« Plus identique que tous les autres »

Ce billet a pour objet une actualité brûlante, l’investiture du nouveau président américain. Mais pour comprendre d’un coup d’un seul le titre que j’ai choisi de lui donner, il faudrait avoir écouté attentivement à Toulouse ou ici-même, la conférence de Benoît Chantre et plus précisément sa définition girardienne du bouc émissaire.

Souvenez-vous, la victime émissaire est « comme l’arbre qui cache la forêt », puisqu’elle est tenue pour seule responsable des maux qui affectent une communauté ; tout à coup, on ne voit plus que son identité monstrueuse à elle, qui en réalité est celle de la communauté tout entière, déchirée par ses luttes intestines ; le bouc émissaire incarne donc à lui tout seul la perte des différences. C’est Œdipe substitué à la cité de Thèbes, accusé d’y avoir semé la peste, la peste, c’est-à-dire : l’identité mortelle du tous contre tous. La monstruosité du bouc émissaire est donc qu’il semble, contre toute logique, « plus identique que tous les autres ». Cette « identité accusée » dit Benoît Chantre, qui insiste sur les deux sens du verbe, attire sur elle un rejet unanime. La communauté croit pouvoir expulser loin d’elle une identité menaçante. Cette solution bancale fait du bouc émissaire un être à la fois maléfique et bénéfique : maléfique parce qu’il est le monstre à l’origine de la perte des différences ; bénéfique parce que son expulsion a miraculeusement fait revenir l’ordre dans la société.

« Plus identique que tous les autres » : cette définition obscure du bouc émissaire m’a semblé parfaitement claire appliquée au président singulier qu’une démocratie moderne vient de se choisir ; ce n’est évidemment pas comme « victime » qu’en ces jours d’intronisation, ses partisans comme ses adversaires se représentent le nouveau « maître du monde » ! Et pourtant, il n’y a pas si longtemps, nul ne pouvait douter que le candidat républicain, soit se présentait lui-même comme une victime (on avait tenté de le destituer, on lui avait volé sa réélection, une justice corrompue s’acharnait contre lui après avoir mis ses partisans en prison, etc.) soit en était objectivement une, menacé de mort lors de ses meetings : il attribue aujourd’hui à la volonté divine le miracle d’en avoir réchappé. Le candidat républicain s’est lui-même présenté comme « bouc émissaire » devant l’opinion, même si bien sûr, son incroyable énergie et ses ressources « médiatiques » lui ont assuré de jouer d’autres rôles et, en particulier, lui ont permis aujourd’hui, au milieu des acclamations de la foule, d’apparaître comme un sauveur tout puissant.

Un homme persécuté qui finit en « sauveur de l’Amérique », il ne serait pas tellement paradoxal d’attribuer au nouveau président des Etats-Unis le prestige de la victime émissaire selon René Girard. Nous ne savons pas comment tout cela finira, l’oiseau de Minerve ne prend son vol qu’à la nuit tombée (1), mais nous savons comment cela a commencé. C’est la seconde fois que les Etats-Unis auront choisi d’être gouvernés par un candidat antisystème, qui en actes et en paroles provoque stupeur et tremblements (2). Il reste pas mal de questions sans réponse, tant l’événement est sidérant : il m’a semblé que les analyses de René Girard et la théorie mimétique pouvaient nous aider à leur donner du sens. On a souvent tort, en comparant le présent au passé, de chercher le sens d’un événement dans l’idée que l’histoire se répète, qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Cependant, on peut repérer sous la réelle nouveauté des événements historiques des « invariants » qui remontent aux origines : certaines vérités anthropologiques sont pourvoyeuses de sens, tel est le cas de la mimesis et du mécanisme victimaire.

Le mécanisme victimaire, puisqu’on a commencé par lui ; comment serais-je la seule lectrice de Girard à y avoir pensé : le candidat républicain a plus d’un trait de ressemblance avec le roi en sursis d’immolation des « monarchies sacrées » analysées dans la Violence et le sacré (3). Les institutions dérivent toutes du mécanisme victimaire ; en toutes, il s’agit de reproduire, par l’intermédiaire de nouvelles victimes, cette fois rituelles, un lynchage réconciliateur. S’efforçant de répéter le lynchage fondateur, les premières sociétés ont fait commettre à leurs victimes sacrifiables toutes les transgressions possibles et ce faisant, leur ont conféré un prestige (sacré) terrifiant. C’est dans ce prestige qu’il faut chercher le principe de toute souveraineté politique aussi bien que religieuse.  Il n’est donc pas interdit de penser que les invraisemblables provocations et outrances du candidat républicain lors de ses campagnes, les passions contraires qu’il suscite, (il est soit adoré soit exécré), le fait même qu’il soit le premier présidentiable américain à avoir été condamné en justice, tout cela fait de lui un « double » moderne du roi sacré. Il incarne aussi le « skandalon » biblique, l’obstacle fascinant. Il y a bien quelque chose d’idolâtre et de scandalisé dans l’emprise que le « maître de la violence », le grand chef, exerce sur ses administrés et sur une partie de la planète, sur ses adversaires comme sur ses partisans.

On sait que seule une violence sacralisée peut tenir en respect la violence ; en tous cas, tel est le mensonge collectif sur lequel reposent les « ordres » institués, « les royaumes et les principautés » que la Révélation évangélique a profondément fragilisés. Le grand atout électoral du Président à qui l’on doit sans doute l’ère de la postvérité, a été de s’opposer, avec une énergie qui a séduit l’opinion, à la déconstruction, comme on dit aujourd’hui, de toutes les « valeurs » ancestrales ayant fait leurs preuves ; ces valeurs tournant le dos à l’amour de la vérité, privilégient le domaine de l’action sur celui de la connaissance (faisant des sciences elles-mêmes des moyens d’action ou des voies d’accès à la technologie), et ce sont elles qui ont permis de construire le monde d’aujourd’hui. La vérité n’est pas une « valeur », elle ne dépend pas du fait d’être désirée ou pas. En plus, elle n’a souvent rien d’aimable. Par contre, un certain nombre de vertus rendent la puissance d’agir aimable : la détermination, l’endurance, le courage surtout ; ces vertus, attribuées aux Pères fondateurs, ne sont-elles pas celles de leur actuel successeur ?

On dénonce volontiers l’immoralité du Président et de ses « fans » et leur absence de « culture » (au sens qu’on donne à ce mot quand on distingue une personne cultivée d’une brute ignare). Non seulement la victoire présente des MAGA (4) a été assurée par toutes les couches de la société et par une partie de l’élite la plus riche et la plus influente du pays, mais il semble tout à fait évident que la « révolution » en cours, le « nouvel âge d’or » qui commence, relève d’exigences morales. La théorie mimétique a montré l’irrésistible passage, dans les sociétés modernes, de la médiation externe (l’admiration de modèles inégalables) à la médiation interne (la haine impuissante pour des modèles devenus obstacles, la rivalité des égaux). Pour les électeurs du candidat républicain, c’est d’une réaction morale dont l’Amérique a besoin :  ils dénoncent la « société ouverte », fondée sur l’hypocrisie du « politiquement correct », une société amorale, car seule, une société close rend possible une vie morale authentique ; celle-ci est faite de la conscience permanente des sacrifices auxquels une société doit son existence ; il faut donc renouer avec les vertus ancestrales et la médiation externe. Le véritable culte voué au grand chef par sa base électorale, les MAGA, est significatif d’une réaction qu’on peut qualifier d’anti-démocratique mais qui relève aussi d’une exigence morale.

Le discours d’investiture du nouveau Président a pu sembler plus revanchard que rassembleur. Il ne faut pas oublier la mimesis, le moteur de nos histoires individuelles comme de la grande histoire.  Aussi individualisé que soit un individu, il se dirige vers les objets ou les objectifs que lui désignent ses modèles. Aussi « imprévisible » soit ce Président hors-normes, faute d’être au service d’une cause ou d’une idéologie, on peut s’attendre à ce qu’il s’empare des armes ou des arguments de ses rivaux mimétiques pour les retourner contre eux. Ainsi, c’est une évidence pour les Démocrates les plus lucides, la victoire du camp républicain est d’abord une défaite du camp démocrate. Tout a été fait chez les démocrates, à commencer par le choix de leur candidat, puis l’absence de choix de la candidate, pour encourager l’adversaire et affronter l’adversité. Le refus des excès d’un certain progressisme de gauche ou d’extrême gauche, est alors apparu comme un simple « retour au bon sens ». N’est-ce pas là aussi un retour à l’ordre républicain, mis en danger par un excès de « démocratie » ? C’est encore la rivalité mimétique qui force ce Président tout-puissant à ne pas se contenter d’une victoire sortie des urnes mais à se comporter en victime assoiffée de vengeance, à vouloir l’emporter sur ses adversaires face à l’histoire et même à l’éternité, en menaçant des foudres de la justice son prédécesseur et en se plaçant lui-même sous la protection divine, élu par Dieu en quelque sorte, défenseur du camp du Bien ?

« Plus identique que tous les autres », comment cet excellent paralogisme mis au jour par Benoît Chantre peut-il convenir à un homme dont tout le monde souligne la différence ? S’il diffère en effet de ses prédécesseurs à la tête des USA, il incarne quelque chose qui transcende le domaine du politique. Notre difficulté à comprendre les Américains vient de ce qu’ils sont restés assez profondément religieux, surtout en matière politique. « In God we trust », le nouvel élu prête serment sur la Bible. Le prestige et la victoire d’un  candidat auquel les oubliés comme les nantis ont pu s’identifier, et enfin, d’une manière ou d’une autre,  toutes les couches de la population américaine, ne relèvent pas d’une analyse politique traditionnelle ; cette victoire va bien au-delà de la réprobation d’une politique migratoire ou inflationniste, au-delà du ras-le-bol du wokisme et des théories du « genre », au-delà d’un « populisme » né de l’abandon de la classe ouvrière par les élites mondialisées, etc. Elle relève de la résurgence de « croyances ancestrales », en particulier de la conviction qu’il faut être l’élu de Dieu pour incarner une communauté à soi tout seul et ouvrir une ère nouvelle, qualifiée d’âge d’or, comme au chapitre 19 de l’Apocalypse de Jean.

Depuis la plus haute antiquité, les grands chefs se sont mis sous la protection des dieux. Le jour de l’investiture du nouveau grand chef, des « fans » portaient des T-shirts proclamant Daddy’home (Papa est de retour) représentant le nouvel élu devant la Maison Blanche, les bras en croix. Des responsables de l’église évangélique sont allés jusqu’à rapprocher le nouvel élu du roi David, dont il porterait la chevelure dorée, ce qui a l’avantage de faire oublier ses frasques sexuelles : le roi David a tué le mari de Bethsabée dont il attendait un enfant ; à part le fait d’avoir échappé courageusement à la mort, ces deux « élus de Dieu » ont en commun de n’être pas des saints.

En juillet 2024, en Floride, un discours du candidat républicain a marqué les esprits : « Encore une fois, chers chrétiens, sortez de chez vous, allez voter, juste cette fois-ci. Vous n’aurez plus besoin de voter à l’avenir, je vous aime, (…) Dans quatre ans, vous n’aurez plus à voter de nouveau, nous aurons tout arrangé, si bien que vous n’aurez plus besoin de voter. » On a vu là surgir une menace sévère pour la démocratie, bien entendu, un projet dictatorial. Un chef qui dit « je vous aime », il y a confusion des ordres, prévient Pascal, « la tyrannie est de vouloir par une voie ce qu’on ne peut avoir que par une autre. » (Lafuma 58) Mais il faut penser à l’hypothèse religieuse. D’après le médiéviste Joël Schnapp, le président aurait fait allusion à la Parousie biblique : « S’il dit qu’il sera inutile de voter dans quatre ans, il sous-entend peut-être que le retour de Jésus est imminent et rendra caduque l’organisation politique telle qu’on la connaît aujourd’hui. » Nous voilà fixés : le discours d’investiture fait référence à la fin du monde, au retour de Jésus ainsi qu’au mythe de l’âge d’or de l’Apocalypse de Jean ; la référence à la ville assiégée de Gog et Magog (20, 8) par des hordes coalisées contre le camp des saints : les auditeurs comprennent qu’il s’agit de leur pays, menacé de l’extérieur par les migrants et de l’intérieur par la pensée « woke ».

Pour conclure, d’abord une question : Trump serait-il, à son insu, la sage-femme qui aide à la naissance d’une époque nouvelle ? C’est peut-être le pari très risqué qu’ont fait les génies imaginatifs et conquérants de la « Tech » qui l’ont rejoint. Ensuite une citation : « La lecture non sacrificielle de l’Ecriture judéo-chrétienne et la pensée de la victime émissaire peuvent assumer la dimension apocalyptique du présent sans retomber dans les tremblements hystériques de la « fin du monde » DDC, p. 467. La fin d’une époque n’est pas la fin du monde. René Girard avait dit à Michel Serres qu’il aurait vécu assez vieux pour voir l’américanisation de l’Amérique. L’élection d’un homme plus américain que le président Obama et même « plus américain que les Américains » pourrait bien signifier la disparition de l’Amérique comme « modèle », celle de « Monsieur Smith au Sénat », qui nous a tant fait rêver.

*****

1) C’est la métaphore proposée par Hegel dans la préface des « Principes de la philosophie du droit », pour dire que le philosophe n’est pas un prophète, il ne trouve du sens qu’à ce qui est effectivement réalisé. Dans ce billet girardien et non hégélien, je ne cherche nullement à « justifier » l’aventure politique de Donald Trump, seulement à lui donner une signification anthropologique, mais sans entrer dans des considérations politiques ou géopolitiques qui feraient planer un doute raisonnable sur ses chances de réussite.

2) Stupeur et tremblements, c’est le titre d’un roman d’Amélie Nothomb dont l’action se situe au Japon. Il paraît que le protocole imposait au visiteur de l’Empereur, considéré jusqu’en 1946 comme un dieu vivant, de lui manifester sa vénération avec « stupeur et tremblements ».

3) La Violence et le Sacré, Grasset, pp.150-166 et 419-425.

4) MAGA : « Make America Great Again”.

41 réflexions sur « « Plus identique que tous les autres » »

  1. Christine, je lis votre article avec admiration: je retiens particulièrement la façon dont vous rapprochez la proposition de Benoit Chantre: « Plus identique que tous les autres » – qui pour être géniale (n’ayons pas peur des superlatifs…) n’est pas si facile à comprendre – du personnage de Trump. Personnage: celui qui, dans le théâtre grec, porte un masque. En l’occurence, c’est cette casquette sensée le faire ressembler à un américain lambda. Nous sommes retombés en pleine tragédie, mais il serait présomptueux d’annoncer la fin, de prétendre la connaître à l’avance.

    Aimé par 1 personne

  2. Je suis émerveillée par cette analyse.

    Magali Orsini Administratrice

    Exaplan SA Société Fiduciaire Tel: + 41 22 920 11 26 8 rue Gardiol – BP 55 1218 Grand-Saconnex

    >

    J’aime

  3. Merci Christine pour ce billet très éclairant.

       La question qui se pose est celle de savoir si nous sommes revenus à quelque chose qui ressemble à « la fondation du monde », période où de l’indifférenciation généralisée émerge un « sauveur », d’abord victime émissaire puis totem ? C’est ce qui est à craindre, à voir le comportement réactionnaire, moutonnier et mimétique, des « électeurs ». Make America Great Again : c’était mieux avant, retour au chaos primitif… La démocratie aura été un joyeux interlude. Régression absolue. Maintenant que nous avons connu 2000 ans de christianisme et que nous avons lu Girard, « nous savons », mais nous refusons de savoir ! L’ère de la post-vérité est celle du triomphe de la méconnaissance, c’est-à-dire de l’obscurantisme le plus archaïque qui soit.

       Ou bien, sommes-nous déjà au-delà ? Sommes-nous suffisamment avancés dans l’Apocalypse ? Le désordre johannique, qui s’installe partout, nous montre-t-il que « les temps sont proches » ? Sommes-nous près de passer de l’autre côté ? Dans ce cas, le « moteur de l’histoire », la violence, devrait faire place à l’amour. Pourtant, comme un sursaut dérisoire et funeste, c’est le langage de la haine qui, pour l’instant, prédomine (des réseaux sociaux à la Chambre des députés). Est-ce un sursis désespéré ou assistons-nous aux dernières lueurs du mal ? « S’il me manque l’amour, je ne suis rien. » (Corinthiens, 13, 2). La tentation du « rien » est effrayante.

    Joël HILLION

    Aimé par 3 personnes

  4. Bonjour Madame Orsini,

    Rassurez-vous, vous n’êtes pas seule à avoir vu le Roi, victime émissaire, en Donald Trump. C’était une conclusion de ma présentation au colloque de CVR à Mexico en juin 2024. Je défendais la thèse que dans le jeu électoral le médiateur externe est celui qui est élu.

    Voici un extrait:

    « Donald Trump est un artiste des médias, il a l’instinct pour faire la une. Il se définit lui-même comme un Roi. Il a joué ce rôle dans « The Apprentice ». Il avait le droit de vie ou de mort sur les participants. Il a fait croire à tout le monde qu’il appartenait à la haute bourgeoisie new-yorkaise, qu’il était parmi les plus riches. Il est au-dessus des lois puisqu’il les écrit lui-même ou qu’il échappe à tout procès ou accusations (sauf récemment), quand il ne jouit pas d’une immunité accordée par la Supreme Court. C’est lui qui distingue le faux du vrai sur les réseaux sociaux. Il désigne l’ennemi intérieur.

    N’est-il pas un parfait médiateur externe? Les gens qui votent pour lui sont connus pour être dans la classe inférieure, frustrés par la dégradation de leurs conditions de vie. Trump leur promet une part du nouveau gâteau MAGA. C’est l’objet du désir sans aucune rivalité avec lui puisqu’il est au sommet et que les miettes tombent de ses poches.

    À un autre niveau, beaucoup plus significatif, c’est le désir métaphysique. Les gens veulent être comme lui. La façon exceptionnelle avec laquelle il a dirigé le pays sur Twitter, bafouant l’éthique  présidentielle,  en a fait un exemple à suivre. Il a beaucoup d’imitateurs qui utilisent les réseaux sociaux pour juger, condamner et punir tout le monde avec le même manque de respect, de considération et de sécurité. Derrière leur écran, ils sont également au-dessus des lois. Ils expriment leur rivalité violente sans barrières. Ils pourraient toujours dire, en guise de défense, Trump le fait, faisons-le

    René Girard décrit le rôle du Roi, comme la victime, le bouc émissaire d’une société traversant une crise mimétique, imprégnée de rivalité violente, qui choisit le plus méprisable candidat pour en faire un dictateur pour ensuite justifier son exécution qui a l’effet d’une catharsis pour ramener la paix, pour mettre fin aux guerres.

    À la place des voisins américains, voudriez-vous plutôt choisir une femme noire qui répète encore et encore qu’elle est, comme tout le monde, issue des gens ordinaires, médiatrice interne ? »

    J’ajoute un autre élément auquel nous avons assité lors de l’inauguration de Trump. Le retour grandiose du rituel de passation des pouvoirs. Aucune trace de violence. C’est exactement ce qui avait manqué en 2021 et qui dégénéra dans un lynchage de foule qui réclamait la pendaison du vice-président Pence. Et de citer Girard « …l’apparat des rites sont autant d’instruments destinés à empêcher que la massse ne donne libre cours à sa force de lynchage. Voilà pourquoi, lorsque je parle d’autorité, je me réfère toujours au rite. » p 90, Christianisme et modernité.

    Je voudrais réagir à votre conclusion mais je n’ai pas saisi les allusions. Quelle est cette référence DDC p467? « L’américanisation de l’Amérique »? « Monsieur Smith au sénat »?

    Il faut aussi écouter ce discours de Trump devant un parterre de leaders musulmans. Est-il prophétique?

    Cordialement,

    René Ducharme, du pays du roc obstacle.

    Aimé par 2 personnes

    1. Monsieur, merci pour votre apport à ce blogue. Excusez-moi d’avoir mal nommé dans ma conclusion « Les choses cachées.. » d’où j’ai tiré la citation de Girard, en abrégé DCC et non DDC.

      « L’américanisation de l’Amérique », c’est un mot de Girard qui m’a été transmis par Benoît Chantre et qui correspond à merveille avec le titre de ce billet : plus identique que tous les autres. Le nouveau président se veut plus authentiquement américain que tous les autres, non seulement plus américain que le président Obama dont Trump avait contesté la légitimité (Obama est né à Hawaï ), mais plus américain que tous ses ennemis de l’intérieur que sont les partisans d’une « société ouverte ». Je suppose que René Girard a aimé l’Amérique fraternelle qui accueillait des étudiants du monde entier à Stanford (il y a un très beau reportage de Bernard Pivot sur cet âge d’or de la culture franco-américaine, on a envie de dire la culture tout court, avec Michel Serres et René Girard au milieu de leurs étudiants) et qu’il a vu venir l’actuelle « Amérique aux Américains« , comme nous avons vu venir aussi « La France aux Français« . N’être rien que soi-même, quelle régression et aussi quel mensonge ! Jeune exilé et « vaincu reconnaissant », il avait vécu les années noires du maccarthisme, le « pétainisme américain » et sans doute a-t-il su aimer son pays d’adoption avec la même ferveur mais aussi la même liberté de jugement qu’il a aimé son pays de naissance.

      Mais d’un autre côté, il me semble que l’américanisation des Américains prend le même sens péjoratif que « l’américanisation du monde » : c’est une mainmise sur les esprits, une uniformisation des modes de vie, un affaiblissement général des exigences morales et intellectuelles d’ individus transformées en consommateurs, etc.

      « Monsieur Smith au Sénat » (Mr Smith goes to Washington) est un film de Frank Capra de 1939 avec James Stewart. C’est une comédie qui règle son compte à la politique « politicienne » et aux magouilles gouvernementales. Un film moins « idéaliste » que réaliste, en fin de compte.

      Aimé par 3 personnes

  5. Chère Christine, votre passionnant article aborde tant de sujets qui mériteraient chacun une réponse. Permettez-moi de me limiter aux aspects bibliques.

    Votre allusion au chapitre 19 du livre de l’apocalypse est vraiment providentielle. Résumons. Le chapitre décrit de manière grandiloquente le combat final contre le mal. La bête et le faux prophète sont éliminés et leur maître, Satan, le dragon, enfermé pour mille ans. Je suppose que c’est cela que vous qualifiez d’âge d’or.

    De toute évidence, cette résolution violente est une demi-réussite, puisqu’elle n’empêche pas le retour du dragon à l’issue des mille ans. Le faux agneau, le faux prophète symbolise, je pense, l’ignorance et l’obscurantisme qui caractérisait l’ancien monde ; la modernité a vaincu ces archaïsmes, autrement dit, la croix a révélé le mécanisme victimaire et les mythes qui le supportaient.

    Le chapitre 19 ne décrit pas le combat final contre le mal, mais bien l’idée fausse et toujours sacrificielle que nous nous en faisons (pour les détails, voir ma série de vidéo sur le livre de l’apocalypse sur ma chaîne YouTube, en particulier la fin de la seconde vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=akLIdLx0cwk et la troisième : https://www.youtube.com/watch?v=V0oOKcVNY00&t=1384s)

    Le chapitre 19 résume l’erreur de Trump et de ses acolytes. L’âge d’or viendra d’une victoire contre la violence par la violence, du triomphe de la force vertueuse, de l’élimination violente des méchants, des sources du désordre. Il n’y aura pas de crise apocalyptique parce que des esprits éclairés nous l’épargneront (c’était le sens de l’intervention de Peter Thiel au COV&R de l’année dernière).

    Ce rêve d’un âge d’or est celui qui guide les actes et les pensées de toutes les résurgences d’extrême droite aujourd’hui.

    Mais la Bible nous met en garde : cet âge d’or n’a rien à voir avec le Royaume promis par Dieu, il en est l’exécrable ersatz. Le dragon, lorsqu’il s’évade de sa prison, déclenche le véritable combat final. Pour en comprendre le sens profond, il faut se référer à Ezéchiel (allusion à Gog et Magog au chapitre 20 d’Apocalypse, comme vous le soulignez).

    Relisez Ezéchiel 38 : Gog et Magog ne sont pas les symboles de la ville assiégée, ce sont les assiégeurs (En ce jour-là, de nombreux projets te monteront au cœur, tu inventeras un plan malfaisant. Ez. 38, 10).  Ils coalisent les partisans d’une résolution du problème du mal par la violence (de nombreux peuples seront avec toi, Ez. 38, 6). Ils s’opposent à un peuple pacifique qui a renoncé à la violence et aux rêves de grandeur et de domination (tu [Magog] diras : Je monterai contre un pays sans défense, j’arriverai vers des gens tranquilles, vivant en sécurité : ils habitent tous des villes sans murailles, ils n’ont ni verrous ni portes. Ez. 38, 11)

    Vous me faites réaliser que le trumpisme est très exactement l’interprétation fallacieuse de la prophétie du chapitre 19 de l’apocalypse, le rêve prétentieux d’une victoire contre le mal par l’hubris, la puissance, la brutalité. Le destin du trumpisme est inscrit, lui aussi, dans les textes :

    « Sur toutes mes montagnes, j’appellerai l’épée contre Gog – oracle du Seigneur DIEU ; chacun tournera l’épée contre son frère. J’exercerai le jugement contre lui par la peste et par le sang ; je ferai pleuvoir sur lui, sur ses escadrons et sur les nombreux peuples qui seront avec lui une pluie diluvienne, du grésil, du feu et du soufre. Je montrerai ma grandeur et ma sainteté, je me ferai connaître aux yeux de nombreuses nations. Alors elles connaîtront que je suis le SEIGNEUR. » (Ez. 38, 21-23)

    Étant entendu que l’épée, dans ce cas, est une métaphore de la Parole.

    Aimé par 3 personnes

    1. Merci, cher Hervé, pour vos lumières sur des textes « récupérés » au profit d’une lecture dévoyée du message évangélique par des mouvements complotistes ; les mêmes complotistes qui voudraient récupérer la pensée de René Girard et voir un précurseur de leurs délires dans l’auteur des « Choses cachées » ! Merci donc de montrer la différence entre l’illusion de l’âge d’or et la réalité du Royaume. Mais je dois dire que le vocabulaire du prophète Ezéchiel, que vous citez, est tellement violent, surtout quand on ne sait pas que l’épée, ici, est une métaphore, qu’il nous reste à espérer que « le destin du trumpisme » n’est pas notre destin à tous.

      Aimé par 2 personnes

      1. Vous avez raison, chère Christine, le ton utilisé par Ézéchiel est violent, les métaphores guerrières. C’est l’ambiguïté du langage parabolique. C’est encore plus marqué dans ce passage du chapitre 19 :
        Écoute, fils d’homme ; ainsi parle le Seigneur DIEU : Dis aux oiseaux, à tout ce qui vole, à toutes les bêtes sauvages : Assemblez-vous, venez, réunissez-vous de partout en vue du sacrifice que je vais offrir pour vous, un grand sacrifice sur les montagnes d’Israël. Vous pourrez manger de la chair, boire du sang ; manger de la chair des héros, boire le sang des princes de la terre ; ce sont des béliers, des agneaux, des boucs, des taureaux, ils sont tous des bêtes grasses du Bashân. Vous pourrez manger de la graisse à satiété, boire du sang jusqu’à l’ivresse : c’est le sacrifice que je fais pour vous. (Ez. 39, 17-19)
        Mais au-delà de la forme, le propos est, me semble-t-il, très clair pour un girardien : c’est le sacrifice à l’envers ! Ce sont les animaux qui mangent les humains, les héros et les princes. C’est Dieu qui fait un sacrifice.

        Aimé par 1 personne

  6. Chère Christine,

    Juste un micro-complément : lorsqu’il évoquait les procédures judiciaires dont il faisait l’objet, Trump parlait sans cesse de « chasse aux sorcières ».

    J’aime

  7. Chère Christine,

    Juste un micro-complément : lorsqu’il évoquait les procédures judiciaires dont il faisait l’objet, Trump parlait sans cesse de « chasse aux sorcières ».

    J’aime

  8. La démagogie grossière qui se réclame, si vieille histoire, d’un dieu qui serait de notre côté défini comme celui du bien au simple titre qu’il serait le nôtre, a été décapsulée par la parole de vérité évangélique.

    L’oint de Dieu s’est fait remonter la bretelle évangélique par l’évêque épiscopal :

    « Il y a des enfants gays, lesbiens et transgenres dans des familles démocrates, républicaines et indépendantes, dont certains craignent pour leur vie », a déclaré le dernier révérend Mariann Budde depuis la chaire lors d’un sermon de service de prière inaugural à la cathédrale nationale de Washington, alors que Trump était assis au premier rang, aux côtés de Melania Trump et de JD Vance.

    « Vous avez ressenti la main providentielle d’un Dieu aimant », a-t-elle déclaré, une référence apparente à l’allocution d’investiture de Trump, dans laquelle il a déclaré que Dieu l’avait sauvé de la balle d’un assassin pour « rendre l’Amérique grande ». Elle a poursuivi : « Au nom de notre Dieu, je vous demande d’avoir pitié des gens de notre pays qui ont peur maintenant. La grande majorité des immigrants ne sont pas des criminels. Ils paient des impôts et sont de bons voisins. Ce sont des membres fidèles de nos églises, mosquées et synagogues, gurdwara et temples. Notre Dieu nous enseigne que nous devons être miséricordieux envers l’étranger, car nous étions autrefois des étrangers dans cette terre ».

    https://www.theguardian.com/us-news/2025/jan/21/trump-bishop-mercy

    Avec toute la sévérité de sa douceur, la révérende a simplement rappelé à quel devoir se réclamer de Dieu engage.
    Il n’y a qu’à observer l’attitude du POTUS et surtout celle de son vice-président, exactement renseigné sur le sujet, pour comprendre qu’ils savent que se réclamer de Dieu ne justifiera jamais aucune ratonnade.

    Il est donc temps, si Trump veut réussir, d’abandonner les mensonges de campagne électorale pour se mettre, comme son serment l’y enjoint, au service du seul trésor qu’il doit défendre, la Constitution, dont on sait en Amérique à quel point elle protège la liberté d’expression.
    Cette liberté est aussi le temps des défaites de l’amour et de la vérité car elle permet aussi de choisir le mal et le mensonge, mais ne nécessite que la patience pour démontrer la toute-puissance de ce qui de plus en plus affleure comme l’antidote à la folie des humains, l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit point et ne le connaît point ; mais que désormais il nous est loisible de par la connaissance que nous en avons, de choisir en Européen déterminé à reconnaître l’incapacité impériale d’empêcher la chute de toute civilisation, quand elle ne fonde pas sa puissance sur la seule pierre véritable du pardon à l’ennemi.

    Quelle autre victoire serait possible que de reconnaître la vérité ?

    Les temps sombres que nous vivons contiennent en eux-mêmes notre capacité d’accession à la foi qui accomplit la loi, au sens raisonnable qui permet d’en reconnaître la réalité toute humaine, possibilité offerte à l’humanité de construire sa société sur cette connaissance offerte à notre entendement, connaissance parfaitement formulée depuis le commencement et qu’il nous est désormais loisible de reconnaitre, connaissance qui est la justice de la Parole, la justice singulière de l’Amour.

    https://saintebible.com/lsg/john/14.htm

    Merci à Mme Orsini et aux girardiens qui refusent d’user de la théorie mimétique sans tenir compte de ce qui l’a inspirée, la révélation de la Croix.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Aliocha.

      Alors que je citais l’évêque Budde en exemple de « résistance » évangélique, une personne lui a reproché son intervention politique progressiste dans un office religieux. C’est vrai que les thèmes choisis sont politiques. Il nous faut donc apprendre à distinguer le fond et la forme. C’est dans sa forme surtout que le discours est évangélique. Aucune accusation, aucune désignation des gentils et des méchants ; seulement un appel à la compassion, à la miséricorde et à la charité. Vous avez raison, la crise nous oblige à devenir chrétiens.

      J’aime

      1. C’est la réponse de Girard quand on lui demande s’il existe un moyen de renverser la tendance :

        « Oui, se comporter comme des Chrétiens. »

        Le petit rire de l’interviewer et son « all right » signifie exactement où nous en sommes encore.

        J’aime

      2. Rahhh, troisième répétition, comme la réponse de Mr Bourdin plus haut, je recommence :

        C’est la réponse de Girard quand on lui demande s’il croit qu’il existe un moyen de renverser la tendance :

        Oui, se comporter comme des Chrétiens.

        Le petit rire et le « all right » de l’interviewer signifie exactement où nous en sommes.

        Ici, à 1:18:15 :

        https://www.youtube.com/watch?v=L-vB1HaBsog

        Aimé par 1 personne

    2. Merci, Aliocha, pour cette vidéo où l’on voit l’évêque de Washington, une frêle dame au très beau visage rappeler le clan Trump, ils ont tous le visage fermé au premier rang, l’air de s’être trompés de porte, à la charité chrétienne. En vain, probablement. C’est émouvant et inspirant.

      Aimé par 1 personne

      1. Même répétition d’une réponse évaporée :

        Émouvant et inspirant, le grand rabbin de France reprend le même argument, fond du thème biblique de l’étranger qui définit la forme du discours, pour répondre à Zemmour :

        https://www.youtube.com/watch?v=3vOLdNQLal4

        « Vous traiterez l’étranger en séjour parmi vous comme un indigène du milieu de vous; vous l’aimerez comme vous-mêmes, car vous avez été étrangers dans le pays d’Égypte. Je suis l’Éternel, votre Dieu. »

        https://saintebible.com/leviticus/19-34.htm

        J’aime

  9. Luc-Laurent Salvador :

    Je trouve intéressant de rappeler ici que c’est Thiel, un girardien « puissant », qui murmure à l’oreille de Trump. Les invités du Grand Entretien de ce matin sur France Inter s’en faisaient des gorges chaudes pour tenter de se rassurer. Ils ont su thématiser la dimension apocalyptique de ce qui se déroule sous nos yeux avec, justement, toutes ces révélations annoncées… https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-jeudi-30-janvier-2025-7425389

    Aimé par 1 personne

  10. Madame Orsini, votre papier appelle deux remarques de ma part :

    1. Vous insistez sur le côté archaïque (au sens girardien) du vote Trump, et de ce que l’individu en question donne à voir de sa personnalité dans l’arène politique et les médias américains.

    Mais n’est-ce pas la société américaine qui présente des côtés archaïques ? C’est quand même aux Etats-Unis qu’on rencontre encore des platistes et des créationnistes parmi des populations qui ne sont pas illettrées.

    Sur la sociologie du vote Trump qui est sommairement évoquée dans le billet, je citerai volontiers Bernie Sanders : « Un parti démocrate qui a abandonné les travailleurs ne doit pas s’étonner que les travailleurs abandonnent à leur tour le parti démocrate. Ce fut d’abord les classes laborieuses blanches, et désormais les travailleurs afro-américains et hispaniques. »

    Je sais que ce genre de propos politique est en principe interdit sur le blog, je tente le coup quand même…

    Le ralliement trumpiste des ultra-riches, en particulier de certains géants de la tech (Musk, Bezos, Zuckerberg…) est à mon avis, un vote d’intérêt, au sens le plus trivialement opportuniste du terme, sauf peut-être en ce qui concerne Elon Musk qui m’a l’air vraiment ‘perché’ idéologiquement.

    2. Dans l’un de vos commentaires, vous parlez de « l’Amérique fraternelle qui accueillait des étudiants du monde entier… ». J’ai visité un labo américain (le Cardiovascular Center d’Iowa City) en 1987 où un ami faisait son post-doc. Je dirais que la fraternité était de l’intérêt bien compris. C’était tout bénef pour le labo américain qui accueillait un étudiant sachant déjà bien travailler (il avait sa thèse) et qui de plus, arrivait avec une bourse française : main d’œuvre hyper qualifiée et gratuite. Du côté du labo français, c’était bien aussi, un peu moins quand même : l’étudiant allait apprendre des techniques qui seraient utiles, mais il manquerait au labo pendant un an. Quand j’ai visité ce labo américain, il y avait comme personnel permanent un animalier, un technicien et un demi ou un tiers ETP de secrétaire + le directeur. Et une bonne demi-douzaine de doctorants et de post-doctorants, tous étrangers pour les seconds (Brésil, Japon, France, Australie). Voilà le ‘secret’ de l’attractivité des labos américains et la recette du cercle vertueux (pour eux).

    Aimé par 1 personne

    1. Monsieur Julien, voici deux remarques en réponse aux vôtres (si vous acceptez le dialogue).

      1. Je ne comprends pas votre 1ère remarque (ce mot signifie chez vous : objection). Un vote est comme tout ce qui est humain, issu d’une relation. Quand je souligne le côté archaïque et finalement sacrilège du vote Trump, je ne pense pas seulement au candidat mais bien à une large partie de la société américaine, tombée dans la fascination du grand chef, de l’homme irrésistible, de l’élu de Dieu. Quelles que soient les caractéristiques propres de l’homme providentiel, le coup d’œil girardien permet de voir qu’il joue du mieux qu’il peut le rôle que lui a dévolu son public.
      2. Vous avez raison de penser à l’abandon des travailleurs par les élites démocrates, j’y fais aussi allusion comme à l’une des causes qui obligent à faire porter aux vaincus la responsabilité de la victoire de Trump ; il vous aura échappé que mon papier n’est pas une analyse politique mais une analyse girardienne (anthropologique) de cet événement considérable qu’est la réélection de Trump.

      Aimé par 1 personne

    2. Relisant votre deuxième remarque, je m’aperçois que je n’y ai pas répondu, en fait, je m’aperçois surtout que le sujet que vous soulevez m’intéresse. Et pour aller vite, je dirai d’abord que personnellement, je ne crois pas aux amitiés et amours « désintéressées », sauf si l’on donne à l’adjectif « intéressé » le sens restreint que par exemple Boni de Castellane, veuf d’une très riche Américaine, lui donnait quand il disait « Ma femme n’a jamais su combien je l’ai aimée pour son argent. » L’amour et l’amitié sont grandement « intéressés »: on n’aime pas n’importe qui et surtout pas ses ennemis !

      Et, surtout, vous abordez là une « vérité romanesque » qui explique le manque d’égard de Girard pour la pensée marxiste. Girard, comme vous le savez, donne raison à Dostoïevski quand ce dernier critique l’utilitarisme : les conflits entre humains, peuples ou individus s’enracinent rarement dans leur « intérêt bien compris ». Non seulement chacun tourne le dos à son « intérêt bien compris », qui serait de vivre en paix, mais se rue sur des objets qui ne lui sont d’aucun intérêt ou sur des obstacles infranchissables : ce qui importe, c’est l’objet possédé par le modèle et plus il est « interdit », plus il est désirable. L’agressivité de Poutine n’est pas sans rapport non seulement avec sa nostalgie de l’URSS mais avec son ressentiment à l’égard de « l’Occident », un ennemi d’autant plus intime de la Russie poutinienne qu’elle est à la fois dedans et dehors. Et l’agressivité de Trump n’est pas sans rapport avec celle de ses modèles-obstacles russe ou chinois. Plût au ciel que les grands de ce monde soient « égoïstes » et se préoccupent d’eux-mêmes plus que des autres !

      Aimé par 3 personnes

  11. Madame Orsini, tout d’abord merci d’avoir pris le temps de me répondre.

    1. Ma remarque n’est pas une objection. Je suis d’accord avec vous lorsque vous soulignez l’analogie entre le Président Trump et les monarques sacrés des sociétés traditionnelles non chrétiennes (l’empereur du Japon) et, j’ajoute, des sociétés chrétiennes en voie de sécularisation (les monarques absolus d’Europe jusqu’à l’époque moderne). Vous indiquez maintenant dans votre première réponse que c’est une large partie de la société américaine qui est archaïque (de facto la majorité) lorsqu’elle choisit son élu. Nous sommes donc d’accord sur tout, finalement. Sauf peut-être sur votre affirmation que Trump « joue du mieux qu’il peut le rôle que lui a dévolu son public ». Ni l’un ni l’autre, nous ne sommes dans la tête de Trump ! Je ne sais pas s’il est aussi naïf que vous semblez le croire et donc s’il est entièrement complice du rôle que ses électeurs veulent lui faire jouer (comme les monarques africains de Girard). Croit-il lui-même à son élection, sinon sa nature, divine ?

    2. Je ne vois pas pourquoi la politique, au sens le plus large du terme, serait inaccessible à une analyse girardienne anthropologique. Mais c’est la position du comité de rédaction du blog. C’est pourquoi je suis agréablement surpris que la citation de Sanders n’ait pas été censurée. Cela dit, Sanders est un social-démocrate bon teint et n’appartient pas du tout à cette gauche radicale dont vous parlez.

    3. Sur la fraternité américaine : j’aurais dû limiter ma remarque aux labos de recherche biomédicale. Je ne sais pas comment fonctionnaient les labos de SHS où officiait Girard. J’étais resté après ma visite de ce labo US avec l’impression un peu déplaisante du colonisé qui bosse gratuitement en échange de quelques bienfaits de la civilisation (cela dit, mon collègue et ami qui a fait son post-doc là-bas en garde un excellent souvenir).

    4. Revenons au vote Trump et à la remarque de Sanders. On peut légitimement se poser la question de savoir ce qui pousse les classes laborieuses blanches à voter pour Trump, vote que je qualifierai d’extrême droite. Objectivement, cette attirance trumpiste les conduit à voter contre leurs propres intérêts socio-économiques. Une analyse girardienne serait de dire que ce ralliement partisan n’est rien d’autre que le partage d’un même bouc émissaire, mais je n’irai pas plus loin dans la possible convergence de cette analyse avec une analyse marxiste… Sur le vote des afro-américains, et plus encore celui des hispaniques (rappelez-vous ce que Trump a dit de Porto Rico, cette « île flottante d’ordures »), il faudrait vraiment disposer d’une sociologie fine qui analyse séparément le vote des classes populaires et celui des classes moyennes inférieures, pour commencer. Puis à l’intérieur de chaque classe, etc.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci à vous, Monsieur Julien, je vois que nous sommes d’accord à peu près sur tout.

      Sauf sur une chose qui n’est pas un point de détail : comment avez-vous pu imaginer que nous pourrions censurer une citation de Bennie Sanders ?? Ou de qui que ce soit d’autre qui s’exprime de façon convenable ? Ce blogue est girardien, il se trouve que René Girard est l’auteur d’une théorie anthropologique mais comme vous avez pu le constater, les réflexions partisanes qui émanent ici ou là de commentateurs girardiens et néanmoins partisans, bien qu’elles ne fassent pas généralement pas avancer la réflexion, ne sont jamais censurées.

      Aimé par 1 personne

  12. Nous ne sommes pas encore dans le Royaume de Dieu. Nous sommes encore dans un monde des « royaumes et des principautés ».

    La mondialisation a été une tentative de se rapprocher du premier, un monde d’échange et de paix. Par définition, elle  a résulté à une indifférenciation des nations, des frontières, des souverainetés. Entreprise prématurée, puisqu’il semble assez évident aux habitants de ces contrées que la violence augmente par le simple fait que les rivalités augmentent tel que Girard le prédisait.

    Le populisme, défini comme le mouvement des populations qui souffrent le plus de cette situation, vote pour un retour aux différences, aux frontières, aux nations, aux souverainetés. 

    Je pose candidement la question suivante, pour y arriver, pouvons-nous nous passer de « la bonne violence qui ramène la paix comme aux temps mythiques » p 145 Christianisme et modernité?

    Ou bien d’une politique extrême qui épargne l’extrême de la politique, soit la guerre ?

    René Ducharme

    J’aime

    1. Question candide mais dilemme terrible ! La fin de l’histoire selon Fukuyama et la « mondialisation heureuse » selon Alain Minc font désormais partie des illusions de l’ancien monde. Vous nous proposez candidement le choix entre le sacrifice et la guerre, une « bonne violence » comme celle dont les dreyfusards n’ont pas voulu ou la montée aux extrêmes ? Un retour aux « abominations sanglantes » ou l’apocalypse ? Il y a peut-être une troisième voie dont les candides que nous ne sommes pas, avec notre imagination limitée, n’ont pas la moindre idée ?

      Aimé par 2 personnes

      1. Enfin, pas vraiment, j’ai l’intuition qu’une politique extrême qui utilise une parole acérée comme une épée peut éviter la guerre. Je suis canadien et je vois déjà en réaction à T, nos politiciens sortir de leur torpeur ou tord peur !

        RD

        J’aime

  13. Je suis désolée des petites mésaventures arrivées à certains commentaires, l’un envoyé une fois et répété 4 fois, un autre envoyé 3 fois et publié 2 fois, un autre envoyé 2 ou 3 fois mais publié une seule fois. J’espère seulement que tous les commentaires finissent par apparaître, que ces petits désordres ne vous décourageront pas d’animer notre blogue. Ils sont évidemment indépendants de notre volonté !

    Aimé par 1 personne

  14. Je viens de regarder, et surtout d’écouter la remarquable vidéo sur Girard signalée par un anonyme : (https://www.youtube.com/watch?v=L-vB1HaBsog).

    Je la recommande sans réserve à tous ceux qui ont un anglais minimal. La seule chose qui me trouble profondément est qu’un fin connaisseur de la TM comme Peter Thiel (la vidéo le prouve) puisse être dans le même temps un libertarien convaincu et un soutien sans réserve de D Trump.

    Aimé par 1 personne

    1. Remarquable documentaire, en effet, en anglais mais pour le comprendre, on peut se faire aider par des sous-titres, en anglais aussi. Et il ne nous est pas proposé par un anonyme mais par Aliocha, à qui nous devons bien des citations , vidéos etc. qui enrichissent ce blogue. Un grand merci.

      Aimé par 1 personne

      1. Merci à tous ceux qui permettent l’existence de cet espace salutaire d’échanges essentiels, et pardon de mes impatiences qui expliquent la répétition des commentaires.

        On peut même accéder désormais à la traduction automatique en français ou dans la langue qu’on désire, en cliquant sur l’onglet paramètres -la petite roue dentelée en bas à droite de la vidéo- puis sur sous-titre « anglais », puis en recliquant sur sous-titre anglais apparait la mention « traduire automatiquement » qui, quand on clique encore dessus, propose un menu déroulant des langues disponibles.

        Aimé par 1 personne

    2. Claude Julien,

      Les libertariens se réclament, en économie, de l’école autrichienne, dont le plus connu est Hayek (il a été prix Nobel, mais je ne me souviens pas de l’année). En donnant deux des caractéristiques de cette école, vous comprendrez mieux le lien avec Girard. Contrairement à l’école néo-classique, ils ne croient pas à la rationalité d’un homo economicus. Pour eux, les acteurs individuels sont irrationnels. La théorie mimétique permettant de comprendre l’irrationnalité de ces acteurs, en fournissant un modèle rationnel, ne peut que les intéresser. La deuxième caractéristique est la place primordiale, dans cette école, donnée aux entrepreneurs. Cela rejoint un courant du protestantisme, largement représenté aux Etats-Unis, dont TRUMP est issu, considérant la réussite par l’argent est don ou une grâce divine (la féminisation de l’adjectif est volontaire).

      Girard, après La Violence et le Sacré, où il avait fait œuvre d’anthropologie « pure » (c’est-à-dire comment nous les hommes fabriquons les dieux, par le Sacré) a ensuite mêlé cette anthropologie à de la théologie ( comprendre la parole des Dieux ou de Dieu). Il a essayé de séparer les deux domaines, sans y réussir complétement, à mon avis. Je profite de ce débat, pour vous l’écrire, n’étant pas intervenu dans celui qui votre disputatio avec quelques uns des contributeurs à ce blogue, dont Christine ORSINI.

      Pour moi, cette non séparation ne peut qu’intéresser un libertarien comme Peter THIEL, car il peut rejoindre ainsi la théologie de TRUMP (de l’Elu). Cette « théologie de l’Elu est aussi partagée par le réalisateur de Matrix, pourtant proche du wokisme.

      Trump s’est fait filmer, comme travailleur chez Mac DO, sachant que Kamala HARRIS femme noire, mais d’un milieu aisé, aurait été incapable d’en faire autant dans n’importe quel métier manuel (elle est Procureur). Cette séquence a eu un impact chez les travailleurs américains, alors qu’elle est apparue risible, dans certains milieux français. Je la mentionne, car son impact est en lien avec cette théologie de l’Elu.

      J’aime

  15. Seules, les voies de Dieu sont impénétrables. En écrivant cette opinion largement partagée que D. TRUMP est imprévisible, je doute que vous le considérez comme un Dieu.

    Aussi, je vous donne une référence cinématographique, avec aussi James STEWART « L’homme qui tua Liberty Valence » me semblant refléter l’anthropologie Etats-Unienne et surtout permet d’expliquer les actions de TRUMP et le soutien d’un « girardien » à son action.

    Je le laisse à votre réflexion et ferai un article sur LINKEDIN sur le sujet.

    Aimé par 1 personne

    1. « L’homme qui a tué Liberty Valence » est un de mes films préférés. On peut en faire un miroir pas trop déformant de l’anthropologie américaine, ou de l’anthropologie tout court ? : il s’agit d’allier la force et le droit, que tout oppose. Et ce film vérifie cette vérité pascalienne (universelle) selon laquelle la justice et la force ont besoin l’une de l’autre mais faute d’avoir pu renforcer le droit en soumettant la force au droit (l’humanité d’après la chute en est incapable), on a justifié la force : « Et ainsi, ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste« .

      Il me semble que l’imprévisible Trump (il ne respecte pas la parole donnée, cela ne le rend pas impénétrable mais forcément non prévisible), va s’acharner autant qu’il le pourra à remplir son programme et celui de ses puissants alliés libertariens, c’est-à-dire à affaiblir toutes les institutions, y compris l’Etat dit « de droit ». Vous avez sans doute raison : pour lui, c’est la loi du plus fort qui s’impose (la force incarnée par John Wayne, le véritable sauveur de la communauté ) mais il y a une sacrée différence entre le trumpisme et la morale du film. Vous vous souvenez de la fin : « quand la légende est plus belle que la réalité, on imprime la légende« . C’est par la force et le mensonge qu’on s’est débarrassé du mal mais il faut qu’on puisse croire que c’est dans un combat loyal. Où l’on retrouve la nécessité de la méconnaissance pour fonder une communauté.

      Si le trumpisme doit fonder quoi que ce soit, ce ne sera pas sur ce type de mensonge, ce ne sera pas en s’abritant derrière le droit. Ce sera plutôt en démontrant qu’on peut se passer de la justice et des règles de droit, et même qu’il est préférable de s’en passer si l’on veut arriver à ses fins. Le modèle, c’est Poutine. Le « politiquement correct« , c’est terminé ! Le cynisme sera préféré à l’hypocrisie, c’est du moins comme ça, me semble-t-il, que les choses se présentent sous la présidence de Trump. C’est tellement nouveau qu’on en reste pétrifié !

      Aimé par 2 personnes

      1. Votre lecture synthétique de ce film, dont nous partageons l’admiration (c’est Mon Préféré) est juste. Je tiens à mon expression « anthropologie étatsunienne », car une analyse « mimétique », préalable à votre synthèse, m’a conduit à l’employer.

        Le film est la construction d’un mythe, qui passe par la déconstruction d’un autre mythe. C’est ce qui me fascine dans ce film.  Liberty Valance c’est, presque phonétiquement, la violence en liberté, déchainée et sans entrave. Et le sénateur, incarné par James STEWART, est celui qui a réussi à soumettre cette violence à la loi, lui donnant un caractère sacré : La Légende de l’Ouest. Sacré, car reposant sur le « meurtre » (en duel) de Liberty Valance, par  ce sénateur.

        Racontant ses débuts d’avocat, s’installant dans la région de ce Liberty, le sénateur crée un autre mythe ; Celui qui a tué Liberty Valance, ce n’est pas lui, c’est le véritable héros du film, incarnant la force, croyant/converti au caractère sacré de la loi/droit, convaincu que seul cet avocat/ (l’Elu, autre caractère de l’anthropologie Etatsunienne, expliquant le « Trumpisme ») pourra l’incarner, mais sans la foi en un miracle (cet avocat ne peut vaincre Liberty VALENCE). Il devra donc tuer, (véritable meurtre prémédité) Liberty VALENCE. Le crime était presque parfait (seul ce sénateur connait son existence). Pour préserver  la légende de l’Ouest, le sénateur se rend complice de ce meurtre et se tait et ne dévoile la « vérité » qu’à la mort du héros incarné par John WAYNE.

        Les théoriciens de la « french théory » (concept purement étatsunien, Girard étant l’un d’eux), plus Bourdieu, venant d’un pays, où ce caractère sacré du droit n’a pas cours, mais où le droit est plutôt conçu comme le reflet d’un rapport de forces, déconstruisent ce caractère sacré. Le phénomène dit « wokisme » dévoile, à la société américaine, un nouveau rapport de force, dans le droit, en voulant l’imposer à cette société.

        Trump, les libertariens, dont Peter THIEL, cité judicieusement par Luc-Laurent SALVADOR, acte la désacralisation du droit et ne croit plus qu’à la force. L’épisode du Capitole n’est pas une erreur : il aurait pu trouver des « fraudes » (dans un vote si important par correspondance, elles étaient inévitables), il a préféré achever la déconstruction du caractère sacré du droit et imposer le culte de la Force (toujours présent) dans la culture américaine. Il n’est absolument pas imprévisible : En parlant de 51ième, 52ième …Etat  des Etats-Unis, il se prépare à un équilibre du monde entre deux empires Chine et Etats-Unis, conduisant entre autres à une vassalisation de l’Europe et au sacrifice de TAÏWAN.

        TRUMP est prévisible, car il ne provoque pas un changement anthropologique. Je pense que vous ne serez pas d’accord, Christine ORSINI, quand j’écris que TRUMP achève la déconstruction du droit sacré.  Mais, peut-être, commencerez vous à voir le lien avec  GIRARD dans « La Violence et le Sacré ».

        J’aime

  16. Cynisme de la tronçonneuse à la mode argentine face aux hypocrites mondialisés, ou retour à la démocratie sociale ?

    La corruption de l’État argentin ne saura jamais dissimuler l’état de corruption généralisé des démocraties, depuis ce qui fut nommé depuis la chute du mur de Berlin de fin de l’Histoire par l’orgueil américain, victoire idéologique entraînant la mondialisation.

    Ivres de puissance, les vainqueurs ont, avec Clinton et les démocrates anglo-saxons, pensé qu’investir aux rivages où le coût du travail était moindre diffuserait la démocratie, sans tenir compte qu’ils enlevaient le travail à leurs classes moyennes, avec le surcoût de leur protection sociale.

    Erreur fatale qui aboutit au fait observable que les populations occidentales doivent désormais, par souci de productivité, se soumettre aux logiques oligarchiques de ceux qui se sont développés avec les investissements occidentaux, sans imiter ni la démocratie ni son corollaire de protection des plus faibles, imposant désormais leurs normes sociales.

    N’acceptant pas de travailler plus pour gagner moins, les laissés-pour-compte de la mondialisation se détournent de ceux qui n’ont plus que la défense des minorités ou des femmes, vaste méprise, pour tenter de constituer majorité, et suivent les démagogues qui désignent les boucs émissaires de vieil usage pour tenter de continuer à penser en termes de domination ce qui est une chute de la démocratie sociale, face à ses vainqueurs qui désormais imposent leur pouvoir oligarchique, bon vieux retour de la tronçonneuse du « marche ou crève » des oppresseurs.

    Nous avons ici l’illustration que celui, désigné ici comme chef idéologique du monde de la tech américaine, n’est en fait qu’une sorte de magnat russo-chinois qui n’a plus que la solution de démantibuler la Constitution américaine pour continuer à se saouler de sa puissance (une traduction automatique en français est disponible en cliquant sur l’onglet « paramètres » puis à plusieurs reprises sur « sous-titres ») :

    https://www.youtube.com/watch?v=YqeI7iViRmE

    La bombe DeepSeek démontre à point nommé que la supériorité affichée n’est plus qu’un fantasme, que nos économies fondées sur le sable des dettes faramineuses que nous avons accumulées pour maintenir un semblant de protection pour les peuples, ne savent construire que leur malheur, qu’il nous reste, si nous voulons survivre, qu’à se soumettre à l’ivresse de puissance de quelques individus prêts à tout pour reproduire l’erreur ancestrale de la domination, qui n’a jamais su borner ses désirs pour toujours provoquer sa propre chute, le même nabab ne peut qu’en convenir :

    « Pour Andreessen, cette transition est inévitable et même bénéfique : elle permettrait l’avènement d’une « utopie économique » sans sous-classe sociale. « Un monde dans lequel les salaires humains s’effondrent à cause de l’IA – logiquement et nécessairement – est un monde où la productivité explose et où les prix des biens et des services chutent jusqu’à frôler le zéro », a-t-il affirmé, avant d’ajouter : « Une corne d’abondance pour les consommateurs. Tout ce dont vous avez besoin et envie pour quelques centimes ». »

    https://trustmyscience.com/ia-chute-salaires-etape-necessaireselon-investisseur-influent-silicon-valley-controverse/

    Il est donc temps, pour éviter cet effondrement, d’accéder à la réalité d’un monde globalisé qui ne saura équilibrer l’état de sa corruption qu’en rétablissant des États non corrompus, la définition de l’Européen déchaîné qu’était Michel Rocard, à raison car il n’y a que l’Europe où cette lucidité peut réellement s’incarner au corps social, suffisamment éduqué par sa réalité historique de dominant déchu, pour éviter la voracité de l’instrument capitaliste, qu’il ne s’agit pas de renier ni de détruire, mais d’encadrer de par ses lois qui existent déjà mais ont été détournées de leur sainte mission : l’économie de marché, au nom de la liberté, encadrée par la protection sociale, les droits de l’homme et la démocratie.

    Ce n’est donc pas l’État qu’il s’agit de tronçonner mais son usage détourné au service de mafias qui incendient le monde, pour mieux le rétablir en sa prérogative, au risque sinon de soumettre les peuples aux petits cochons, voire aux gros porcs oligarques qui ne savent que répéter l’atavisme délétère et létal de toutes les dominations.

    Aimé par 1 personne

Répondre à Christine Orsini Annuler la réponse.