cicatrices des coups de fouets qui leur avaient été dispensées suite à leur comportement inadapté… Il en déduisit que la sanction doit être adaptée à la personne, ce qui inclut son milieu culturel. Certains m’accuseront sans doute de mettre en cause l’immigration, le laxisme des institutions, etc. et de reprendre ainsi le discours du RN : ce n’est pas du tout le cas. Ce que je mets en cause, c’est l’acharnement des bien-pensants à ne pas vouloir prendre en compte la réalité. Avant de risquer une réponse adaptée à une situation donnée, il est en effet conseillé de la regarder en face, y compris dans ses aspects les plus déplaisants, ceux qui mettent en cause notre confort moral, notre bonne conscience. C’est difficile, je sais…

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      1. Bon monsieur je m’appelle Ivan cela vous fait une belle jambe.
        Oui je suis admirateur de Girard et vous répondez à ma réponse anonyme qui vous gêne.
        J’aimerai tout de même que vous nous rappeliez les scores du RN dans les cités?
        Ils dépassent rarement 8%!!!!
        A Nanterre le RN c’est pas 10%!!!

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      2. Voici donc le réel sur le plan banlieue . Selon monsieur Emanuel Lechypre horrible gauchiste de BFM TV (évidemment c’est faux il soutiens le patronnat comme la corde le pendu)
        J’espère que cela ne vous fera pas trop mal aux oreilles !!!

        On ne peut pas s’improviser spécialiste es banlieue sans les avoir connu comme c’est le cas de beaucoup de politiques et de blogueurs ici.

        Ivan H !!!

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  2. Voici une description précise, véritable et tragique de la situation. En pointant l’inanité des analyses des prétendus intellectuels (sociologues, « spécialistes des banlieues », gurus d’associations….), Joël Hillion trace en creux leur méconnaissance des mécanismes mimétiques qui conduisent à la violence, et donc de l’hypothèse fondamentale proposée par Girard.
    Plus que jamais nous avons besoin de la théorie mimétique pour comprendre comment la violence des uns (la police ou ceux qui s’opposent à la loi, et donc à la police) conditionne celle de leurs adversaires. Il est donc aussi vain d’accuser l’un ou l’autre d’être à l’origine de la violence que de chercher à déterminer « qui a commencé » dans une dispute de cour de récréation
    Bien entendu, la montée aux extrêmes vue sous cet angle mimétique, c’est à dire cette vision en miroir, ne conduit pas à mettre sur le même plan d’égalité « les délinquants » et « la police », puisque la police a pour fonction de faire respecter la loi, et donc représente la collectivité et l’État, et que la seule façon de faire cesser la violence, c’est d’établir et de faire respecter la loi. Et l’on se rappellera à ce propos la pensée si mal interprétée de Carl Schmitt. Pour conclure, je reprends à nouveau (après « Comment finir une guerre », publié en réponse à J-P Dupuy) cette citation de Girard et son commentaire :
    « C’est le système judiciaire qui écarte la menace de la vengeance. Il ne supprime pas la vengeance : il la limite effectivement à une représaille unique dont l’exercice est confié à une autorité souveraine et spécialisée dans son domaine. Les décisions de l’autorité judiciaire s’affirment toujours comme le dernier mot de la vengeance. »
    Il est intéressant de remarquer ici que le dictionnaire indique que représaille n’existe pas au singulier. Les représailles : ce pluriel rendu obligatoire par les règles de l’orthographe dit tout de la réciprocité mimétique et de l’impossibilité d’en sortir.

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    1. Mais allons donc.
      C’est faux on parle d’escalade et de désescalade de la violence.
      Les polices du monde connaissent toute ces doctrines et connaissent assez bien les phénomènes de foule !!!
      Et vous savez quoi ?
      La Police Française et la doctrine du maintien de l’ordre à la française pointée du doigt par nombre d’Ong l’ONU Amnesty n’est pas un tout une doctrine de la désescalade.
      Il faut donc conlure l’inverse de vos affirmations qui semblent mesuré mais ne sont qu’un langage de peur.
      La police française encourage la violence mimétique.

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  3. Lu dans Le Monde du 4 juillet, article « Émeutes urbaines : Emmanuel Macron tente d’échapper à la surenchère politique » :
    « Mais une tranchée se creuse entre un supposé camp de « la justice », en soutien de Nahel M., au point de ne pas condamner les pillages et les destructions, et celui de « la police », qui croit défendre l’institution policière en prenant parti pour l’auteur du coup de feu mortel. »
    Ou l’on voit clairement – si l’on peut dire – comment la montée aux extrêmes débouche sur une inversion des pôles, ou selon la terminologie girardienne : une indifférenciation mimétique. « Le supposé camp de « la justice » » défend implicitement des comportements hors-la-loi, et « la police » prend le même parti, à la fois opposé et semblable à celui de ses adversaires.
    Caractéristique est également l’emploi du mot « tranchée », ouvrage qui connait un renouveau inattendu en Ukraine. Mais une tranchée ne se situe pas « entre » les adversaires : ils sont dedans. Triste préparation à la tombe. La version comique du phénomène se rencontre dans certains dessins animés, où deux adversaires armés de gourdins s’enfoncent mutuellement dans le sol en se frappant à la tête, comme s’ils étaient des clous.

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    1. Hum. Il me semble que vous êtes très simpliste et rendez les choses binaires.
      Ecoutez donc le discours de Melenchon.
      Vous verrez qu’il condamne. Mais pas comme vous!!!
      Il fait preuve de charité.
      Vous connaissez?
      La Justice ne peut se faire sans contexte!!

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  4. La violence croissante des poussées de fièvre populaires semble étonner tout le monde. Joël Hillion nous rappelle qu’avec l’éclairage de la théorie mimétique, elle est parfaitement prévisible.
    Les « Y’a qu’à » de la classe politique et des spécialistes se heurtent à la réalité historique. En déconstruisant les structures traditionnelles, nous nous sommes interdit, de plus en plus, la possibilité d’une résolution sacrificielle des crises. Le gouvernement n’ose même plus décréter un couvre-feu. Chaque geste de la police est scruté et toute bavure prend des allures de scandale planétaire. La justice a perdu son pouvoir dissuasif. Les anarchistes d’opportunité constatent que plus leur rage destructrice augmente, moins elle rencontre d’obstacles. La tentation d’une réponse musclée réveille en nous des images de régimes politiques de sinistre mémoire.
    Le rêve progressiste d’une société pacifiée s’envole, le cauchemar d’un ordre autoritariste revient nous hanter. Et, soyons clair, il n’y a pas de solution intermédiaire. Pas au niveau politique, en tout cas.
    Quand on a limé les griffes de la violence qui faisait sens, il ne reste que l’autre, qui ne peut que croître. Merci de nous rappeler cela.

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    1. Ah ok. Tout fout le camps monsieur.
      Non sérieusement les émeutes ont explosé et particuliérement en France depuis la fin du pacte social d’après guerre qui voyait communistes et Gaullistes s’entendre ainsi qu’une attention toute particulières aux corps intermédiaires syndicat associations.
      Terminé désormais il n’y a qu’a voir le mépris (excepté pour les syndicats policiers) que notre gouvernement porte à ces corps intermédiaires.
      Enfin j’espère monsieur Von Baren que vous êtes riche car sinon vous bottez contre votre camps.

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    2. Hervé exprime clairement deux pensées efficaces sur le sujet difficile sur lequel les « spécialistes » de la télé pataugent.
      La première, c’est qu’en « déconstruisant » et en « revisitant » tout et son contraire à tour de bras depuis des années, les intellectuels ont préféré les agréments de la virtuosité à la sévérité de la rigueur. Ils ont étourdiment anéanti « la possibilité d’une résolution sacrificielle des crises « comme l’écrit excellemment Hervé.
      Et la seconde, c’est que « le rêve progressiste d’une société pacifiée s’envole », comme l’écrit encore Hervé, excellemment comme toujours.
      Ma seule réserve sur le commentaire d’Hervé tient à la crainte qu’il dit avoir qu’un « ordre autoritariste » revienne « nous hanter ». Car pour moi, le retour de cet ordre ne nous « hante » pas : il nous menace proprement. L’adroite sobriété de Marine Le Pen sur le sujet et le maladroit caudillisme de Jean-Luc Mélenchon ne laissent aucun doute les convulsions qui ont commencé appellent le retour d’un ordre qui devra être ferme.

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  5. Hervé, quelques détails me gênent dans ta réponse. L’affirmation : « il n’y a pas de solution intermédiaire. Pas au niveau politique en tout cas » entre l’ordre sacrificiel violent et « le rêve progressiste d’une société pacifiée », et ce qui en découle : « Quand on a limé les griffes de la violence qui faisait sens, il ne reste que l’autre, qui ne peut que croître. » Cela me semble ambigu, bien que cette seconde affirmation puisse rejoindre ma pensée, que je vais tenter d’exprimer ici.
    Ambiguïté; car j’entends ici ta thèse eschatologique récurrente au sujet d’une apocalypse à venir. Elle soulève des questions redoutables, car n’interdit elle pas toute action concrète, qu’elle soit politique, religieuse, judiciaire ou de médiation ? La question des émeutes récurrentes qui agitent régulièrement les sociétés libérales ne peut-elle être appréhendée de façon plus nuancée, moins dramatique, et surtout moins mystique ?
    Il me parait évident que la rencontre entre des structures sociales traditionnelles, cimentées par la violence collective, et la société libérale, qui s’élabore peu à peu sur une base judéo-chrétienne, crée certains malentendus, et notamment parce que cette fondation libérale est occultée (laïcité oblige… : voir mon article proposé : « Pour une économie franciscaine »).
    Nous obtenons ainsi, d’un côté, « le sanglot de l’homme blanc » (Bruckner, 1983) qui ne cesse de s’accuser de son passé colonial, de l’autre la violence des anciens colonisés, qui saisissent la perche qui leur est tendue afin de frapper ceux-là même qui les servent (policiers, pompiers, professeurs, élus locaux…) en se laissant bravement accuser de tous les malheurs qui secouent la pauvre humanité. Accusations répétées ad nauseam par tous ces intellectuels en chaire brocardés par Bruckner (sociologues, etc.).
    La solution n’est pas simple, mais elle commence par une prise de conscience des différences culturelles et des demandes exprimées : car tout acte de délinquance est un appel à l’ordre, c’est-à-dire exige une réponse qui, lorsqu’elle est continuellement repoussée, encourage la réitération de la question posée avec une insistance croissante ; ce qui se traduit par toujours plus de violence. Tout éducateur, tout juge sait cela; et Antoine Garapon a su en témoigner bien mieux que je ne le puis.
    Pour autant, la nécessaire réponse pénale dans un environnement libéral, c’est-à-dire au sein d’un État de droit, ne souffre aucune comparaison avec « les griffes de la violence qui faisait sens » dans le contexte des sociétés organisées autour du sacrifice, c’est-à-dire du mécanisme de bouc-émissaire, qui suppose l’innocence de la victime.

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    1. La réponse eschatologique ne peut se faire que dans la parousie.
      Et vous savez quoi?
      C’est pas le petit peuple style celui des émeutiers qui traque le christ mais les autorités religieuses.
      Précisemment celle qui veulent un retour aux réponses sacrificielles comme monsieur Van Baren.

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    2. Benoît,

      Tu dis : « la nécessaire réponse pénale … au sein d’un État de droit, ne souffre aucune comparaison avec « les griffes de la violence qui faisait sens » ». Eh bien si, justement, elle souffre la comparaison. Parce que cette réponse pénale est adaptée lorsqu’elle concerne une société dans laquelle le nombre de transgresseurs est limité ; mais nous faisons face à une multiplication des actes hors-la-loi, en même temps qu’à une révélation de l’étendue de certaines violences criminelles, notamment sexuelles. Les statistiques sur le viol, la pédophilie, l’inceste montrent bien que la justice de l’état de droit a été impuissante à arrêter cette violence. D’un point de vue girardien, on dira plutôt que la justice était à la pointe d’un système sacrificiel qui tolérait ces crimes, se contentant de faire un exemple de temps en temps.
      La justice pénale classique est complètement débordée par ces phénomènes. Nous nous retrouvons devant l’impossible choix entre appliquer la loi, auquel cas il faudrait transformer quelques grandes villes en prisons ; ou renoncer à punir, autrement dit le laxisme qui ouvre la porte à encore plus d’actes criminels. Le seul constat qui fasse sens est celui de l’impasse. Il n’y a pas de solutions au sens classique du terme, simples ou compliquées. C’est à un changement de paradigme complet que la situation actuelle appelle. Or du point de vue politique, le constat est là aussi accablant. A gauche on continue à fustiger un état violent, alors que les récents événements ont surtout fait apparaître le laxisme et l’impuissance des autorités ; à droite on fustige cela, sans admettre que la réponse sécuritaire nous ferait revenir plusieurs siècles en arrière et ne ferait qu’attiser le feu.
      Le fait que personne n’ose faire ce constat a tout à voir avec la pensée apocalyptique de Girard. Ce n’est pas de raison qu’il est question, mais bien de l’impossibilité de penser la crise, lorsque celle-ci atteint le point de non-retour.
      Mais encore une fois, tout cela est écrit ! Et la « solution » aussi !
      Je conseille aux lecteurs du blogue ce « lâcher prise », cet abandon ; il est à la fois terriblement anxiogène, parce qu’il nous met face à un futur sans horizon, ; mais il est aussi formidablement libérateur. Nous pouvons enfin arrêter de « faire », de porter sur nos épaules le poids du monde. C’est une condition pour pouvoir changer notre monde intérieur, et il n’y a que par une transformation intérieure, individuelle, librement choisie, que nous pourrons sortir de la crise. Je ne fais que dire avec d’autres mots ce que René Girard et Benoît Chantre disaient il y a déjà plus de 15 ans. Il n’y a là ni lâcheté, ni fatalisme, parce qu’il n’est évidemment pas question de ne rien faire, d’attendre la fin du monde en se lamentant. Nos actes, nos engagements, doivent être dictés par une conscience supérieure, sans quoi ils participeront fatalement à l’embrasement.

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      1. Cher Hervé. Je suis évidemment en profond désaccord avec la vision désespérée que tu dessines (« futur sans horizon », « point de non-retour »…), et surtout avec ton appropriation et ton interprétation douteuse de la pensée de Girard, ce fameux « schéma apocalyptique » qui te sert de trame unique, et que tu projettes sur tout texte et tout évènement qui se présentent à toi… Cette position surplombante théologique n’est pas la mienne : « Nos actes, nos engagements, doivent être dictés par une conscience supérieure », parce que je crois au contraire que la vérité qui produit les changements sociaux vient d’en bas : la prostituée face à Salomon, l’étrangère insultée par Jésus, le gérant expulsé sans procès par les employés et leur maître. Ces personnages bibliques osent dialoguer avec Dieu, et le font changer d’avis : c’est cette absence de toute hiérarchie entre les hommes, et entre l’homme et Dieu, qui différencie le judéo-christianisme de toutes les autres religions.
        La réalité, c’est que nous supportons de moins en moins la violence, qui pourtant ne cesse de diminuer dans le temps long, à la faveur précisément de la Révélation judéo-chrétienne. Ou si l’on préfère une version laïque et scientifique : en raison de l’évolution que la théorie mimétique explique par ce mécanisme de substitution au sacrifice humain, qui caractérise l’humanité. Ou autrement dit encore : par ces phénomènes complexes, en constante évolution, que la théorie morphogénétique de Girard parvient à expliquer à partir d’une hypothèse d’une extrême simplicité (comme le dit Michel Serres : Girard est le Darwin des sciences humaines).
        Quant à dire que la justice est « à la pointe d’un système sacrificiel », c’est évidemment l’inverse qui est vrai : la mutation s’est opérée à travers le jugement de Salomon, où il est montré une intention première sacrificielle qui se transforme, grâce à la « vraie mère », en ce que nous appelons désormais « rendre la justice ». Le système sacrificiel (mettre à mort un innocent) a donc été abandonné en la matière, et ce depuis fort longtemps. Ce qui n’exclut pas la possibilité de retours en arrière provisoires, notamment à travers l’Islam, le marxisme léniniste et son rival mimétique fasciste et nazi (Nolte), certains fondamentalismes de tous poils (orthodoxe, écologiste, cosmiste…)
        Si Girard tenait jusqu’à la fin à son interprétation an-historique de l’Apocalypse avec une grand A, ou si Dupuy tient à son « catastrophisme éclairé », ce n’est pas dans l’attente de je ne sais quel « lâcher prise » dans le berceau de la Parousie, mais bien au contraire pour que nous prenions conscience de la réalité, et que nous réagissions afin d’éviter le pire.
        Sur la diminution objective de la violence à travers les siècles, lire « Le sentier de la guerre » de Guilaine et Zammit. Ces auteurs avait fait parvenir un exemplaire à Girard (qui est cité), et il m’avait dit partager lui-aussi leurs analyses avec enthousiasme.
        Sur Salomon, je me suis déjà exprimé, sur l’apocalypse aussi, et il est vrai que mon interprétation apparait en désaccord avec Girard sur ces points, mais je pense néanmoins que ce désaccord n’est qu’apparent, porte sur des détails, et que sur le fond, nous pensons ensemble à partir de la même base théorique : la théorie mimétique qui, comme il le dit lui-même : « ce n’est pas moi qui l’a faite, c’est elle qui m’a fait » (je cite de mémoire). Je me sens donc libéré de toute idolâtrie envers le maître, qui comme tout homme, a pu se tromper, précisément parce que je peux dire aussi qu’en matière intellectuelle, c’est la théorie mimétique qui m’a formé. Une théorie continue à exister hors et au-delà de son créateur.

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      2. intéressant ce débat sur l’exploitation de la théorie mimétique de R.G. – deux thèses s’affrontent et revendiquent l’héritage du Maître. Celle qui privilégie l’action du bas et celle qui oriente sur une transcendance – toute les deux sur fond de séquence biblique: le jugement de Salomon. Au moins c’est clair désormais.

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      3. Oui mais c’est l action du bas qui amorce une transcendance. La haut et le bas percolent écrit Michel Serres. Comme la mouture et la vapeur d’eau produisant du café.

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      4. Ou autrement dit c’est la saveur de la relation entre dieu et l homme ( rabbin kryger) qui est relatée dans la bible. C est cela qui est transcendantal. Relation et non soumission (sens du mot islam).

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  6. Merci pour cette analyse sans concession sur les évènements violents qui ont tétanisé notre pays.

    Justesse du propos sur l’absence de désir conduisant à l’absence totale de perspective pour ces jeunes et sans doute pour des moins jeunes.

    On aurait envie de dire et alors? Que faire? Diffuser ce genre d’ analyse pour inciter à la réflexion et faire émerger le besoin vital d’une référence hors de la personne. Transcendance – sens du bien commun au sens développé par le père Gaston Fessart (S.J.) le désir mimétique avec R.Girard qui redeviennent prophétiques.

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  7. La vérité du désir est un mensonge meurtrier.
    Hors de cette réalité, il n’y a qu’insignifiance qui nous concerne tous.

    Depuis combien de temps laisse-t-on se développer les systèmes parallèles dans nos sociétés malades ?

    https://www.lesechos.fr/weekend/business-story/en-france-le-trafic-de-drogue-en-cinq-chiffres-stupefiants-1389079

    On comprend que les dealers légaux ne veulent pas de cette concurrence au pré carré des accoutumances :

    https://www.sante.fr/le-poids-economique-et-culturel-de-lalcool

    Voilà de quoi engraisser l’industrie pharmaceutique :

    https://www.santepubliquefrance.fr/docs/les-consommations-de-medicaments-psychotropes-en-france

    Continuons donc à nous shooter au kiravi de tous les fachos, au pendule de tous les superstitieux, aux tests de QI de tous les fascistes rejoints désormais par tous les ceux qui pourtant jadis les contredisaient, on ne saura qu’ajouter de la violence à la violence plutôt que de faire face à la réalité de notre pathologie sociale, dont le moteur est la production de boucs émissaires et qui nous livrent à cet ennemi qui n’est que nous-mêmes en notre incapacité à s’occuper les uns des autres.

    Voilà qui a fort peu à voir avec une quelconque morale que les progressistes comme les conservateurs peuvent se carrer où je pense, riches et pauvres se jetant à la figure les invectives du commerce électoral qui finit par offrir les responsables politiques à la même dérive universelle désormais mondialisée, à la merci des systèmes totalitaires dont nous savons pourtant qu’ils ne sont qu’une industrie du meurtre institutionnalisé.

    Tant que chaque individu sur cette terre ne sera pas éduqué à borner l’exercice de sa liberté par le souci du plus faible, la force de la communauté ne saura s’exercer que contre elle-même, les libéraux rejoignant les totalitaires dans le déni de leurs accoutumances, qui préfère encore désigner ennemi plutôt que soi-même envisager à savoir s’en libérer, rivaux somnambules enfermés aux prisons d’une même dénégation, flic qui tue comme ange déchu allongés au lit barbare de l’étreinte létale des progressistes avec les conservateurs.

    Gilets jaunes comme racaille adolescente brûlent au milieu des institutions en flammes quand l’élu par deux fois propose la seule solution pérenne qui serait d’ouvrir les yeux et arrêter de prêter à d’autres nos dénégations d’Occidentaux shootés à l’illusion d’une dominance perdue, d’enfin trouver une solidarité plutôt que de continuer à se diviser jusqu’aux extrêmes qui nous offriraient au fantasme ultime des guerres civiles.

    Les Ukrainiens doivent se sentir bien seuls face aux héros des opinions occidentales du caddy et des supermarchés incendiés qui ne rêvent plus que d’une chose, vendre leur liberté par incapacité à savoir l’exercer sans désigner des responsables autres qu’eux-mêmes à leur propre démission.

    Nous ne pouvons plus désormais nous accuser les uns les autres d’avoir engendré le pire, ne nous reste à présent qu’à enfin entendre un président français qui propose de cheminer ensemble pour ensemble mieux s’occuper des enfants.

    Chacun admettra-t-il de mesurer ses propres détestations, qui sont du même ordre que les jacqueries auxquelles nous assistons, d’autant plus dommageables qu’elles proviennent des plus éduqués, alors que leur éducation devrait les obliger à l’apaisement plutôt qu’à l’expression barbare des frustrations du ressentiment ?

    Le fait que le centrisme soit au pouvoir est un symptôme dû à l’incapacité des partis dominants à avoir su assurer leur autorité.
    Il est donc faux de faire du symptôme les causes de l’échec qui concerne chacun, l’heure est à l’indispensable conciliation.
    Il faudra pour cela renoncer à cette morale des invectives qui n’est qu’accoutumance au meurtre déguisé, ôtant aux dealers l’exercice de la force barbare, assumant enfin la révélation ultime du mensonge du désir dont le déchainement n’est encore et toujours dû qu’à la révélation de son obsolescence parfaitement signifiée.

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    1. Aujourd’hui le centrisme grosso modo c’est le programme économique de Pinochet. Pas ce que j’appel le centre.
      Pour moi De Gaulle était centriste.
      Le centrisme actuel a bien plus avoir avec l’extrême droite des années 70 qu’avec un quelconque centre.

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      1. Vous avez raison, grosso modo(…), Macron est donc le plus fidèle héritier du gaullisme, qui n’attend que vous modériez vos alacrités pour permettre une concertation qui laisserait de côté les détestations haineuses du ressentiment.
        Vous êtes le bienvenu.

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    2. Monsieur je ne suis pas haineux je suis lucide et j’appel un chat un chat.

      (traiter son prochain d’abruti c’est haineux et c’est ce que je lis lorsque je lis ce blog honteux).

      La blague.

      C’est quand même fou.

      1)
      Pour De GaulleVous ne pouvez avoir raison que dans une optique éléctorale et en oubliant sciemment l’abstention record en France. Si Macron était centriste il aurait mené une politique avec ceux qui ont voté pour lui a savoir la gauche.

      A quoi économiquement ressemblait l’économie Gaulliste?

      La vérité est un concept gênant pour certain ici.

      Tout d’abord c’est une alliance du programme du PCF et de la droite de l’époque (minoritaire au sein de CNR faut il le rappeler).
      C’est une politique sociale avec d’immense pan de l’économie nationalisé !!!

      D’ailleurs le patronat l’a dit dans les années 2000 la disparition du PCF et surtout des Gaullistes au sein de la droite était une aubaine pour eux.

      2)
      Oui je conteste l’idée de vrai désir. (qui n’existe pas chez Girard)
      Oui je conteste l’idée de réduire une population à sa médiocrité comme si il n’y avait aucun précédant.

      Quand il n’y a pas de langage sur une colère pas de mots cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de coeur !!!

      Ce blog est raciste.
      Acrimonieux.
      Méprisant.
      Bref tout ce que vous voulez voir dans ma bouche.
      Jamais vous ne fûtes insultés.
      Je remarque juste votre positionnement de plus en plus droitier et selon moi de plus en plus absurde.
      Positionnement de pharisiens qui plus est ultra menteur.
      Coment oser dire que les banlieues françaises sont coquettes !!!
      Allez y vivre !!!

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      1. La réconciliation, condition nécessaire et suffisante pour accéder à la paix, invite chaque entité, dans la mesure où elle renonce aux invectives de ses désirs dominants, à son élaboration.
        À l’endroit du péril, apparaît ce qui sauve avec exactitude, chacun est bienvenu à cette contemplation.
        Aliocha

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  8. Légitimation de l’extrême droitisation de la société par le mythe de la politique de la ville.

    Voici comment pourrait s’intituler l’article. Ci dessus.

    Les émeutes actuelles seraient purement gratuites et aucun événement ne les a précédés. Les émeutiers se livreraient au mime de désir faux contrairement aux bourgeois de l’Arm qui eux se livreraient quotidiennement à l’exercice de désirs vrai .
    ( les Pharisiens et les philistins sont des grands spécialistes du vrai désir notion que Girard méconnaît durant toute sa carrière puisqu’il dit qu’aucun désir n’est authentique).
    Donc le meurtre suite au mensonge de la police et des médias ne l’oublions pas n’aurait rien à voir avec les débordements de violence. Le fait que depuis 2 ans les morts suite à des refus d’obtempérer n’affecte exclusivement que des jeunes de banlieues n’a rien avoir avec l’émeute. Bon.

    Imaginon que les Gérards sans permis de la FNSEA (et c’est le cas dans les campagnes croyez moi) soient tiré comme des lapins à chaque refus d’obtempérer, il est fort probable que nos préfectures nos gendermeries de campagnes et nos centre villes ne seraient pas en bien meilleur état qu’aujourd’hui. Ils sont certes moins nombreux mais ils ont prouvé à de nombreuses reprise leur capacité de nuisance.

    Puis nous apprenons que les habitants des banlieues vivent dans le confort absolu (coquet nous dis t’on). Et c’est avec sérieux qu’ici certain commentateurs viennent nous dire que cet article est rigoureux. On parle des milliards de la politique de la ville etc etc… Reprenant les argumentations d’Eric Zemmour qui regrette l’âge des mythe nationaux ce qui est souvent le cas des gens qui haïssent les fameux déconstructeurs quand Girard vouait une admiration sans borne à Derrida !!!

    L’éducation. Comment dire. La question de l’éducation des gilets jaunes ne s’est jamais posée !!! Jamais !
    Souvent les lycées et collèges de banlieue sont sous dotés les professeur français sont quasiment les plus mal payés d’Europe, et nous n’y retrouvons que les plus jeunes et les plus expérimentés. On se demande alors pourquoi les fins de carrières ne veulent pas s’installer à Mantes la jolie ou à Clichy sous Bois ???

    Quand au fait qu’ici vous disiez en permanence que vous ne faites pas de politique… Sérieusement l’article ci dessus est digne de rivarol de Minute malheureusement il est fort probable que son auteur se considère comme centriste.
    Il ne l’est pas.
    La France se déporte à l’extrême droite et l’association des admirateurs de Girard entraîne ce penseur à l’extrême droite en faisant fi de sa pensée !!!
    Puisque si Girard se pose des questions sur la foule la meute et la condamne il ne justifie aucunement l’institution elle même héritière de cette meute et perpétuatrice de sa violence.
    Si seulement dans l’histoire française, l’opinion politique d’extrême droite de sa police était un exception !!!
    Sur les 80 dernières années la police française est collaborationniste pire accélerationniste c’est elle qui aggrave et déclenche à Sétif la future guerre d’Algérie !!!

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  9. Je suis sûr que si Proscenium non pas suivait le conseil d’Aliocha, mais simplement essayait d’imaginer une simple seconde que celui-ci est prêt à l’écouter, il mettrait moins de points d’exclamation dans ses billets, et qu’ainsi il parviendrait à faire passer un peu plus clairement un message dont nul ne doute qu’il doit à coup sûr contenir de grandes vérités.

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  10. Au-delà de la protection indispensable du domaine privé sur les réseaux, le pseudonyme garde de toute tentation de publicité personnelle.
    Si quelqu’un tient à connaitre, strictement en correspondance privée, l’identité d’un commentateur, l’adresse mail personnelle permet de satisfaire sa curiosité.
    Aliocha

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  11. Hélas, après avoir eu « la droite la plus bête du monde », maintenant c’est la gauche. Enfin, celle dont la voix porte, la gauche de Mélenchon. Prendre comme mot d’ordre « la police tue » et décréter que l’ordre contredit la justice, alors que les maires des villes touchées par les destructions et les pillages n’avaient qu’une seule demande, le renfort policier, alors qu’il n’y a pas de justice humaine, aussi imparfaite soit-elle, sur fond de désordre, alors que l’urgence était bien le rétablissement de l’ordre républicain, c’est contraire au bon sens.
    Mais bon, en période de crise, la chasse au bouc émissaire est ouverte. Girard va même plus loin : avoir l’esprit partisan, c’est se choisir un bouc émissaire.

    L’article très girardien de Joël Hillion est tout entier, me semble-t-il, arcbouté contre cette solution commode qui consiste à accuser les autres. « La misère des banlieues, écrit-il, est avant tout morale et, en cela, on peut la dire générale. » Ce n’est pas faux, bien sûr, mais ce n’est pas vrai non plus. Je veux bien qu' »en accusant le milieu, la société, on évite d’évoquer le vide sidéral dans lequel nous vivons. » Mais ce « nous » me gêne beaucoup, tout de même. Je veux bien aussi que ce diagnostic « nous vivons dans un monde sans horizon, sans transcendance, morne et plat, triste » ait quelque chose à voir avec la crise civilisationnelle dans laquelle nous sommes plongés, mais enfin, toujours en appelant au bon sens, je refuse de considérer que le monde (inconnu de moi, je dois le dire)) dans lequel sont nés et ont grandi, si je puis dire, les jeunes émeutiers de la semaine dernière, soit « le nôtre », celui que nous avons en commun, que nous soyons de gauche, du centre ou de droite, lecteurs ou pas de René Girard.

    Nous sommes « lecteurs », déjà, ce que ne sont pas les « décivilisés » qui se sont rappelés à notre attention. Les jeunes émeutiers, cela paraît évident d’après leurs actes, se heurtent aux réalités de la vie sans filtre, sans la protection des mots, des idées, sans autres références que les images appétissantes ou violentes qui sont à disposition sur leurs écrans. Ils n’ont pas reçu la même éducation que nos enfants et petits-enfants. Nous serions même tentés de dire qu’ils n’ont pas été éduqués du tout, ce qui est forcément inexact, mais enfin, ils n’ont pas été « civilisés » au sens que nous donnons à ce mot.

    Ils ne sont en effet pas les seuls à qui on n’aurait donné que des envies, des besoins factices etc. Beaucoup de jeunes sont dans ce cas mais pour certains, les misères s’additionnent. Boris Cyrulnik, une autorité en matière d’éducation et de « résilience » nous dit que ces jeunes « activistes » pas si nombreux en réalité, ont été largués, au sens maritime du terme, avant même l’apparition de la parole. Je cite : « Les mille premiers jours, grossesse incluse, sont déterminants…. Un enfant sécurisé lors des mille premiers jours entre en maternelle avec un stock de 10 000 mots, alors qu’un enfant insécurisé par une interférence familiale, entre en maternelle avec 200 mots : il ne comprend pas les consignes et apprend à haïr l’école et ceux qui en profitent. »

    Joël Hillion a été un professeur charismatique. Plutôt que de consentir, en quelque sorte à la fatalité d’une « crise de la culture », comme dirait Arendt, plutôt que de déplorer « le vide sidéral » du monde dans lequel nous vivons, et surtout, plutôt que d’attendre la prochaîne poussée de fièvre des banlieues comme on attend le prochain accident climatique, il devrait en convenir : il faut trouver des solutions pour valoriser l’apprentissage de soi dans des structures adaptées, c’est-à-dire valoriser l’école. Comme ce maire d’extrême droite (pas si bête!) qui a installé une école bilingue, « la meilleure de Béziers », en plein milieu d’une « cité ».

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    1. La surinterprétentation ne vous fera pas dire la vérité.
      La police Française est pointée du doigt par l’ONU L’Europe amnesty international le washington post.
      Si vous voulez vous faire des filmes cela vous chante.
      Ils sont formé justement à l’escalade de la violence mimétique et non la désescalade.
      J’espère que ce petit reportage vous fera pas trop mal aux yeux.
      Le reste c’est du mythe et du mensonge.

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      1. Il est vraiment dommage que cet excellent reportage sur les politiques des banlieues et le rejet plus que maladroit, sans doute catastrophique (on peut le dire après les émeutes) du plan Borloo par le Président de la République, nous soit offert assorti d’analyses confuses et d’invectives : je recommande de le regarder, il m’a semblé très instructif, très bien documenté et très bien présenté.

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    2. Bizarre avec ce traitement de faveur de Robert Menard élu d’extrême droite. La Dévèze à quand même brûlé.
      Pourtant il est tellement bon ce maire.
      Plus je vous lis plus vous racontez n’importe quoi.
      Petit rappel la seule proposition au final de Ménard c’est de rétablir une police de proximité que des gens tel que lui et surtout le syndicat Alliance n’ont cessé de dénoncer.
      La droite a encore du chemin à faire avant de se diriger vers l’intelligence.
      Petit souvenir de Sarkozy et de sa tolérance zéro.
      Tout est idiot dans votre camp.
      Vous cassez.
      Puis les jeunes cassent.
      Puis après vous dites … Ouin ouin…

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    3. Dans ma carrière, j’ai essayé, autant que j’ai pu, d’enseigner le désir. Oui, on peut enseigner le désir. Voyez mes essais. Le premier s’intitulait « Le Maître des désirs ». On doit enseigner « le bon modèle », et viser un désir d’appropriation complètement équilibré par le désir d’échange. Ma « pédagogie du lien » reposait sur l’attachement réciproque du maître et de l’élève.
      J’ai fait ce que j’ai pu. J’ai eu 5000 élèves dans toute ma carrière. A présent, j’ai passé le flambeau.

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      1. Voilà, c’est le modèle qui est la vérité du désir, à même de l’orienter vers le bien ou pas.

        « Tu n’es pas descendu de la croix, quand on se moquait de toi et qu’on te criait, par dérision : « Descends de la croix, et nous croirons en toi. » Tu ne l’as pas fait, car de nouveau tu n’as pas voulu asservir l’homme par un miracle ; tu désirais une foi qui fût libre et non point inspirée par le merveilleux. Il te fallait un libre amour, et non les serviles transports d’un esclave terrifié. Là encore, tu te faisais une trop haute idée des hommes, car ce sont des esclaves, bien qu’ils aient été créés rebelles. Vois et juge, après quinze siècles révolus ; qui as-tu élevé jusqu’à toi ? Je le jure, l’homme est plus faible et plus vil que tu ne pensais. Peut-il, peut-il accomplir la même chose que toi ? La grande estime que tu avais pour lui a fait tort à la pitié. Tu as trop exigé de lui, toi pourtant qui l’aimais plus que toi-même ! En l’estimant moins, tu lui aurais imposé un fardeau plus léger, plus en rapport avec ton amour. Il est faible et lâche. Qu’importe qu’à présent il s’insurge partout contre notre autorité et soit fier de sa révolte ? C’est la fierté de jeunes écoliers mutinés qui ont chassé leur maître. Mais l’allégresse des gamins prendra fin et leur coûtera cher. Ils renverseront les temples et inonderont la terre de sang ; mais ils s’apercevront enfin, ces enfants stupides, qu’ils ne sont que de faibles mutins, incapables de se révolter longtemps. Ils verseront de sottes larmes et comprendront que le créateur, en les faisant rebelles, a voulu se moquer d’eux, assurément. Ils le crieront avec désespoir et ce blasphème les rendra encore plus malheureux, car la nature humaine ne supporte pas le blasphème et finit toujours par en tirer vengeance.  »

        https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Fr%C3%A8res_Karamazov_(trad._Henri_Mongault)/V/05

        Il n’y a bien qu’une issue pour résister aux tentations du pouvoir et de l’avoir.

        « D’ailleurs, en votre qualité de connaisseur du cœur humain il se peut que vous prévoyiez déjà que c’est justement ainsi que les choses vont se passer et qu’il ne s’agit que de me prier instamment, afin de sauver les apparences, car au fond je ne désire que cela, n’est-ce pas vrai ?

        Un sourire tordit sa bouche.

        — Non, il ne s’agit pas de cette pénitence ; je vous en prépare une autre, continua avec chaleur Tikhon sans prêter nulle attention au rire et aux remarques de Stavroguine.
        Je connais un vieillard, il n’est pas ici, mais non loin de chez nous. Un ermite, un ascète d’une sagesse chrétienne telle que ni vous, ni moi ne pourrions la concevoir. Il écoutera ma prière ; je lui raconterai toute votre histoire. Allez auprès de lui, soumettez-vous à son autorité pendant cinq ou sept ans, le temps que vous-même jugerez plus tard nécessaire. Imposez-vous cette pénitence et grâce à ce grand sacrifice vous obtiendrez tout ce dont vous avez soif et ce que vous n’espérez même pas ; car vous ne pouvez même pas concevoir maintenant ce que vous acquerrez.

        Stavroguine l’écouta très sérieusement.

        — Vous me proposez de prononcer les vœux monastiques dans ce couvent.

        — Vous n’avez pas besoin d’entrer au couvent ; il ne faut pas prononcer de vœux ; ne soyez qu’un novice, et en secret ; vous pouvez même continuer à vivre dans le monde. »

        https://fr.wikisource.org/wiki/La_Confession_de_Stavroguine

        Les justes œuvrent en silence.

        « L’encrier, cristal comme une conscience, avec sa goutte, au fond, de ténèbres relative à ce que quelque chose soit. »
        S. Mallarmé, Igitur, Divagations. Un coup de dés.

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  12. Ces gamins de banlieue sont presque exclusivement des garçons. Ils sont le plus souvent élevés par leur mère. Ils sont largement ou totalement acculturés mais non re-culturés (pardon pour ce vilain néologisme), du fait de l’échec de l’école à corriger les inégalités culturelles corollaires des inégalités sociales (cf. Bourdieu). En termes girardiens, les gamins sont en panne de médiation interne (absence des pères) et prisonniers des médiations externes (les héros violents des blockbusters américains, par exemple). Ajoutons les hormones, le cannabis et un zeste de racisme, et la violence mimétique de la meute peut se déchaîner.

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    1. Pas mauvais ce commentaire pour une fois.
      Moins méprisant.
      Toutefois.
      Le problème de la police française et de sa doctrine du maintien de l’ordre n’est toujours pas posé.

      Un fait divers?
      A la fin de la pandémie. La compagnie de crs de paris est envoyée à Nanterre. Pourquoi? On le saura jamais.
      Premier marché sur la dalle depuis longtemps.
      Que fait la compagnie de Crs?
      Elle tire une grenade désencerclement. Sans justification. Sans raison.

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  13. M. ou Mme, je ne répondrai pas à votre rque sur la police pour la simple raison que je me suis fait une règle de ne jamais répondre à des commentaires postés par des pseudos. L’anonymat procure une impunité à la bêtise et/ou la méchanceté qui me dérange profondément.

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  14. Excellent article de Mr Hillion, où l’allusion à une misère morale générale fait mouche : ne pas l’admettre, c’est préserver une part d’espérance mais en vain. Quant aux considérations sur l’état des banlieues et les rapports entre jeunes ainsi que leurs « aspirations », elles sont très justes et je connais bien des habitants (divers par l’origine, l’âge, la profession ou la situation « sociale ») de plusieurs quartiers « difficiles » et/ou »défavorisés » ( pas dans les budgets municipaux et de comcoms ) qui les approuvent ou approuveraient. Rappel : depuis deux générations se succèdent plans et politiques d’aide et réhabilitation des zones en question, sans vrai progrès …ce qui devrait amener les observateurs,commentateurs et conseilleurs à se remettre en cause, puisque les mesures prises en 60 ans ont en grande partie été inspirées par leurs analyses sociologiques.
    D’autre part, Aliocha et Proscénium se livrent à des déballages pénibles à suivre et rédigés de façon incontrôlée, qui mettent en cause l’auteur – et souvent les auteurs de »billets » – avec un emportement disproportionné.

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    1. Rajoutons-donc une couche à notre emportement disproportionné :

      À l’endroit du péril, apparait ce qui sauve avec exactitude.
      Chacun, s’il est démocrate, est invité à cette contemplation, où il est mis en évidence que le problème n’est pas moral quand chacun, se prévalant de son désir vrai, en refait un instrument de domination voué à la répétition de l’échec de la vérité du désir, dont nous savons ici qu’il n’est qu’imitation.
      L’Église est une putain, disait Illitch, mais elle est aussi ma mère, tant que nous prendrons pas la mesure de notre pathologie religieuse, nous referons de notre perception du réel une rationalité morale qui ne sait que tomber dans l’accusation d’un autre, sociologue ou autre, plutôt que de reconnaître que le réel est relationnel, que la force de la communauté dépend du bien-être de la racaille qui sinon brûlera ce qui a été construit non pas pour elle, mais pour garantir une supériorité morale qui n’est que le mime de ceux qu’elle prétend éduquer, et se retrouve à terre, aussi persécutrice qu’eux.

      «  »Le réel n’est pas rationnel mais religieux, c’est ce que nous disent les Évangiles : il réside au cœur des contradictions de l’histoire, dans les interactions que les hommes tissent entre eux, dans leurs relations toujours menacées par la réciprocité. Cette prise de conscience est plus que jamais requise, aujourd’hui que les institutions ne nous aident plus, que c’est à chacun de se transformer seul. En cela, nous en sommes revenus à la conversion de Paul, à cette parole qui vient soudain le transit : « Pourquoi me persécutes-tu ? » La radicalité paulinienne convient très bien à notre temps. C’est moins le héros qui « monte » vers la sainteté, que le persécuteur qui se retourne et tombe à terre.  »

      René GIRARD,
      Achever Clausewitz.

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    2. Je rejoins Léon dans son analyse, et précise à son attention que ce n’est pas l’anonymat qui est dérangeant en soi, choix qui a parfois des raisons valables, mais le militantisme qui se cache derrière ce masque. Le « patron », Georges Braque, notait : « Le militant est un homme masqué ». Le militantisme masqué sur les forums et les blogues consiste à vouloir imposer une idéologie au détriment du dialogue, de l’enrichissement mutuel qui commence par l’écoute de pensées différentes de la sienne : ce qui est la raison d’être de ces forums. Les militants masqués par l’anonymat ont pour projet de détruire le support qui les accueille avec naïveté. En accusant systématiquement et hors de propos « les autres » de pactiser avec l’ennemi (la droite ou la gauche, les athées ou les cathos…), ces militants se placent systématiquement « du bon côté », et les modérateurs craignent de les expulser, de peur que les accusations portées se voient ainsi confirmées. Ils ne voient pas que ces trolls sont comparables aux rats qui rongent le navire, qui finira par couler, et craignent le jugement négatif de la SPA s’ils tentaient de les écarter…. Ou encore, ils ne voient pas que ces trolls risquent de faire fuir les contributeurs, suivant la loi de Gresham : « la mauvaise monnaie chasse la bonne. »

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      1. Et sous le masque qui baille, apparait l’autre masque, qui est toujours celui de la persécution.
        Encore une petite couche de troll, l’heure est à la conciliation, avant la réconciliation.

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    1. le texte du chant en question :

      « Froid dans toutes les veines
      Je sens le sang couler,
      L’ombre du fils sans vie
      Je suis encombré de terreur.
      Et pour ma plus grande douleur
      je vois que j’ai été cruelle
      A une âme innocente,
      Au cœur de mon cœur.
      Froid dans toutes les veines
      Je sens le sang couler,
      L’ombre du fils sans vie
      Je suis encombré de terreur. »

      Que ceux qui traitent les autres de rats au nom de la théorie mimétique s’envisagent eux-mêmes à ce miroir qui les révèlent.

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