Notre Président de la République, un bouc émissaire en sursis ? (saison 2)

Le 21 janvier 2017, un des premiers billets publié par notre blogue, il y a donc désormais plus de sept ans, s’intitulait : « Notre président de la République, un bouc émissaire en sursis ? » (https://emissaire.blog/2017/01/23/le-president-de-la-republique-francaise-un-bouc-emissaire-en-sursis/ ). Il correspondait à l’époque où François Hollande renonçait à se présenter en vue de sa réélection, lâché par la plupart de ses soutiens, en préalable à un scrutin qui verrait Emmanuel Macron accéder à ce qui est communément appelé en France “la magistrature suprême”.

Ce billet rappelait la thèse de René Girard sur l’institution de la royauté sacrée, comme rite de désignation d’un bouc émissaire en sursis et s’interrogeait sur la transposition possible de ce schéma archaïque dans une démocratie parlementaire contemporaine qui, comme la France, attribue une place prééminente à un président de la République : élu au suffrage universel direct, il domine absolument la scène politique dès lors qu’il dispose d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale (au demeurant une majorité dégagée par les règles du suffrage et non une majorité du corps électoral ni même de votants). Dans un système démocratique qui se définit comme confiant l’intégralité du pouvoir à la majorité absolue des représentants élus du peuple, une telle majorité vaut quasi-unanimité pour la durée de la mandature.

Le président est donc d’abord et avant tout faiseur de majorité, l’accessoire indispensable à sa puissance d’agir. Si Emmanuel Macron est parvenu, contrairement à ses deux prédécesseurs, Nicolas Sarkozy et François Hollande, à se faire réélire en 2022 et, contrairement à François Mitterrand et Jacques Chirac, à se faire réélire sans avoir à en passer par l’étape d’une cohabitation avec son opposition devenue un temps majoritaire, il a en revanche échoué à s’assurer une majorité absolue de députés à l’issue de sa réélection.

Or, si selon la loi du nombre démocratique, la majorité absolue des députés à l’Assemblée nationale vaut quasi-unanimité, la majorité relative oblige à recourir à des dispositifs quelque peu acrobatiques et incertains puisqu’un accord entre les oppositions peut paralyser la puissance publique et provoquer une crise institutionnelle.

Des signes avant-coureurs, comme la révolte des gilets jaunes, avaient auparavant montré que la majorité absolue des députés occultait une minorité réelle au sein du corps électoral, que celui-ci vote ou s’abstienne. De même, l’état d’exception créé par la crise de la COVID avait ajouté un leurre supplémentaire empêchant une perception réaliste de la situation.

Des institutions faites pour dégager une majorité, lors de scrutins opposant une coalition de droite à une autre de gauche, faisaient converger, au gré des alternances, vers des politiques somme toutes assez proches et se voulant en accord avec le contexte européen et international. Elles ont été profondément déstabilisées par l’émergence d’un centre s’affirmant comme la synthèse des “raisonnables” et repoussant ses oppositions vers des expressions en pratique non compatibles avec les contextes européen et international. Avec cette antienne du mouvement au pouvoir : moi ou le chaos.

Si, dans les monarchies sacrées, le roi était avant tout un faiseur de pluies permettant au cycle des saisons de produire des ressources en abondance (voir Kings of Disaster : Dualism, Centralism and the Scapegoat King in Southeastern Sudan de Simon Simonse, réédité aux Michigan State University Press : Lessing, 2018), dans la République française, son président se veut et se doit d’être un faiseur de majorité. S’il échoue et que les problèmes posés au peuple ne trouvent pas de solutions en raison d’une impuissance d’agir face aux circonstances critiques, alors le mécanisme du bouc émissaire, en partie institutionnalisé sous un mode mineur par les obligations de réélection périodique, reprend toute son acuité.

Outre ses opposants traditionnels, Emmanuel Macron voit ses propres soutiens, souvent ses créatures, s’opposer à lui : deux de ses premiers ministres qui aspirent au demeurant à lui succéder, son ministre des finances et son ministre de l’intérieur qui l’accompagnent de longue date et sont les principaux concernés par la crise ambiante, la présidente de l’Assemblée nationale ou encore le président du Sénat qui a affirmé refuser d’être un jour le premier ministre de l’actuel président à l’époque où la reconstitution d’une majorité absolue était encore envisagée, bref à peu près tous les acteurs qui comptent se sont désolidarisés d’Emmanuel Macron, usant le plus souvent pour ce faire d’une rhétorique pour le moins inhabituelle, sous laquelle percent violence et ressentiment.

Après l’échec retentissant des élections européennes sonnant comme une sorte de plébiscite anti-Macron et celui annoncé des élections législatives convoquées dans la foulée, sa principale opposante, Marine Le Pen, a évoqué l’idée qu’il ne lui resterait plus qu’à démissionner et un ancien président du Conseil constitutionnel, Pierre Mazeaud, estime que c’est effectivement la dernière option qui lui reste. Qui vivra verra.

Voilà que le réélu de 2022, auquel tout ou presque semblait sourire, voit la roche Tarpéienne se rapprocher dangereusement. En tout état de cause, il semble qu’une majorité absolue à l’Assemblée nationale devienne de plus en plus difficile à obtenir ou à conserver. Déjà François Hollande avait vu la sienne fondre, la défection de ses “frondeurs” l’obligeant en fin de mandature à recourir au fameux article 49-3, l’outil constitutionnel masquant une perte de majorité par la manifestation de l’incapacité des oppositions à se constituer en majorité alternative.

Au-delà du caractère anecdotique de ces situations de fragilité extrême de nos deux derniers présidents en exercice, se pose la question de la pérennité d’institutions qui confèrent autant de responsabilités au titulaire de la magistrature suprême. N’y aurait-il pas d’autres moyens pour faire tomber la pluie régulièrement ?

23 réflexions sur « Notre Président de la République, un bouc émissaire en sursis ? (saison 2) »

    1. La versatilité de la foule est attestée de longue date par l’expression latine sur la proximité de la roche tarpéienne, lieu de précipitation des condamnés et le Capitole, lieu par excellence du pouvoir. Et bien entendu par la Passion qui commence par une entrée triomphale à Jérusalem. Quant aux origines grecques de notre culture, est-ce un hasard si notre époque a retenu en priorité la mythe de la perte de faveur d’Oedipe à Thèbes?

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  1. C’est quoi un bouc émissaire ? Si l’on choisit la définition girardienne, pourquoi pas, c’est une victime sur laquelle la communauté transfère sa propre violence intestine à seule fin de s’en délivrer, de s’en purifier (catharsis, en grec) pour retrouver la concorde et la paix. En langage moderne, voulu par Girard, parce que ce mécanisme (victimaire) fonctionne toujours, c’est celui qui « prend pour les autres« . Le capitaine Dreyfus est un bouc émissaire célèbre et incontestable.

    Le « bouc émissaire » est innocent des crimes dont on le charge avant de l’expulser violemment de la communauté. Il n’est pas innocent tout court : par exemple, Œdipe, dont Girard a fait un bouc émissaire, n’est pas exempt de certains défauts, les mêmes qu’on reproche à notre président de la République et, en général, aux hommes de pouvoir : l’orgueil, l’arrogance, la certitude d’avoir raison, d’être plus intelligent que tout le monde et de pouvoir régler tous les problèmes. Cependant, en ce qui concerne Œdipe, nous retenons du mythe (confirmé par la psychanalyse) qu’il est un fils incestueux et parricide, il finit lui-même par accepter ce verdict et en tire les conséquences, il se crève des yeux qui l’ont déjà rendu aveugle (à ses crimes) et s’expulse lui-même de la cité.

    Bon. En ce qui concerne le « bouc émissaire » proposé ici, Emmanuel Macron, je comprends que l’auteur de ce billet puisse le voir, tout seul contre une foule unanime, tenir ce rôle pour lequel il avait été pour ainsi dire formaté : quasiment incestueux (son épouse pourrait être sa mère), quasiment parricide (« il sait ce qu’il me doit » se rassurait le président Hollande avant d’être poussé vers la sortie), trop brillant, trop audacieux,( il n’y a plus ni droite ni gauche, seulement un centre dont il occupe le centre), trop jeune, trop sexy et finalement Président de la République française, élu et réélu. Je comprends : il devait un jour ou l’autre, ayant été acclamé, être rejeté.

    Le problème, en ces jours difficiles que nous vivons, c’est que ce « bouc émissaire » tout désigné ne se comporte pas comme un authentique bouc émissaire ! Il ne se comporte pas comme une victime, bien au contraire. En effet, il n’est pas la solution au chaos (même s’il le prétend : « moi ou le chaos« ), puisque c’est de sa propre volonté que le chaos ou la menace du chaos existe. Si l’on voulait en faire un bouc émissaire, il faudrait inventer une autre définition, envisager qu’un bouc émissaire puisse se charger lui-même de créer un désordre tel qu’on ait besoin de lui pour y mettre fin. Mais dans ce cas, le bouc émissaire n’est une victime en sursis que de lui-même et de son hubris.

    Bref, Jean-Marc, je me demande si ce n’est pas la France, telle que voulait l’incarner le général de Gaulle, le véritable bouc émissaire de cette nouvelle crise (elle s’ajoute à toutes les autres) que nous vivons.

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    1. Chère Christine, merci pour tes suggestions sur le profil oedipien de notre président. A la réflexion, on pourrait y ajouter le passage par une banque d’affaires pour y faire des fusions-acquisitions, la participation à la commission Atali au secrétariat de laquelle il se fit remarquer (tentative de réponse à l’énigme de la Sphinge ?), etc.

      Ce qui m’a intéressé dans mes deux billets à 7 années d’intervalle, c’est moins le destin particulier de nos derniers présidents comme bouc émissaire (ou non) que l’idée de l’institution de la monarchie chez Hocart et Girard (RG en traite notamment dans DCC dans un point entier intitulé La royauté sacrée et le pouboir central) comme intronisation d’un bouc émissaire en sursis éclairait l’institution par la Ve République d’une « monarchie républicaine » comme la qualifiait autre fois Maurice Duverger. L’importance conférée à nos présidents en particulier depuis l’hyper-présidence de Nicolas Sarkozy donne vraiment l’impression que le peuple est appelé à désigner périodiquement un personnage singulier (pas un premier ministre qui pourrait être remplacé par un autre au sein du parti majoritaire comme ce fut le cas récemment au Royaume-Uni) sacrifiable tous les 5 ans voire au moment d’une crise aiguë dans l’espoir (probablement vain) que son remplacement permettra la sortie de crise.

      Il m’a semblé utile de montrer à quel point notre « modernité » institutionnelle nous avait rapprochés de la fondation supposée de la monarchie sacrée comme bouc émissaire en sursis qui avait fini par s’affranchir de la menace du sursis entre le haut moyen-âge tel que l’a restitué Michel Rouche et la mise à mort de Louis XVI.

      Pour ce qui concerne le véritable bouc émissaire, il me semble que le peuple/la nation est toujours la victime tout court de la crise mais pas la victime émissaire par principe unique ou peu nombreuse sur laquelle décharger toutes nos responsabilités collectives et ressentiments.

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      1. Cher Jean-Marc, La France à la fois réelle (elle a un acte de naissance et une histoire) et symbolique (elle transcende les régimes politiques et bien sûr les identités particulières), ce n’est pas un peuple/une nation, c’est une « certaine idée » qui n’a plus cours. C’est ainsi que la « préférence nationale » des uns ou la complaisance au communautarisme des autres, ou encore le manque de « vision » politique des uns et des autres, peuvent apparaître comme les symptômes d’un refus unanime du « sacrifice de soi » gaullien. On n’a pas dressé de bûcher mais on a enterré l’idée qu’on devrait, selon la jolie formule du Président Kennedy, au lieu de se demander ce que notre pays peut faire pour nous, se poser la question : que puis-je faire pour mon pays ? Et, à supposer qu’on arrive à se poser cette question avant de mettre son bulletin dans l’urne, la réponse ne va pas de soi, on n’est plus dans les « beaux jours », si j’ose dire, de la Résistance.

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    2. Une certaine idée de la France… Pour moi cela relève du mythe au demeurant élaboré en pleine conscience par le Gl de Gaulle. Je me demande si un mythe est susceptible de devenir la victime d’un rite sacrificiel. Pour moi, mythe, rites et interdits sont trois modalités distinctes d’appréhender les fondations, du monde, d’un peuple, d’une nation. Mais je sais bien qu’on peut dire dans le langage courant qu’on peut sacrifier une idée. Après tout, il y a peut-être des idées boucs émissaires mais j’ai du mal à voir les choses ainsi. Mon réalisme sans doute… et mon inaptitude à la philosophie certainement.

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      1. Une remarque, tout d’abord, sur le thème « Macron bouc émissaire »: Notre président ne se comporte peut-être pas comme un bouc émissaire assumé, mais il a tout fait (sans le vouloir, par sa pratique du pouvoir et encore plus par se communication) pour que les frustrés et révoltés de tout poil aient une folle envie de mettre sa tête au bout d’une pique. S’il avait lu Girard au lieu de s’arrêter à une lecture superficielle de Ricoeur, il aurait compris qu’en se mettant lui-même en avant en toute occasion (souvent sans nécessité, par simple désir d’étaler sa belle intelligence), il finirait par attirer la foudre. Il a cru avec une incroyable naïveté qu’il lui suffirait de se montrer compétent pour se mettre à l’abri de la colère du peuple!

        Cela étant, si Macron est bien le bouc émissaire d’une partie du peuple français, il faudrait aussi, quitte à évoquer l’actualité électorale, parler un peu des boucs émissaires délibérément désignés à la vindicte populaire par le parti qui s’apprête à gouverner la France : les immigrés et plus particulièrement les musulmans. En tant que girardiens, je pense que nous nous devons de signaler la différence « ontologique » entre le recours occasionnel et « ordinaire » à la désignation de boucs émissaire par les politiques et le fait de construire toute une stratégie politique autour de la stigmatisation des étrangers. De ce point de vue, bien que n’ayant aucune sympathie pour Mélenchon et son clan, je ne crois pas que l’on puisse purement et simplement renvoyer dos à dos les extrêmes. Je précise que mon jugement ne porte pas sur les mesures concrètes proposées mais sur la vision du « vivre ensemble » qu’ils distillent par leur discours. Il y a eu des dérapages antisémites de la part de certains membres de LFI, et de la violence dans les propos de Mélenchon, c’est incontestable, mais l’antisémitisme et le rejet de l’autre n’ont aucune place en tant qu’idéologie dans le projet du Nouveau Front Populaire. C’est avant tout un projet de transformation économique et sociale (peu réaliste, mais là n’est pas la question). Le RN, en revanche, ne porte aucun projet spécifique de réforme ou de progrès en matière économique et sociale. Sur ces sujets, ses dirigeants sont capables de dire tout et son contraire car en réalité ils n’ont aucune conviction (et quelles compétences ??). Ce qui compte, c’est la petite musique qu’il y a derrière et celle-ci est particulièrement glauque, et porteuse de violence à plus ou moins long terme. Je pense que l’on peut vraiment parler d’une « politique du bouc émissaire » et cela ne devrait pas laisser les girardiens indifférents.

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      2. @ anonyme

        Une question me vient à l’esprit, en lisant votre phrase  » En tant que girardiens, je pense que nous nous devons de signaler la différence « ontologique » entre le recours occasionnel et « ordinaire » à la désignation de boucs émissaire par les politiques et le fait de construire toute une stratégie politique autour de la stigmatisation des étrangers » .

        Y a-t-il une réelle différence entre une stigmatisation qui vise une nationalité ou une religion, et celle qui vise une origine sociale ou socio-économique, toutes deux s’appuyant sur une pureté identitaire résumée sous l’expression « le peuple » pour construire une stratégie politique?

        Alain

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  2. L’actuel tendance à la stigmatisation du centrisme politique pose question. Elle est résumée par l’oxymore « extrême-centre ». Le centre serait devenu le point de fuite des extrémismes ? La modération, le compromis, le signe d’un totalitarisme qui ne dit pas son nom ? Bienvenue en Absurdie. Il me semble que la victoire surprise de Macron en 2017 et l’effondrement du système traditionnel basé sur l’alternance gauche-droite est symptomatique d’un effondrement tout court, celui de la démocratie sous la 5ème république. Peut-être faudrait-il une réforme institutionnelle qui entérine cette mort. Ai-je le droit, dans ce blog, de faire la pub du système en vigueur dans mon pays d’adoption, la petite Belgique ? Voilà des décennies que les partis traditionnels (socialistes, chrétiens-démocrates, libéraux) ne représentent plus la majorité. Les coalitions, en Belgique, sont des assemblages disparates et improbables entre des partis qui n’ont rien en commun. Au moins, la Belgique a acté la disparition de l’alternance gauche-droite. Le système est loin d’être parfait (périodiquement nous nous retrouvons sans gouvernement pendant de longues périodes), mais il a le mérite d’obliger les politiciens à sortir de leur autisme idéologique et il en résulte, dans les faits, une politique pragmatique de centre. Ma suggestion de pilule-miracle : la proportionnelle pure et dure, formidable centrifugeuse à éliminer les programmes les plus extrêmes tout en permettant à toutes les frustrations et utopies de s’exprimer.

    Hervé van Baren

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    1. Merci Hervé. C’est tout à fait mon avis également. Je pense que notre pays devrait en revenir à un parlementarisme à la proportionnelle qui à conserver en son sein quelques éléments de rationalisation qui font peut-être défaut à la Belgique. Il est préférable que les représentants élus se mettent d’accord sur un programme de gouvernement et soient contraints par l’obligation de se coaliser à une modération minimale et à un sens du compromis.

      La constitution de la Ve était faite pour le général de Gaulle sur le modèle militaire général en chef/chef d’état-major en distinguant la stratégie à sa charge de la tactique, du génie et de l’intendance qui relevaient de l’état-major. Quand le général en chef s’estime le plus compétent pour s’occuper des petites choses et détruit tous les corps intermédiaires, il s’expose à la vindicte des troufions et à la mutinerie de ses troupes.

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    2. Tout à fait d’accord avec Hervé. Je crois que les présidences de Macron, et les deux précédentes aussi (la comparaison avec Sarkozy est frappante) resteront dans l’histoire comme les derniers feux d’une constitution a bout de souffle. Nous avons un besoin urgent d’un système proportionnel intégral. Au-delà de la Belgique, l’Allemagne est également un exemple à suivre, et d’ailleurs presque toutes les démocraties l’ont adopté. Mais l’arrogance française, bien connue de nos chers (« petits ») voisins, aura sans doute besoin d’en prendre un bon coup avant d’en convenir: le voici justement qui arrive à grands pas. Adieu à Napoléon, adieu à de Gaulle; les temps ont changé, il faut aussi s’adapter si nous voulons rester nous-mêmes.

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  3. Se rend-on compte que les descriptions psychologiques d’autrui ne révèlent que ceux qui les tiennent ?

    Notre petit Mémé serait désespéré qu’on ne le lise point.
    La réalité, n’est-ce pas, dont nous ne connaissons que la trace qu’elle laisse en nous et dont la formulation n’en est qu’une partielle et imparfaite interprétation, délivre de toutes les confusions quand, ensemble, nous en reconnaissons la prééminence inconnue.

    Nous sommes en France, merci au président d’en avoir réveillé le peuple qui est là, debout, cicatrisé de toutes ses défaites, hâbleur et querelleur et qui a maintenant l’occasion d’interpréter son chant immense de liberté, chance donnée à la démocratie d’emprunter les voies réconciliées de la paix.

    Il est pourtant clair que c’est lui ou le chaos, raison pour laquelle le chaos le rejette, passé au révélateur démocratique qui dessine que nous ne serons en démocratie que quand chaque individu aura empire sur lui-même, sera à même de penser le consensus que propose Macron (faire cheminer ensemble les entités contradictoires, espérant prendre les décisions les moins imparfaites qui, bien entendu, mécontenteront la majorité) sans exiger d’être le centre de gravité, comme Raffarin le souhaitait hier, passant outre les échecs de l’UMP.

    Il reste dans la manche constitutionnelle la possibilité d’un référendum sur la réforme de l’État, nous verrons alors si le souverain se méprise lui-même au point de renoncer à la confiance que lui fait son président et se montre apte à l’apprentissage de la démocratie directe, qui ne pourra s’incarner que s’il accède à la capacité d’un débat apaisé sans le désigner comme seul coupable de la responsabilité collective, sans l’exempter non plus de son échec.

    Sinon, merguez, saucisses, bonhomme hiver et poupée gaullienne à la disposition des retours sempiternels de l’amnésie, l’unanimité des Caïphe, le lavage de main des Romains et la figure du Dieu vivant, toujours un homme et toujours mort et supplicié sur sa croix, économie de l’émissaire, vérité qui jamais ne méprise la souffrance des vivants quand, face à la mort, tous nous sommes ses enfants.

    Debout les doux, debout pays, tu es la France.

    https://www.youtube.com/watch?v=nU-GhfeWSP8

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  4. On se souvient :

    « Nous, nous sommes ce pays là. C’est conforme au génie de la France. Nous n’en sommes plus à la domination et à vouloir l’établir. Mais nous sommes le peuple fait pour rétablir, aider la coopération internationale. C’est ça notre ambition nationale aujourd’hui. Et faute de cela nous n’en aurions aucune. Mais il nous en faut une. Et celle là nous l’avons. Elle est pour le bien de l’Homme. Elle est pour l’avenir de l’humanité. Et il n’y a que la France qui puisse jouer ce jeu là. Il n’y a que la France qui le joue. »

    https://fresques.ina.fr/de-gaulle/liste/recherche/Michel%20Droit/s#sort/-pertinence-/direction/DESC/page/1/size/10

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  5. Les effaceurs imaginent les sacrifices qu’ils craignent pour eux-mêmes.
    Les deux mimes extrêmes continuent en leur fantasme hégémonique, l’un avec Rima Hassan à ses côtés, l’autre avec un député niçois qui a trahi les siens, rassemblés pour l’estocade de 22 % de l’électorat, what a chicken, comme dirait l’autre.

    Électorat qui a compris que le symptôme Macron n’est pas la maladie, que le rejet dont il est l’objet est utilisé par les hystériques des deux bords pour servir, non pas leur idéologie, mais leur mode de fonctionnement sectaire rigoureusement semblable.

    Quoique celle de gauche ait de plus jolis atours que celle de droite, elle n’en est pas moins dangereuse, et nos bons 22 % souhaiteraient qu’il reste en ce pays une autre alternative que de choisir entre le Hamas et Netanyahou, qu’il serait intéressant pour le pays d’arrêter de prendre le lanceur d’alerte pour le coupable de tout, qu’il est des questions de méthode qui révèlent des fonctionnements à proscrire comme des comportements de droiture.

    Florence Portelli, impeccable de conviction même si je ne les partage pas forcément, a raison quand elle souligne que le formidable élan qu’avait su créer Glucksmann se vautre à la gamelle quand il rejoint les Insoumis qui hier l’insultaient gravement, pour le mot d’ordre éculé qui ne sait qu’entretenir son désir d’en découdre, pensant servir ce qui démonétise ce qu’il peut porter de légitime, renvoyant les adeptes de la droiture à suivre celui qui a tout vendu pour trois olives niçoises.

    Ce n’est donc pas le bon moyen de combattre la démagogie des effaceurs cryptorusses prêts à s’emparer de la Ve République pour la vendre à leur délire vengeur, saccageant la Constitution par avance.
    Il reste 22 % qui ont assez de jugement pour assumer la défaite qui s’annonce et enfin en tirer enseignement, prêt au seul effort qui sauverait le pays quand, rejoints par ceux avec qui ils votent ensemble 75 % des lois au Parlement européen, ils construiraient cette majorité de projet qui est le propos présidentiel, rejeté par un système qui n’a pas accepté cette transgression salutaire, et qui aujourd’hui aimerait continuer sa cuisine du diable, perversion de nos institutions.

    Peut-être ne s’étaient-ils pas aperçus qu’ils avaient deux fois élu Emmanuel Macron à la présidence de la Ve République, et peut-être serait-il bon de rappeler quel pouvoir un général de génie en a doté la fonction, qui permet aux masques de tomber, à 22 % de Français de comprendre et de supporter ce qui sera seul à même de permettre aux colères de s’apaiser pour mieux affronter notre réalité, qu’ici nous sommes en France au cœur de l’Europe menacée, que si nous cédons, nous qui savons que les forces d’empire mènent à la destruction, nous renonçons au seul chemin viable pour apaiser nos relations, qui est celui de la réconciliation.

    Il n’est donc pas question de renoncer à la force juste et droite et au chemin tracé, qu’importe les défaites et le prix à payer, le chemin de la France vaillante est le chemin de la paix.

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  6. Aliocha, croyez que je comprends votre position et que je la partage largement, sauf sur un point que je vais m’efforcer de préciser. Je comprends aussi que mon « adieu à de Gaulle » puisse être mal interprété, et choquer : ce n’était pas mon intention.

    De Gaulle est à mon avis de dernier représentant de la Chrétienté, qui ne peut être confondu avec le christianisme. Son amitié pour Franco en témoignait, et surtout pour Adenauer bien sûr. Je ne considère pas cela comme un « défaut », bien au contraire, c’est sans doute ce qui lui a permis de résister aux idéologies mortifères et d’affirmer « une certaine idée de la France » liée à l’universalité du projet de la Chrétienté, mais aussi à l’idée de « progrès », qui revient comme un leitmotiv dans ses discours : et particulièrement lors de sa visite au Québec (discours totalement décalés de la réalité, et si intéressants de ce point de vue…).

    La Chrétienté, cela a consisté à bâtir une civilisation chrétienne en Occident. La France des Carolingiens deviendra « fille aînée » de l’Église. On doit à la Chrétienté les cathédrales, magnifiques, mais aussi l’invention simultanée du dogme de la transsubstantiation et la frappe de l’agnel : une pièce de monnaie « chrétienne » basée sur l’hostie. Il s’ensuivra une période de grande intolérance, un antisémitisme virulent, des guerres de religion. Je crois que cette riche période de notre histoire commune est derrière nous, et que le christianisme n’a rien à craindre de cet abandon ; bien au contraire.

    La 5è république, cousue main pour ce grand homme, auquel tout le monde se raccroche désespérément maintenant, a permis de maintenir un temps l’illusion d’une Chrétienté survivante au désordre du monde, portée par la France. Elle produit désormais l’effet strictement inverse aux intentions initiales : la description que vous faites vous-même de la situation est suffisamment éloquente et juste pour que je n’aie pas à en rajouter. Il nous faut passer à un mode de scrutin proportionnel intégral pour avoir une chance de retrouver cette unité perdue, faite de diversité respectueuse : elle constitue le graal de la démocratie.

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    1. Cher Benoit,

      Si la chrétienté ne portait en elle-même ce chaos quand on lui ôte l’artifice sacrificiel, nous en serions encore à y croire.

      Il me semble que l’outil constitutionnel imaginé par de Gaulle a été inventé pour que l’artefact proposé à la colère révolutionnaire sans fin qu’on observe aujourd’hui, aie l’occasion de prononcer la vérité anthropologique chrétienne, en démontrant que, même symboliquement, le sacrifice ne fonctionne plus, qu’il est donc temps d’inventer les nouvelles institutions qui tiendraient compte de cette contrainte, loi au sens physique du terme, fondée sur le pardon à l’ennemi en instituant la réconciliation.

      Macron a-t-il réellement conscience de cela, je n’en sais rien, mais il est assez intelligent pour savoir reconnaitre que la vague de détestation qui le menait au pouvoir est la même qui le rejette, cette vague par laquelle a été imaginé la Constitution, qui porte en elle-même les pouvoirs invraisemblables qu’elle offre au président pour savoir être celui qui a l’occasion d’illustrer la parole de l’émissaire, en en vivant dans sa chair l’enseignement public.

      En d’autres termes, la France a aujourd’hui clairement l’occasion de tirer l’enseignement du sacrifice de son roi avec les dérives sectaires qu’on connait et qui, si la proportionnelle intégrale était française, ne saurait enrayer le fait observable que deux tiers des Français soient prêts à se jeter à la gorge les uns des autres.

      À Macron et aux Français renseignés de défendre cela, incarnant le choix universel de croire ou non en la violence, ils accompliraient alors la Révolution en en révélant cette essence chrétienne au sens purement anthropologique du terme, équilibre rationnel des relations entre la liberté et l’égalité par la fraternité, révélé par la Croix.

      Non, ne les sifflez pas.

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  7. Cher Aliocha,

    Si je vous comprends bien, et je n’en suis pas certain, de Gaulle aurait inventé une constitution visant à mettre en lumière le phénomène que nous connaissons bien ici, alliant la victime et le roi sacré, que Girard a mis à jour : cette « vérité anthropologique » qui est aussi la vérité judéo-chrétienne. Macron serait assez intelligent pour le comprendre, et pour utiliser le pouvoir exorbitant qui lui a été conféré pour « poussez le bouchon » un peu plus loin, si je puis dire, et provoquer cette apocalypse limitée, ce jugement (pas tout à fait) dernier, dont nous serions les jurés. A nous de choisir la concorde et l’amour, ou le chaos et la haine.

    C’est une vision des choses tout à fait passionnante, mais elle pose une question de fond : cette intrication du politique et du religieux est-elle accentuée par la 5è République, ou autrement dit, consciemment provoquée par de Gaulle ? Y a-t-il un projet eschatologique derrière notre mode de scrutin ? Si cela était avéré : y a-t-il connivence entre ce que je désignais par « les derniers feux de la Chrétienté » et l’action gaulliste visant à les prolonger, ou à les achever ? Et si le but est bien d’achever ces feux (sublimes et dangereux) pour passer à autre chose, c’est-à-dire à une façon plus apaisée, plus spécifiquement politique et démocratique de vivre ensemble, la fin de cette constitution et le passage au suffrage proportionnel intégral est-il la solution ?

    Je le crois (du moins est-ce une partie de la solution, bien sûr), mais tout en reconnaissant qu’il était sans doute nécessaire d’achever la Chrétienté avec éclat, avec de Gaulle, et avec Macron : je ne me permettrai jamais de les siffler, bien au contraire. Hurler avec les loups ne fait pas partie de mes habitudes.

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    1. Ce n’est pas vous qui le sifflez, j’avais bien compris, mais je reprenais la phrase du candidat qui empêchait la tendance générale en 2017, qui vit même Fillon faire siffler la justice, les médias ou les musulmans.

      Vous m’avez parfaitement compris dans la mesure où nous comprenons ce que nous faisons et qui n’est pas certain, car il y a dans notre démarche ce saut raisonnable de la foi, cette confiance exprimée par Macron lors de sa dissolution clairement insensée, comme l’est le pouvoir que s’octroyait de Gaulle et que les Français ont accepté en 1958, comme ils ont élu et réélu Macron.

      La question est donc de savoir si là est l’achèvement du christianisme au sens de sa fin, ou son accomplissement, qui permettrait enfin de sortir des polysémies rimbaldiennes qui préféraient se taire plutôt que d’être entendu selon le rite païen, inventant enfin le rite démocratique de l’élection où chaque citoyen , informé de sa structure sacrificielle, comprend la nécessité d’y renoncer pour exercer pleinement sa liberté, avec le corollaire alors indispensable du soin et de l’éducation aux petits, priorité et condition suffisante et nécessaire à l’établissement de ce qu’on pourrait alors appeler selon l’écriture le Royaume.

      La Ve République arrive certainement à sa fin, le rite de décollation imaginé par de Gaulle pour réguler la violence atavique révolutionnaire ne fonctionnant plus, les girardiens savent pourquoi, et les citoyens ressentent confusément que la réalité apparait dans les dangers qu’ils craignent et qui provoquent le retour à ce que vous appelez à raison le ber sacrificiel, pourtant largement effondré.

      Le scrutin actuel va trancher, et quoique notre président fasse, c’est la réalité qui conduira les destins du pays. Il est assez incroyable d’observer ce travail de la vérité qui irrite la violence, démontrant implacablement que la violence en retour ne peut rien contre elle. C’est assez exactement ce que Macron vit, consciemment ou pas et finalement cela a-t-il tant d’importance, la geste chrétienne qui a fondé le peuple français depuis le baptême de Clovis jusqu’au Te Deum de Reims, accomplit ici, confusément ou non, son avancement.

      De Gaulle a aussi prévu dans les pouvoirs présidentiels le référendum qui pourrait alors s’appliquer aux renouvellements institutionnels, avant une démission éventuelle, et qui pourrait ne plus se satisfaire du seul fait de virer Macron.

      Si on propose au souverain les conditions qui lui permettraient alors d’exercer pleinement son identité apaisée, proportionnelle, référendum citoyen, mais qui ne pourra se réaliser que dans le mesure où il serait renseigné sur sa structure nouvelle qui aurait compris qu’il ne sert plus à rien de sacrifier, que là est l’effort et la condition du souverain bien, qui est la paix, définie par le grand ancien comme incarnation de l’idée France et qu’il reste à inventer.

      Fantasme ou réalité, l’être humain est la bête qui a capacité à réaliser son rêve, s’il ne cède plus jamais aux facilités publicitaires des logiques mondaines du clan retrouvé face au clan retrouvé, offrant au peuple se refusant à la foule l’opportunité d’affirmer au plus haut qu’il est un chemin qui n’est plus pavé de haine et de détestation, une corde tendue aux acrobates de la joie pour cesser de sacrifier aux animalités, pour enfin accéder au stade suprême de qui apprend à se connaître et à aimer.

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  8. Pour répondre à votre dernier message : je fais toujours la distinction entre la Chrétienté – cette tentative inaugurée par les Carolingiens de lier christianisme et politique – et le christianisme, qui a toujours su résister à cette tentation, ce dont François d’Assise, Thérèse d’Avila… portèrent précisément témoignage à des moments critiques de l’histoire, où la question se posait avec une particulière acuité. J’espère donc en l’accomplissement du christianisme, qui suppose la liberté politique, c’est-à-dire la démocratie : un système politique libéré du religieux. Je vois donc une franche opposition entre christianisme et théocratie, quel qu’en soit l’obédience. Mais je constate que cela est encore loin d’être évident pour mes contemporains. Bien sûr, je soutiens Macron et comprends sa décision pourtant « clairement insensée », comme vous le dites, puisqu’elle relève de la foi en l’homme, et je crois aussi qu’elle pourrait bien réussir à nous faire avancer, à sortir de l’impasse dans laquelle la Ve république nous a entrainés. Ce n’est pas un coup de poker cynique, comme on l’entend dire, mais sans doute un geste historique : mais nul ne peut l’affirmer à l’avance, bien sûr.

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