Houellebecq : “anéantir” la théorie mimétique ?

par Jean-Marc Bourdin

Événement de la rentrée littéraire de janvier 2022, le dernier roman de Michel Houellebecq, intitulé anéantir (sans majuscule), consacre un paragraphe entier à René Girard. Voici donc ce qui est écrit au début du chapitre 14 de la partie titrée “quatre” : “Le philosophe René Girard est connu pour sa théorie du désir mimétique, ou désir triangulaire, selon laquelle on désire ce que les autres désirent, et par imitation. Amusante sur le papier, cette théorie est en réalité fausse. Les gens sont à peu près indifférents aux désirs d’autrui, et s’ils sont unanimes à désirer les mêmes choses et les mêmes êtres, c’est parce que ceux-ci sont objectivement désirables. De même, le fait qu’une autre femme désire Aurélien ne conduisait nullement Indy [sa femme] à le désirer à son tour. Elle était par contre folle de rage, à l’idée qu’Aurélien [donc son mari] désire une autre femme et ne la désire pas, elle ; les stimulations narcissiques basées sur la compétition et la haine avaient depuis longtemps, et peut-être depuis toujours, pris le pas en elle sur les stimulations sexuelles ; et elles sont, dans leur principe, illimitées.”

Cette affirmation du caractère objectivement désirable de l’objet comme étant à l’origine des désirs qui convergent sur lui est d’autant plus invraisemblable qu’elle vient juste après la situation où Indy, la femme d’Aurélien, qui l’a toujours méprisé, avec laquelle il n’a plus de rapports sexuels depuis longtemps et est en instance de divorce, lui fait une scène particulièrement violente parce qu’elle vient de découvrir qu’il vit une aventure extra-conjugale qui le comble. Bref, une mimésis d’appropriation qui s’exacerbe avec l’apparition d’une femme qui le désire et le comble. Objet de mépris, Aurélien devient d’un coup un objet à conserver sous son emprise. Houellebecq joue avec les mots en confondant, par méconnaissance, aveuglement ou tactiquement dans le but de brouiller les pistes, désir sexuel et mimésis d’appropriation. Si chez Girard, il n’y a de désir que mimétique, chez Houellebecq, le désir se réduit le plus souvent à la sexualité. Cette volonté de tourner en dérision la théorie mimétique révèle ainsi la raison des limites et impasses que connaît l’œuvre houellebecquienne.

Plus généralement, l’importance de la publicité dans nos sociétés suffirait à démontrer, si nécessaire, qu’un objet objectivement désirable ne trouve (presque) jamais son marché sans qu’il ne soit désigné aux consommateurs comme hautement désirable : il y a longtemps que la réclame vantant les mérites réels ou supposés de l’objet à promouvoir a cédé la place à des messages mettant en jeu le plus souvent les mécanismes de la mimésis d’appropriation. D’une certaine manière, Houellebecq et sa maison d’édition n’agissent pas autrement pour créer le désir d’achat chez les lecteurs de ses ouvrages, leur dernière grande habileté étant de mettre le texte sous embargo tout en retardant les entretiens promotionnels et d’engendrer des diffusions pirates dont la presse se fait complaisamment l’écho : le livre qu’il faut avoir lu avant les autres n’est pas nécessairement un ouvrage que seules ses qualités littéraires rendent attractif… Sinon, il se passerait de cette mise en scène d’une prétendue absence de promotion qui en devient paradoxalement son comble.

Comme bien d’autres personnes de ma génération (j’ai à peu près le même âge que l’écrivain), j’ai été vivement intéressé par des romans comme Extension du domaine de la lutte ou Les particules élémentaires ainsi que par certaines de ses poésies. Il y a incontestablement une identification de l’insuffisance d’être de ses personnages et une conscience aiguë de ce manque chez lui. Il l’a même théorisée très tôt.

Le premier ouvrage publié par Houellebecq en 1991 fut un essai consacré à un écrivain qu’il admirait, Howard Phillips Lovecraft. Dans cet ouvrage intitulé H. P. Lovecraft. Contre le monde, contre la vie, il définissait, il y a donc désormais plus de trente ans, ce qui devait devenir le cœur de son œuvre. Celle-ci, me semble-t-il, se constitue comme un ensemble de variations autour de ce thème principal, sinon unique : “La valeur d’un être humain se mesure aujourd’hui par son efficacité économique et son potentiel érotique : soit, très exactement, les deux choses que Lovecraft détestait le plus fort.”

La première phrase permet d’identifier sur quoi porte, d’après Houellebecq, le désir de ses contemporains : cette valeur de l’être humain produite par l’efficacité économique et le potentiel érotique, probablement par l’association des deux plutôt que l’un de ces éléments isolés. Si l’on comprend aisément ce qu’est l’efficacité économique – la capacité à atteindre l’objectif de s’enrichir et d’accroître production et revenus de la collectivité -, le concept de potentiel érotique mérite une précision : à le lire, il semble qu’il s’agisse pour Houellebecq de la capacité à donner du plaisir charnel autant qu’à s’en procurer.

La seconde phrase sur les détestations de Lovecraft est plus ambivalente pour ce qui concerne Houellebecq : il semble à titre personnel à la recherche de l’efficacité économique, ce à quoi il est incontestablement parvenu en se classant systématiquement en tête des ventes en France et en connaissant le succès dans de nombreux pays ; quant au potentiel érotique, il s’agit d’un point sur lequel ses performances personnelles sont probablement moins évidentes, si l’on en croit par exemple la mention dans nombre de ses fictions du recours à des stimulants de type viagra ou autres qui y dépasse le simple placement de produits…

Sur un plan plus général, disons anthropologique, il semble en revanche partager les détestations de Lovecraft, tant il déplore que la valeur d’un être humain se mesure à ces (seules) aunes. Ce faisant, en s’obsédant sur ces deux mesures, il limite la gamme des désirs à ce qui apparaît en définitive comme des extensions de besoins plutôt que des désirs d’accomplissement à proprement parler ou des passions joyeuses. L’efficacité économique n’est rien d’autre que la capacité à produire des surplus indifférenciés au-delà de la satisfaction des besoins primaires.

Quant au potentiel érotique, il est celui d’une machine célibataire et se situe très en-deçà de l’amour qui lui semble un horizon autant espéré qu’inatteignable. Ainsi glose-t-il sur le sujet dans  anéantir : “Il avait dit fait l’amour, […] et le choix de cette expression à connotation sentimentale, plutôt que le terme baiser (qu’il aurait probablement employé) ou celui de vie sexuelle (qui aurait été le choix de beaucoup de gens soucieux de diminuer l’impact affectif leur révélation par l’emploi d’un terme neutre) en disait déjà énormément.” Et au moment où une relation sentimentale au sein d’un couple commence à se reconstruire, l’auteur tient à en revenir à l’animalité primordiale des êtres humains : “[…] ils s’étaient longuement touchés et il en demeurait des traces, des odeurs ; cela participait du rituel d’apprivoisement des corps. On observait le même phénomène chez d’autres espèces animales, en particulier chez les oies […]” (trois, 11). Plus loin, au cœur d’un de ces paradoxes qui ont fait une partie de sa réputation, il fait déclarer à son personnage principal, son porte-parole, à propos d’un père tétraplégique et incapable de communiquer autrement que par des clignements de paupières à la suite d’un AVC : “Si son père pouvait bander, s’il pouvait lire et contempler le mouvement des feuilles agitées par le vent, alors se dit Paul, il ne manquait rien à sa vie.” (cinq, 1). Voici donc une définition possible de la plénitude selon Houellebecq.

A un moment  de l’intrigue qu’il juge sans doute important (trois, 8), là où il emploie pour la première fois le verbe “anéantir”, qui donne son titre au livre, il fait penser à son personnage : “si l’objectif des terroristes était d’anéantir le monde tel qu’il le connaissait, d’anéantir le monde moderne, il ne pouvait pas leur donner tout à fait tort.” Nous voilà tout proche des positions de Lovecraft qu’il décrivait comme étant “contre le monde, contre la vie”. Un peu plus haut dans ce même chapitre central, il fait dire à Paul, son avatar dans le roman : “Le monde humain lui apparut composé de petites boules de merde égotistes, non reliées […]. Comme cela lui arrivait parfois, un dégoût soudain l’envahit alors pour la religion de sa sœur [un catholicisme fervent] : comment un Dieu avait-il pu choisir de renaître sous la forme d’une boule de merde? ”

Et un peu plus loin dans la même diatribe, à propos d’États et d’entreprises symbolisant l’efficacité économique : “[…] tous concouraient à plonger dans une misère sordide la plus grande partie des habitants de la planète afin de poursuivre leurs visées bassement mercantiles, il n’y avait rien là qui puisse susciter une grande admiration.”

Si Houellebecq a suggéré dans un entretien que son essai inaugural consacré à Lovecraft était une sorte de roman à un seul personnage, il pourrait sans doute être soutenu que ses romans ultérieurs sont des essais illustrés par les interactions de plusieurs personnages dont au moins l’un d’entre eux explicite ses théories. S’il en fallait une preuve, la sixième partie d’anéantir contient ainsi un passage en revue critique de théories psychologiques et de la sociobiologie. Au regard de la critique girardienne, il s’agit là d’une difficulté majeure : la supériorité de la fiction vient en effet dans Mensonge romantique et vérité romanesque de ce qu’elle donne à voir la vérité des relations entre les personnages sans recourir à une quelconque théorie ; au point que la vérité romanesque d’un Proust y est jugée supérieure à la valeur des théories qu’il expose en certains passages de La recherche. Or chez Houellebecq, la théorie sommaire explicitée dès 1991 précède et obsède les œuvres fictionnelles ultérieures, empêchant en quelque sorte la vérité romanesque de s’imposer d’une façon qu’on pourrait dire « intentionnelle ».

En outre, en de nombreux endroits de ses romans, Houellebecq manifeste un désir de conversion religieuse et/ou romanesque, celle-là même à laquelle parvient, pour Girard, le romancier ou le dramaturge génial au terme de ses grands livres et au long de sa maturation littéraire. Mais il semble buter sur un seuil – comme sur une pierre d’achoppement, un scandale – et se montre dans l’incapacité de se convertir, ce qu’il montre au demeurant plutôt lucidement et honnêtement. Peut-être n’y a-t-il rien à dire de plus que Proust et Dostoïevski sur le désir mimétique, d’où son accusation de fausseté de la théorie girardienne. A moins qu’il ne prenne acte du fait que la société contemporaine a tant pris l’ascendant sur la formation de nos désirs qu’il n’y a plus guère de place dans ses œuvres pour des êtres de désir. De là, peut-être, son sens de la dérision et de l’ironie qui a longtemps fait son attrait, mais qui semble aujourd’hui – en tout cas dans anéantir – s’épuiser à l’approche de la perte d’autonomie et de la mort qui sont en définitive les personnages principaux du roman.

S’il perçoit manifestement l’hétéronomie de nos/ses désirs, il s’obstine à refuser cette vérité et reste dans l’illusion romantique : non seulement il déclare, contre toute évidence, faire de l’objet du désir sa source pour discréditer la théorie mimétique, mais il conserve une position de surplomb sur ses personnages qu’il méprise le plus souvent ; quant à ses avatars qui semblent l’inclure dans ce qu’il déplore et tourne en dérision, ils ne sont en fait que des leurres, une manière de dire qu’il n’est pas dupe. Loin de matérialiser sa conversion romanesque, ils y font obstacle.

Son drame est de ne jamais parvenir à se convertir, malgré ses aspirations qui affleurent parfois, à l’amour (véritable) et de rester avec Lovecraft dans la détestation du monde, de la vie et, probablement, de lui-même.

11 réflexions sur « Houellebecq : “anéantir” la théorie mimétique ? »

  1. Bravo, Jean-Marc, d’avoir lu ce pavé qui fait du bruit et d’en avoir tiré une analyse girardienne de très grande qualité !
    Où l’on comprend que c’est imprudemment que le romancier s’attaque au désir mimétique (étourdiment serait le mot juste, Houellebecq n’a pas pris le temps de lire Girard) puisque, ce faisant, il vend la mèche, il révèle le véritable objet de son désir à lui et son impuissance, non seulement à s’en saisir mais encore à lui donner une forme romanesque. Houellebecq illustrerait avec talent le constat fait par René Girard selon lequel il est devenu impossible d’écrire des romans. Et, en même temps, on dirait qu’en vrai romancier, Houellebecq ne fait pas que refléter, par une posture romantique, le nihilisme contemporain, il le révèle à lui-même, il en dénonce l’imposture. Je lis dans ELLE, sous la plume d’Olivia de Lamberterie « Le couple et la littérature seraient-ils les ultimes épiphanies de notre époque? » Il paraît que la réponse à cette question est dans la dernière phrase du roman.

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    1. Merci Christine. Du coup, je divulgâche la dernière phrase placée dans la bouche de la femme du personnage principal qui vaut effectivement son pesant de TM : « Nous aurions eu besoin de merveilleux mensonges. » Houellebecq semble bien être sciemment du côté du mensonge romantique. Elle répondait à son mari, incarnation du rationnel – il porte le nom de Paul Raison – qui venait d’affirmer : « Je ne crois pas qu’il était en notre pouvoir de changer les choses. » Notre écrivain se meut depuis 30 ans dans cet entre-deux.

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  2. Il me semble que ce que le personnage parle comme désir sexuel, c’est en fait de besoin affectif qu’il estime à tort ne pouvoir être rempli que par une relation sexuel. Or René Girard n’a jamais nié qu’il y avait aussi une couche de besoin caché derrière les désirs mimétiques.

    Finalement, ce que montre Houellebecq dans tous ces romans, et on le retrouve chez beaucoup d’auteurs contemporain, c’est le désert affectif où se retrouve l’homme contemporain APRÈS qu’il ait trop couru après des désirs vides d’effet car seulement mimétiques. Le nihilisme contemporain serait donc l’autre « solution » de l’excès de désir mimétique : non pas une résurrection dû à la découverte de la nature mimétique de ses désirs, mais le désespoir que le bonheur soit encore possible.

    Houellebecq serait donc bien un auteur romanesque, mais dans un univers où la renaissance après l’épuisement du désir mimétique n’est même plus possible.

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    1. C’est effectivement en quoi il est intéressant. Il est très lucide sur l’état du désir contemporain depuis l’origine de son oeuvre, mais, à mon sens, il n’est pas parvenu à progresser vers la conversion rédemptrice que René Girard repère chez les romanciers géniaux. C’est pour cette raison qu’il n’atteint pas à mon sens la vérité romanesque, il ne gravit pas la montagne jusqu’à son sommet, même s’il est déjà en haute altitude. La dernière phrase et réplique du roman que j’ai citée en réponse à Christine Orsini un peu plus haut est, de ce point de vue, révélatrice à la fois de cette lucidité indéniable sur l’état d’aggravation contemporaine des pathologies du désir et de son impuissance à trouver une issue véritable pour lui-même et qu’il pourrait offrir à ses lecteurs : « Nous aurions eu besoin de merveilleux mensonges. »

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      1. Il semble qu’il soit devenu de plus en plus dur d’accomplir cette conversion. Probablement parce que cette conversion est forcément similaire à une conversion chrétienne, or celle-ci est devenue tabou pour la majorité de nos contemporains. René Girard avait donc raison de prédire que la dernière chose que nous expulseront, ce sera la révélation chrétienne elle-même.

        Maintenant, les gens comme Houellebecq qui comprennent l’inanité de leur désir se retrouvent dans un désert avec une unique porte verrouillée par un interdit aussi fort que les interdits des religions primitives. Ce qui ne devrait pas nous étonner vu que finalement, c’est le même mécanisme qui est en jeu.

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      2. Houellebecq est peut-être effectivement un signe des temps. Une autre façon de se poser la question serait peut-être de se demander si d’autres romanciers ou dramaturges contemporains ont atteint et passé avec succès le stade de la conversion romanesque. J’avoue ne pas connaître assez la fiction contemporaine pour suggérer des noms. Je suis preneur d’une liste d’écrivains actuels qui pourraient y prétendre ! :-=)

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  3. Je me souviens du billet récent de Hervé Van Baren « Entre adultes consentants », et de la réaction de Christine Orsini à une de ses phrases : « Comment ça, « plus personne ne sait comment aimer ! ». Il me semble que nous sommes dans la même thématique, et que Houellebecq vient confirmer le « constat terrifiant ».
    Ce que l’on aimait, je crois, dans ses premiers romans, c’était leur dimension de révélation, avec un tout petit « r », à travers la provocation, l’ironie, le sarcasme. Houellebecq, d’une certaine façon, réduisait en bouillie toute une époque dominée par les délires freudo-marxistes et finalement bien-pensants, celle des années soixante et soixante-dix : rappelons-nous, il s’agissait de proclamer la parousie de l’individu libéré de tous les carcans moralistes grâce à la transformation des structures sociales répressives : la sublimation de l’instinct sexuel était enfin reconnue comme le lien culturel entre nature et société, et le rêve de Rousseau, multiplié par le rêve nietzschéen d’éliminer « le petit homme », se réalisait : à la barbe de la bourgeoisie coincée, la plénitude sexuelle d’un individu libre de jouir était à portée de main (si j’ose dire). Las ! Comme l’a dit Allan Bloom, dans l’expression « sublimation sexuelle », on a oublié le mot « sublimation » pour s’intéresser exclusivement à l’autre mot. Et une fois tous ces délires débarrassés de leurs oripeaux idéologiques, il n’en est resté que la triste course égoïste au plaisir dont Houellebecq s’est fait le témoin et l’acteur rageur, drolatique et sarcastique. Un peu comme l’observateur cruel de manèges nuptiaux qui sait bien ce qu’ils dissimulent mal, la recherche de la saccade banale et dérisoire, mais si drôles à décrire.
    Et puis, l’âge venant, l’allègre ironie dévastatrice recueille ses fruits : si j’en juge par les phrases citées, un pesant discours sentencieux, et l’amertume de ceux à qui la vie est en train d’échapper. Si porte de sortie il y a à cette aridité du désir tournant aveuglément en rond dans ses boucles mimétiques, et porte de sortie il y aura, donnant comme toujours sur une pièce aussi sombre que la précédente, Houellebecq fait le constat sinistre qu’elle ne passera pas par lui.
    Faisons le pari qu’il y aura toujours des gens qui sauront aimer, parce que aimer est la seule façon d’accéder à la joie, et que c’est ce que nous cherchons encore et toujours, si mal, c’est vrai, mais avec obstination.

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    1. Dans son roman, Houellebecq fait bien l’éloge de la conjugalité à travers trois couples, ceux de Paul, le personnage principal, de Cécile sa soeur et de son père (voire de deux autres dans une phase de constitution récente, ceux de son ministre Bruno et de son frère Aurélien), mais il ne peut s’empêcher, au moins pour deux d’entre eux, de les ramener dès que possible, notamment celui de Paul, son avatar, à des prestations de services sexuels.

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  4. Merci, Jean-Marc. Tout est dit sur le mensonge romantique chez H, qui flatte et conforte nos dénis de la réalité et qui se console dans la rage, le scandale, le dépit: le ressentiment de l’homme du souterain.

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  5. « À l’époque, déjà, je voyais les gens vibrer, se souvient l’auteur d’ »anéantir ». Au départ, je faisais ça pour plaire aux filles, voilà, c’est tout. Il s’agissait de montrer que j’étais quelqu’un d’intéressant, ce qui n’était pas évident au premier abord. Donc, faut pas non plus exagérer avec l’enfance, l’esprit d’enfance, tout ça. Fondamentalement, je suis une pute, j’écris pour recueillir des applaudissements. Pas pour l’argent, mais pour être aimé, admiré.
    Après, faut pas prendre négativement le mot « pute ». On est content de faire plaisir, en même temps. »

    Jusqu`où peut aller le désir de plaire, Narcisse seul le sait, le pire n’est jamais exclu pour qui parle d’amour.

    « Il n’y a pas besoin de célébrer le Mal pour être un bon écrivain ! Dans mes livres, comme dans les contes d’Andersen, on comprend tout de suite qui sont les méchants et qui sont les gentils. Et s’il y a très peu de méchants dans « anéantir », j’en suis très content. La réussite suprême, ce serait qu’il n’y ait plus de méchants du tout ! »

    Cliquer pour accéder à houellebecq_aneantir_lemonde1.pdf

    Un best-seller a toujours raison, nous dit Nabe :

    Marc-Édouard Nabe, Le Vingt-septième livre, Paris, Le Dilettante, 2009, 93 p., p. 9-10
    « Houellebecq lui-même me l’avait bien expliqué: « Si tu veux avoir des lecteurs, mets-toi à leur niveau ! Fais de toi un personnage aussi plat, flou, médiocre, moche et honteux que lui. C’est le secret, Marc-Édouard. Toi, tu veux trop soulever le lecteur de terre, l’emporter dans les cieux de ton fol amour de la vie et des homme s!… Ça le complexe, ça l’humilie, et donc il te néglige, il te rejette, puis il finit par te mépriser et te haïr… » Michel avait raison. Un best-seller a toujours raison.»

    Le Narcisse contemporain est-il donc dupe de l’illusion qu’il revendique, où s’avoue-t-il en sa chronique tributaire de l’enfant-roi né de la métastase d’Ancien Régime que fût la Révolution, ruse méphitique du selfie où la relation n’est plus que le face à face de deux miroirs, qui se renvoient donc l’image du vide nihiliste ?

    « On n’arrive jamais à imaginer à quel point c’est peu de chose, en général, la vie des gens, on n’y arrive pas davantage quand on fait soi-même partie de ces « gens », et c’est toujours le cas, plus ou moins. »

    Cliquer pour accéder à houellebecq_aneantir_lemonde2.pdf

    Céline avait choisi l’enfer, Houellebecq est parmi les gens, nicotine et verre de blanc.
    Que Dieu bénisse l’ennemi, nous donne la force de ne pas lui accorder notre pardon, de rester en cette nuit qui permet de ne pas voir, de surtout ne pas s’apercevoir des gouffres infinis qui inspirent le vertige, la crainte qui permet de ne pas emprunter les voies méconnues du réel, pour mieux se précipiter au vide de ce que l’on pensait connaître et s’assurer, pépère, un succès d’édition. Troupeau investi par les poisons de Gérasa expulsés de celui qui, apaisé, sait voir et peut enfin s’asseoir, enfin se reposer aux pieds du supplicié, contempler le désastre et décrire la fiction, celle qui de la chronique pourrait pourtant accéder sans y succomber à la vérité fraternelle du roman.
    À l’endroit du péril, dit Hölderlin, grandit aussi ce qui sauve.

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