Robin des Bois

par Christine Orsini

Cette crise sanitaire a beau être inédite et mondiale, elle prend des couleurs particulières, qu’elle emprunte largement aux crises nationales en cours. Ainsi, chez nous, la crise de confiance du « peuple » à l’égard des élites, telle qu’elle s’est manifestée, par exemple, dans la longue colère des « Gilets jaunes », s’incarne ces jours-ci dans une bataille d’opinions dont un éminent professeur de médecine est l’enjeu : le professeur Raoult prétend en effet représenter tous ceux qui n’ont jamais la parole, cela fait beaucoup de monde. Mais il se singularise aussi, dans son ordre qui est celui de la médecine, il joue « cavalier seul ». L’alliance paradoxale qu’on trouve chez lui entre une posture de « hors-la-loi » et une large audience populaire, le fait qu’il pense incarner l’idée du héros de Hegel (sic), l’homme providentiel appelé par les circonstances, et aussi le physique qu’il s’est choisi, anachronique dans le genre médiéval, tout cela ne fait-il pas penser irrésistiblement, à Robin des Bois ?

Personne ne sait très bien (c’est justement là que le bât blesse) si l’hydroxychloroquine est une médecine efficace, inutile ou même dangereuse, mais à peu près tout le monde a pris parti pour ou contre le professeur Raoult. C’est tout le charme de cette « polémique ». On est plus dans le romanesque que dans le débat scientifique. Je suis frappée par la violence (verbale) des détracteurs comme des promoteurs du nouveau héros de la science médicale : ça n’est pas tous les jours qu’on assiste à une nouvelle « affaire Galilée ». Dans notre monde moderne, la science est habituellement vénérée comme un champ de connaissances et de pratiques au-dessus de tout soupçon : on lui fait confiance, surtout quand il s’agit de la science médicale. Et voici que ce personnage fait entrer la médecine dans l’arène politique.

Il faut prendre de la distance. Il m’a donc semblé qu’en prenant le parti d’une analogie entre le professeur Raoult et Robin des Bois, on aurait un bon angle de vue sur cette affaire. Le parti pris n’est pas injurieux, Robin des Bois est le héros intemporel (il a été mis à toutes les sauces, constamment réactualisé) de la lutte du Bien contre le Mal et plus précisément  de la lutte contre l’injustice, quand celle-ci prend la forme de la coutume et du droit : c’est pourquoi Robin des Bois est « hors-la-loi », il prend la défense de ceux que la loi opprime, il vole les riches pour donner aux pauvres, il ruse avec les puissants, il les ridiculise en les réduisant à l’impuissance, il joue la solidarité, l’égalité de tous dans des liens fraternels, contre la hiérarchie sans pitié de la société (féodale, à l’origine du mythe).

Quel rapport avec le professeur Raoult ? Les ressemblances sont plus essentielles que les différences : l’arc et les flèches peuvent être remplacées par la technologie, l’important est de viser juste. Dans les deux cas, il s’agit de venir à bout d’une « peste », de ramener à la santé un organisme rongé par un virus mortel, que ce soit celui du Covid-19 ou celui de la violence intestine. Les réseaux sociaux sont à Raoult ce qu’est la forêt de Sherwood à Robin des Bois. Il s’agit d’un no man’s land où l’on peut se rendre invisible, pour le meilleur et le pire, en marge des institutions comme les médias officiels, les comités scientifiques ou les règles du savoir-vivre urbain. Et il peut y avoir foule : « Quand je fais une vidéo, j’ai trois fois le tirage du Monde », peut se vanter le médecin.

Le rapport subversif que le professeur Raoult entretient ouvertement avec les « corps constitués », scientifiques et autres, par exemple sa revendication d’une médecine de proximité, du droit de soigner dans l’urgence, « même si vous n’avez pas de traitement adéquat », est ce qui l’apparente le mieux à un hors-la-loi au grand cœur. Robin des Bois n’est-il pas le modèle d’une justice de proximité, de cette seule justice efficace qui consiste à réparer les injustices sociales avec les moyens du bord, sans perdre de temps ? La violence de ceux qui font feu de tout bois pour atteindre un objectif éminemment louable est seulement réactive, elle permet de débusquer la vraie violence, la source de toutes les autres, l’esprit de système, l’entêtement d’un « système » à persévérer dans son être alors qu’il est « en chute libre » (sic), son pouvoir réduit à un simulacre.

Bien sûr, le professeur Raoult divise les élites elles-mêmes et cela ne fait que renforcer son statut de « modèle » auprès des « antisystèmes ». On ignore forcément à l’heure du déconfinement progressif, quel sera le destin de sa potion magique ni si lui-même aura un rôle historique à jouer, comme il semble parfois s’y destiner. Attachons-nous moins à l’événement qu’à la façon dont il est raconté. Nous savons que la « vérité romanesque » n’est pas la vérité d’une histoire, mais celle d’une démythification, c’est-à-dire la révélation du « mensonge romantique ». Attachons-nous donc au mythe de Robin des Bois.

Ce qui frappe chez le héros tel que l’a incarné au cinéma Errol Flynn, c’est son élégance chevaleresque alors qu’il vit parmi les gueux. Le professeur marseillais, qui vit dans le monde civilisé des « mandarins » a un tout autre style : il se montre arrogant, injurieux à l’égard des journalistes qui l’interrogent, refusant complètement de se plier aux règles en vigueur dans ce type d’exercice. « Je ne comprends même pas la question que vous vous posez, … ce sont des questions à la con. » Il faut désarçonner l’adversaire : « Je m’en fous, s’écrie-t-il, de qui me soutient ! » Il est clair qu’il soigne son image, comme Robin des Bois. Il revendique d’incarner un héros à la française, « Bayard, d’Artagnan, Cyrano de Bergerac. C’est ça, nos héros, ne pas avoir peur, le panache… C’est ce qu’on aime ! C’est la France, c’est comme ça. »

A la question posée récemment par Hervé van Baren sur ce blogue : « Avons-nous besoin de héros ? », le médecin apporte une réponse positive en surjouant ce rôle jusqu’à la caricature : « Je suis une caricature de Français. » Nul doute qu’il serait flatté d’incarner le loup de la fable (1) refusant de rejoindre les « chiens de garde » du système, un animal sauvage avec le panache de Cyrano. Le professeur Raoult est avant tout un médecin, il reçoit les journalistes en blouse blanche et il aligne des chiffres pour attester du bien-fondé de ses méthodes. Mais il joue aussi avec les médias, toujours avides de scandales et, avec ses mauvaises manières, leur en donne pour leur argent. C’est un « démystificateur » qui refait du mythe autour de sa personne avec un certain à-propos.

Le professeur Raoult est un personnage romantique au sens strict que René Girard donne à cet adjectif dans « Mensonge romantique… ». Le mythe qu’il construit est un mensonge classique, pour ainsi dire : il est un « étranger », un être singulier, inclassable, inassimilable. Mais alors que les vrais mythes dissimulent la violence d’une persécution, le mythe du héros Raoult est celui d’un homme invulnérable, qui se met lui-même « hors-système ». Le système ? C’est comme l’enfer, c’est toujours « les autres ». Moi, je suis seul, eux, ils sont tous.  Ce cri d’orgueil n’est-il pas l’expression d’un colossal ressentiment ? (2)

  1. Voir, sur le blogue, l’article récent de Jean-Marc Bourdin : « Entre chien et loup »
  2. Toutes les citations en italiques sont de Didier Raoult, dans l’Express du 28 mai 2020, sauf la dernière, tirée du Sous-Sol de Dostoïevski.

13 réflexions sur « Robin des Bois »

    1. Je voulais faire court. Mais Didier Raoult a aussi Marianne en commun avec Robin des Bois. Une « maîtresse » exigeante. Qui a les traits de Olivia de Havilland pour Errol Flynn et ceux qu’on prête à notre République en effigie pour le médecin patriote. Par contre, et c’est une différence essentielle, le toubib n’a pas une cause transcendante à défendre comme chasser l’usurpateur pour rendre son trône au roi légitime. Pour les girardiens, c’est une différence de taille : celle qui sépare la médiation interne de la médiation externe. Robin plie le genou devant son roi, tout entier à son service, ce qui lui évite les affres de l’envie, de la jalousie et du ressentiment. Je crains que le professeur Raoult, en héros moderne, contraint de choisir ses modèles parmi des héros de légende et en proie à la rivalité de ses pairs, ne puisse bénéficier de cette tranquillité d’esprit.

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      1. Il ressemble un peu à Joe Exotic, le « héros » de l’ahurissante série Netflix « Tiger King ». Celui-ci, il est vrai, pousse « l’envie, la jalousie et le ressentiment » à leurs dernières extrémités. Mais la ressemblance physique aussi est frappante, d’ailleurs un moment j’ai cru que notre webmasteur avait choisi l’éleveur de tigre pour la photo d’illustration…
        https://fr.wikipedia.org/wiki/Joe_Exotic
        https://www.leparisien.fr/societe/coronavirus-didier-raoult-publie-sa-propre-etude-scientifique-pour-defendre-l-hydroxychloroquine-27-05-2020-8325003.php

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  1. Dans son interview d’il y a quelques jours (1), le professeur Raoult intente un procès assez bien instruit contre les tenants de la doxa. C’est d’ailleurs une histoire millénaire : la sortie par le haut (de son point de vue) d’un homme qui a franchi brillamment tous les niveaux de la pyramide institutionnelle. D’autres, plus présomptueux encore comme Socrate ou Nietzsche, n’avaient pas même jugé bon d’entreprendre cette ascension ou y avaient renoncé dès les premières marches, s’estimant d’emblée installés sur les hauteurs. J’imagine que cette superbe est plus difficile à faire valoir dans le monde de la médecine.
    Raoult a donc conquis sa liberté de ton et de jugement, pour laquelle il avait évidemment des prédispositions, au cours d’un parcours d’excellence. Tout serait donc au mieux, puisque les institutions ont à la fois nourri un poulain de qualité et permis son accomplissement professionnel, sans exiger de lui, ou en tout cas sans obtenir de lui, qu’il ne les critique pas en retour. Et sans doute Raoult eût-il ainsi fait si les institutions n’étaient pas affectées d’un mal plus grand que le bien susdit. Depuis une trentaine d’années, elles sont à vrai dire vérolées par deux types de virus particulièrement nocifs :
    – Le principe de précaution (février 1995), qui ankylose le corps déjà massif des chercheurs et des médecins, hospitaliers ou de ville, nous a conduit à battre le record mondial de délai des AMM (autorisations de mises sur le marché) et à soumettre les praticiens à des tâches administratives qui rongent le temps de la médecine elle-même. Il s’agit en fait d’une nouvelle conquête du soft power anglo-saxon, conduisant à une judiciarisation accrue de nos pratiques. Certes il ne convient pas de prendre des risques inconsidérés en matière de santé publique, mais interdire de fait qu’on prenne des risques, même considérés, est un crime bien plus grand, car il consiste à nier le concept même de la science, composé des deux éléments suivantes : l’étonnement (2), comme on le sait depuis Platon , et le tâtonnement.
    – Le principe du parapluie. Ce second principe est jumeau du premier et consiste à consacrer la majeure partie de son temps à faire en sorte de ne pas s’exposer à la critique, voire au blâme. Ce virus gâcherait en quelques semaines le talent de la plus brillante recrue ! Dieu merci, nous savons qu’il prospère surtout chez les personnes qui en sont dépourvues.
    Or ces deux principes proviennent d’un tout premier, beaucoup plus ancien, et sans doute vieux comme l’humanité, mais qui fait particulièrement florès en France depuis la Révolution : sous couvert d’être passionné d’égalité, nous ne supportons pas qu’une tête dépasse, et nourrissons à l’égard des étoiles des sentiments de vers de terre : soit, tel Ruy Blas , nous en tombons amoureux (3), soit, plus généralement, nous les prenons en haine car ils nous renvoient à nos propres insuffisances.
    Mais pour être renvoyé à ses propres insuffisances, encore faut-il pouvoir les connaître, même confusément. C’est ainsi que ceux contre qui s’insurge Raoult, et qui en retour cherchent à le rabaisser, constituent la cohorte des tâcherons, des besogneux, des petits maîtres, qui sont souvent de bons professionnels, mais sans génie. J’ignore si Raoult en a lui-même, car je ne suis pas en mesure d’arbitrer les élégances médicales, mais le ressentiment de ses adversaires à son égard suffirait presque à en fournir la preuve. Notion cardinale de la pensée de Nietzsche, le ressentiment est dépeint dans toute sa tragique noirceur par Milos Forman, dans Amadeus, sous les traits de Salieri, l’homme qui en sait assez sur la musique pour reconnaître la supériorité de Mozart, mais pas assez toutefois pour espérer se hisser au même niveau, et qui est donc renvoyé à ses propres limites.
    C’est en cela que cette interview de Raoult me semble intéressante. Il y pointe non pas que les Français seraient en guerre contre leurs élites, antienne à la mode, mais bien que les prétendues élites de papier, détentrices des protocoles et des pouvoirs que leur ont conférés leur conformité exemplaire et leur conformisme militant, sont elles-mêmes en guerre contre les véritables élites, celles qui détiennent les secrets de l’art qu’elles pratiquent. L’institution opèrerait désormais contre le talent qu’elle avait initialement vocation à encourager. Sans doute est-ce l’inclination « humaine trop humaine » de toute institution : dans le cas présent, des scientifiques de second rang y saisissent l’aubaine d’en occuper un premier, mais en tant qu’administrateurs et contrôleurs des sciences, puis suscitent toute une cour de petits marquis, puis une basse-cour plus nombreuse encore, et cela selon une loi apparemment immuable d’autosecrétion institutionnelle.
    Or c’est ici le point crucial. Raoult dit en effet, au moins implicitement, que le peuple ne se révolte pas tant contre les élites véritables que contre la caste résultant de cette sécrétion. Ce n’est pas le Consul qui est détesté, mais les prétoriens ; non pas le Roi qui est honni, mais la Noblesse, dont la mission sacrée était de garder les valeurs et qui avait fini partiellement par tourner en clique financière. Et c’est sans doute pourquoi Raoult privilégie les réseaux sociaux pour sa communication : dédaignant l’avis de ses pairs, le premier d’entre eux récuse aussi les medias officiels, toujours prompts à servir de porte-voix à la doxa. S’appliquant la maxime suivante de Spinoza : L’homme libre qui vit parmi les ignorants fait en sorte de décliner leurs bienfaits (4), il décoche ses flèches contre les hommes du shérif de Nottingham et rend au peuple si ce n’est l’argent, au moins la considération, que la caste lui refuse.
    J’ignore si Raoult aura finalement tort ou raison, et j’ignore si nous le saurons un jour, mais je note, comme toi, chère Christine, que ce qui se joue dans les controverses en cours n’est que prétendument scientifique. Le véritable ressort de ce charivari est bien l’opposition entre les dépositaires de l’autorité (ministère, institutions médicales, revues) et un anarcho-mandarin flamboyant (et un peu flambeur aussi), dont la caravane continue visiblement de passer.
    Or il ne s’agit pas ici d’une rivalité mimétique entre des égaux désirant un même objet, mais bien d’un processus de désignation d’un bouc émissaire. Ce qui complique le jeu, c’est qu’ici le bouc n’a rien d’une innocente victime, mais après tout Girard n’a jamais écrit qu’elle devait avoir l’ingénuité d’Andromède livrée au Kraken : ce n’est pas par essence qu’une victime est innocente, mais elle le devient par sa désignation même comme victime.
    1- https://www.afrik.com/covid-19-didier-raoult-parle-du-lancetgate-la-france-a-tendance-a-decapiter-ses-elites-video
    2- Platon, θαυμάζειν (thaumazein), in Théétète, 155 d
    3- Victor Hugo, Ruy Blas : Madame, sous vos pieds, dans l’ombre, un homme est là, qui vous aime, perdu dans la nuit qui le voile ; qui souffre, ver de terre amoureux d’une étoile ; qui pour vous donnera son âme, s’il le faut ; et qui se meurt en bas quand vous brillez en haut.
    4- Proposition 70 du Livre 5 de l’Éthique : L’homme libre qui vit parmi les ignorants fait en sorte de décliner leurs bienfaits.

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    1. La touche « j’aime » ne marche pas pour moi. Alors je le dis en commentaire : j’aime le texte de Thierry Berlanda, et j’ai trouvé la vidéo très intéressante, beaucoup plus éclairante sur le plan médical que le numéro de l’Express dont je me suis servie pour faire du professeur Raoult un personnage de roman.

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    2. Un commentaire de Bernard Perret :

      Je vous propose un troisième point de vue, qui n’aidera guère à trancher entre Christine et Thierry. Pour ma part, c’est le débat à la fois déontologique et scientifique qui m’a le plus directement touché, pour des raisons qui tiennent à ma vie professionnelle : en tant que spécialiste de l’évaluation des politiques et programmes publics, j’ai souvent eu à lutter contre un dogmatisme méthodologique un peu paresseux qui prétendait réserver le qualificatif de « scientifique » aux expérimentations randomisées avec échantillon témoin. Or, 1) cette méthode est inadaptée à la plupart des situations réelles, 2) elle peut poser des problèmes déontologiques (au nom de quoi priver certains des meilleures chances si l’on a des raisons de penser qu’un programme marche mieux que les autres) et 3) on peut construire des raisonnements scientifiquement rigoureux à partir d’études « observationnelles » (sans échantillon témoin). Le cas des études sur les médicaments est certes différent de celui des études sur les programmes sociaux, mais il y a quand même pas mal de points communs entre les deux types de situations.

      Tout cela pour dire que, en essayant de comprendre les enjeux de ce débat, j’étais souvent porté à considérer que Raoult ne manquait pas de bon sens méthodologique et déontologique (notamment en optant d’emblée pour une stratégie consistant à tester massivement et à appliquer sans attendre un traitement qui pouvait être efficace) et qu’il avait en face de lui un milieu dont les arguments étaient (parfois, pas toujours, je ne veux surtout pas généraliser !) plus dogmatiques que réellement scientifiques, certains de ses détracteurs préférant délégitimer a priori une étude observationnelle plutôt que d’examiner dans le détail ce qu’elle prouvait ou non, compte tenu du profil de la population ayant bénéficié du traitement à un stade précoce. A quoi on peut ajouter que les résultats des études randomisées arriveront peut-être après la bataille. Pour finir, il est assez probable aujourd’hui que l’HCQ ne marche pas et que Raoult est en train de s’enfermer dans une parano dangereuse pour lui (et qui aboutit au fait qu’il ressemble de plus en plus au portrait que fait de lui Christine), mais il est bien possible que ses confrères ne l’aient guère aidé à échapper à ce piège, pour des raisons qui, même si l’on doit se méfier du complotisme, ne sont peut-être pas si claires que cela (cf. la polémique sur l’étude récemment publiée dans le Lancet).

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  2. Ce sont ses opposants qui ont édifié la tribune sur laquelle Raoult se démène. Cette galaxie anonyme est suspecte: elle réunit des jaloux, des gens sérieux, des hommes de paille… Le prof Raoult a retourné la situation parceque c’est un très bon débatteur et pédagogue. Le personnage qu’il s’est construit est un élément de communication, mais c’est la solidité de son dossier qui lui permet de résister à l’establishment industrialo-médical très puissant. Si quelques Gilets Jaunes faisaient preuve d’un tel talent , on serait prêt à rejoindre ce mouvement… On en est très loin.

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  3. A noter que dans son interview à BFM TV de début juin avec Ruth Elkrief, Didier Raoult met en relation imitation et admiration. Il se met du côté de ceux qui doivent leurs réussites aux modèles qu’ils ont admirés. En enseignant-chercheur-praticien, il veut à son tour s’offrir en exemple, au-delà du cercle de ses disciples, ce qui pourrait expliquer son recours aux médias.

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  4. Raoult illustre bien, comme le soulignait Jean-Paul II en 1976(!), que le vrai combat à l’œuvre est entre le chrétien et l’anti-chrétien, l’analogie fictionnelle du héros de la forêt de Sherwood fonctionne effectivement bien pour décrire le phénomène.
    Il est d’ailleurs intéressant que les arguments du druide marseillais soient repris par la poupée télé-réelle qui occupe la maison blanche, où la dialectique anti-système est reprise par les publicitaires pour mieux se faire élire, donnant au peuple sa dose héroïque et menteuse, pour mieux continuer à l’accoutumer à ce qu’on lui vend, la mécanique sacrificielle, vrai moteur des profits.
    Au-delà de la dénonciation du phénomène, qui pourrait nous enfermer dans une accusation complice en restant dans la dénonciation du mensonge romantique, la problématique à mon sens serait de savoir comment aboutir à partit de cette constatation jusqu’à l’accomplissement romanesque, qui narre la conversion évangélique.
    Il est stupéfiant d’observer, sachant ce que nous savons, après un XXème siècle où par deux fois le monde flirta au bord du gouffre, produisant industriellement des boucs, nous en soyons encore à reproduire dangereusement l’éternel retour du pire, Zuckerberg et Peter Thiel, élèves de Girard, dissimulant le fondement évangélique à leur profit et donnant à répliquer aux machines de l’intelligence artificielle le mécanisme archaïque.
    Le témoignage de jean-Pierre Dupuy à propos du patron de Facebook est en ce sens terrorisant: est-il possible que ces nouveaux Nabuchodonosor ne se souviennent pas de ce qui leur a été enseigné, où on peut leur appliquer la parole du Christ- ils ne savent pas ce qu’il font – ou poussent-t-ils le cynisme à sciemment l’ignorer ?
    La question fondamentale est alors de savoir comment imaginer la formulation d’une alternative de vérité qui pourrait utiliser les moyens techniques faramineux à notre disposition, pour au moins proposer, car on ne saurait l’imposer, une autre vision que celle si bien décrite par Calasso, ce monde divisé en victimes et en bourreaux, les premières parquées aux pâturages héroïques à la disposition des seconds pour qu’ils évitent de s’entredévorer, tournant autour de la Kaaba de leur rivalité.
    A mon humble avis, la réponse ne peut être apportée que par l’Europe, ou le Vieux Continent sait entendre, comme le décrit si bien Girard dans le chapitre « La France et l’Allemagne » de son Clausewitz, le Te Deum de Reims célébrant devant de Gaulle et Adenauer les accents triomphants de la réconciliation des ennemis, la larme des frères enfin réunis, comme le soulignait Haïm Korsia le soir de la manif « Je suis Charlie », fondant la Jérusalem Céleste à l’endroit de la terre où elle tombe, ou, victime de ses divisions, l’Europe ne pourra que déplorer avec Simone Weil que nous retrouverons peut-être le génie épique quand nous saurons ne rien croire à l’abri du sort, ne jamais admirer la force,ne pas haïr les ennemis et ne pas mépriser les malheureux , qu’il est douteux que ce soit pour bientôt, alors qu’il est à fait tout clair que c’est pour maintenant, que la réalité de ce virus n’est finalement que l’analogie poétique des violences qui nous menacent, que nous ne saurons pour les résoudre nous en remettre aux vieux héros du sacré, aux druides mensongers d’une science dévoyée, qu’il est l’heure si nous voulons survivre d’enfin accéder à la sainteté inscrite dans nos textes, qu’il est un chemin encore fictionnel mais tout à fait réel qu’il nous est proposé d’emprunter, ce chemin pavé de cette seule pierre solide sous nos pieds, acceptant avec elle d’être rejetés par les bâtisseurs de destruction, que, oui, nous n’avons que cette foi pour raison.

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  5. Comme beaucoup, je m’interroge sur le « personnage » que semble vouloir être le Professeur Raoult. J’avais été très désagréablement surpris de l’entendre prononcer la phrase suivante (pour justifier vraisemblablement son solitaire combat médico-intellectuel incompris des « élites » éloignées de la cité phocéenne) : « Le consensus, c’est Pétain ! » Pour tenter d’y voir plus clair je me suis penché sur un des ses livres “Arrêtons d’avoir peur !” paru en 2016. Je n’ai pas été déçu. Ce gloubi-boulga indigeste aligne tous les poncifs relativistes culturels de l’époque. Je ne dirai rien des chapitres consacrés à l’évolution de la médecine, je ne suis pas assez compétent. En revanche, dès qu’il s’agit de l’histoire de France, de sociologie, de philosophie, je ne crains pas d’affirmer que le Professeur Robin Raoult des Bois se tire régulièrement une flèche dans le pied : les philosophes, les médiévistes et les historiens spécialistes de la Grèce antique se doivent de garder cet ouvrage et de le présenter comme l’exemple parfait d’un « travail » bâclé, celui d’un homme très certainement hautement compétent dans sa spécialité médicale mais qui aimerait aussi passer pour une sommité dans toutes les autres. « “La France éternelle” est un fantasme nostalgique d’intellectuels réactionnaires », « Charlemagne ne savait pas lire, c’est inouï », « Les Gaulois étaient incultes », « Nous sommes tous les produits d’un perpétuel métissage » (l’histoire à l’aune de Patrick Boucheron), « Tous les Français sont des descendants d’immigrés puisque notre pays a toujours été une terre de passage » (là, Braudel doit se retourner dans sa tombe), « Les Français ont colonisé il y a cent ans des pays du Maghreb, du Moyen-Orient et d’Afrique subsaharienne, il est donc naturel que les habitants des anciens pays francophones viennent chez nous aujourd’hui ! », sont les perles politiques et militantes du Professeur Raoult qui conclut son ouvrage avec des « pensées » comme : « Le monde est en évolution continuelle » ou « Celui qui arrête de courir recule » qui concurrencent très sérieusement les perles de Nicolas Hulot dans sa dernière et laborieuse tribune, dont la fameuse : « le temps est venu de ne plus laisser l’avenir décider pour nous » (sic). Le professeur est sans aucun doute un très brillant médecin mais le « colossal ressentiment » évoqué par Christine Orsini transpire à chaque lecture ou à chaque écoute sur son site. De fait il semblerait bien que cet homme a des comptes à régler, et pas seulement avec ses pairs. Et puis, disons le trivialement, Robin des Bois a pris le melon : son succès médiatique et bien à la hauteur de ce temps des réseaux sociaux l’a vu monter dans les tours (« je suis une star », déclare-t-il sans l’ombre d’un sourire sur son site) et le réjouit comme une starlette sur la croisette soudain repérée par un réalisateur en vue. Cela ne dit rien du médicament dont il vante les vertus curatives (et peut-être l’avenir lui donnera entièrement raison) mais cela dit beaucoup d’un homme, fin stratège médiatique, culotté, sachant mettre en valeur un physique de mousquetaire rebelle et sauvage, et qui semble se préparer à d’autres aventures et à d’autres pugilats, sur un ring plus large que celui du seul IHU de Marseille.

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    1. Je ne peux pas cliquer « J’aime », donc je dis ici que cet éclairage sur le « penseur » Raoult est très intéressant parce qu’il montre la nécessité, dans cette polémique à la française, de bien séparer le volet médical et le volet humain. De quoi réconcilier ceux qui, rebutés par son personnage, ont une tendance naturelle à disqualifier le professeur de médecine et ceux qui voient le bien-fondé de ses méthodes et même de ses critiques à l’égard de l’establishment médical. C’est évidemment sur le plan humain que Didier Raoult se sépare de Robin des Bois et de tous ceux qui font leur travail sans se prendre pour Robin des Bois.

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  6. Pour éclairer le débat entre Christine ORSINI et Thierry BERLANDA, une question simple : Pourquoi le traitement proposé par ce  » Robin des Bois » est disponible dans la plupart des pays et pas en France ? Il fait certes débat partout mais il peut être prescrit.

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