L’ordre et le chaos

Une théorie globale

On a assez dit que la théorie mimétique était rejetée par le monde académique parce qu’elle ne se conformait pas à ses règles, notamment le cloisonnement des disciplines. Abordons le problème autrement. L’anachronisme perçu de la TM tient surtout à la prétention d’une vision globale et structurelle de la réalité. Pour Girard, tout se ramène à une morphogenèse de la violence. L’édifice girardien repose sur le paradoxe d’une violence nécessaire à la survie de l’espèce humaine, à condition que cette structure élémentaire reste méconnue. Cette structure est suffisante pour prédire l’évolution de l’humanité : il y a un déterminisme de l’histoire, qui conduit nécessairement à sa fin, lorsque la dissimulation de l’origine violente de la culture est levée par une révélation.

Cette idée se heurte à la découverte par la science et la philosophie de la fausseté fondamentale de toutes nos représentations du monde [i]. Nos approximations du réel ne représentent pas le réel. La carte ne remplace pas le territoire, et le territoire, dans toute sa complexité, ne pourra jamais être représenté par la carte. Tous les modèles sont réductionnistes à un point que nous n’imaginions pas. Pour prendre un exemple, réduire le vivant à des mécanismes conduit tout simplement à une image fausse de la réalité, pas seulement à une approximation. La tendance à des modèles de plus en plus complexes de la réalité se double, paradoxalement, de la prise de conscience de l’absurdité de la démarche ; plus la modélisation est complexe, plus elle devient inexploitable, moins il est possible d’en tirer des enseignements utiles. Quelle serait la finalité de composer une carte tellement détaillée qu’elle finirait par se confondre avec son modèle, le réel ? La science démontre de plus en plus l’inutilité de la science pour comprendre et agir sur notre monde.

Plus nous savons, plus nous savons que nous ne savons rien. L’impasse semble totale, la désillusion participe à l’humeur maussade de l’époque, le sens s’éloigne. Girard, avec sa prétention de tout ramener à quelques paramètres, à quelques lois élémentaires, à des structures simples, semble appartenir au passé scientiste et à ses conséquences parfois catastrophiques.

Rien n’est plus faux. La pensée girardienne ne s’oppose pas à cette déconstruction radicale de toutes les représentations humaines, au contraire, elle y participe activement. La théorie mimétique n’est pas un vestige de l’ancienne manière de concevoir le monde ; elle est en avance sur la tendance actuelle au désenchantement, elle voit plus loin. Elle fait bien le constat de l’effondrement de nos modèles et de la perte de sens qui s’ensuit. Mais pour Girard, cet aboutissement est constitutif du réel, il s’inscrit dans une dynamique, répétons-le, déterministe ; il y a bien un sens supérieur qui lui-même reste invisible aux déconstructeurs, hypnotisés par le vide qu’ils découvrent. La fin de toutes les illusions, de tous les modèles participe à ce qu’on pourrait appeler l’hyper-histoire, une évolution qui prendrait en compte les catastrophes, les sauts soudains qui impactent jusqu’à notre nature profonde.

Les crises au sein desquelles ces changements anthropologiquement significatifs se déroulent sont constitutives de cette dynamique. La pensée humaine reste généralement prisonnière d’un cadre restrictif conditionné par l’état de l’humanité à un instant donné ; Girard nous dit qu’il faut penser en dehors de ce cadre, comme Copernic avait compris qu’il fallait s’extraire de notre anthropocentrisme pour embrasser la réalité de l’univers. Girard pense en-dehors des limites humaines.

Ce déterminisme pose question [ii]. Avant de tenter un commentaire, il peut être intéressant de faire le point sur nos connaissances dans un domaine trop méconnu des sciences exactes, les systèmes complexes.

L’évolution vers la complexité

La physique contemporaine a connu des succès retentissants mais elle reste limitée aux phénomènes qui peuvent être réduits à des lois simples. La cosmologie répond à cette définition parce qu’elle étudie des corps éloignés les uns des autres, soumis aux lois de la relativité générale, mus par une force unique : la gravité. De même, la théorie quantique émerge de la décomposition de la matière en particules élémentaires et est régie par deux principes : la fonction d’onde décrite par l’équation de Shrödinger, et l’effondrement de cette fonction d’onde qui donne sa matérialité au monde visible. Le succès de ces théories et leurs spectaculaires applications pratiques ont fortement influencé la recherche scientifique, qui s’est fixé comme objectif d’isoler des structures et des concepts simples.

Ce réductionnisme se heurte aux systèmes complexes, caractérisés par un grand nombre d’acteurs en interaction permanente. Ces ensembles présentent des caractéristiques propres : le tout est plus que la somme de ses constituants. Les fonctionnalités propres à l’ensemble émergent de l’assemblage des constituants, et nous ne comprenons pas la genèse de cette complexité. Nous avons même les plus grandes difficultés à reproduire en laboratoire ou par simulation informatique l’émergence de cette complexité [iii]. C’est là, sans nul doute, la plus grande terra incognita de la science contemporaine.

Comment la vie, dans son extrême complexité, a émergé de la matière inerte ? Comment l’assemblage des neurones du cerveau permettent l’esprit ? Comment les sociétés humaines se forment à partir des individus ? Voilà quelques-unes des questions posées par cette discipline [iv].

Faisons le point sur nos connaissances.

Nous savons que les systèmes complexes ne peuvent se former que dans des conditions particulières : quelque part entre l’ordre parfait (un cristal) et le désordre absolu (un gaz), dans des zones de discontinuité.

Le second principe de la thermodynamique condamne tout système fermé à une augmentation inéluctable de son entropie (une mesure du désordre). Cette loi est la seule connue qui justifie l’expérience que nous faisons du temps, son écoulement du passé vers l’avenir. Les autres équations de la physique décrivent toutes un temps réversible. Les systèmes complexes s’apparentent à un ordre émergeant du chaos, une violation apparente du second principe de la thermodynamique qui condamne tout système ordonné à un retour au chaos. Si cette évolution programmée de l’ordre au désordre façonne ce qu’il est convenu de nommer la flèche du temps, on conçoit que l’émergence d’un système complexe semble, d’une certaine façon, remonter le temps.

Le second principe n’interdit pas une entropie décroissante. Il y a deux cas de figure.

Dans le cas d’un système parfaitement isolé de l’extérieur, l’entropie peut en théorie diminuer, mais c’est hautement improbable. Le verre qui tombe par terre se brise en mille morceaux ; personne n’a jamais été témoin du réassemblage spontané d’un tas d’éclats de verre en récipient. Cette inversion du temps (l’hypothétique phénomène fait penser à un film joué à l’envers) n’est pas impossible ; elle est seulement extrêmement improbable. L’entropie mesure le nombre d’états possibles du système, et la flèche du temps découle du principe de l’indéterminisme des états à venir. Tous les états sont possibles, ce qui rend extrêmement improbable la réalisation d’un état particulier (le verre reconstitué) parmi des milliards de milliards d’autres états. Le verre qui tombe par terre et se brise finira dans un état aléatoire, un état parmi des multitudes d’autres possibles. Brisez dix verres identiques, et vous aurez dix configurations différentes des morceaux de verre répandus sur le sol.

Les systèmes complexes semblent violer cette loi dont la force égale la beauté et la simplicité formelle (Einstein lui-même y voyait la loi la plus fondamentale de l’univers). La complexité émerge d’un état d’entropie élevée et se définit comme un état d’entropie inférieure (plus le système est complexe, plus il est ordonné, et plus faible est son entropie). Cela semble en violation directe du second principe.

Ce n’est pas le cas. La théorie prévoit la possibilité d’une décroissance locale de l’entropie. Pour cela, il faut créer de l’entropie ailleurs, en dehors du système étudié ; autrement dit, il faut un transfert d’énergie. C’est bien ce que l’on constate : tous les systèmes complexes naissent et se maintiennent en prélevant de l’énergie dans leur milieu.

Le second principe est sauf, mais nous n’avons pas expliqué l’émergence de la complexité pour autant, qui reste un phénomène hautement improbable.

Laissons ce problème pour l’instant. Le second principe est directement lié à la représentation d’un système physique dans un espace mathématique particulier : l’espace des phases. Cet espace a autant de dimensions qu’il y a de variables dans le système. Prenons l’exemple d’un ensemble de dix blocs : le système est entièrement décrit par la position, l’orientation et le mouvement (la vitesse, y compris angulaire) de chacun des blocs. Il y a donc 12 variables indépendantes pour chaque bloc : position, orientation, vitesse linéaire et vitesse angulaire dans les trois dimensions de l’espace. L’espace des phases de ce système a donc 120 dimensions. Chaque point de cet espace décrit un état possible du système. Un seul des points de cet espace décrit, parmi tous les états possibles, l’empilement parfait des blocs [v].

Dans un système complexe, les différents constituants interagissent, et ces interactions peuvent être décrites par des équations mathématiques. Ces équations ont un effet sur l’espace des phases, elles déterminent des trajectoires entre ses différents états, autrement dit l’évolution de l’état du système avec le temps. Le système évolue à partir d’un point particulier de l’espace, son état initial ; de là, les interactions déterminent les états successifs du système, autrement dit sa dynamique. Là intervient une caractéristique des systèmes complexes : certains domaines de l’espace des phases constituent des attracteurs. Quel que soit l’état de départ, celui-ci évoluera toujours vers un des attracteurs du système. Ces attracteurs sont définis par les équations qui décrivent les interactions entre les constituants du système.

Insistons sur une caractéristique essentielle des systèmes complexes. Ce n’est pas le nombre de dimensions de l’espace des phases qui mesure la complexité du système, mais bien les interactions entre ces variables. Sans interactions, il n’y a pas d’équations dynamiques et l’évolution du système est aléatoire et ne peut pas diminuer l’entropie. C’est la complexité des lois régissant les interactions entre les variables du système qui conditionnera la complexité de l’ensemble. Il y a là un principe fondamental : tout système complexe est un système dont les constituants sont hautement dépendants les uns des autres, autrement dit un système de relations entre les constituants.

Ce principe trouve son illustration dans le cerveau humain. Ce ne sont pas les cent milliards de neurones qui assurent la complexité de son fonctionnement et l’émergence, à partir des constituants élémentaires (les neurones), d’un ensemble infiniment plus complexe et puissant, l’esprit, mais bien la façon dont ces neurones communiquent entre eux, autrement dit le support physique de ces échanges (les synapses) et les lois qui régissent ceux-ci (le traitement des signaux synaptiques dans les neurones). Ce sont ces lois qui déterminent le potentiel dans l’espace des phases, et ce potentiel conditionne la dynamique qui fait évoluer un état neuronal vers l’état suivant. Un système complexe est nécessairement dynamique, il ne cesse d’évoluer d’un état à un autre.

Une réalité mathématique

Un des principes commun à tous les systèmes complexes, c’est la dérangeante primauté de l’espace mathématique sur la réalité physique. Nous sommes témoins, notamment, du foisonnement de la vie, ces variations infinies de formes et de fonctions, résultat d’une création qu’on pourrait penser anarchique. Pourtant, la vie ne se conçoit pas sans cadre, sans contraintes, sans lois inaliénables. La complexité est toujours une lutte à la frontière entre ordre et désordre. La science de la vie est longtemps restée enfermée dans une vision mécaniste : l’ordre de la vie, c’est le génome qui détermine l’organisme vivant. Cette vision est réductrice au point d’être fausse. Les évolutions du vivant sont soumises à des contraintes qui en assurent la pérennité et la viabilité, et ces lois ne sont pas déductibles de nos observations du phénotype, pas plus qu’elles ne sont déterministes au sens de leur réduction au génotype. Dans l’exemple du vivant, les gènes sont les variables élémentaires du système, mais ils sont inutilisables sans relations. Les gènes s’expriment en fonction de leur interaction avec le milieu ambiant et des signaux qui leur parviennent lorsque d’autres gènes sont exprimés [vi]. Cette programmation, non des gènes, mais de leurs interactions,donnent corps à la géométrie de l’espace des phases et déterminent les trajectoires possibles dans cet espace, trajectoires qui aboutissent toujours aux attracteurs. Les attracteurs représentent l’ordre du système, les seuls états autorisés. Cette réalité est invisible au niveau du génotype et le phénotype, en soi, ne peut en rendre compte. Or elle est fondamentale pour expliquer l’apparition et le caractère évolutif des systèmes complexes.

Sur base de deux exemples, le vivant et le cerveau, nous avons isolé quelques principes des systèmes complexes. Un grand nombre de constituants élémentaires interagissent en permanence en suivant des lois plus ou moins complexes. Ce sont ces interactions qui façonnent les propriétés géométriques de l’espace des phases, l’espace de tous les états possibles du système, et sous certaines conditions, ces lois invisibles permettent de scinder l’espace des phases en de multiples domaines distincts, qui délimitent les états permis du système – tout autre point de l’espace des phases représente un état instable qui évoluera nécessairement vers un de ces attracteurs. Les attracteurs forment l’ordre invisible du système, et il faut insister sur leur existence dans un espace mathématique exclusivement ; ils n’ont pas de représentation matérielle. La dynamique du système oblige celui-ci à évoluer vers ces états d’ordre, autrement dit à diminuer l’entropie. L’entropie visée est un compromis entre ordre parfait, qui correspond à un système figé, statique, mort, et désordre anarchique, à la complexité inexistante. La stimulation permanente des constituants les uns par les autres pousse à cette prolifération anarchique qui ramène inexorablement vers le désordre, mais les contraintes – les lois conditionnant ces échanges – réfrènent cette tendance chaotique et forcent le système à évoluer vers des états semi-stables déterminés [vii].

Les sociétés humaines comme systèmes complexes

Nous pouvons à présent revenir à un autre type de système complexe : les sociétés humaines. Les constituants ? Nous. La tendance à l’anarchie ? Appelons cela la liberté, que nous permet notre esprit si particulier, ou encore, les désirs individuels. La tendance à l’ordre ?  Les lois, les contraintes diverses que la société fait peser sur nous, la culture. Il en va de ce système comme du cerveau ou d’un organisme vivant : il n’est viable à terme qu’à la condition d’un équilibre entre ces deux tendances. Trop de lois, un totalitarisme, et le système s’éteint, il n’évolue plus ; toute initiative personnelle est interdite, tout se fond dans la grisaille des dystopies, 1984 de George Orwell pour la version fictionnelle, l’ordre délétère de la république populaire démocratique de Corée pour un cas concret. Pas assez de lois, et les désirs individuels se heurtent les uns aux autres avec violence, jusqu’à conduire à la destruction de « l’organisme », la société, et par conséquent, de ses « constituants », les individus.

Cette approche est dévastatrice pour l’humanisme et la primauté accordée à l’individu par la pensée occidentale contemporaine remanie en profondeur l’idée de libre arbitre. Aucun individu ne peut prétendre s’isoler du système, il en est constitutif. Aucun individu ne peut prétendre à une action décisive sur l’évolution du système. Notre survie dépend de la survie de l’ensemble, et nous avons posé les conditions de cette survie, ou, idéalement, de son évolution vers des systèmes encore plus complexes. L’individu existe bien, mais seulement à la condition de son fonctionnement harmonieux dans l’ensemble, contraint par les lois qui garantissent que l’évolution de cet ensemble reste dans le domaine des états viables du système. Un individu qui ne respecte pas ce cadre minimal sera détruit par le système selon le principe de résilience, un peu comme une cellule cancéreuse est éliminée par le système immunitaire du corps humain, ou une information erronée du cerveau est rejetée par la « pensée critique ». Pour autant, notre liberté a un sens profond, elle participe à la poussée anarchique qui garantit le dynamisme du système, sa capacité à évoluer et à s’adapter aux conditions changeantes de son environnement. De plus, il faut se rappeler que les lois qui conditionnent les états permis du système sont elles aussi en évolution constante ; le comportement « hors-la-loi » d’un individu, s’il crée toujours un déséquilibre, peut s’avérer bénéfique sur le long terme et conduire, notamment par contagion aux individus en relation, à une mise à jour de ces lois. L’espace des phases, le cadre abstrait et mathématique qui détermine le fonctionnement du système, est lui-même en évolution constante.

Est-il licite d’assimiler les sociétés humaines à des systèmes complexes ? Je pense que oui. Elles cochent toutes les cases : ce sont des associations d’éléments en relation complexe entre eux, et elles présentent une dynamique complexe et en apparence imprévisible et des caractéristiques propres, irréductibles à ses constituants. Le nécessaire équilibre, pour en assurer la survie, entre ordre et chaos est largement démontré par l’histoire, notamment par les cas d’effondrement de sociétés, qui peuvent toujours se ramener à une rupture d’équilibre, une dérive incontrôlée vers trop d’ordre ou trop d’anarchie.

Pour terminer, notons une autre qualité des systèmes complexes : la résilience. Les sociétés humaines, tout comme les organismes vivants, sont capables de résister à des crises – des ruptures d’équilibre – gravissimes. Même lorsque ces déséquilibres excèdent la capacité du système à s’auto-guérir et conduisent à son effondrement, cela ne signifie pas nécessairement la mort définitive de « l’organisme ». Le chaos qui résulte d’un effondrement peut conduire à la disparition d’une société, mais aussi à une réorganisation spontanée qui verra sa renaissance sous une forme radicalement nouvelle. L’étude des systèmes complexes montre que les catastrophes sont inévitables et participent même activement à cette étonnante dynamique vitale qui pousse l’univers, malgré sa tendance inéluctable à la mort thermique, vers la recherche de toujours plus de complexité.

La découverte de la dynamique en apparence chaotique des « systèmes humains » conduit au relativisme et à la perte de sens contemporains dont nous parlions au début de cet article. Mais la compréhension des principes des systèmes complexes montre le sens sous-jacent et remet au goût du jour la question téléologique. Les crises sont constitutives des systèmes complexes et nullement des accidents qui en détruisent la richesse pour rien ; au contraire, elles permettent des « sauts qualitatifs » qui seraient interdits sans de tels remaniements périodiques.

La théorie mimétique s’inscrit bien, je pense, dans ce paradigme physique. Le désir mimétique est la force qui pousse à l’anarchie, tandis que le mécanisme victimaire ramène l’ordre. La révélation de ce mécanisme régulateur le rend inopérant et précipite une crise potentiellement mortelle pour l’humanité, mais aussi nécessaire pour dépasser sa violence. Quant à savoir si cet effondrement annoncé signera la fin de l’espèce, ou une mise à jour radicale de ses principes de fonctionnement, seul l’avenir nous le dira.


[i] Voir Jean Baudrillard, Simulacres et simulation.

[ii] Voir l’article Histoire, chaos et prophéties : https://emissaire.blog/2023/06/06/histoire-chaos-et-prophetie/

[iii] Voir par exemple les simulations informatiques dites du « jeu de la vie ».

[iv] Citons aussi internet, ou l’économie.

[v] En admettant l’empilement des blocs dans un ordre donné ou l’identité parfaite des blocs.

[vi] C’est l’épigénétique.

[vii] Voilà qui est évidemment réducteur. Dans le cas du vivant, l’anarchie a tendance à dépasser l’ordre et la reproduction crée parfois des « erreurs » ; mais intervient ici un autre mécanisme de régulation, la compétition darwinienne, qui constitue une autre contrainte, externe, venant s’ajouter à la première, interne, venant brider cette anarchie.

14 réflexions sur « L’ordre et le chaos »

  1. Merci Hervé pour cette brillante réflexion. Paradoxalement, elle me renvoie à un épisode que j’ai vécu dans mon activité scientifique. Travaillant sur les mécanismes de la variabilité cardio-vasculaire, j’ai rencontré les méthodes d’analyse non linéaire des systèmes complexes. Si j’ai bien vu l’élégance de la démarche dans la description des phénomènes, j’ai bcp moins bien vu son intérêt pour la compréhension de leurs mécanismes. Autrement dit, la valeur heuristique de ces approches m’a paru assez faible, et je suis retourné à mes chères études (linéaires…)

    Pour ce qui concerne les sociétés humaines, leur origine, leur évolution historique et leur avenir incertain, j’avoue que la belle simplicité des hypothèses de Girard me comble !

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    1. Cher Claude,

      C’est bien le problème des systèmes complexes. Ils ne se prêtent pas, par définition, à une compréhension des mécanismes, parce que la non-linéarité rend impossible leur modélisation simple. Le terme même de « mécanisme » est impropre pour les définir. Ceci dit, un système complexe peut présenter des sous-systèmes qui, dans une plage donnée, se comportent comme des systèmes linéaires déterministes. Heureusement pour notre coeur.

      Est-il licite, dans ces conditions, de continuer à prêter crédit aux pensées structuralistes, réductionnistes, aux hypothèses simples ? A première vue, Girard serait un des premiers à succomber au nouveau paradigme scientifique (voir le commentaire l’Alain plus bas). Ce paradoxe est au centre de mes réflexions.

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  2. Soit, il en est des systèmes sociaux comme des systèmes physiques. Mais « C’est l’épigénétique, » c’est moins évident: prière d’éclaircir, s.v.p.

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    1. Je parlais du cas particulier du vivant. Le génotype est, en quelque sorte, la programmation de base, reproductible, déterminée. Le phénotype est le résultat final : la vie telle qu’on la voit dans les documentaires sur la nature. Entre les deux, il y a cette « traduction » du génotype en espace mathématique, et c’est à ce niveau que s’expriment les lois qui régissent les échanges entre les constituants du système, autrement dit c’est ce niveau abstrait qui détermine le fonctionnement réel du système (l’épigénétique dans le cas de la biologie). Je me suis basé, entre autres, sur la série de vidéos de vulgarisation de Johannes Jaeger (https://www.youtube.com/@johannesjaeger757), qui a le mérite d’illustrer tout ça avec des schémas et des animations. Si vous avez le temps…

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  3. Le hasard fait bien les choses, et c’est même peut-être une des nombreuses leçons qu’on peut tirer du remarquablement ambitieux, et complexe mais c’est la moindre des choses vu le thème…, tableau tracé par Hervé : en effet, le hasard a fait que je viens de reparcourir dernièrement le livre de M. Serres, Rameaux, 2004.

    Un hasard pas aussi hasardeux qu’on pourrait croire, c’est ce que suggère la formule suivante de Serres, tout comme les analyses mathématiques d’Hervé :

    « Contingent, l’univers évolue contingentement, fonctionne selon des lois contingentes et des constantes à valeurs contingentes ».

    Dans son livre Serres réfléchit à la tension apparemment irréductible qui existe entre les deux discours de la science, le discours de la généralité (science dure) et le discours des singularités (science douce…), pour aller bien vite.

    Et il estimait à l’époque de l’écriture, avec l’optimisme qu’on a souvent moqué, que l’on était en train de vivre une révolution épistémologique, celle qu’Hervé, moins optimiste que lui, décrit il me semble de son côté d’une autre manière.

    En effet, on assisterait selon Serres, à côté de la pensée conceptuelle, fermée et normative des sciences exactes, – qui est celle issue des temps modernes et dont on ne peut bien sûr pas se passer dans une optique poppérienne – et en opposition au nihilisme ou au relativisme absolu des sciences sociales dans leur ensemble qui se refusent à penser autrement que dans le cadre de cas, de visions ou d’angles sans valeur de vérité générale, à la naissance et au développement fulgurant d’une nouvelle manière de penser issue des techniques informatiques et d’intelligence artificielle : la pensée algorithmique, ou procédurale, qui est, nous dit-on, une pensée mathématique puissamment marquée par l’informatique. C’est là que je retrouve la pensée d’Hervé qui insiste sur le dynamisme peut-être téléologique de la vision qu’il propose. Ce que Serres appelle des « constantes à valeur contingente ».

    Grâce aux immenses possibilités offertes désormais par les machines et ce qu’on met dedans, ce qui n’était pas possible autrefois – c’est à dire penser globalement l’ensemble des cas, les uns après les autres sous forme de procédures mathématiques et sérielles, dans toutes leurs singularités, et qui imposait donc le recours à des lois générales indispensables, vraies mais toujours mutilantes –  le devient aujourd’hui.

    C’est dans ce qu’il qualifie de  révolution épistémologique, qui voit la tension entre les deux types de discours scientifique s’effacer progressivement dans une nouvelle dynamique, qu’il estime trouver un espoir de dépasser l’antique opposition entre le reproche de rigidité mortifère adressé aux tenants de la structure et le reproche de chaos tout aussi mortifère adressé aux tenants de l’absence de lois générales.

    Hervé aussi, je crois.

    Alain

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    1. Merci Alain, très intéressante réflexion. Je suis ingénieur et je ne renie pas ma formation ; les sciences dures ont encore un bel avenir. Mais de fait, un bouleversement épistémologique est en train de se produire sous l’effet de la découverte des systèmes complexes, qui résistent et résisteront toujours à l’ancien paradigme réductionniste. La compréhension de ces phénomènes, ou plutôt la compréhension que nous ne pourrons jamais les comprendre pleinement, les réduire au visible, au mesurable, à quelques lois simples, a des conséquences philosophiques majeures, et je me réfère au dernier paragraphe de votre commentaire : c’est exactement cela.

      Attention de ne pas confondre algorithmes, qui appartiennent résolument à l’ancienne manière de penser (linéaires, déterministes, avec le plein contrôle du programmeur sur la fonction qu’il implémente) et les IA modernes, qui reproduisent les réseaux neuronaux. Autant que je sache, ces derniers sont pour leurs concepteurs des « boîtes noires » dont ils ne maîtrisent pas le fonctionnement ; ils constatent seulement que « ça marche » (c’est un peu réducteur mais c’est l’idée).

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  4. La réalité laisse en nous sa trace, qui n’est pas la réalité, mais sa trace.

    « De quelque idée laissée en nous par la vie qu’il s’agisse, sa figure matérielle, trace de l’impression qu’elle nous a faite, est encore le gage de sa vérité nécessaire. Les idées formées par l’intelligence pure n’ont qu’une vérité logique, une vérité possible, leur élection est arbitraire. Le livre aux caractères figurés, non tracés par nous, est notre seul livre. Non que les idées que nous formons ne puissent être justes logiquement, mais nous ne savons pas si elles sont vraies. Seule l’impression, si chétive qu’en semble la matière, si invraisemblable la trace, est un critérium de vérité et à cause de cela mérite seule d’être appréhendée par l’esprit, car elle est seule capable, s’il sait en dégager cette vérité, de l’amener à une plus grande perfection et de lui donner une pure joie. L’impression est pour l’écrivain ce qu’est l’expérimentation pour le savant, avec cette différence que chez le savant le travail de l’intelligence précède et chez l’écrivain vient après : Ce que nous n’avons pas eu à déchiffrer, à éclaircir par notre effort personnel, ce qui était clair avant nous, n’est pas à nous. Ne vient de nous-même que ce que nous tirons de l’obscurité qui est en nous et que ne connaissent pas les autres. Et comme l’art recompose exactement la vie, autour de ces vérités qu’on a atteintes en soi-même flotte une atmosphère de poésie, la douceur d’un mystère qui n’est que la pénombre que nous avons traversée. »

    https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Proust_-_Le_Temps_retrouv%C3%A9,_tome_2.djvu/30

    « Ainsi j’étais déjà arrivé à cette conclusion que nous ne sommes nullement libres devant l’œuvre d’art, que nous ne la faisons pas à notre gré, mais que, préexistant à nous, nous devons, à la fois parce qu’elle est nécessaire et cachée, et comme nous ferions pour une loi de la nature, la découvrir. Mais cette découverte que l’art pouvait nous faire faire n’était-elle pas, au fond, celle de ce qui devrait nous être le plus précieux, et de ce qui nous reste d’habitude à jamais inconnu, notre vraie vie, la réalité telle que nous l’avons sentie et qui diffère tellement de ce que nous croyons, que nous sommes emplis d’un tel bonheur quand le hasard nous en apporte le souvenir véritable. Je m’en assurais par la fausseté même de l’art prétendu réaliste et qui ne serait pas si mensonger si nous n’avions pris dans la vie l’habitude de donner à ce que nous sentons une expression qui en diffère tellement, et que nous prenons, au bout de peu de temps, pour la réalité même. Je sentais que je n’aurais pas à m’embarrasser des diverses théories littéraires qui m’avaient un moment troublé — notamment celles que la critique avait développées au moment de l’affaire Dreyfus et avait reprises pendant la guerre, et qui tendaient à « faire sortir l’artiste de sa tour d’ivoire », à traiter de sujets non frivoles ni sentimentaux, à peindre de grands mouvements ouvriers, et à défaut de foules, à tout le moins non plus d’insignifiants oisifs — « J’avoue que la peinture de ces inutiles m’indiffère assez », disait Bloch — mais de nobles intellectuels ou des héros. D’ailleurs, même avant de discuter leur contenu logique, ces théories me paraissaient dénoter chez ceux qui les soutenaient une preuve d’infériorité, comme un enfant vraiment bien élevé, qui entend des gens chez qui on l’a envoyé déjeuner dire : « Nous avouons tout, nous sommes francs », sent que cela dénote une qualité morale inférieure à la bonne action pure et simple, qui ne dit rien. L’art véritable n’a que faire de tant de proclamations et s’accomplit dans le silence. »

    https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Proust_-_Le_Temps_retrouv%C3%A9,_tome_2.djvu/31

    « Ce travail de l’artiste, de chercher à apercevoir sous de la matière, sous de l’expérience, sous des mots quelque chose de différent, c’est exactement le travail inverse de celui que, à chaque minute, quand nous vivons détourné de nous-même, l’amour-propre, la passion, l’intelligence et l’habitude aussi accomplissent en nous, quand elles amassent au-dessus de nos impressions vraies, pour nous les cacher maintenant, les nomenclatures, les buts pratiques que nous appelons faussement la vie. En somme, cet art si compliqué est justement le seul art vivant. Seul il exprime pour les autres et nous fait voir à nous-même notre propre vie, cette vie qui ne peut pas s’« observer », dont les apparences qu’on observe ont besoin d’être traduites, et souvent lues à rebours, et péniblement déchiffrées. Ce travail qu’avaient fait notre amour-propre, notre passion, notre esprit d’imitation, notre intelligence abstraite, nos habitudes, c’est ce travail que l’art défera, c’est la marche en sens contraire, le retour aux profondeurs, où ce qui a existé réellement gît inconnu de nous qu’il nous fera suivre. Et sans doute c’était une grande tentation que de recréer la vraie vie, de rajeunir les impressions. Mais il y fallait du courage de tout genre et même sentimental. Car c’était avant tout abroger ses plus chères illusions, cesser de croire à l’objectivité de ce qu’on a élaboré soi-même, et au lieu de se bercer une centième fois de ces mots « elle était bien gentille », lire au travers : « j’avais du plaisir à l’embrasser ». Certes, ce que j’avais éprouvé dans ces heures d’amour, tous les hommes l’éprouvent aussi. On éprouve, mais ce qu’on a éprouvé est pareil à certains clichés qui ne montrent que du noir tant qu’on ne les a pas mis près d’une lampe, et qu’eux aussi il faut regarder à l’envers : on ne sait pas ce que c’est tant qu’on ne l’a pas approché de l’intelligence. Alors seulement quand elle l’a éclairé, quand elle l’a intellectualisé, on distingue, et avec quelle peine, la figure de ce qu’on a senti. »

    https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Proust_-_Le_Temps_retrouv%C3%A9,_tome_2.djvu/53

    C’est ce travail sur lui-même que Girard a accompli, comme Proust et surtout comme le modèle ineffable nous l’a indiqué, nous permettant de reconnaitre que nous ne sommes pas la source de vie, mais sa créature à même alors de l’incarner charnellement, dans le temps enfin retrouvé, perfection de la joie éternelle.

    « Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en moi. Vous aurez des tribulations dans le monde; mais prenez courage, j’ai vaincu le monde. »

    https://saintebible.com/lsg/john/16.htm

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  5. Merci Hervé d’élever notre regard avec de telles perspectives.

    Personnellement, j’y retrouve un cadre théorique pour certaines de mes réflexions actuelles comme la pensée girardienne du politique ancrée dans l’opposition katechon/apocalypse et l’idée que nous arrivons à un moment de l’histoire humaine où nous semblons ne plus disposer des moyens nécessaires à la maîtrise de notre complexité croissante et risquons effectivement d’entrer dans une phase d’effondrement à une échelle probablement inédite. Refusant la polarité du mécanisme émissaire, nous ne pouvons guère l’envisager qu’à la lumière à coup sûr destructrice et potentiellement créatrice de la révélation en cours, laquelle connaît aujourd’hui une phase d’accélération.

    Cet arrière plan épistémologique permet aussi à tes lecteurs de mieux comprendre ta lecture si personnelle de la Bible et ton intérêt pour cette apocalypse à la fois désordre et point singulier d’un possible réagencement du système complexe que constitue l’écoumène sur des fondements renouvelés.

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    1. Bon sang, Hervé, il fait 37° à l’ombre chez nous et votre texte, magnifique de science et de sagesse n’est pas une lecture pour cerveau ramolli…. Heureusement que Jean-Marc est là pour lui rendre l’hommage qu’il mérite et lui apporter un commentaire à la hauteur.

      En ce qui me concerne, je devrais garder un silence admiratif et éberlué. Mais en vous lisant et relisant, les sourcils froncés, j’ai pensé à René Girard, pour faire diversion. J’ai pensé à ce colloque de Cerisy auquel j’ai eu l’honneur et le bonheur de participer, en 1983, et à cette réflexion qu’avait faite le Maître (là, nous ne parlerons pas de « cerveau ramolli ») lors d’une « table ronde » au cours de laquelle des sommités scientifiques, parmi lesquelles Henri Atlan, Jean-Pierre Dupuy et j’ai oublié les noms des autres, avaient montré comment l‘hypothèse morphogénétique de Girard s’inscrivait à merveille dans leurs recherches sur l‘auto organisation en physique, biologie etc. René Girard avait dit qu’il était très honoré, je cite hélas de mémoire, on peut trouver ça dans les Actes du colloque, intitulés « Violence et Vérité » (Grasset) ; Il avait dit : « C’est très bien mais vous savez, moi, je ne connais pas grand chose aux sciences exactes, je viens de l’univers sartrien. »

      Et c’est cela qui est magnifique, qu’il ait conçu un « modèle » scientifique capable de coïncider avec celui des recherches les plus pointues et les plus récentes dans d’autres domaines que le sien. Le « billet » d’Hervé est à cet égard non seulement très performant mais très nécessaire : on ne souligne pas assez souvent cette espèce d’isomorphisme (?) entre des disciplines en apparence complètement étrangères les unes aux autres.

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    2. Cher Jean-Marc,

      La chronologie de mes réflexions girardiennes part de la lecture de Girard (évidemment), en particulier son interprétation sacrificielle de la Bible. Girard montre que la lecture traditionnelle était enfermée dans une vision individualiste et statique, alors qu’une lecture dynamique (de transformation de l’humain) et systémique (toutes les relations sont impliquées et participent à cette dynamique) permettait un éclairage anthropologique novateur qui donnait un nouveau sens aux textes apocalyptiques, notion qui même dans les courants les plus progressistes reste attachée à une disparition magique du monde matériel, à une intervention divine surnaturelle aux motifs obscurs. Personne ne prend les prophéties apocalyptiques au sérieux, comme le dénonçait Girard. La question de J.M. Oughourlian à Girard dans Des choses cachées reste d’actualité :

      « Que faire de cette menace universelle que constitue le thème apocalyptique? Comment ne pas voir là une régression vers la conception violente de la divinité ? Comment peut-on réconcilier cette menace avec les aspects pacifiques et souriants du texte évangélique, la prédication du royaume de Dieu ? Cette contradiction est si gênante pour l’esprit que, tout au long du XIXe siècle, des hommes comme Renan se sont efforcés de distinguer deux Évangiles au fond : une prédication originaire qui appartiendrait seule à un Jésus « historique» plus ou moins arbitrairement postulé, et une reprise transfiguratrice et falsificatrice de cette prédication qui en ferait une théologie, par une formidable mais banale volonté de puissance ecclésiale dont le prototype, bien sûr, serait l’apôtre Paul. N’êtes-vous pas obligé de revenir à ce genre de lecture, c’est-à-dire à une division implicite ou explicite du texte évangélique en deux parties inégales : le bon texte antisacrificiel et humaniste d’une part, et de l’autre le mauvais texte théologique et sacrificiel ? N’êtes-vous pas obligé d’expulser ce mauvais texte hors de l’Évangile, en un geste renouvelé de toutes les pratiques sacrificielles classiques ? » (p. 260)

      Comme le dit Girard dans sa réponse :

      « il ne leur vient pas à l’esprit que ces textes, toujours ridiculisés et jamais vraiment déchiffrés, pourraient relever d’un esprit tout autre que l’esprit du christianisme sacrificiel. » (p. 261)

      Le thème apocalyptique, omniprésent dans les Écritures, mérite vraiment mieux que le traitement que nous lui avons réservé.

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  6. Cher Hervé, vous reconnaîtrez cette citation (JP Dupuy p.54 du numéro de L’Herne consacré à Girard), que je rappelle en « supplément » à votre billet :

    « Je me plongeai l’autre jour dans un article de James Gleick, où celui-ci critique la physique des particules élémentaires, coupable selon lui de vouloir réduire tout l’édifice du monde naturel aux propriétés des blocs fondamentaux qui le constituent, l’article me tombe des mains lorsque je découvre le passage suivant : « Il y a des lois fondamentales des systèmes complexes qui s’évanouissent dès lors que l’on se fixe sur leurs constituants individuels–exactement de la même manière que la psychologie d’une foule en train de lyncher un innocent s’évanouit lorsqu’on interviewe les participants individuels. » Mon Dieu, aurais-Tu donc placé le mécanisme sacrificiel jusqu’au plus intime des constituants ultimes de la matière? »

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    1. Mon Dieu, merci d’avoir doté les humains de cette capacité romanesque de comprendre que le mécanisme sacrificiel tient plus à la perception grégaire du réel qu’ils ont qu’à sa réalité même, offrant à leur imitation le modèle de relation rédempteur qui permet aux individus de ne plus céder au mouvement de la foule pour accéder librement à l’élévation du peuple de tes enfants.

      Merci, mon Dieu, de nous avoir offert René Girard, quand la définition du réel n’est plus rationnelle mais relationnelle, donnant son sens exact au vocable religieux qui indique à l’orgueil de la raison le choix salvifique et humble de la foi en ton Fils, donc en Toi, vrai Père des cieux.

      « Le processus qui conduit à la naissance de la religion est inversé par rapport à l’explication qu’en avait donnée Freud. Dans le Christ, c’est Dieu qui se fait victime, et non pas la victime (chez Freud, le père primordial) qui, une fois sacrifiée, va être ensuite élevée à la dignité divine (le Père des cieux). Ce n’est plus l’homme qui offre des sacrifices à Dieu, mais Dieu qui se « sacrifie » pour l’homme, en livrant pour lui à la mort son Fils unique (cf. Jn 3, 16). Le sacrifice n’a plus pour fonction d’« apaiser » la divinité, mais plutôt d’apaiser l’homme et de le faire renoncer à son hostilité envers Dieu et envers son prochain. »

      Vendredi Saint : Homélie du P. Raniero Cantalamessa | ZENIT – Français

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  7. Ma petite prière est-elle donc coincée chez Peter Thiel , pour continuer à servir les molochs de l’hostilité envers Dieu et le prochain ?

    Peut-être, à l’habitude, va-t-elle apparaitre après que je me sois étonné de ce qui serait censure de la paraphrase du « mon Dieu » de Dupuy- pourquoi m’as-tu abandonné ? – avant d’en toute confiance remettre entre ses mains mon esprit.

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