
Mercredi 11 septembre à 19h00 (en visioconférence)
« TINDER », les feux de l’envie et des images : la fin de l’amour, selon René Girard
Conférence-débat avec Pierre Azou
Lien zoom : https://us02web.zoom.us/j/87098666887?pwd=Gp4XhJfYFYh1S1QLobTAbbOl9IdbNr.1
ou sur le site de l’ARM « Agenda »
Autour du phénomène des applications de rencontre, une lecture girardienne de la crise amoureuse décrite par la sociologue Eva Illouz dans La Fin de l’amour (2019).
Pierre Azou est doctorant en littérature française à Princeton University (USA). Sa thèse porte sur la relation entre l’écrivain et la figure du terroriste dans le roman et l’essai contemporains : relation d’opposition, mais où entre aussi une certaine fascination. Relation paradoxale, sujette à renversements — relation « mimétique » donc, si l’on en revient à l’origine des théories de René Girard : la littérature. C’est dans cette perspective que Pierre Azou s’efforce aussi de lire le contemporain, des dynamiques politiques (par exemple : « Emmanuel Macron et Éric Zemmour entre roman et politique : parcours croisé », Modern & Contemporary France, Janvier 2024) aux développements technologiques (par exemple : « Chat G.P.T. : G pour Girard », L’Emissaire, Septembre 2023). Pierre Azou a remporté le prix Raymund Schwager lors du COV&R 2024 à Mexico.
« L’œuvre romantique met en circulation un ensemble de symboles et d’images destinés non pas à la communion mais à la séparation universelle », écrivait René Girard en 1961 dans Mensonge romantique et vérité romanesque.
Et si les applications de rencontre (comme « Tinder ») étaient l’œuvre romantique de notre temps — écrite en continu, et collectivement, par leurs millions d’utilisateurs ? En « mettant en circulation » ces « symboles » et ces « images » que sont les profils de ces utilisateurs à la recherche de relations amoureuses, contribueraient-elles paradoxalement à les « séparer » toujours plus ?
C’est l’idée que je voudrais défendre dans cette communication, en faisant se « rencontrer » René Girard et la sociologue contemporaine Éva Illouz — chacun complétant, et enrichissant, les analyses de l’autre.
Ainsi, d’un côté, nous pouvons mieux comprendre la crise des relations amoureuses décrite par Illouz dans La Fin de l’amour (2019) si nous y reconnaissons avec Girard une forme nouvelle de « crise mimétique » ; en retour, le cadre d’analyse d’Illouz — celui du marché libéral, et du développement du capitalisme — nous permet, dans la continuité des travaux de Jean-Pierre Dupuy (Le Sacrifice et l’Envie, 1994) de préciser la théorie de Girard sur un point essentiel : en distinguant, là où il tend à les confondre, « l’envie » et le « désir ».
Plus que le désir, l’envie est liée au regard. L’étymologie nous le signale :« in-vidia », de « videre », « voir » — avec une ambiguïté autour du préfixe « -in », qui peut avoir un sens privatif, ou signifier « vers, sur ». Avec Girard et Illouz, nous comprenons que les deux significations sont indissociables. L’envieux, c’est celui qui ne voit pas son propre être, parce que, pour le trouver, il tourne son regard vers les autres. C’est celui pour qui l’autre, et l’être, n’est jamais qu’une image inatteignable.
Si la tendance à la « séparation universelle » se lit particulièrement clairement sur les applications de rencontre, c’est donc à la lumière des « feux de l’envie » (pour reprendre le titre de l’ouvrage que Girard a consacré à Shakespeare en 1990, Shakespeare, les Feux de l’envie), dans la mesure où, par leur mode de fonctionnement, elles favorisent — ou procèdent de — notre « devenir-image ».
Pour autant que je sache, envie a toujours voulu dire « en vue » et non pas « invu », même à l’insu de son plein gré. Je veux bien être détrompé mais j’aurais besoin pour cela d’une argumentation solide. Eva Illouz l’a-t-elle proposée déjà ou peut-être vous-même ? Quoi qu’il en soit, pouvez-vous apporter quelques lumières sur ce point quand même essentiel dans votre argumentation ? Par avance, je vous en remercie.
Luc-Laurent Salvador
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