Le besoin de vérité

C’est l’été : le temps du farniente propice pour beaucoup d’entre nous aux lectures et relectures à l’ombre des grands arbres. Simone Weil (1909-1943) fut pour René Girard, comme pour Michel Serres et tant d’autres, une lecture de jeunesse, ce type de lecture qui laisse sur l’esprit une empreinte définitive. Dans ses derniers écrits, Simone Weil revient instamment sur l’opposition de la vérité et du mensonge : cette opposition est complètement girardienne. Dans sa Biographie, Benoît Chantre signale p. 227 qu’instruit et fasciné par les Cahiers écrits par la philosophe pendant l’Occupation, René Girard, avant sa propre conversion, « ne veut pas se priver des ressorts de la théologie chrétienne dans son enquête sur l’essence du roman. » Et nous savons par René Girard que Simone Weil a vu dans les Evangiles non un discours sur Dieu, une théologie, mais un discours sur l’homme, une anthropologie. Elle écrit en effet : « L’Evangile contient une conception de la vie humaine, non une théologie. » (Cahiers, tome VI des Œuvres complètes, p.191)

Cela va bientôt faire dix ans (c’était juste après la première élection de Trump) que j’ai écrit mon premier billet sur ce blogue : « l’ère de la post-vérité ». Loin d’être éphémères, la désacralisation de la vérité, voire sa profanation, ont acquis droit de cité et peut-être sommes-nous entrés en effet dans une ère nouvelle où ce qui est décisif pour tout discours, qu’il soit politique ou scientifique, ce n’est pas son rapport au réel ou son degré de vérité mais son coefficient de réussite. Les stoïciens pensaient qu’il était plus important de bien viser une cible (cela dépend de moi) que de l’atteindre (chose plus aléatoire) ; les décideurs d’aujourd’hui semblent penser au contraire que ce qui compte, c’est de réussir, par tous les moyens. Y compris des petits et des gros mensonges !

Alors qu’elle aspirait, à Londres, à quelques mois de sa mort, à être parachutée en France, Simone Weil travailla à des tâches administratives et ainsi qu’à réfléchir sur une nouvelle déclaration des droits de l’homme et une réforme de l’Etat, voulues par le général de Gaulle. Elle avait pleinement conscience que pour régénérer un peuple vaincu, déraciné, cela ne suffirait pas ; il fallait le ré enraciner spirituellement, travailler à abolir ce qui broie les âmes, l’injustice, le mensonge et la laideur, poser les bases d’une civilisation nouvelle orientée vers le bien pur que sont la justice, la vérité et la beauté. Et ce sont là, pour elle, des aspirations vraiment chrétiennes et universelles.

Ainsi écrit-elle dans la 1ère partie de l’Enracinement : « La première étude à faire est celle des besoins qui sont à la vie de l’âme ce que sont pour la vie du corps les besoins de nourriture, de sommeil et de chaleur. Il faut tenter de les énumérer et de les définir. » Dans le paragraphe suivant, elle précise qu’il ne faut pas confondre les besoins de l’âme avec les désirs, les caprices, les fantaisies, les vices ! Donc, c’est avec l’ordre, la liberté, l’égalité, la sécurité, la propriété, le châtiment, le risque,  etc., que la vérité ferait partie des besoins de l’âme. Voici le texte, actuel, inactuel, utopique ? A méditer. A l’ombre d’un grand arbre.

« Le besoin de vérité est plus sacré qu’aucun autre. Il n’en est pourtant jamais fait mention. On a peur de lire quand on s’est une fois rendu compte de la quantité et de l’énormité des faussetés matérielles étalées sans honte, même dans les livres des auteurs les plus réputés. On lit alors comme on boirait l’eau d’un puits douteux.

Il y a des hommes qui travaillent huit heures par jour et font le grand effort de lire le soir pour s’instruire. Ils ne peuvent pas se livrer à des vérifications dans les grandes bibliothèques. Ils croient le livre sur parole. On n’a pas le droit de leur donner à manger du faux. Quel sens cela a d’alléguer que les auteurs sont de bonne foi ? Eux ne travaillent pas physiquement huit heures par jour. La société les nourrit pour qu’ils aient le loisir et se donnent la peine d’éviter l’erreur. Un aiguilleur serait mal accueilli en alléguant qu’il est de bonne foi.

A plus forte raison est-il honteux de tolérer l’existence de journaux dont tout le monde sait qu’aucun collaborateur ne pourrait y demeurer s’il ne consentait parfois à altérer sciemment la vérité.

Le public se défie des journaux, mais sa défiance ne le protège pas. Sachant en gros qu’un journal contient des vérités et des mensonges, il répartit les nouvelles annoncées entre ces deux rubriques, mais au hasard, au gré de ses préférences. Il est ainsi livré à l’erreur.

Tout le monde sait que, lorsque le journalisme se confond avec l’organisation du mensonge, il constitue un crime. Mais on croit que c’est un crime impunissable. Qu’est-ce qui peut bien empêcher de punir une activité une fois qu’elle a été reconnue criminelle ? D’où peut bien venir cette étrange conception de crimes non punissables ? C’est une des plus monstrueuses déformations de l’esprit juridique.

Ne serait-il pas temps de proclamer que tout crime discernable est punissable, et qu’on est résolu, si on en a l’occasion, à punir tous les crimes ?

Quelques mesures faciles de salubrité publique protégeraient la population contre les atteintes à la vérité.

La première serait l’institution, pour cette protection, de tribunaux spéciaux, hautement honorés, composés de magistrats spécialement choisis et formés. Ils seraient tenus de punir de réprobation publique toute erreur évitable, et pourraient infliger la prison et le bagne en cas de récidive fréquente, aggravée par une mauvaise foi démontrée.

Par exemple, un amant de la Grèce antique, lisant dans le dernier livre de Maritain : « Les plus grands penseurs de l’antiquité n’avaient pas songé à condamner l’esclavage », traduiraient Maritain devant un de ces tribunaux. Il y apporterait le seul texte qui nous soit parvenu sur l’esclavage, celui d’Aristote. Il y ferait lire aux magistrats la phrase : « Quelques-uns affirment que l’esclavage est absolument contraire à la nature et à la raison ». Il ferait observer que rien ne permet de supposer que ces quelques-uns n’aient pas été au nombre des plus grands penseurs de l’antiquité. Le tribunal blâmerait Maritain pour avoir imprimé, alors qu’il lui était si facile d’éviter l’erreur, une affirmation fausse et constituant, bien qu’involontairement, une calomnie atroce contre une civilisation tout entière. Tous les journaux, quotidiens, hebdomadaires et autres, toutes les revues et la radio seraient dans l’obligation de porter à la connaissance du public le blâme du tribunal et, le cas échéant, la réponse de Maritain. Dans ce cas précis, il pourrait difficilement y en avoir une.

(…)

La deuxième mesure serait d’interdire absolument toute propagande de toute espèce par la radio ou la presse quotidienne. On ne permettrait à ces deux instruments de servir qu’à l’information non tendancieuse.

Les tribunaux dont il vient d’être question veilleraient à ce que l’information ne soit pas tendancieuse.

Pour les organes d’information, ils pourraient avoir à juger, non seulement les affirmations erronées, mais encore les omissions volontaires et tendancieuses.

Les milieux où circulent des idées et qui désirent les faire connaître auraient droit à des organes hebdomadaires, bimensuels ou mensuels. Il n’est nullement besoin d’une fréquence plus grande si l’on veut faire penser et non abrutir.

La correction des moyens de persuasion serait assurée par la surveillance des mêmes tribunaux, qui pourraient supprimer un organe en cas d’altération trop fréquente de la vérité. Mais ses rédacteurs pourraient le faire reparaître sous un autre nom.

Dans tout cela il n’y aurait pas la moindre atteinte aux libertés publiques. Il y aurait satisfaction du besoin le plus sacré de l’âme humaine, le besoin de protection contre la suggestion et l’erreur.

Mais qui garantit l’impartialité des juges ? objectera-t-on. La seule garantie, en dehors de leur indépendance totale, c’est qu’ils soient issus de milieux sociaux très différents, qu’ils soient naturellement doués d’une intelligence étendue, claire et précise, et qu’ils soient formés dans une école où ils reçoivent une éducation non pas juridique mais avant tout spirituelle, et intellectuelle en second lieu. Il faut qu’ils s’y accoutument à aimer la vérité.

Il n’y a aucune possibilité de satisfaire chez un peuple le besoin de vérité si l’on ne peut trouver à cet effet des hommes qui aiment la vérité. »

27 réflexions sur « Le besoin de vérité »

  1. Mon admiration pour Simone Weil est sans borne, et je remercie Christine de nous rappeler son importance pour René Girard. Parmi les besoins de l’âme énumérés, le besoin de vérité est une évidence, mais il en est un autre besoin cité par la philosophe qui peut faire tiquer nos contemporains : c’est le besoin de punition. Weil en précise le contenu dans L’enracinement, mais il est déjà implicite dans l’extrait choisi : le besoin de vérité ne peut pas s’accomplir, notamment sur internet, parce que ses contrevenants ne peuvent être punis. C’était déjà difficile à réaliser avant, et l’exemple de Maritain le montre, pourtant les éditeurs portaient déjà la responsabilité du contenu publié, même s’ils n’en étaient pas les auteurs. La moindre des choses serait de responsabiliser de même ceux qui propagent l’ère de la post-vérité en toute (in-)conscience, à la planète entière. Nous subissons ainsi les conséquences dramatiques de l’ère de la post-punition, après avoir moqué le besoin de punition (« il est interdit d’interdire »…)

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    1. Merci à vous, Benoît, pour avoir donné à cet écrit de Simone Weil sa pleine et stressante actualité. L’exemple de Maritain fait presque sourire ; il tend à prouver que le besoin de vérité de Simone Weil était bien plus exigeant que le nôtre. L’esclavage a été LE mode de production dans toute l’Antiquité, la civilisation grecque a beau être aux yeux de Simone une civilisation à part (préchrétienne, avec Platon, Eschyle, Sophocle etc.), il ne nous paraîtrait pas punissable d’écrire que « les plus grands penseurs de l’Antiquité n’avaient pas songé à condamner l’esclavage« . L’exemple choisi par Simone Weil témoigne aussi de ses parti-pris à elle !

      Par contre, on peut sans parti-pris, juste pour faire valoir un droit, lui-même relié à une obligation, protester contre l’irresponsabilité, garantie par une totale impunité, des propagateurs de « fake news » et autres mensonges sur les réseaux dits sociaux. Et vous avez raison, en girardien conséquent, de pointer notre responsabilité à nous dans la mise en place de l’irresponsabilité de ces « criminels », comme dirait Simone Weil, qui profitent de l’ère de la post-vérité pour mener à bien leurs petites affaires. (J’écris tout ça parce que je ne peux pas « liker » !)

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      1. Christine, bien sûr, Weil avait une dent contre Maritain et son exemple fait sourire au regard de ce que nous subissons. Il est à l’image de son extrême exigence, qu’elle commence à appliquer à elle-même. En ce sens, sa proposition ne doit pas être entendue comme juridique, et vous avez raison d’écrire « que si on ne place pas la vérité au-dessus de tout intérêt propre, au-dessus de l’amour-propre, on ne saurait en aucune façon la connaître ». Mon commentaire était à cet égard bien faible. Mais le fait d’appliquer la loi commune à tous (aux éditeurs de contenu et aux auteurs sur internet) est un plus petit dénominateur commun : c’est en ce sens que je pense que cette application est nécessaire au point où nous en sommes, et même évidente. Weil ne pouvait même pas imaginer cette situation me semble-il. Rétrospectivement, ses propositions apparaissent donc bien naïves ; elles définissent néanmoins un idéal que nous aurions grand tort de mépriser, et que nous avons effectivement méprisé, collectivement, depuis trop longtemps, ce qui nous entraine à la catastrophe. « Idéal » est ici synonyme d’exigence.

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      2. Critiquer Maritain n’est pas qu’un parti pris arbitraire et « obsolète ». Maritain a soutenu Mounier et le personnalisme, et sa formule « La personne humaine est sacrée » a été la base d’une formidable critique de Simone WEIL. L’influence de cette philosophie sur Vatican 2 (et Jean-Paul 2) devrait donner envie d’explorer sa critique fondamentale de cette philosophie.

        Il faut lire la personne et le sacré, dont je vous livre un passage, que vous savourerez, je l’espère. Je recommande sa lecture à Hervé VAN BAREN pour lui montrer que sa qualification de naïveté me semble un peu rapide.

        « Quand notre vouloir se trouve être traduit hors de nous à travers des actions exécutées par d’autres, nous ne dépensons pas notre temps et notre force d’attention à examiner s’ils y ont consenti. Cela est vrai pour nous tous. Notre attention, dépensée tout entière pour le succès de l’entreprise, n’est pas sollicitée par eux tant qu’ils sont dociles.

        Cela est nécessaire. S’il en était autrement, les choses ne se feraient pas, et si les choses ne se faisaient pas, nous péririons. Mais de ce fait, l’action est souillée de sacrilège. Car « le consentement humain est chose sacrée ». Il est ce que l’homme accorde à Dieu. Il est ce que Dieu vient chercher comme un mendiant auprès des hommes. » »

        Je découvre votre article remarquable, à la fin de l’été. Mieux vaut tard, car Il a le goût du raisin, et je l’ai lu avec les commentaires très inspirés. Un régal!

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  2. La réflexion de Simone Weil est plus qu’utile en nos temps dévorés par le mensonge ostentatoire. Merci, Christine.

    Simone Weil écrivait dans un contexte de guerre. Comment nous comportpons-nous aussi lâchement en temps de paix ?

    Convertie, Simone Weil était une chrétienne authentique. Comment les « chrétiens » libertariens d’aujourd’hui interprètent-ils le huitième commandement : « Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain » ?

    Joël Hillion

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  3. Merci beaucoup Christine Orsini de recentrer notre regard sur les « fondamentaux »!

    Simone Weil conclut ainsi : « La seule garantie, en dehors de leur indépendance totale, c’est qu’ils (les juges) soient issus de milieux sociaux très différents, etc. »

    Quand on considère la sociologie du recrutement à l’École Nationale de la Magistrature (« près de 70 % chez les enfants de pères cadres et professions intellectuelles supérieures, et plus particulièrement des cadres de la fonction publique (31 %) », Yoann Demoli, Laurent Willemez, Sociologie de la magistrature. Genèse, morphologie sociale et conditions de travail d’un corps), on a la garantie que les juges ne sont pas indépendants!?

    Par quel nouvel accident de l’histoire (le premier étant l’incarnation de Dieu), le besoin de vérité (dont Simone Weil dit qu’il est plus sacré qu’aucun autre) pourrait-il être satisfait ? Qu’en pensez-vous?

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    1. A Monsieur l’Anonyme : vous focalisez votre attention sur l’indépendance des juges. Mais pour Simone Weil, celle-ci est tellement nécessaire à la justice qu’elle la tient pour acquise. Elle est une condition nécessaire dans les prétoires, mais pour instituer un tribunal spécialisé dans la protection de la population contre les erreurs et les mensonges, un tribunal qui n’existe pas et n’a jamais existé (sinon sous la forme diabolique des tribunaux de l’Inquisition), elle n’est pas suffisante. Il faudrait des juges issus de milieux très différents et d’une intelligence au-dessus de la moyenne pour compenser les effets de leurs inévitables préjugés de classe et de leur subjectivité. Et cela ne suffit pas encore. Leur éducation, à ces juges, doit être spirituelle avant d’être intellectuelle. Pour défendre la vérité, il faut la connaître et pour arriver à la connaître, il faut l’aimer.

      La conclusion du texte est pascalienne. Et Simone Weil ne confond pas les ordres, elle ne fait pas de l’amour une faculté de connaissance. Elle pose, me semble-t-il, que, si l’on ne place pas la vérité au-dessus de tout intérêt propre, au-dessus de l’amour-propre, on ne saurait en aucune façon la connaître. Loin d’être impartiaux et de mettre en perspective la vérité ( la réalité des faits comme la vérité d’une démonstration), les juges que Simone Weil appelle de ses vœux se recruteraient parmi les humains qui peuvent prendre, contre eux-mêmes, le parti de la vérité.

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      1. Pardon d’être resté anonyme, bien involontairement !

        Vous dites : la conclusion du texte est pascalienne. Et Simone Weil ne confond pas les ordres, elle ne fait pas de l’amour une faculté de connaissance. J’ai lu, à la suite du billet que vous lui aviez consacré, Pascal et la proposition chrétienne de Pierre Manent. Grâce à vous et à Pierre Manent, n’étant pas eu de cours de philo dans ma scolarité, j’ai pu entrevoir, pour la première fois, la profondeur de la pensée de Pascal. Et, en particulier, j’ai compris l’intérêt des notions d’ordres qu’il propose (j’ai aussi noté que Simone Weil mentionne l’ordre en premier dans les besoins de l’âme, sans doute dans un autre sens?)

        Merci à vous !

        Cependant, il me semble que Simone Weil, en répondant à une demande du général de Gaule de réfléchir sur une nouvelle déclaration des droits de l’homme et une réforme de l’État, se place dans le champ du politique, lequel est, si j’ai bien compris, du premier ordre, celui du pouvoir temporel. Dans son esprit, me semble-t-il, ce qu’elle propose est susceptible d’être mis en pratique dans les institutions à venir. C’est là qu’elle ferait preuve de naïveté. Naïveté qui pourrait confiner à l’idéalisme, ce qui l’éloignerait de la recherche de la vérité? (Pascal s’était limité à obtenir du roi le droit de créer une société de transport urbain, les carrosses à cinq sols!)

        La philosophe que vous êtes saura m’aider à comprendre que, en dépit des apparences, la conclusion de Simone Weil se situe bien dans le troisième ordre, celui de la charité.

        En attendant, je reste dans l’interrogation quant à la possibilité de naviguer entre les trois ordres ? La musique pourrait-elle en être le véhicule comme, par exemple, Hildegarde de Bingen semble l’avoir expérimenté ?

        En vous remerciant encore pour vos éclairages,

        Serge Lochu

        PS : Dans un tout autre d’idée, je me permets de nuancer votre propos dans la réponse que vous faites à Benoît Hamot : à mon avis, les fake news ne sont pas l’exclusivité des réseaux sociaux. Il est même possible qu’ils soient, aussi, le seul contre-pouvoir aux médias conventionnels lorsque ces derniers mettent en scène le mensonge, non sans intelligence avec les cercles du pouvoir. Le blog « L’émissaire », s’il devait être classé, ne le serait-il pas dans la catégorie « réseaux sociaux » ?

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  4. « Le public se défie des journaux, mais sa défiance ne le protège pas. Sachant en gros qu’un journal contient des vérités et des mensonges, il répartit les nouvelles annoncées entre ces deux rubriques, mais au hasard, au gré de ses préférences. Il est ainsi livré à l’erreur. » J’ajoute: les vérités d’un tel sont marquées mensonges de tel autre. La domination actuelle des médias, dont le but est de vendre, de profiter, voire de scandaliser, nous condamne au règne incontestable de ‘fake news’ de part et d’autre. En plus, l’univers du ditigal, du numérique, milite aggressivement contre toute forme d’attention soutenue, laquelle Weil assimile justement à la prière. Miasme dont on ne sort pas, surtout aux USA, qui n’a cesse de sacrer la violence. Le besoin de vérité n’est pas, ou n’est plus, de ce monde.

    Andrew McKenna

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    1. A Andrew McKenna :

      Ce constat de la dualité à présent indistinguable entre vrai et faux se vérifie chaque jour un peu plus. Hier, chacun défendait sa vérité et rien d’autre, les médias étaient engagés et il suffisait de choisir son camp. Aujourd’hui, les idéologies sont devenues folles et personne ne peut être dupe des mensonges qu’elles portent. Reste alors ce « marché » de la vérité, lieu privilégié des rivalités mimétiques (les réseaux sociaux). Mais je ne pense pas que ce marasme témoigne d’une disparition du besoin de vérité, au contraire ; nous la cherchons plus qu’avant, et c’est en son nom que nous avons créé les conditions de la crise du sens qui nous la rend inaccessible. Il y a là quelque chose du « tohu bohu » biblique, de l’effondrement des sociétés lorsque les mensonges qui les soutiennent sont révélés… par notre besoin de vérité ! Vous faites le constat de l’apocalypse.

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    2. Andrew McKenna: je vous trouve bien pessimiste… Si les gens lisent les journaux et écoutent les médias, et ajoutent de plus en plus leur grain de sel (comme sur ce blog), c’est précisément parce qu’ils sont à la recherche de la vérité. Ils en éprouvent le besoin. Le fait qu’ils soient régulièrement trompés n’y change rien.

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  5. Ce qui me frappe dans ce texte, c’est sa naïveté, très touchante d’ailleurs. Simone Weil pose la question philosophique profonde et insoluble des conditions du triomphe de la vérité. Elle aurait dû rester à ce niveau d’abstraction. Mais elle ne peut s’empêcher d’y trouver des solutions pratiques, terre-à-terre : choisir les juges chargés de faire le tri comme cela, les former comme ceci… Je vois ce texte comme symptomatique de la faille profonde du progressisme : vouloir transformer la nature humaine – car c’est de cela qu’il s’agit, non ? par des formules humaines.

    Hervé

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    1. Hervé: la naïveté, même touchante, n’est pas un défaut. Dans le cas de Weil, elle relève me semble-t-il d’une vision parfaitement claire, débarrassée des aprioris de la culture ambiante qui sont autant de scories (ou de poutres dans notre œil…). La vérité n’attend pas de « triomphe » puisqu’elle a déjà triomphé à travers la Passion et l’Apocalypse (c’est là un différend entre nous). Par conséquent, Weil n’est en rien « progressiste » à mes yeux, parce que l’humanité n’est pas à transformer, mais à respecter dans sa véritable nature, qui est à l’image de Dieu. Que les institutions aient à s’adapter à cette humanité révélée : cela me semble par contre tout à fait souhaitable. Mais l’humanité ne peut se réduire à ses institutions : cette vision relève du totalitarisme, c’est à dire d’une démarche strictement inverse, consistant à éduquer, ou à rééduquer ceux qui ne s’adaptent pas à l’autorité politique.

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    2. Votre commentaire, Hervé, avant de susciter ma réflexion, m’a fait souvenir de l’anecdote bien connue de Thalès, la tête dans les étoiles et provoquant les moqueries d’une servante pour n’avoir pas vu le puits dans lequel il est tombé. Platon, toujours : le philosophe qui s’est évadé de la Caverne pour contempler les êtres véritables (les Idées), quand il redescend dans son théâtre d’ombres, ne voit plus rien et se casse la figure. Sauf votre respect, vous seriez la servante et Simone le philosophe, forcément.

      Le fait est que Simone Weil, à Londres d’où elle espérait partir pour une résistance active en France (elle n’avait plus que quelques semaines à vivre) fut employée malgré elle à réfléchir, pour l’après-guerre, dans un bureau, à une réforme de l’Etat. Ses amis, en particulier son ancien condisciple de khâgne, Maurice Schuman et son patron, André Philip, étaient admiratifs de son génie mais sa liste des « besoins de l’âme »(vitaux, essentiels, analogues à la faim) fut lue négligemment par ses supérieurs, probablement déconcertés comme vous par ce qu’ils pouvaient voir comme une forme de naïveté. Et pourtant, la philosophe ne souhaitait pas changer la nature de l’homme, seulement en tenir compte, et c’est ainsi qu’elle argumente : « Le fait qu’un être humain possède une destinée éternelle n’impose qu’une seule obligation; c’est le respect. L’obligation n’est accomplie que si le respect est effectivement exprimé, d’une manière réelle et non fictive ; il ne peut l’être que par l’intermédiaire des besoins terrestres de l’homme.« ( je souligne)

      Non, Simone Weil n’a pas voulu changer la nature humaine mais en prendre l’exacte mesure. « L’objet de ma recherche, écrit-elle, n’est pas le surnaturel mais ce monde. » Elle aurait en commun avec René Girard un rapport singulier au christianisme, souvent souligné par ce dernier : l’Evangile considéré comme révélateur moins des choses divines que des choses humaines.

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  6. Votre commentaire témoigne du contraire. La vérité est un besoin de l’âme, dont certains ont plus conscience que d’autres. Les girardiens ont reçu en héritage une idée que Girard a plaidée dans toute son œuvre, l’idée que la vérité est salutaire.

    Ce qui semble avoir disparu de ce monde, c’est le souci des besoins de l’âme. Pour parler le langage de Weil, le temps est à la pesanteur et au règne de la Force. Merci pour votre commentaire.

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  7. « Mais rien de ce qu’ont produit les peuples d’Europe ne vaut le premier poème connu qui soit apparu chez l’un d’eux. Ils retrouveront peut-être le génie épique quand ils sauront ne rien croire à l’abri du sort, ne jamais admirer la force, ne pas haïr les ennemis et ne pas mépriser les malheureux. Il est douteux que ce soit pour bientôt. »

    https://blogs.mediapart.fr/calaotok/blog/030420/liliade-ou-le-poeme-de-la-force-simone-weil

    Le désespoir des humains est aussi touchant que leur incapacité à mesurer à quel bouleversement la révélation évangélique entraîne, la conversion chrétienne, qui ôte à la créature l’architecture menteuse qui la protégeait de sa propre violence, cette fausse idée de la divinité dont l’erreur dévoilée désormais ne la protège plus.

    Il est très impressionnant d’observer actuellement la pierre rejetée par les bâtisseurs apparaître en toute majesté, éclairant avec acuité les répliques impériales de la domination européenne fourvoyée et défaite, dont l’humanité ne saura se prémunir que par la prise de conscience collective des opinions européennes à savoir en tirer le salvifique enseignement démocratique, quand chaque individu a la capacité historique et morale de ne plus penser en terme de domination mais de réconciliation, consentant à l’effort collectif indispensable à la survie des humains, d’enfin ne plus répondre à l’erreur par l’erreur, à la vengeance par la vengeance, à la guerre par la guerre.

    Cela ne signifie pas qu’il ne faille pas se défendre, mais de savoir exactement ce que l’on défend, une organisation sociale à même de se passer de la béquille sacrificielle totalement démonétisée, remplaçant le fantasme du Dieu méchant, image de la violence des humains, par le corps réel de l’amour du prochain, image de l’amour divin offert au sacrifice fallacieux pour enfin le remplacer par le don de soi sans aucune rétribution sacrée, débarrassé de ce mensonge diabolique et meurtrier, force définitivement renversée par la faiblesse de cette vérité, toute puissante d’être simplement reconnue comme la vérité.

    C’est à notre main, la proposition est exactement formulée, ayons le courage en France et en Europe d’en accepter l’incarnation proposée, l’humanité alors sera sauvée.

    Il est certain que c’est pour maintenant.

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    1. Un grand merci, Aliocha, pour le lien avec le Poème de la Force, sur l’Iliade, un des plus beaux textes de Simone Weil et pour la beauté des textes, on a l’embarras du choix. Elle a écrit, il y aura bientôt un siècle, que les peuples d’Europe « retrouveront peut-être le génie épique quand ils sauront ne rien croire à l’abri du sort, ne jamais admirer la force… » et conclu : « il est douteux que ce soit pour bientôt« . Vous, vous dites : « c’est pour maintenant« . Hélas, je pense comme Simone Weil que ce n’est même pas pour demain.

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      1. Et pourtant, si chère madame, il suffirait de reconnaitre ce qui désormais, avec Weil et Girard et tous les poètes, les justes donc, est parfaitement concevable rationnellement, ici et maintenant :

        « …

        Mais quand la mort

        Saisit l’être en qui la beauté suprême

        Avait élu demeure jusqu’à faire de son corps

        Cette merveille par le doigt même des dieux

        Désignée, et quand, énigmes désormais les uns

        aux autres,

        Ceux qui vivaient ensemble ne peuvent plus

        Se saisir, et que ce ne sont point

        Les sables seulement ou les saules que le Temps

        Emporte, ni les temples seuls qu’il assaille; quand la gloire du demi-dieu

        Et les siens s’efface, quand le Très-Haut lui-même

        Détourne son visage et que le regard en vain

        Dans les cieux cherche un Immortel ou sur

        La terre verdoyante, ah ! Qu’est-ce donc ?

        C’est le geste du semeur, quand il puise

        Avec la pelle le froment

        Et le lance et l’épure au battement du van sur l’aire.

        La balle en pluie à es pieds tombe, mais au terme

        De sa peine, voici le grain.

        Et ce n’est point chose grave, si quelque part

        S’en perd et si de la parole expire

        Peu à peu le vivant écho.

        Car l’œuvre divine est à la semblance de la nôtre :

        Tout à la fois,- telle n’est point l’exigence du Très-Haut.

        La mine au profond de ses puits recèle

        Le fer, et l’Etna son épaisse poix brûlante,

        Oui, et de cette richesse en moi j’aurais pouvoir

        De nourrir du Christ une image

        Fidèle et de le contempler tel qu’il fût.

        … »

        Extrait du Patmos d’Hölderlin, traduction Gustave Roud

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  8. Ahlala, ce World press !

    Profitons-en pour compléter et signer la réponse à la réponse de Mme Orsini :

    « …
    Mais c’est chose terrible, cette manière qu’a Dieu sans trêve
    de disperser au loin ceux qui reçurent le vivant amour.
    Oui, quitter déjà le visage
    Des amis bien-aimés,
    Et par delà les lointaines montagnes
    S’en aller solitaire où les disciples par deux fois
    Et d’un seul cœur avait reconnu la venue
    De l’Esprit divin; et nulle prophétie n’en avait fait annonce,
    Mais une brusque présence les
    Saisit aux boucles, quand le dieu qui s’éloignait, rapide, les regarda,
    Et que, nommant le mal, nouant
    La chaîne de leurs mains tendues, ils le conjurèrent
    De le tenir lié pour toujours, comme
    Par des cordages d’or.

    Mais quand la mort
    Saisit l’être en qui la beauté suprême
    Avait élu demeure jusqu’à faire de son corps
    Cette merveille par le doigt même des dieux
    Désignée, et quand, énigmes désormais les uns
    aux autres,
    Ceux qui vivaient ensemble ne peuvent plus
    Se saisir, et que ce ne sont point
    Les sables seulement ou les saules que le Temps
    Emporte, ni les temples seuls qu’il assaille; quand la gloire du demi-dieu
    Et les siens s’efface, quand le Très-Haut lui-même
    Détourne son visage et que le regard en vain
    Dans les cieux cherche un Immortel ou sur
    La terre verdoyante, ah ! Qu’est-ce donc ?

    C’est le geste du semeur, quand il puise
    Avec la pelle le froment
    Et le lance et l’épure au battement du van sur l’aire.
    La balle en pluie à es pieds tombe, mais au terme
    De sa peine, voici le grain.
    Et ce n’est point chose grave, si quelque part
    S’en perd et si de la parole expire
    Peu à peu le vivant écho.
    Car l’œuvre divine est à la semblance de la nôtre :
    Tout à la fois,- telle n’est point l’exigence du Très-Haut.
    La mine au profond de ses puits recèle
    Le fer, et l’Etna son épaisse poix brûlante,
    Oui, et de cette richesse en moi j’aurais pouvoir
    De nourrir du Christ une image
    Fidèle et de le contempler tel qu’il fût.
    … »
    Extrait du Patmos d’Hölderlin, traduction Gustave Roud

    Tout est accompli, reste aux justes à savoir reconnaître ce qui n’est plus une espérance mais une réalité, fondement solide et rationnellement défini de toute action humaine.
    Au travail !

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  9. Réponse à Monsieur Serge Lochu (Anonyme du 26 Juillet, 12h.36) : Merci, cher Monsieur, de votre commentaire. Laissons Pascal, qui ne risque pas le reproche de naïveté : « L’homme n’est donc que déguisement, mensonge et hypocrisie et en soi-même et à l’égard des autres. Il ne veut donc pas qu’on lui dise la vérité. Il évite de la dire aux autres. »(Lafuma 978) Mais S.W nous a avertis : il ne faut pas confondre un besoin de l’âme avec le désir (qui dépend de l’amour-propre et que Girard qualifie de mimétique). « Il y a des cruautés, écrit-elle, qui portent atteinte à la vie de l’homme sans porter atteinte à son corps. Ce sont celles qui privent l’homme d’une certaine nourriture nécessaire à la vie de l’âme. » On est bien là dans le registre de la politique et je ne vois pas ce qu’il y aurait de naïf à attirer l’attention des gouvernants et des législateurs sur l’existence en l’homme de besoins qui ne sont pas des nécessités physiques, ce n’est pas vouloir changer la nature humaine mais au contraire, vouloir en tenir compte !

    Vous me direz (excusez ce dialogue imaginaire) que notre démocratie n’a pas attendu Simone Weil pour tenir compte des besoins de l’homme et du citoyen que sont l’égalité, la liberté, la sécurité etc. Elle en a fait des « droits inaliénables et sacrés ». Mais justement, selon Weil, « l’accomplissement effectif d’un droit provient non pas de celui qui le possède mais des autres hommes qui se reconnaissent obligés envers lui. » Il faut donc comprendre 1) qu’un homme, considéré en lui-même, n’a que des devoirs 2) que l’Etat doit répondre à l’obligation d’assurer à ses membres la satisfaction de leurs besoins essentiels. Reste à comprendre pourquoi il n’est jamais fait mention nulle part du besoin de vérité.

    C’est là, me semble-t-il, qu’on va trouver la vraie raison de l’accusation de naïveté portée contre Simone Weil par ses admirateurs eux-mêmes. Toute personne éprise de vérité, en effet, est en proie au doute. Il va sans dire que pour Simone Weil, la réalité des faits doit pouvoir être vérifiée mais comment être sûr d’avoir opéré toutes les vérifications ? Et s’il n’y avait pas des faits mais seulement des interprétations ? On sera toujours du côté de celui qui est en quête de vérité (un démystificateur?) mais celui qui prétend la détenir (un juge?) inspirera la plus grande méfiance. Il faut être bien naïf aujourd’hui pour prétendre avoir raison tout seul : « chacun a ses raisons » dit Jean Renoir dans « la règle du jeu » et ce qu’on entend objectivement par « vérité » relève d’un consensus provisoire. Bref, la naïveté de Simone Weil consisterait à croire que l’Etat pourrait répondre au besoin qui existe de quelque chose qui n’existe pas. Et moi, je la trouve lucide, au contraire, de voir qu’il ne suffit pas pour nourrir le besoin de vérité de faire de la géométrie. Ses « juges » recevraient une éducation non pas juridique mais avant tout spirituelle et intellectuelle en second lieu. La vérité, il faut y croire.

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    1. Oui Christine, il faut y croire. Sinon, on se place du côté de Pilate face à Jésus, qui déclare: « Je ne suis né, et je ne suis venu dans la monde que pour rendre témoignage à la vérité » et on répond : « Qu’est ce que la vérité? ». En langage savant, cela s’appelle le « relativisme culturel ». Pilate est très actuel, « up to date ».

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    2. Pour ma part j’ai lu Simone Weil – d’abord « l’enracinement » – quand j’étais étudiant (dans les années 80… ), avant de lire Girard, et comme Girard elle n’a pas cessé de me suivre depuis.

      Je la vois comme une amoureuse, une grande amoureuse, une amoureuse de la Vérité. Et je peux comprendre qu’elle rencontre le Christ, puisqu’Il est la Vérité : « Je suis le chemin, la vérité, la vie » nous dit-il. Simone considère la vérité comme une nourriture, et en effet le Christ se fait nourriture pour nous…

      Il me semble qu’il faut aussi connaître l’itinéraire de Simone pour évaluer correctement ce texte que vous nous soumettez. Car Simone a vécu dans sa chair et de l’intérieur ce que subirent les hommes et femmes de son temps – si je ne me trompe, dans un stage chez Renault, puis en milieu agricole chez Gustave Thibon. Le besoin de vérité dont elle nous parle, elle l’a éprouvé lorsqu’elle partagea la vie des ouvriers et paysans. Son texte sur la vérité est issu du constat, fait par elle-même, de la désorientation des ouvriers et paysans (elle introduit par la suite la notion de déracinement) : sa culture et son intelligence lui montraient que cette désorientation était reliée à la mauvaise qualité de l’information à laquelle ils avaient accès.

      Son texte nous décrit donc ce qu’il faudrait faire, selon elle, pour éviter cette désorientation. Evidemment, il est toujours actuel.

      Je crois pour ma part que notre société est tout de même plus perméable à la vérité qu’elle ne l’était dans les étapes précédentes. Car plus cette perméabilité est effective, et plus nous éprouvons le besoin de vérité. Quand on a commencé à goûter à un bon plat, c’est alors qu’on a envie d’en reprendre.

      Jean-Louis Verrier

      Abonné à ce blog, Ingénieur Agronome, retraité.

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  10. Merci Christine de nous remettre face à cette question de la Vérité. Question incontournable s’il en est, car même si la vérité a déjà triomphé dans la Révé

    lation comme le dit Hervé, ce triomphe est sans portée s’il n’est pas relayé et amplifié jour après jour par des personnes et des institutions, à leurs risques et périls. Ce combat n’est jamais fini, et c’est plus que jamais le notre. Le hasard fait que je suis en train de lire le dernier cours de Michel Foucault intitulé « Le courage de la vérité », donné au Collège de France juste avant sa mort en 1984. D’une manière générale, je n’aime guère le Foucault structuraliste, verbeux et souvent creux de mon point de vue. Mais là, je suis passionné par son enquête sur la manière dont, depuis l’antiquité jusqu’au christianisme, la question de la vérité a été associée à une certaine forme de courage et d’attitude face à la vie. Les développements consacrés à Socrate (une figure pré-christique, au même titre que les prophètes de l’AT) sont magnifiques. L’intérêt du texte de Simone Weil est de rappeler, avec une certaine naïveté qui n’enlève rien à sa pertinence, que le souci vital pour la Vérité doit s’incarner dans les institutions. C’est très complémentaire du texte de Foucault, centré quant à lui sur l’incarnation du souci de la Vérité dans des personnes et des modèles de comportement individuel.

    Bernard Perret

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  11. Oui, Foucault et Weil peuvent être complémentaires parce que, comme l’a rappelé le récent commentaire d’un connaisseur de l’œuvre singulière de Simone Weil, elle pense à ceux auxquels les universitaires ne pensent jamais et qu’elle a connus en partageant leurs souffrances ( et leurs joies), les ouvriers et les paysans, ceux qui travaillent huit heures par jour et ont le courage et la curiosité de s’instruire et de s’informer.

    Ce qui est particulièrement plaisant chez Simone Weil est son style. Dire ce qu’on pense ( la vérité telle qu’on la voit) en adoptant le langage de l’adversaire ( l’ironie socratique !), c’est ce qu’elle fait dans sa lettre de remerciements à Xavier Vallat, commissaire aux questions juives ( oct.1941) : »Je tiens à vous exprimer la reconnaissance sincère que j’éprouve envers le gouvernement pour m’avoir ôtée de la catégorie sociale des intellectuels ( déracinés ?) et m’avoir donné la terre et avec elle toute la nature. »

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