Violence et vérité

par Christine Orsini

(L’illustration est une œuvre du peintre ukrainien Alexander Mikhalchuk)

Jusqu’à l’invasion guerrière de l’Ukraine par son puissant voisin, la Russie de Poutine, je n’avais pas vraiment compris le texte de Pascal qui ouvre le dernier ouvrage de René Girard, Achever Clausewitz.  « C’est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaie d’opprimer la vérité. Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité, et ne servent qu’à la relever davantage. Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence et ne font que l’irriter encore plus. Quand la force combat la force, la plus puissante détruit la moindre ; quand l’on oppose les discours aux discours, ceux qui sont véritables et convaincants confondent et dissipent ceux qui n’ont que la vanité et le mensonge : mais la violence et la vérité ne peuvent rien l’une sur l’autre. »

En parlant de « guerre », Pascal semble faire de la violence l’adversaire institutionnelle de la vérité ; mais sa démonstration ne conclut-elle pas, au contraire, à l’impossibilité d’un tel conflit ? On pourrait objecter, en effet, en empruntant le terme à Pascal lui-même, que la violence et la vérité ne sont pas du même « ordre » et que n’ayant rien à voir ni rien à faire ensemble, même pas la guerre, « la violence et la vérité ne peuvent rien l’une sur l’autre ». Rien ? Pas tout à fait, puisqu’en se combattant, nous dit Pascal, la violence et la vérité, loin de se détruire, vont se renforcer l’une l’autre.  Cette guerre ne serait pas seulement « étrange » mais interminable.

René Girard ne m’avait pas aidée à comprendre la pensée de Pascal. Pourquoi ? Parce qu’il utilise ce texte à ses propres fins, il y voit « la montée aux extrêmes » selon Clausewitz, soit une escalade de la violence à laquelle est voué le duel guerrier où « chacun des adversaires fait la loi de l’autre ». Selon Girard, les vues pénétrantes de Clausewitz sur la guerre nous éclairent davantage sur la violence essentielle qui nous menace aujourd’hui que sur cet objectif particulier de la violence qui serait la vérité.  Ainsi, l’étrange guerre selon Pascal, « celle de la violence qui essaie d’opprimer la vérité » est devenue pour René Girard « la guerre essentielle que la vérité livre à la violence » (1).

Girard, en effet, prétend montrer, dans toute son œuvre et spécialement dans la plus apocalyptique,  Achever Clausewitz, comment la violence humaine, d’abord canalisée, focalisée sur des boucs émissaires, « enchaînée »  à des rituels sacrificiels, s’est « déchaînée » dans le monde moderne sous l’effet de la Révélation : pour lui, c’est bien la vérité qui mène l’offensive et pousse la violence, une fois révélée à elle-même, c’est-à-dire privée de ses illusions et garde-fous,  à devenir  satanique et à « monter aux extrêmes » .

Pascal ne nous éclaire pas tellement non plus sur son étrange guerre : dans ses « Provinciales », il défend une vérité, celle de ses amis de Port-Royal, qui se voit persécutée par la puissante Congrégation de Jésus, soutien du pouvoir royal et soutenue par lui. Or, la postérité n’aura retenu de cette « guerre », perdue par Port-Royal, que les « attaques » de Pascal contre les Jésuites ; le polémiste est si talentueux, si génial que la communauté dont il prenait la défense s’est alarmée, à juste titre, de son manque de charité chrétienne.

Il a donc fallu cet événement inouï. La tragédie ukrainienne n’incarne pas seulement la violence à l’état pur, une violence purement destructrice, mais aussi l’étrange guerre de la violence et de la vérité. L’intensification réciproque de la violence et de la vérité : cette formule de Benoît Chantre nous semble  qualifier parfaitement cette guerre d’invasion qui ne veut pas dire son nom. Un tel acte de violence s’en prend à nos croyances et même à nos certitudes. Notre sidération est telle que presque toutes les explications et interprétations, fussent-elles contradictoires, nous semblent contenir une part de vérité ou de vraisemblance. Par exemple, devant une entreprise qui défie la raison, qui semble contraire à tous les intérêts de la Russie, on a tendance à évoquer la mégalomanie et la solitude de son chef autocrate, Vladimir Poutine. Persuadé que l’implosion de l’URSS a été « la plus grande tragédie du XXème siècle », il est animé d’un ressentiment mimétique colossal à l’encontre des puissances occidentales unies dans l’OTAN. De plus, une Ukraine démocratique est incompatible avec son idéologie tsariste : la démocratie serait un danger mortel pour la Russie elle-même. Enfin, son hubris personnelle plaide en faveur de la paranoïa d’un homme qui se croit investi d’une mission historique et s’est coupé du réel. Mais il est évident aussi que son entourage et une bonne partie du peuple russe, peuple habitué aux mensonges d’Etat, adhèrent à son idéologie et le suivent ; le fait le plus inquiétant est l’adhésion sans réserve du  chef de l’Eglise orthodoxe à une guerre défensive contre une civilisation qui voudrait normaliser les péchés, par exemple l’homosexualité ; guerre qui serait métaphysique, selon ses propres termes, engageant le salut de l’humanité. (2)

Avec l’invasion brutale de l’Ukraine, nous assistons à une étrange guerre, en effet, non déclarée, et ce n’est pas non plus une guerre civile, bien que les agresseurs et leurs victimes aient plus qu’un air de famille. C’est une guerre d’invasion qui rappelle « les heures les plus sombres de notre histoire », moins celles qu’ont connues nos parents du fait du nazisme que, pour les plus anciens d’entre nous, la vision des chars russes entrant à Budapest puis à Prague. La Russie de Poutine renoue avec l’URSS, il s’agit toujours de défendre l’unité de la nation en extirpant les germes de la dissidence ; le rapport de forces est tel que la violence peut se légitimer en se présentant comme une opération de police interne. En termes girardiens, le mécanisme victimaire marche à plein régime, on sacrifie les brebis galeuses pour sauver le troupeau. Ce retour de l’histoire, comme on l’a dit, est d’autant plus saisissant qu’on ne peut lui prévoir aucun avenir. D’abord parce que personne ne sait ce que veut l’agresseur (jusqu’où il veut aller) ; ensuite parce que selon cette loi de la guerre mise en lumière par Clausewitz, une fois la guerre déclenchée, c’est l’agresseur qui veut la paix et le défenseur qui veut la guerre. La Russie veut la paix, elle n’arrête pas de la proposer, tandis que l’Ukraine, en défense, veut la guerre. Au prix du sang de son peuple, cette jeune nation refuse d’être « neutralisée ». Du coup, on ne sait pas jusqu’où la guerre peut aller.

Relisons Clausewitz : la guerre est un duel « un acte de violence destiné à contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté ». Et nous lisons plus loin : « Même les nations les plus civilisées peuvent être emportées par une haine féroce (…) Nous répétons donc notre déclaration : la guerre est un acte de violence et il n’y a pas de limite à la manifestation de cette violence. Chacun des adversaires fait la loi de l’autre, d’où résulte une action réciproque qui, en tant que concept, doit aller aux extrêmes ». L’invasion de l’Ukraine est un acte de violence mais l’action guerrière n’y est pas tout à fait réciproque. En Ukraine, l’envahisseur cherche à tout prix à contraindre l’adversaire, mais celui-ci n’est pas seulement une armée de métier qui va imiter sa violence et la redoubler, c’est aussi une population civile prise pour cible. C’est donc bien à la vérité que s’attaque ici la violence : les mensonges énormes de Vladimir Poutine sont des attaques contre la vérité des faits et contre la vérité des croyances. L’Ukraine ne serait pas une nation mais une province russe, dirigée par des néo-nazis et sa guerre une « opération spéciale » destinée à ramener la paix (en multipliant les crimes de guerre). On retrouve dans tout le vocabulaire de Poutine l’inversion du sens des mots caractéristique de la langue « totalitaire ».

Rien ne peut mieux illustrer l’enchaînement de la violence et du mensonge que le fameux panneau qui surplombe l’entrée du camp d’Auschwitz : « Arbeitmacht Frei » (le travail rend libre) ; les allégations de Poutine, qui compare aujourd’hui l’union défensive de l’Europe contre sa guerre d’invasion à un pogrom antisémite, y font irrésistiblement penser. Or, le fait que la violence ait besoin du mensonge (et, en politique, de la propagande) est résolument moderne. Pascal ne nous éclaire pas sur ce phénomène et sa foi lui permet de conclure avec optimisme, que les choses ne sont pas égales, que « la violence n’a qu’un cours borné par l’ordre de Dieu, qui en conduit les effets à la gloire de la vérité qu’elle attaque, au lieu que la vérité subsiste éternellement ».  On remarquera que l’héroïque chef d’Etat de l’Ukraine ne parle pas seulement de défendre la liberté, il prétend incarner aussi la vérité. De quoi peut-il s’agir si l’on reste sur le terrain des affaires humaines ?

Ici, nous avons besoin de l’anthropologie girardienne. Même si l’on est relativiste et si l’on pense que « chacun a ses raisons » et que donc, Poutine a les siennes, il est une vérité qui ne souffre pas la discussion et qui est revendiquée par tout le monde, y compris les fauteurs de guerre, c’est « le souci des victimes ». Pour Girard, il s’agit là d’une révolution anthropologique, toujours en cours, qui trouve sa source dans la Bible et dans la révélation évangélique de la vérité de la violence. Fondée et longtemps protégée de sa propre violence par le « mécanisme victimaire », l’humanité continue à le faire fonctionner, à se chercher des « boucs émissaires » mais le secret est éventé : là où il n’était besoin que d’un bûcher pour ressouder une communauté, il en faut maintenant d’innombrables et on ne peut les allumer qu’en prenant la parole au nom des victimes : Poutine fait-il autre chose en parlant  de génocide dans le Donbass, n’entasse-t-il pas les victimes civiles sous ses bombes en invoquant la légitime défense ? Les mensonges les plus grossiers sont inféodés à cette vérité de l’innocence des victimes et du devoir de les secourir.

Cependant, les mensonges de Poutine sont si énormes que seule la certitude qu’il a d’un rapport de forces en sa faveur peut exclure l’hypothèse de la « folie ». En effet, pour la violence, la vérité dans les affaires humaines, même si elle est censée refléter la réalité, n’est jamais indéniable, elle est essentiellement manipulable. On peut comprendre, à partir de là, comment « la violence essaie d’opprimer la vérité ». On a assez dit que l’histoire était écrite par les vainqueurs : le projet de Poutine est bien d’écrire l’histoire et même de la réécrire, en se situant dans la droite ligne de la « grande guerre patriotique » gagnée contre les nazis et en effaçant les crimes du stalinisme. La victoire pour lui est donc une nécessité.  Mais « tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité » : en ce qui concerne cette guerre, il y a les images et les reportages, qui nous transportent au cœur du bruit et de la fureur. Nous voyons les atrocités commises et la résistance héroïque du peuple ukrainien comme une vérité et les mensonges quotidiens de Poutine ne servent qu’à la relever davantage. Le président Zelenski, héros de la liberté, incarne avec panache cette vérité : tel le Job biblique, il refuse la main tendue de ses « amis » et persécuteurs, il vitupère contre eux, il veut la guerre contre ceux qui voudraient la paix, c’est-à-dire le mensonge et la domination, son choix est politique dans le sens le plus noble du mot, il a même une signification spirituelle.

L’idée que nous sommes en guerre contre une violence que plus rien ne contraint ni ne maîtrise, telle est la perspective apocalyptique du dernier ouvrage de René Girard. Que signifie « être du côté des victimes » quand il y a des victimes de tous les côtés ? Ainsi, écrit Girard, il faut inscrire dans le réel « la  possibilité d’une fin de L’Europe, du monde occidental et du monde dans son ensemble. » La menace d’une guerre nucléaire d’extermination réciproque plane à nouveau autour de la question ukrainienne, nous le savons mais comment y croire ? On pourrait dire, dans une perspective non plus politique mais anthropologique, que la vérité la moins supportable, la moins gérable par l’humanité des « Lumières », qui croit en la raison, c’est la vérité de la violence. Pour Girard, cette vérité ne nous a pas été dévoilée par les progrès de la science mais dans des textes religieux vieux de plus de deux mille ans : ces textes, en révélant nos fondations, ont rendu la violence progressivement inopérante à fonder ou à restaurer un ordre quel qu’il soit et l’ont faite de moins en moins capable de se « contenir » elle-même. Ainsi, c’est bien sous l’effet de cette « guerre essentielle que la vérité livre à la violence » que celle-ci, mise à nu, s’est déchaînée.

Précisons ce point. Qu’as-tu fait de ton frère ? Cette accusation du Dieu biblique révèle que la violence n’est pas divine mais humaine et que le meurtre est le péché originel de l’humanité. Une humanité violente ne pouvait accepter l’offre du Royaume, la miséricorde à la place du sacrifice. L’événement de la Passion a révélé la vérité de la violence, l’innocence de toutes les victimes depuis Abel. Ainsi, le Christ n’est pas venu apporter la paix mais la guerre (Mt10, 34-36), cette guerre essentielle que la vérité livre à la violence en la privant de la protection efficace de ses mensonges. Finalement, dans un monde où la place de la victime est devenue centrale, où chaque Etat prétend ne mener contre ses ennemis que des guerres « justes », en faveur des victimes, c’est-à-dire défensives, aucun ordre humain ne semble pouvoir s’imposer sans une surenchère de violence jusqu’à la montée aux extrêmes qui nous menace à nouveau.

On rappellera, pour conclure, qu’il y a deux interprétations de la « montée aux extrêmes » selon Clausewitz. Celle de Raymond Aron : loin d’être naïvement rationaliste, Aron, homme du XXème siècle, savait que les hommes sont prêts à sacrifier leurs intérêts à leurs passions. Mais, en contemporain de la Guerre Froide, il avait foi en la dissuasion nucléaire. Donc en la raison humaine. Il pense comme Clausewitz que la politique peut contenir la violence. « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Aujourd’hui, les puissances occidentales, en refusant les provocations de Poutine, jouent la carte aronienne, celle de la politique. A l’inverse, contemporain des attentats terroristes et penseur apocalyptique (3), René Girard voit la politique « courir derrière la guerre ». La façon dont Poutine a conduit jusqu’à présent son affaire, au nez et à la barbe des puissances occidentales, semble lui donner raison. N’oublions pas cependant que pour Girard, la vérité est notre planche de salut. « Il faut donc réveiller les consciences endormies. Vouloir rassurer, c’est toujours contribuer au pire » (4).

Notes :

1. « Je pense au contraire, avec Pascal, que la vérité livre une guerre essentielle à la violence. » Achever Clausewitz, Carnets Nord p.140

2. « Alors qu’il n’y a plus de religion archaïque, tout se passe comme s’il y en avait une autre qui se serait faite sur le dos du biblique » dit Girard à propos de l’islam radical (p.357). Une religion sacrificielle renforcée par les apports du biblique et du chrétien, cette définition peut s’appliquer à tous les fondamentalismes qui entendent mener des guerres de « purification » ; la guerre « idéologique » de Poutine a quelque chose à voir avec le religieux.

3.  La montée aux extrêmes a pour Girard la double dimension apocalyptique d’une catastrophe finale et d’une « révélation » : elle est la vérité de la violence en même temps que la résistance de la violence à cette vérité. « On ne s’achemine pas nécessairement vers la réconciliation. Mais l’idée que les hommes n’ont d’autre salut que la réconciliation est bien l’envers de la montée aux extrêmes. » Achever Clausewitz, p.185

4. L’auteure de ce texte remercie Benoît Chantre, fin lecteur à la fois de Pascal et de Girard, d’avoir bien voulu le relire et l’améliorer de ses précieux conseils.

34 réflexions sur « Violence et vérité »

  1. Merci chère Christine pour ce texte de haut vol, dont l’acuité me semble d’autant plus pénétrante que les bourreaux tentent de se faire passer eux-mêmes pour une prétendue chevalerie prenant fait et cause pour de soi-disant victimes : les séparatistes pro-russes du Dombass. Ta fine analyse éclaire les veritables lignes de fracture, c’est à dire qu’en vraie philosophe tu distingues et nous aides à distinguer avec toi, le même et l’autre. Merci.

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  2. La théorie de René Girard étant morphogénétique et apte à expliquer que des formes culturelles radicalement opposées aient pu émerger à partir d’un même phénomène de violence collective, nul ici ne sera surpris qu’une interprétation girardienne de la diabolisation dont Poutine fait l’objet puisse se retrouver aux antipodes de l’analyse proposée par Christine Orsini. Celles et ceux intéressés par cette alternative pourront la trouver ici :
    https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/visages-du-diable-et-figure-du-240108

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    1. Cher Monsieur, j’ai lu votre plaidoyer « alternatif » en faveur de Poutine, que vous comparez au Christ parce qu’il ferait l’objet d’une « diabolisation unanime ». Toute unanimité dans l’accusation est suspecte (vous en appelez à cette loi talmudique selon laquelle toute personne condamnée à l’unanimité devrait être de ce fait innocentée) ; aussi, je me réjouis de constater que loin de faire l’unanimité contre lui, Poutine a des défenseurs car vous n’êtes pas seul à dénoncer le vrai diable, celui qui tire les ficelles : les Etats-Unis d’Amérique, dont les crimes ne sont un secret pour personne.
      Cependant, deux remarques : 1) Votre plaidoyer girardien et chrétien en faveur du renoncement unanime à l’accusation est démenti par vos propos : vous ne dites pas qu’il ne faut accuser personne, vous dites qu’on se trompe de cible.
      2) Dans la Russie de Poutine, votre parti-pris serait considérée comme l’accomplissement d’un devoir; ce serait même un impératif catégorique, tout autre choix pouvant attirer de sérieux ennuis. Chez vous, en France, cette position est l’accomplissement d’un droit. Vous avez le droit de dire à peu près ce que vous voulez, c’est bon à prendre, non ?

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      1. Chère Madame Orsini,

        J’ai plaisir à voir que vous contestez pas la diabolisation de Poutine. Vous pointez seulement qu’il a des suppôts, dont je suis, en pensant ainsi prendre à contre-pied la loi talmudique qui s’applique aux cas d’unanimité entre les juges.

        Mais il n’en est rien car nous ne sommes pas en contexte légal. Dans l’informel du rapport de force, c’est cette dernière qui fait le droit, et notamment, le droit à la parole. Il est très clair que les « complotistes » et autres « cerveaux malades » qui soutiennent Poutine n’ont pas droit au chapitre puisqu’ils sont, d’emblée, discrédités. Ils ne peuvent donc faire obstacle au consensus des juges et parties médiatiques qui se présente bel et bien comme unanime, chacun peut le constater.
        C’est tellement vrai que, comme je l’ai souligné dans mon article, tous ceux qui ont « pignon sur rue » et ont donc, de quelque manière, une parole publique, se doivent absolument de jeter la pierre rituelle à Poutine, à défaut de quoi ils se retrouvent immédiatement « annulés » (charmant euphémisme de ce qu’auparavant on appelait un mise au ban, une mise au pilori ou, carrément, un lynchage).
        A première vue, il ne me semble pas qu’en France et peut-être même en Europe un seul politicien reconnu ait officiellement pris le parti de Poutine ; même Viktor Orban s’en est abstenu. Cet unanimisme en dit long sur la liberté d’expression en Occident et renvoie à une forme de mimétisme très élémentaire qui consiste simplement à céder à la pression de conformation. La liberté d’expression dont, selon vous, je bénéficie est donc toute relative et se réduit comme peau de chagrin.

        Il serait vain de suggérer que cet unanimité de fait vient de ce que Poutine serait indéfendable. Vous savez très bien ce que signifie en contexte chrétien et, plus précisément, girardien la diabolisation dont il est l’objet dans nos médias : il a une paille dans l’œil et toute la question est alors de savoir où est la poutre ?
        Il n’y a aucune contradiction à suivre la logique évangélique consistant à détourner son regard du diabolisé afin de trouver le vrai diable à la manœuvre, celui qui suscite la polarisation accusatrice de tous contre un. N’est-ce pas celle adoptée par le Christ dans ses Malédictions contre les Pharisiens ? N’a-t-il pas clairement identifié les hypocrites qui, en connaissance de cause et, donc, de manière proprement diabolique, projettent leur propre faute sur l’autre ?

        A toutes fins utiles, je vous rappelle que j’ai terminé mon parcours argumentatif en constatant que, manipulée ou pas, c’est, en dernier ressort, la foule qui incarne l’accusateur, donc le diable qui s’innocente en se défaussant sur le « monstre d’iniquités ». Tout un chacun peut, et donc devrait, se sentir concerné en fonction des consensus qu’il a pu intégrer en se rappelant qu’on pardonne seulement à ceux qui ne savent pas ce qu’ils font.

        Si je précise cela c’est que les girardiens sont supposés savoir ce qu’ils font lorsqu’ils rejoignent un consensus accusateur. Il est vrai que Girard nous avait avertis sur notre cécité vis-à-vis de nos propres boucs émissaires. Il est tellement difficile de mettre à distance ses besoins narcissiques (son amour-propre) pour s’attacher à la « vérité vraie », pas la vérité mimétiquement construite par la foule sous hypnose médiatique !
        Il n’en reste pas moins étonnant de voir tant de girardiens (heureusement pas tous) rejoindre si facilement les différents chœurs de l’accusation généralisée qui font la crise mimétique de la post-modernité. Ne savent-ils pas ce que signifie le fait d’être membre d’un collectif unanime mettant en cause un monstre d’iniquités coupable de tous les maux ou presque ? Ne voient-ils pas les mensonges et les violences innombrables du Léviathan derrière lequel ils se rangent ?

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    2. Monsieur Salvador,

      Je ne sais si vous réalisez bien à quelle genre de pensée vous faites crédit. L’interprétation girardienne de la vie du Christ, et de sa mort surtout, c’est le choix absolument anti-sacrificiel de donner sa propre vie plutôt que de reconstruire un quelconque ordre en sacrifiant quelques innocents. La délectation avec laquelle Poutine sacrifie à ses rêves de grandeur, non pas le moins possible de victimes émissaires, mais un nombre assez considérable un peu partout sur la planète, montre assez qu’il se situe à l’exact opposé de ce modèle. Quant à l’argument de la violence de Jésus (chassant les marchands du temple), il serait peut-être temps d’arrêter de l’invoquer pour excuser les pires horreurs. A ce que je sache Jésus n’a pas rasé Jérusalem. Quant à la guerre, personnellement je crois qu’une guerre c’est toujours, toujours, toujours dégueulasse, abject, abominable et ça ne devrait pas exister vu l’épouvantable situation des victimes qu’elle engendre fatalement. Cela ne se discute pas. (merci pour la citation)

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  3. Voilà un texte remarquable, bien dans l’esprit de celui auquel il se réfère. Tout aussi terrorisant dans ses conclusions, d’ailleurs. Il reste en ce qui me concerne un doute, une question philosophique, ou plutôt liée à mon ignorance en la matière. Autant la guerre, me semble-t-il, est un sujet que nous, les humains, maîtrisons parfaitement, autant la Vérité, la vraie, m’apparaît hors de notre portée. J’en veux pour preuve l’usage immodéré que font les « gentils » de l’histoire d’une propagande parfaitement maîtrisée, victimaire dans l’âme et pour cause : ils sont, eux, bel et bien victimes, mais qui ne se prive pas d’utiliser des termes tels que « génocide », « nazis », « monstres » pour diaboliser l’adversaire, dans une parfaite et très girardienne réciprocité. Où est la vraie vérité ?

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    1. Hervé, ma réponse personnelle : ce sont les mensonges de Poutine et le lien sacré entre la violence et le mensonge qui m’ont fait comprendre ou interpréter la réflexion de Pascal sur la guerre que la violence livre à la vérité. La vérité vraie est comme la vraie justice, un horizon. Mais si l’on y renonçait, on laisserait libre cours au mensonge et donc à la violence.
      La réponse pascalienne en 2 temps : 1) « On se fait une idole de la vérité même » (Lafuma 926). Cela revient à dire que ceux qui pensent détenir la vérité sont des idolâtres. En gros, Pascal pense que les vérités que nous aimons et défendons sont celles qui nous arrangent et que d’ailleurs, nous n’aimons pas la vraie vérité parce qu’elle est dérangeante. « Il y a différents degrés dans cette aversion pour la vérité, mais on peut dire qu’elle est dans tous en quelque degré, parce qu’elle est inséparable de l’amour-propre. »(Laf. 978)
      2) De là vient la règle « qu’il faut aimer pour connaître et qu’on n’entre dans la vérité que par la charité  » (De l’art de persuader) Il faut comprendre par là, me semble-t-il, que si l’amour-propre est le principal obstacle pour accéder au vrai, l’amour de la vérité doit être forcément désintéressé. Comme l’amour divin.

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  4. Madame Orsini, vous nous avez habitué à penser haut, et votre article montre encore votre talent à révéler les enjeux si bien dissimulés derrière la furie des événements et le chaos des commentaires, y compris celui de L.L. Salvador qui fait de la Russie  » l’ultime bastion de la civilisation chrétienne  » et de Poutine « la sauvegarde de la morale chrétienne  » face à « l’empire du bien » gangrené par  » la corruption consumériste ».
    Nous savions que notre époque était marquée par le recours quasi systématique au parapluie victimaire de la part de tous les groupes sociaux s’estimant marginalisés. Vous montrez que ce phénomène touche aussi les États : ces monstres froids doivent aujourd’hui réchauffer leur violence aux bûchers où brûlent les victimes, comme vous le dites dans une très belle phrase, quitte à devoir les allumer eux-mêmes. Et ce ne sont pas seulement des victimes que l’on y brûle, mais c’est bel et bien l’idée même de vérité. Ou de la possibilité d’une vérité.
    Peut-être encore plus important du point de vue de la pensée, et de ses conséquences dans notre quotidien humain, est votre analyse d’un des points aveugles de la philosophie des Lumières, à savoir son refus d’une vérité de la violence révélée par les textes religieux, qu’elle avait remplacé par la vérité de la raison. Le retour du refoulé est une fois de plus dévastateur ; et c’est plus qu’un paradoxe tragique que de comprendre que révéler la vérité de la violence revient à la déchaîner de manière encore plus incontrôlable: c’est notre tragédie.

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  5. Désolé de ramener le débat à une dimension plus concrète et sans doute moins philosophique : l’apocalypse nucléaire n’est « malheureusement » plus l’instrument ultime de la dissuasion qui interdit tout recours à ce type d’armes sous peine de destruction totale. Bien qu’on en parle peu (c’est mon impression), des bombes A et H ont été développées depuis les années 50 et 60 qui sont qualifiées de tactiques, du fait de leur puissance réduite. Elles peuvent donc être utilisées comme des armes dites conventionnelles. La guerre que la violence livre à la vérité n’est pas près de s’achever…

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  6. « Personne n’a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fait connaître. »

    Merci infiniment, Mme Orsini et Mr Chantre, d’ainsi interroger Pascal avec René Girard, et que les textes, plutôt que de révéler La Vérité, que nous ne connaissons pas, révèlent notre vérité violente et sa résolution politique, qui est l’invitation faite au citoyen de librement accéder à la maitrise de ses propres montures violentes, renonçant au représailles et défendant jusqu’à donner sa vie l’écrin qui permet l’édification de chacun, la démocratie, et sans laquelle il n’y aura pas de résolution de cette maladie anthropologique :

    « Nous n’avons que très peu d’outils spécifiques pour comprendre ce qui arrive. Il s’agit d’investiguer une sorte de maladie anthropologique, quelque chose qui précède et dépasse les pathologies psychiques classiquement répertoriées. Il faudrait pour cela creuser les rapports que nous avons avec les mots et les idées, nos manières de nous protéger avec des slogans, d’éviter la pensée complexe, pour former des groupes excluant les autres. Il faudrait nous intéresser à notre addiction à certaines formes d’aliénation, voire de servitude. Et à travers tout cela comprendre les ressorts de notre fuite du réel, non pas en tant que construction culturelle, mais comme maladie collective. « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal » écrit Hannah Arendt. »

    https://www.revmed.ch/revue-medicale-suisse/2022/revue-medicale-suisse-775/psychiatriser-le-monde-le-repenser

    Ne nous y trompons pas, le malin a été débusqué par la lumière du voleur dans la nuit, charge à nous de savoir incarner jusqu’au martyr qui n’est plus sacrifice mais témoignage de notre vérité, la responsabilité immense que le réel nous offre d’être ses messagers, indiquant le chemin escarpé fondé sur la seule pierre qui tienne sous nos pieds, celle dont les bâtisseurs de scandale pensent pouvoir continuer à rejeter :

    « 13Ne vous étonnez pas, frères, si le monde vous hait. 14Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. 15Quiconque hait son frère est un meurtrier, et vous savez qu’aucun meurtrier n’a la vie éternelle demeurant en lui. 16Nous avons connu l’amour, en ce qu’il a donné sa vie pour nous; nous aussi, nous devons donner notre vie pour les frères. »

    https://saintebible.com/lsg/1_john/3.htm

    Les Démagogues donnent argument à Poutine et tous les décolonisés pour nous dénazifier, le vrai du faux discerné annihile toute morale hiérarchisée, la liberté ne saura s’exercer que dans l’égalité de la fraternité, qu’ainsi elle ne saura jamais s’imposer au nom d’une quelconque supériorité morale, mais d’un choix individuel de citoyens renseignés et déterminés à partager cette vérité, le royaume de Dieu est en l’homme, il suffit d’y croire pour en faire une réalité :

    Soldiers, in the name of democracy, let us all unite !

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  7. La limite de René Girard consiste en une lecture uniquement « Religieuse » du règlement des conflits & de la violence.
    La « Justice » en propose une alternative illustrée, dans le cas de Poutine, par une volonté de « l’Occident » de le « reconnaitre » comme criminel de guerre.
    Le règlement de la violence ne passe pas ici par la recherche d’un bouc émissaire.
    Poutine, lui, s’enferme dans sa guerre de « Religion » mimétique en se créant un ennemi – bouc émissaire – Nazi, miroir de son propre désir de violence.
    S’il y a guerre de civilisation, elle se situe entre un agresseur de type « Religieux » et un défenseur de type « Juridique ».
    Pour une approche des différents types de règlement des conflits en fonction des différents types de violence :
    https://www.hamletultimetraduction.fr/single-post/2019/09/18/TRIPTYQUE-ANTHROPOLOGIQUE

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  8. Bonjour Mme Orsini,

    La citation de Pascal, « la violence essaie d’opprimer la vérité », et la position de Girard à ce sujet « la guerre essentielle que la vérité livre à la violence », me semble très intéressante à discuter. Et pour le coup, je me trouve presque plus Pascalien que Girardien.

    Pour moi, la question est moins de savoir qui mène la guerre à l’autre que de savoir pourquoi la vérité, sans que cela soit forcement voulu, déchaine-t-elle la violence ?

    Dans « La violence et le sacré » (je ne retrouve plus le passage exact) René Girard affirmait pourtant un élément essentielle pour comprendre la phrase de Pascal. Il écrivait, de mémoire, qu’une parole de vérité est un scandale pour l’homme de violence.

    Voici comment je comprends cette affirmation de René Girard :

    – Si vous vous trouvez du côté de la violence, la vérité (de l’amour) viendra contrarier vos points de vue et la vérité aura toutes les apparences d’une offense, ce qu’elle n’est pourtant pas. (Et nous pouvons mettre en relation cela avec Luc 17:1 Jésus dit à ses disciples: Il est impossible qu’il n’arrive pas des scandales; mais malheur à celui par qui ils arrivent !)

    Du côté de la violence en présence d’une autre violence ou même de la vérité, il y a alors de bonne chance qu’un dialogue tragique s’en suive. La vérité tendra l’autre joue ou trouvera refuge dans le silence. La violence ne viendra pas pour tenter de vous convaincre par des arguments de vérité mais ne fera que produire d’autres offenses, digne de son mensonge initial qu’elle vous prête bien volontiers, pour vous inclure avec une facilité déconcertante dans son sac de victime sacrifiable.

    – Si vous êtes dans l’erreur mais du côté de la vérité (de l’amour), la vérité viendra vous contredire, vous vous trouverez soulagé d’une erreur et vous en éprouverez de la gratitude.

    Bref, la violence offre donc la même réponse à la violence et à la vérité… De même que la vérité offre la même réponse à la violence et à la vérité.
    On pourrait affirmer de façon égale dans le prolongement de la citation de Pascal, « la violence essaie d’opprimer la violence ».

    Mais l’inversion que René Girard effectue n’a pour moi aucun sens.

    Le contre-sens vient peut-être de Mt 10, 34-36 ?

    *

    Justement, en ce qui concerne Mt 10, 34-36 la traduction à une importance essentielle !

    Voici la traduction avec l’aide de Marie Balmary – le sacrifice interdit (et avec également https://topbible.topchretien.com/matthieu.10.34/STR/)

    34 Ne pensez pas que je sois venu laisser tomber la paix sur la terre, je ne suis pas venu laisser tomber la paix mais le couteau (sacrificiel).
    35 Je suis venu en effet séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère,
    36 et même les ennemies de l’homme des gens de sa maison

    (pour comprendre ce verbe ‘séparer’, il faut se souvenir que Dieu est entre nous, Il nous sépare et Il est notre lien)

    Avouons que le sens induit par cette traduction est bien différent de celui induit par la plus part des traductions courantes…

    *

    J’adhère de beaucoup moins aux autres thèmes de votre article, les comparaisons et analogies sur l’actualité.

    Et j’avoue que je ne vois pas comment faire pour trancher aussi facilement et parvenir ainsi à discerner les héros des vrais méchants dans cette mêlée de faiseurs de guerre…

    Est-il possible de voir en Poutine un ‘double monstrueux’, sans voir où se trouve ses frères jumeaux ?

    A force de continuer la guerre par tous les moyens possibles, pourquoi s’étonner de produire des guerres véritables ?

    Dans ce monde, bon à prendre ou à laisser tomber, peut-on espérer mieux qu’un bouquet de nausée ? Est-il encore permis de prier pour avoir quelque tranquillité ?

    Bien à vous

    PS : Ne pas prendre toutes ces dernières questions à titre personnel.

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    1. « Et j’avoue que je ne vois pas comment faire pour trancher aussi facilement et parvenir ainsi à discerner les héros des vrais méchants dans cette mêlée de faiseurs de guerre… », écrivez-vous. Ainsi que « Est-il possible de voir en Poutine un ‘double monstrueux’, sans voir où se trouvent ses frères jumeaux ? ».
      Je ne sais si Mme Orsini répondra sur ce point. En ce qui me concerne, j’avoue ne pas voir comment faire pour rester au-dessus ou à côté de la mêlée. De la même façon que « Vouloir rassurer, c’est toujours contribuer au pire » commel’écrit Girard, j’ai peur que vouloir tout relativiser et indifférencier revienne également à contribuer au pire.

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    2. A « Giffre » : Merci pour votre intérêt et votre commentaire. Mais vous n’êtes pas d’accord avec le contenu de mon propos et je ne vais pas essayer de vous convaincre. Je comprends que vous vous posiez des questions. Aussi, je ne voudrais pas que vous pensiez que j’identifie les Ukrainiens aux « bons » et les Russes aux « méchants », pour éviter de me poser ces questions!
      Mon propos n’est pas de prendre parti, il est de montrer, après l’Evangile de Jean, l’étroite parenté entre le mensonge et le meurtre et donc d’illustrer la pensée de Pascal à partir des mensonges meurtriers du président russe. Pascal le précise bien : les rapports de force ne sont pas des rapports de violence et ils ont leur vérité ou leur objectivité. Par contre, il n’y a pas de mensonge sans violence (on opprime la vérité) ni de violence sans mensonge (on viole le droit en se réclamant du droit ou l’on s’acharne à faire passer une injustice pour une forme de justice). La théorie mimétique fait comprendre, me semble-t-il, pourquoi la violence est hostile à la vérité.

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    3. Bonsoir Mme Orsin, Alain,

      Ne pas savoir discerner les héros des vrais méchants, cela ne se veut pas forcément rassurant. En tout cas, la perspective des frères jumeaux de Poutine, n’est pas pour me rassurer, même s’ils ne sont pas visible pour le moment. Car Poutine n’est pas connu pour faire preuve de délicatesse (voir sa gestion des prises d’otage en Russie, 2002-2004, je crois).

      Si nous avons entendu René Girard dire que rassurer c’est contribuer au pire, je pourrai affirmer de manière égale que inquiéter c’est aussi contribuer au pire… Par exemple, en poussant à la paranoïa les plus fragiles d’entre nous. Comme en toute chose, rassurer ou inquiéter, c’est avant tout en fonction de qui on s’adresse. Quelles étaient les arguments de René Girard en faveur de l’inquiétude ?

      Bon, du coup, pour vous rassurer de la peur du relativisme et de l’indifférence que l’on pourrait m’attribuer, je citerai René Girard, page 235 de « la violence et le sacré » :

      « de l’intérieur du système il n’y a que des différences ; du dehors, au contraire, il n’y que de l’identité. […] On peut toujours intégrer la perspective du dedans à la perspective du dehors ; on ne peut pas intégrer la perspective du dehors à la perspective du dedans. C’est sur la réconciliation des deux perpectives du dehors qu’il faut fonder l’explication du système ; Elle est déjà ébauchée dans toute lecture authentiquement tragique ou comique »
      et page 237 :
      « Le principe fondamental, toujours méconnu, c’est que le double et le monstre ne font qu’un. Le mythe, bien entendu, met en relief l’un des deux pôles, généralement le monstrueux, pour dissimuler l’autre. »

      Mme Orsin, je ne vous prêtais pas l’idée que les Ukrainiens seraient « bons » et les Russes des « méchants », mais je parle bien des acteurs principaux de cette guerre que vous citez, Poutine (en hubrique paranoïaque, du coté du mensonge), Zelenski (en héros de la vérité). Je vous disais juste que si ‘mensonge contre vérité’ était possible, de même ‘mensonge contre mensonge’ est tout aussi possible (voir fortement probable). Personnelle je n’arrive pas à juger de la situation, sauf à déplorer cette guerre (débutée en 2014 ?).

      Merci à tous deux, pour vos réponses, même si j’aurai préféré vous voir réagir sur les deux premières parties.

      Bonne fin de soirée

      Bonne fin de soirée

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  9. A Alain : je vous suis reconnaissante de la grande amabilité de votre premier commentaire. En ce qui concerne le « tragique » de notre situation, je voudrais juste souligner que la pensée de René Girard, qui inspire ma réflexion, est non pas « tragique » mais « apocalyptique ». La différence recouvre celle du grec et du chrétien. Dionysos ou le Crucifié. Pour Girard (lecteur de Hölderlin), il ne s’agit même pas d’une opposition : le Christ a remplacé Dionysos et il s’est exposé à une violence d’autant plus terrible qu’il la démystifiait. Parier sur Dionysos, c’est croire en la fécondité de la violence et en l’éternel retour, c’est le choix d’une pensée tragique, le choix de Nietzsche. Parier sur le Christ, dans un monde où la vérité de la violence, c’est « la montée aux extrêmes », c’est faire le choix d’une pensée apocalyptique, exprimée par ces vers très cités de Hölderlin :  » Mais aux lieux du péril croît/Aussi ce qui sauve. » L’intuition apocalyptique est centrale dans la théorie mimétique et c’est pourquoi elle entend donner du sens à l’Histoire. Autrement dit et rapidement dit, la montée aux extrêmes, ce mouvement vers le pire, a un envers lumineux, la réconciliation. Hervé van Baren vous expliquerait cela très bien.

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  10. Sur la citation de Pascal et d’après Girard, on pourrait aussi dire que la violence était aveugle à sa propre violence avant la résurrection du Christ. Que depuis, elle se dissimule sa propre violence sous l’hypocrisie au carré qui consiste à persécuter les persécuteurs.

    La vérité se tient en dehors de la violence car la violence est mensonge d’être aveugle à elle-même. La vérité est la paix. Pour les chrétiens, le désir de paix se nourrit de deux appels : Aimez vos ennemis, de Jésus. Ne juge pas, ô homme, car toi qui juges, tu fais la même chose, de Paul. La vérité n’est pas visible quand on est enfermé dans le mensonge.
    Voici une image pour tenter de mieux expliquer.

    Miracle de Pâques 2022 : les médias du monde entier reproduisent la poignée de main entre les présidents ukrainien et russe. Sans vraiment sourire, ils sont satisfaits l’un et l’autre de leur accord de paix. La poignée de main est ferme, les attitudes des deux hommes marquent leur égalité.

    Réactions :
    Allégresse et les cloches de Pâques sonnent cette allégresse pour les chrétiens. Allégresse et tous les artisans de paix se réjouissent dans le monde entier.

    Ou bien.
    Poutine croit-il s’en tirer ainsi ? Il doit être jugé pour ses crimes. Le président ukrainien trahit son peuple. Est-il corrompu ? Il a négocié avec un pistolet sur la tempe, cet accord ne vaut rien. La neutralisation forcée de l’Ukraine est inacceptable. Nous en prenons acte mais nous serons très vigilants à ce que des sanctions soient prises en réparation des crimes. L’Otan/l’Europe/la Russie doit d’autant plus se renforcer. Il nous faut rompre toute dépendance économique avec la Russie/avec l’Europe. Cet accord ne nous concerne pas, cette paix n’en est pas une.

    Avant le miracle de Pâques, la violence combattait au nom de son hypocrite vérité : sus aux persécuteurs. Vérité biaisée, mensongère et vaine. Que la violence se déchaîne ne peut rien contre la vérité : la paix est la seule issue à la guerre. La paix s’obtient quand on désire mettre fin à la guerre pour que cessent les souffrances des gens et les morts.
    « C’est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaie d’opprimer la vérité. »

    Avant ce miracle, on n’entendait que l’hypocrite vérité des persécuteurs de persécuteurs. Tous leurs discours et leurs actes se présentaient comme des discours et des actes de paix. La vérité sonnait comme une voix discordante dans l’unanimité des deux camps. Ainsi de la position du pape, vertement critiquée.
    « Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence et ne font que l’irriter encore plus. »

    Mais plus la violence se donne libre cours, plus les persécutions des persécuteurs enflent par imitation réciproque en produisant des effets dévastateurs et inattendus, plus la paix devient désirable.
    « Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité, et ne servent qu’à la relever davantage. »

    Le miracle de Pâques révèle violence et vérité sans détruire l’aveuglement. Chacun réagit selon ce qu’est son cœur, chacun choisit son camp.
    « La violence et la vérité ne peuvent rien l’une sur l’autre. »

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    1. Voilà une bien belle interprétation de Pascal, et qui ne fait pas allusion à Girard mais cela ne me choque pas. Surtout lorsqu’on constate que, même sur ce blogue, le détournement de cette pensée au profit de la « persécution des persécuteurs » a encore ses adeptes. On peut être fidèle à la pensée girardienne sans la citer, comme on peut la trahir en s’en revendiquant bruyamment. Merci.

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    2. N’ayant plus la possibilité de « liker » un commentaire, je tiens à vous dire que j’ai aimé votre lecture très girardienne du texte de Pascal : vous montrez par votre épilogue à quelle distance nous pouvons être du chemin qu’il faudrait prendre pour vivre en paix les uns avec les autres, cette distance semble infranchissable, sauf intervention divine !

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      1. Et pourtant, chère Madame, votre texte comme celui de Nathalie indique que l’intervention divine s’est déjà manifestée et qu’il est laissé à l’humain de savoir incarner la vérité qui lui a été communiquée et qui, avec cette infinie douceur dont parle James Alison, sait déplacer le prophète par un seul de ses cheveux.
        La seule contingence que vous, avec Paul Demouchel, appelez, est donc notre capacité à savoir reconnaitre la vérité émise pour la vérité, celle qui nous donne accès à savoir, non pas les définir, mais discerner le bien et le mal, car cela dépend de nous.
        Je témoigne ici que vous m’êtes signe que cela est possible, que grâce à Girard, le pari de Pascal est devenu un choix rationnel dont les termes sont définis anthropologiquement avec exactitude, le choix raisonnable de la foi où le temple est le corps de Jésus-Christ, nous ouvrant ce chemin d’imitation qui, en nous, renverse la violence par le pardon des offenses et le renoncement aux représailles, et fait du mimétisme retourné comme un gant, la possibilité faramineuse de transmettre la réalité de ce choix, ouvrant à la vie humaine sa possibilité d’éternité.
        C’est peu de dire que le travail est immense de sensibiliser à ce qui ne pourra jamais n’être qu’une invitation à cette responsabilité immense que nous offre la divinité, et dont les temps actuels témoignent qu’une majorité la refuse, encore dans les ténèbres d’aveugles non renseignés de cette potentialité immense que le cœur du plus simple est à même d’incarner, consolant tel le jardinier au cimetière de la pierre roulée la femme éplorée, lui indiquant qu’il n’est plus temps de se lamenter, mais, comme Benoit Chantre l’a si bien mis en scène au dernier chapitre de son dernier livre, de se réjouir d’assumer comme une chance infinie, la possibilité qui nous est donnée d’accéder à l’embouchure de tous les possibles, qu’il n’y a rien au ciel sacré mais tout au saint cœur de l’humain à qui il est donné capacité de compter au Père du Temps, les coups de l’heure au timbre d’or.

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  11. Tout compte fait, il ne reste à chacun qu’à défendre son jardin, régnant sur deux salades et trois arbustes nains.
    Zemmour retourne au trou des démons dont il n’aurait jamais du sortir, offrant aux poujado-communistes le masque de respectabilité qui conviendrait à dissimuler les passions profondes des erreurs ancestrales, érigeant à des fins de destructions cycliques nos incapacités à savoir nous entendre.
    Le président engage son virage à bâbord attendu pour ma part depuis le discours du Louvre.
    Il n’était qu’à observer les graves visages des grenouilles centristes face à l’audacieux, pour s’apercevoir qu’elles sont toutes prêtes à sauter hors de la brouette au service de ce qui depuis toujours ulcère les honnêtes.
    La pierre qui depuis cinq ans a su ouvrir la surface des eaux immobiles des mensonges électoraux, malgré une situation ukrainienne qui confirme l’intuition que le pays entier comme l’Europe s’est acharnée à nier et tout à coup découvre qu’ils sont déjà, face au tyran, réconciliés, coule sous la nécessité des promesses du clivage indispensable et qui risque de s’offrir, par abstention ou radicalisation, aux populistes anti-européens et pro-Poutine.
    Les sincères contemplent ainsi le triste tableau d’une Allemagne ayant d’elle-même placé tête et chapeau entre les mâchoires de l’ours russe, la perfide Albion léchant, malgré ses mensonges odieux de brexiteur avide, l’arrière-train d’un Oncle Sam qui ne sait plus que donner gage aux propagandes de dénazification, et vient à reculons revivifier l’électro-encéphalogramme plat d’un Otan qu’elle a déjà déserté, te laissant, petit européen, seul face à ton déni nationaliste, ce pauvre désir de domination qui grelotte dans la culotte absurde de ses dépendances énergétiques.
    Aussi il est temps, même bien trop tard, de s’apercevoir que l’héritier d’un général visionnaire a su emprunter le chemin des victoires de cette vérité qui ne peut rien contre les violences qui, en retour, ne savent contre elle que s’irriter à démontrer sa réalité, de s’asseoir, tranquille, au pied du crucifié à entendre enfin Stépan Trophimovitch Verkhovenski contempler le désastre des démons envahir le démos contaminé par le virus russe des racismes nationalistes :

    « — Mon amie, dit Stépan Trophimovitch fort agité, — savez-vous, ce passage merveilleux et… extraordinaire a été pour moi toute ma vie une pierre d’achoppement… aussi en avais-je gardé le souvenir depuis l’enfance. Mais maintenant il m’est venu une idée ; une comparaison. J’ai à présent une quantité effrayante d’idées : voyez-vous, c’est trait pour trait l’image de notre Russie. Ces démons qui sortent du malade et qui entrent dans des cochons — ce sont tous les poisons, tous les miasmes, toutes les impuretés, tous les diables accumulés depuis des siècles dans notre grande et chère malade, dans notre Russie ! Oui, cette Russie, que j’aimais toujours. Mais sur elle, comme sur ce démoniaque insensé, veille d’en haut une grande pensée, une grande volonté qui expulsera tous ces démons, toutes ces impuretés, toute cette corruption suppurant à la surface… et eux-mêmes demanderont à entrer dans des cochons. Que dis-je ! peut-être y sont-ils déjà entrés ! C’est nous, nous et eux, et Pétroucha… et les autres avec lui, et moi peut-être le premier : affolés, furieux, nous nous précipiterons du rocher dans la mer, nous nous noierons tous, et ce sera bien fait, car nous ne méritons que cela. Mais la malade sera sauvée, et « elle s’assiéra aux pieds de Jésus… » et tous la contempleront avec étonnement… Chère, vous comprendrez après, maintenant cela m’agite trop… Vous comprendrez après… Nous comprendrons ensemble. »

    https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Poss%C3%A9d%C3%A9s/Troisi%C3%A8me_Partie/7

    Il est si faible, notre président, si agaçant sous ses ors de confiserie Trogneux, aussi faible que la vérité qui pourtant est seule à même de triompher de la violence, et pourquoi ?
    Car elle est, c’est si simple, la vérité que seule encore la France est à même de formuler :

    « Le temps où la France décidait pour l’Europe n’a jamais existé, si ce n’est dans les fantasmes de quelques nationalistes égarés. Le temps où la France prétendait décider pour l’Europe a pu exister, ce n’est pas ce que je souhaite faire. Mais le temps où la France propose pour avancer avec l’Europe et avec tous les Européens qui le souhaitent, ce temps-là est revenu, et je pense à cet instant à Robert SCHUMAN le 9 mai 1950, à Paris, osant proposer de construire l’Europe. Je pense à ses mots saisissants lorsqu’il dit : « L’Europe n’a pas été faite et nous avons eu la guerre. » »

    https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2017/09/26/initiative-pour-l-europe-discours-d-emmanuel-macron-pour-une-europe-souveraine-unie-democratique

    Les sincères sauront reconnaître l’implacable réalité de cette prémonition, ils témoigneront alors, malgré tous ceux qui fatalement retournent au trou démoniaque, qu’ils sont de France au sens le plus universel de ce saint nom.

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  12. A la lecture de ce texte, me vient comme première impression :
    « Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? Comment peux-tu dire à ton frère : “Frère, laisse-moi enlever la paille qui est dans ton œil”, alors que toi-même ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère. ».
    Je vois un grand conformisme (selon l’expérience de Salomon Asch), une soumission à l’autorité (selon l’expérience de son élève Stanley Milgram), et ethnocentrisme.
    On y diabolise Vladimir Poutine qui serait fou, déraisonnable (« la mégalomanie et la solitude de son chef autocrate », « son hubris personnelle », « la paranoïa d’un homme », « personne ne sait ce que veut l’agresseur »), et on reste aveugle à ce qu’a fait son propre camp pendant des décennies ; et alors qu’en face il y aurait « l’héroïque chef d’Etat de l’Ukraine », « héros de la liberté », « avec panache », « tel le Job biblique », Volodymyr Zelensky, corrompu dans les Pandora Papers, avec de quoi s’assurer un matelas de secours en Occident (https://www.humanite.fr/monde/ukraine/ukraine-volodymyr-zelensky-piege-par-les-pandora-papers-723110).
    Pourtant, si Poutine « est animé d’un ressentiment mimétique colossal à l’encontre des puissances occidentales unies dans l’OTAN », c’est peut-être que ces puissances occidentales ont usé de leur puissance contre des puissances non atlantiques.
    C’est bien beau d’invoquer en novlangue « la démocratie » alors qu’aucune guerre occidentale n’a été déclenchée par référendum. Même, la guerre contre l’Irak en 2003 sous les prétextes mensongers d’armes de destruction massives, et de terrorisme islamiste (alors que l’Irak était laïc et sans connivence avec les talibans afghans) s’est faite malgré les plus grandes manifestations planétaires (« Le 15 février 2003 la plus importante manifestation mondiale enregistrée à ce jour a lieu. Plusieurs millions de personnes ont manifesté dans plus de 600 villes autour de la planète », en particulier en Italie, en Espagne et au Royaume-Uni : mais « Les gouvernements de ces trois pays ont été les plus fervents défenseurs de la guerre d’Irak. » ; en 2005, « un sondage Gallup montrait que 63 % des Américains voulaient le retour des soldats dans leur pays » : https://fr.wikipedia.org/wiki/Manifestations_mondiales_contre_la_guerre_d'Irak).
    Déjà, en 1990, le gouvernement des États-Unis (point aveugle de votre article, car jamais mentionné), afin de déclencher une intervention militaire très meurtrière en civils irakiens (mais éloignée des caméras occidentales interdites), avait inventé le mensonge des bébés arrachés des couveuses au Koweït, avec la fille de l’ambassadeur du Koweït (ce qu’on a su qu’après) témoignant devant l’ONU, après avoir été entraînée par une agence de communication proche du camp Bush), ceci dans le but réalisé de retourner l’hostilité du peuple états-unien à cette attaque.
    Il est remarquable que les États-Unis n’acceptent pas l’autorité de la Cour Pénale Internationale, concernant les crimes de guerre, et ont déclaré plusieurs guerres sans mandat de l’ONU (autre absent de votre article).
    Quel était donc le « souci des victimes » que vous invoquez contre Poutine, lorsque l’ambassadrice puis ministre états-unienne Madeleine Albright, à propos des 500.000 enfants irakiens morts, affirmait en 1996 « que ça en valait le prix » (https://www.youtube.com/watch?v=CYrPvRk0j-8).
    C’est aussi ignorer que même l’intervention de l’Irak au Koweït avait été un piège tendu par les États-Unis à l’Irak, l’ambassadrice des États-Unis April Glaspie ayant dit à Saddam Hussein : « Je sais que vous avez besoin de fonds. Nous le comprenons. […] Nous n’avons pas d’opinion sur les conflits inter-arabes, tel votre différend frontalier avec le Koweït. […] Vous avez amassé des troupes à votre frontière. », « ça ne nous concerne pas, vous faites ce que vous voulez. », avant que les États-Unis fassent échouer les projets de retrait pour faire la guerre… à tout prix (http://lucadeparis.free.fr/infosweb/irak.htm).
    De la même façon, afin de piéger l’URSS en Afghanistan, les États-Unis avaient déclenché le 3 juillet 1979 l’opération Cyclone (https://fr.wikipedia.org/wiki/Programme_afghan), aidant des islamistes à attaquer le gouvernement laïc (qui en particulier améliorait la condition des femmes), déclenchant l’intervention soviétique en décembre 1979 pour protéger ce régime. On constate l’enfer vécu dans ce pays depuis plus de quatre décennies.
    Je pourrai multiplier les exemples de guerres déclenchées par le camp dont vous êtes aveugle(s) de ses fautes, sans demande d’intervention de son gouvernement (Serbie, Lybie, Somalie).
    C’est plus généralement un aveuglement au fait qu’un empire, celui dont vous profitez du confort, veut s’étendre, à travers l’OTAN depuis trois décennies, malgré ou grâce à l’effondrement soviétique, avec des missiles nucléaires basés de plus en plus près des frontières de la Russie et menacent même la possibilité d’une paix par une dissuasion nucléaire réciproque.
    Lorsque que vous critiquez la « Russie de Poutine » où « il s’agit toujours de défendre l’unité de la nation en extirpant les germes de la dissidence », interrogez-vous sur des dissidents comme Julian Assange et Edward Snowden, persécutés pour avoir révélé de vilains secrets illégaux états-uniens (avec la France bien soumise, leur refusant l’asile politique). Ajoutons à cela les emprisonnements et tortures hors de toute juridiction, à Guantamo et ailleurs. Bref, comme vous l’écrivez (mais qu’à propos de la Russie au lieu de l’universaliser…), cela illustre « le fait que la violence ait besoin du mensonge ».
    Bref, vous voulez nous présenter la vision manichéenne de gentils (dont vous) contre des méchants, en voulant faire l’ange, vous vous fêtes bête, alors que les méchants sont des deux côtés, et que si Poutine était gentil, la Russie aurait été vassalisée à l’empire états-unien comme ses ex-colonies.
    Ainsi, lorsque vous affirmez qu’« une fois la guerre déclenchée, c’est l’agresseur qui veut la paix et le défenseur qui veut la guerre », cela peut être juste, et peut se retourner contre votre propos : les États-Unis ont enclenché beaucoup de guerres et autres agressions contre des États souverains proches de la Russie (ou de la Chine), et maintenant que la Russie réagit, ils voudraient la paix…
    Lorsque vous affirmez qu’« Au prix du sang de son peuple, cette jeune nation refuse d’être « neutralisée », vous pourriez penser que c’est fort dommage. Lors de la dislocation de l’empire soviétique, l’Ukraine était la troisième puissance nucléaire, et elle a abandonné ces armes en 1994 en échange du respect de son intégrité. La révolution ukrainienne de 2014 était un coup d’Etat appuyé par l’Occident, avec une destitution du président Viktor Ianoukovytch, qui n’a pas respecté la constitution ukrainienne (il aurait fallu une majorité parlementaire de 75%, https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_ukrainienne_de_2014#Chronologie).
    Lorsque vous affirmez que « c’est aussi une population civile prise pour cible », vous oubliez qu’on nous a abreuvé de reportages de civils concoctant des cocktails Molotov : est-ce que les Russes doivent les laisser les tuer ? Et est-ce qu’on affirme que les États-Unis ont pris les civils comme cibles lorsqu’ils ont tué 75.000 civils français lors de la Deuxième Guerre Mondiale (alors que les Britanniques préconisaient des bombardements nocturnes moins meurtriers, ce qui fut refusé par le général Eisenhower, https://fr.wikipedia.org/wiki/Bombardements_strat%C3%A9giques_durant_la_Seconde_Guerre_mondiale#La_France_sous_les_bombardements_alli%C3%A9s), soit autant que les 60.000 à 92.000 Français morts à la bataille de France en 1939-1940 (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_France) ?
    Sur les « néo-nazis » ukrainiens, je vous cite le précédent président de l’Ukraine Petro Polorchenko, affirmant en décembre 2014 : « Nos enfants iront à l’école et à la garderie ; leurs enfants resteront dans les caves parce qu’ils ne savent rien faire ! Et c’est comme ça, précisément comme ça, que nous gagnerons cette guerre ! », guerre qui n’a donc pas commencé en 2022 (discours en ouverture du film Donbass d’Anne-Laure Bonnel, à 17s https://odysee.com/@labibliothequealternative:4/DONBASS:3b).
    Le fondateur du régiment d’Azov puis député Andriy Biletsky, a affirmé en 2010, que la « mission historique de notre nation en ce moment critique est de mener les races blanches du monde dans une ultime croisade pour leur survie. Une croisade contre les Untermenschen dirigés par des Sémites » (https://www.marianne.net/monde/europe/guerre-en-ukraine-qui-sont-les-neonazis-dont-parle-vladimir-poutine). Les exactions antisémites, antitziganes et homophobes du régiment d’Azov sont documentées (https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9giment_Azov#Exactions). Le néonazisme d’Ukrainiens dans le Donbass est indubitable (https://www.liberation.fr/checknews/quelle-est-limportance-du-regiment-azov-cette-unite-ukrainienne-fondee-par-des-proches-de-la-mouvance-neonazie-20220308_6UPAODEHPVCCBA5Z5BQ2QQZKTQ/).
    Sur ce qui a provoqué l’intervention russe, c’est l’irrespect du protocole de Minsk, en décembre 2021 : « Les forces armées ukrainiennes « se vantent » d’avoir commencé à utiliser des systèmes de missiles antichars Javelin fournis par les États-Unis dans le Donbass et utilisent également des drones de reconnaissance et de frappe turcs. En conséquence, la situation déjà tendue dans l’Est de ce pays se détériore de plus en plus » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Protocole_de_Minsk#Fin_des_accords).

    Vous rappelez que « l’histoire était écrite par les vainqueurs », et c’est aussi le cas pour les vainqueurs en Occident dont vous vous faites la zélatrice.
    Enfin, je suis d’accord pour affirmer avec Girard et vous que « la vérité est notre planche de salut », mais toute la vérité, pas celle tronquée par le camp auquel on appartient.

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    1. Monsieur, vous vous acharnez sur cet article « Violence et vérité » et sur son auteure (qui veut faire l’ange et fait la bête ! )pour faire valoir vos opinions et des analyses que j’aurais pu recevoir avec intérêt ou partager. Vous lirez avec plaisir le prochain article, de JL Salasc, dans lequel vous trouverez cette information et cette objectivité qui font défaut à ma réflexion. Je ne peux que vous redire ce que j’ai dit plus haut : je n’ai pas eu l’intention de me lancer dans une démarche partisane et même si je penche dans cette guerre du côté de la nation envahie plutôt que du côté des envahisseurs, c’est plus par « souci des victimes » que parce que je me trouve objectivement et subjectivement dans le camp occidental. Ce que j’ai voulu, en fait, c’est illustrer, à partir de cet événement traumatisant pour nous de la guerre en Ukraine et des mensonges avérés de Poutine (mensonges destinés à expliquer et à justifier sa décision d’envahir l’Ukraine), j’ai voulu illustrer l’idée que le mensonge et le meurtre sont inséparables, idée qui est d’abord évangélique, ensuite pascalienne, enfin girardienne. Ce qui fait en effet de la vérité un enjeu de réconciliation et de paix.

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      1. J’ai précisé quelques mensonges des États-Unis afin de déclencher leurs deux guerres en Irak, causant des morts par millions.
        J’ignore à quels mensonges de Poutine vous faites allusion. Vous ne parlez encore que du camp adverse au « nôtre » : « cet événement traumatisant pour nous » indique bien que par rapport aux Ukrainiens, les Irakiens ne seraient pas autant nos proches (géographiquement, culturellement, etc. ?) et donc nos prochains, ainsi que les 377.000 Yéménites tués actuellement, dont beaucoup avec des armes fournies par la France à l’Arabie Saoudite pendant le conflit (https://www.arte.tv/fr/videos/RC-017473/au-yemen-les-armes-francaises-tuent/). Bref, vous participez de la manipulation de votre camp (que je ne qualifierai donc pas comme notre camp).

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    2. Lucadeparis,
      Vous êtes tellement obsédé par votre anti-américanisme que vous n’écoutez pas ce que Mme Orsini vous dit. Son sujet n’est pas le scandale des méchants Russes contre les gentils Ukrainiens, mais bien l’illustration (j’aurais aimer pouvoir souligner le mot) du thème philosophique de la vérité contre la violence à partir d’un sujet d’actualité (la guerre en Ukraine est un sujet d’actualité, l’invasion de l’Irak pas). Allez relire l’introduction du blogue.
      Votre commentaire n’a rien à faire ici parce qu’il est idéologique, partisan, polémique, contrairement à l’article de Christine Orsini, que vous feriez bien de relire en essayant, si faire ce peut, de vous détacher de vos haines obsessionnelles, et parce qu’il n’a rien à voir avec une réflexion philosophique et très peu avec René Girard. Je vous suggère de trouver, dans un des nombreux blogues qui se nourrissent d’idéologies extrémistes et de polémiques stériles, l’exutoire que vous semblez chercher ici.

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      1. Vous m’attribuez un « anti-américanisme » (dont je serais « tellement obsédé »), mais pourquoi pas d’être anti France ou anti Arabie Saoudite selon mon précédent message ? Or j’essayais par des exemples concrets, avérés, d’équilibrer votre unanimisme, votre partialisme, selon lequel il n’y aurait qu’un coupable, et en face un camp innocent, en occultant l’imitation des actes malveillants de part et d’autre (et négligeant que c’est le plus puissant qui a tendance à plus abuser de son pouvoir).
        Je n’ai pas grand-chose à ajouter car vous répétez et illustrez ce que j’ai déjà décrit.
        Car s’il s’agit comme vous le prétendez du « thème philosophique de la vérité contre la violence », vous devriez être satisfait par les exemples bien plus forts que j’ai communiqués, concernant les mensonges ayant permis de déclencher deux guerres qui ont tué tant d’Irakiens.
        Il n’est pas pertinent, dans « une réflexion philosophique », d’invoquer qu’il s’agit « d’un sujet d’actualité » pour trancher dans la succession des causes et en occulter de plus anciennes, faisant donc considérer originelle la violence chez l’adversaire.
        Il y a donc bien là un certain pharisianisme, d’autant plus affligeant qu’il est chez ceux qui sont censés avoir eu les yeux ouverts par René Girard sur l’imitation (le conformisme), et sur sa propre innocence, sa propre auto-victimisation, et l’accusation exclusive de son rival, qui aurait un désir fou et romantique sans aucune imitation de soi-même.
        Donc, il y a dans vos propos plusieurs aspects antigirardiens quant à l’application de ses révélations, et de terriblement girardiens quant à l’exemplification de ce qu’il révèle.
        Bref, nous sommes toujours avec ce que Paul Nizan critiquait déjà il y a un siècle dans Les chiens de garde à propos de philosophes qui ne voyaient pas certaines réalités, afin de perpétuer ce qui conforte leur confort, matériel et intellectuel.
        Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

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  13. M. van Baren

    En substance, votre commentaire consiste à affirmer de Lucadeparis… :
    • qu’il est obsédé par son anti-américanisme
    • sourd aux propos de Mme Orsini (et vous l’invitez à la relire)
    • que son commentaire est « idéologique, partisan, polémique »
    • qu’il a des « haines obsessionnelles »
    • qu’il ferait mieux de leur chercher un exutoire sur les blogs « qui se nourrissent d’idéologies extrémistes et de polémiques stériles »,
    de sorte que son commentaire n’aurait « rien à voir avec une réflexion philosophique et très peu avec René Girard ».

    Souhaitiez-vous illustrer le thème évangélique de la paille et de la poutre avec ce commentaire ad personam dont on peut en effet penser qu’il n’a, lui aussi, « rien à voir avec une réflexion philosophique et très peu avec René Girard » ?

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    1. Vous ne me laisserez pas le mot de la fin, hélas, mais je vous remercie, M. Salvador d’avoir listé tous les reproches faits à Lucadeparis : je ne vois pas qu’avec tous ses défauts, ce commentaire ait eu la moindre chance de susciter une réponse philosophique ou girardienne mais il me semble en effet que son auteur méritait d’être recadré !

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  14. Puisque telle est votre attente, je m’en voudrais de la décevoir et je vais donc exprimer ma surprise de vous voir vous solidariser d’une attaque ad personam en justifiant le fait qu’elle ne soit ni philosophique ni girardienne et seulement accusatoire par une sorte de nécessité à « recadrer » Lucadeparis.

    La chose est d’autant plus étonnante que vous aviez déjà répondu à ce dernier de manière fort honnête, sans le recadrer, en reconnaissant dans votre réflexion un manque de cette objectivité que vous aviez saluée dans l’article de Jean-Louis Salasc.

    La grande affaire girardienne c’est quand même cette symétrie ou ce « business des doubles » qui s’accusent mutuellement afin de passer pour des innocents alors que la vérité est que personne ne l’est. Même s’il l’a fait d’une manière qui vous a semblée véhémente, Lucadeparis a simplement rappelé que toutes les pierres n’étaient pas dans le jardin de Poutine et qu’il y en avait même d’énormes dans le camp occidental, y compris en Ukraine.

    Le fait que vous preniez fait et cause pour M. van Baren dans son rejet de Lucadeparis est donc incompréhensible, d’autant plus qu’a priori, détrompez-moi le cas échéant, ce sont les attaques ad personam qui n’ont pas leur place ici.

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  15. On sait bien qui a le dernier mot, le feu dévorant du Dieu vivant, dont les humains ont l’occasion de contempler le symbole, un homme, mort, cloué sur une croix, offrant alors l’interprétation vibratoire aux pèlerins que nous sommes, tous semblables, sur ce chemin d’Emmaüs :

    « 18Or, là où il y a pardon des péchés, il n’y a plus d’offrande pour le péché.

    19Ainsi donc, frères, puisque nous avons, au moyen du sang de Jésus, une libre entrée dans le sanctuaire 20par la route nouvelle et vivante qu’il a inaugurée pour nous au travers du voile, c’est-à-dire, de sa chair, 21et puisque nous avons un souverain sacrificateur établi sur la maison de Dieu, 22approchons-nous avec un cœur sincère, dans la plénitude de la foi, les cœurs purifiés d’une mauvaise conscience, et le corps lavé d’une eau pure. 23Retenons fermement la profession de notre espérance, car celui qui a fait la promesse est fidèle. 24Veillons les uns sur les autres, pour nous exciter à la charité et aux bonnes œuvres. 25N’abandonnons pas notre assemblée, comme c’est la coutume de quelques-uns; mais exhortons-nous réciproquement, et cela d’autant plus que vous voyez s’approcher le jour. »

    Il est urgent d’aimer car la vie passe, jetant nos dés aux vents de l’Esprit :

    « 26Car, si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, il ne reste plus de sacrifice pour les péchés, 27mais une attente terrible du jugement et l’ardeur d’un feu qui dévorera les rebelles. 28Celui qui a violé la loi de Moïse meurt sans miséricorde, sur la déposition de deux ou de trois témoins; 29de quel pire châtiment pensez-vous que sera jugé digne celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, qui aura tenu pour profane le sang de l’alliance, par lequel il a été sanctifié, et qui aura outragé l’Esprit de la grâce? 30Car nous connaissons celui qui a dit: A moi la vengeance, à moi la rétribution! et encore: Le Seigneur jugera son peuple. 31C’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant. »

    https://saintebible.com/lsg/hebrews/10.htm

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  16. Madame Orsini,
    Puisque telle est votre attente, je m’en voudrais de la décevoir et je vais donc exprimer ma surprise de vous voir vous solidariser d’une attaque ad personam en justifiant le fait qu’elle ne soit ni philosophique ni girardienne et seulement accusatoire par une sorte de nécessité à « recadrer » Lucadeparis.

    La chose est d’autant plus étonnante que vous aviez déjà répondu à ce dernier de manière fort honnête, sans le recadrer, en reconnaissant dans votre réflexion un manque de cette objectivité que vous aviez saluée dans l’article de Jean-Louis Salasc.

    La grande affaire girardienne c’est quand même cette symétrie ou ce « business des doubles » qui s’accusent mutuellement afin de passer pour des innocents alors que la vérité est que personne ne l’est. Même s’il l’a fait d’une manière qui vous a semblée véhémente, Lucadeparis a simplement rappelé que toutes les pierres n’étaient pas dans le jardin de Poutine et qu’il y en avait même des énormes dans le camp occidental, y compris en Ukraine.

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