Des complots partout

par Jean-Louis Salasc

La crise du coronavirus s’accompagne d’un double foisonnement : les théories du complot jaillissent de toutes parts et les accusations de complotisme pleuvent. Les « lunettes Girard » peuvent-elles nous aider à cerner cela ?

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Toutes les théories du complot suivent, en dernière analyse, le même schéma : quelqu’un, ou quelques-uns, sont les responsables cachés de nos ennuis ; ils les ont créés, sinon à tout le moins, les exploitent dans leur strict intérêt et, bien sûr, au détriment de pratiquement tout le monde. Pour le girardien du rang, la lecture est directe. Il s’agit du mécanisme de désignation d’un bouc émissaire.

Comme l’a montré la théorie mimétique, ce mécanisme est porteur de violence et d’injustice. Cela conduit à un jugement défavorable sur les théories du complot.

Ces théories trouvent leur source dans notre besoin de comprendre les phénomènes, de leur trouver des causes. D’autant plus s’ils nous sont douloureux ; d’autant plus si les comprendre nous donne l’espoir de les éviter. Mai en situation de crise, de danger, ce besoin s’exaspère. Et nous préférons nous hâter de croire à la culpabilité d’un bouc émissaire, même sans élément tangible, plutôt qu’attendre d’avoir élucidé des causes objectives. Leon Festinger y voit une stratégie pour atténuer les « dissonances cognitives » que les crises engendrent dans notre cerveau ; car celui-ci est structurellement  incapable de supporter des incohérences.

Les théories du complot, en tant que recours à un bouc émissaire, sont un dévoiement de la recherche rationnelle des causes. C’est pourquoi un jugement défavorable quant aux théories du complot doit porter non sur la recherche des causes en elle-même, mais sur ce dévoiement.

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La crise actuelle présente trois aspects. D’abord, le virus, sa diffusion et ses effets en eux-mêmes. Ensuite, le récit développé à son sujet par les autorités, récit à la fois explicatif et prédictif. Enfin, les décisions prises par les autorités au nom de ce récit.

Chacun de ces aspects apporte de quoi déclencher les fameuses « dissonances cognitives », qui stimulent notre besoin de comprendre.

Le virus. Il est nouveau. Son origine n’est pas élucidée. Son mode de diffusion est mal connu. Ses effets sont peu compréhensibles : tantôt anodins, tantôt redoutables. Il semble sélectif, les anciens plutôt que les jeunes, les pays développés plutôt que les autres, etc.

Le récit. Il est pétri d’incohérences et de contradictions. Deux jours avant le premier confinement, il fallait aller au théâtre « comme d’habitude ». Les masques étaient inutiles voire dangereux ; ils sont ensuite obligatoires. Le « Lancet » s’est rétracté de l’étude condamnant l’hydroxychloroquine ; celle-ci reste interdite de prescription. L’Union Européenne achète un million de doses de Remdésivir, quelques jours avant que l’OMS n’en déconseille l’emploi. Le ministère publie quotidiennement le nombre de morts, puis le nombre de cas, puis à nouveau le nombre de morts, mais pas tous les jours. J’arrête cette liste qui n’est que partielle.

Les décisions. Leur intensité est extraordinaire, au sens strict ; jamais des mesures comparables n’ont été prises. Privées leur caractère provisoire, elles sont en elles-mêmes proprement inacceptables. Elles semblent sans proportion avec la réalité des effets du virus : très loin en tout cas de la grippe de Hong-Kong de 1967 ou de la grippe espagnole.  Pour autant que l’on puisse le savoir, cette intensité répond aux prévisions du modèle statistique de Neil Ferguson, de l’Imperial College de Londres ; il annonçait début mars plusieurs centaines de milliers de morts dans chaque pays de l’Union Européenne. Or, quinze jours plus tard, monsieur Ferguson lui-même indiquait que ses prévisions étaient surévaluées d’un facteur 10 à 12 (selon lui, cette amplification tenait à ce que les données initiales dont il avait alimenté son modèle, étaient incertaines et fragmentaires). Comment se fait-il que le chiffre de 400 000 morts en France soit toujours présent dans le récit ?

Face à pareil tableau, rien d’étonnant ce que la machine à rechercher les causes ne se mette en route. La peur aidant, elle est vite devenue une machine à désigner des boucs émissaires.

Et le défilé a commencé : le cartel pharmaceutique (à qui profite la crise ?) ; la civilisation industrielle (elle saccage la planète, alors la planète se venge en envoyant un virus) ; Bill Gates, le vaccinateur compulsif ; la Chine, dans sa quête d’affirmation de soi ; les Etats-Unis, prêts à tout pour préserver leur hégémonie déclinante ; le capitalisme néolibéral ; l’oligarchie informatique, qui veut  imposer le transhumanisme ; le cosmopolitisme, qui s’oppose à la fermeture des frontières ; le centralisme (si peu) démocratique, qui déresponsabilise et aboutit à la fuite du virus hors du laboratoire P4 ; etc.

Attention toutefois à ne pas tomber dans un excès symétrique à l’incrimination : car figurer sur une liste de boucs émissaires n’est pas un brevet d’innocence. Gilead (le laboratoire du Remdésivir) a réellement vu sa valeur boursière s’envoler ; la Chine revendique bien le premier rang ; Google est effectivement assoiffé de nos données personnelles ; les organisations bureaucratiques centralisées sont notoirement inefficaces devant un environnement instable ; le système monétaire mondial a un problème tout à fait tangible avec l’endettement des pays (dits) riches ; etc.

Mais de tout cela, il convient d’établir des parts de responsabilité objectives. Les présomptions, les inférences hasardeuses ou les préjugés ne le permettent pas.

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Accuser de « complotiste » une personne, un article, un documentaire ou autre, c’est enjoindre le public à ne pas porter crédit aux idées qu’ils exposent. C’est-à-dire de ne pas en tenir compte dans le débat public, de les en supprimer. En d’autres termes, de les expulser.

Voilà un phénomène étrange pour les sociétés occidentales, dont l’un des fondements est précisément le débat contradictoire.

Ce n’est pas la première fois que ce phénomène se produit. Un tel constat avait déjà amené le sociologue Irving Janis à proposer, en 1972, le concept de « pensée de groupe »  pour expliquer cette contradiction (cf. https://emissaire.blog/2020/04/30/bouc-emissaire-et-pensee-de-groupe/) .  La « pensée de groupe » consiste à privilégier la cohésion de la communauté à une compréhension objective de sa situation. Sa caractéristique en est le ralliement unanime à un récit ; certains membres du groupe peuvent être convaincus de sa stupidité en leur for intérieur, ils s’y rallieront quand même par peur de l’exclusion. Et c’est là le point clef : quelqu’un contestant le récit de référence est considéré comme un traître ou un ennemi, et se trouve ostracisé. L’un des symptômes de la « pensée de groupe » est la présence de « gardiens de la pensée », qui se chargent de cette besogne d’exclusion, plus ou moins consciemment et plus ou moins spontanément.

La « pensée de groupe » apparaît souvent en cas de crise ou lorsque la communauté se sent menacée. Le récit de référence contient la plupart du temps le dogme de sa propre excellence et le dénigrement de ses ennemis, réels ou supposés.  Bien entendu, la « pensée de groupe » est un facteur d’échec, puisqu’elle conduit à méconnaître la réalité de la situation.

Nos autorités présentent aujourd’hui bien des symptômes de « pensée de groupe ». Nous avons bel et bien affaire à une crise. Elles nous proposent un récit de référence : « Le virus est terrible, c’est la guerre ; bien que notre système de santé soit parfait, la menace est telle qu’elle justifie d’enfermer tout le monde et d’arrêter la plupart des activités (économiques, culturelles et autres) ; nous ne savons pas jusqu’à quand, il faut attendre le vaccin », etc. Ensuite, les autorités ne cessent de répéter qu’elles ont toujours tout bien fait : affirmation de sa propre excellence. Enfin, nous avons des « gardiens de la pensée ». Et précisément ceux qui nous occupent ici : ceux qui brandissent l’accusation de « complotisme ». Il s’en trouve un peu partout, chez les représentants de l’autorité, chez les éditorialistes, parmi les associations spécialisées en la matière, chez les experts, les journalistes, les utilisateurs des réseaux sociaux, les réseaux sociaux eux-mêmes, etc.

Janis ne connaissait pas la pensée de René Girard, mais son concept est parfaitement girardien. Et même doublement girardien.

D’abord, la manifestation la plus immédiate de la « pensée de groupe » est cette unanimité de façade, ce consensus à tout prix, y compris en contradiction avec les faits. C’est l’une des formes du mimétisme, mimétisme conscient chez certains.

La seconde caractéristique girardienne est bien sûr l’expulsion de ceux qui ne partagent pas l’unanimité et qui le disent. Nous voilà donc à nouveau devant un mécanisme de bouc émissaire.

Attention cependant. Le mécanisme est le même que chez les théoriciens du complot, mais l’objet  n’est pas identique. Les théoriciens du complot cherchent des boucs émissaires à la crise elle-même. Les anticomplotistes cherchent à préserver l’unanimité autour du récit de la crise. Un mécanisme identique est employé pour deux objectifs bien différents.

Et même carrément opposés, puisque les théoriciens du complot récusent le récit officiel, tandis que les dénonciateurs de complotistes le préservent. D’où l’antagonisme que nous voyons se développer sous nos yeux ; d’où le renforcement mutuel que les deux attitudes se procurent l’une à l’autre.

Pour preuve, la censure qui a frappé le documentaire « Hold up », écarté des plates-formes. Ceux qui sont tentés par l’hypothèse d’un complot ont un réflexe tout simple : « Si ce film est interdit, c’est qu’il doit révéler des choses, réelles et inavouables. » Les dénonciateurs de complots obtiennent ainsi le résultat inverse de ce qu’ils recherchent.

Mais en vérité, ceci n’est pas nouveau ; la sociologie a identifié le phénomène sous le nom « d’effet Streisand » : interdire un point de vue stimule le désir de le connaître, voire l’accrédite. Là encore, la théorie mimétique surplombe ce concept : le médiateur s’adresse au sujet en disant « surtout, ne désire pas cet objet » ; mais ce faisant, il l’a désigné et cela suffit pour faire naître le désir. Car l’absence de désir réside dans l’indifférenciation, dans l’incapacité à distinguer un objet.

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Ainsi pouvons-nous être enclins à renvoyer dos-à-dos théoriciens du complot et accusateurs de complotistes. Tous cherchent à désigner un bouc émissaire. C’est un processus d’injustice et de violence, et il empêche d’analyser correctement la situation à laquelle nous sommes confrontés. Les complotistes noient les questions pertinentes sous des inférences fantasmatiques. Les anticomplotistes rejettent ces questions pertinentes en les amalgamant avec ces inférences.  Résultat : elles ne sont plus sur la table. Le vieux réflexe de la victime expiatoire est toujours là.

Gardons espoir que nous pouvons faire mieux. René Girard, révélant ce mécanisme, n’a eu de cesse de nous indiquer le chemin : renonçons à nos boucs émissaires.

20 réflexions sur « Des complots partout »

  1. Jean-Louis Salasc, je trouve votre article remarquable.
    Considérant que les découvertes de René Girard sont le fondement d’une nouvelle discipline scientifique avant d’être une « théorie philosophique », j’ai retardé mon départ en retraite pour y étudier, tel un laborantin, la « recherche mimétique » (si je peux me permettre l’expression). Représentant du personnel en CHSCT, l’observation des réactions, des postures, des actions et des représentations fut riche d’enseignements. Cette observation valide complétement votre analyse.

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  2. Je constate une forme d’équilibre dans votre article dans la mesure où faites émerger la position en miroir des complotistes et des anticomplotistes. C’est chose rare et cela mérite donc d’être salué en tant qu’emblématique d’une pensée girardienne prudente sous le rapport de l’accusation.

    Pour ma part, je récuse complètement l’appellation « complotiste » ou « complotisme » considérant que seuls existent les anticomplotistes qui créent arbitrairement une réalité dans laquelle il y a des grands méchants fous qui contestent la vérité officielle et des gens bien qui l’adoptent. Il existe bien des « allumés » paranoïdes qui croient des choses folles mais ils sont tellement minoritaires, tellement rares qu’il est fallacieux de s’attarder sur leur cas.

    Mon traitement du problème de l’anticomplotisme sous l’angle girardien peut être lu ici :
    https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-concombre-le-bouc-et-le-228849

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    1. Mon billet ne traite que la question de la désignation des boucs émissaires.
      La symétrie que j’y vois s’arrête dès que l’on aborde le registre de la mise en oeuvre de l’expulsion.
      Les anticomplotistes n’ont pas de peine à se faire entendre, c’est bien Hold up qui a été banni des plates-formes ; ce sont les professeurs Péronne et Raoult qui sont menacés de perdre leurs autorisations d’exercer, pas le docteur Véran d’occuper son poste de ministre.
      Je pense que votre article souligne ce point : les uns (les détenteurs du pouvoir) peuvent jouer les sacrificateurs, les autres non (« Selon que vous serez puissant ou misérable… »)
      Pour lutter contre la « pensée de groupe », Janis préconise que les leaders aillent chercher les avis dissonants, au lieu de les faire taire ; mais c’est là une ascèse dont nous sommes bien loin, le réflexe des dirigeants étant presque toujours d’entretenir une image d' »infaillibilité ».

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  3. La bouc-émissairisation guette tout le monde, car dénoncer les boucs émissaires vous mène tout droit à être bouc-émissairisé vous-même. L’emballement mimétique est circulaire. On ne peut donc pas « dénoncer » les boucs émissaires, on ne peut que « renoncer » à en désigner, comme le suggère sagement Jean-Louis Salasc.
    Y renonçons-nous facilement ? Pratiquement jamais, parce que la « pensée de groupe » guette et menace. Sortir de l’unanimité fait peur, surtout dans un climat d’incertitude comme une pandémie. Personne n’a le courage de « lancer la première pierre » : « certains membres du groupe peuvent être convaincus de sa stupidité en leur for intérieur, ils s’y rallieront quand même par peur de l’exclusion. »
    Même un esprit aussi libre qu’Albert Camus n’a pas échappé à cette pression des pairs et il avoue dans ses Carnets (1956) : « Il y a longtemps que je me serais converti. Mais j’ai toujours été retenu par la crainte de ce que diraient mes amis. »
    On ne se débarrasse pas si facilement de ses réflexes sacrificiels archaïques. Cette pandémie, qui ressemble aux anciennes pestes, pourra peut-être nous apprendre quelque chose.

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    1. Je ne connaissais pas cette phrase de Camus, qui illustre à merveille le phénomène.
      Renoncer aux boucs émissaires, c’est effectivement presque impossible, surtout en prenant le problème d’un coup et globalement.
      Cependant, certaines organisations ont entrepris de lutter contre les effets délétères de la « pensée de groupe » et ont enregistré des progrès (le transport aérien par exemple). De tels exemples peuvent nous aider à ne pas nous décourager face à des cas massifs de réflexes sacrificiels, et à persévérer dans des progrès à petits pas.

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      1. Je suis d’accord avec vous : il semble que la résilience des sociétés humaines tienne à ces groupes minuscules qui souvent sans le savoir clairement n’ont pas suivi les cas massifs de réflexes sacrificiels, offrant ainsi à terme des sorties de crise aux survivants. On retrouve ici l’idée que le futur repose dans nos marges. Mais il s’agit là d’une vision tragique, dont les dernières décennies nous ont deshabitués, au point de nous faire croire qu’il pouvait en être autrement.

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  4. Passionnant ! La théorie mimétique éclairent en effet bien ce qui se passe.

    Par contre, je reste sur ma faim pour la conclusion : peut-on réellement se débarrasser de son mimétisme ?

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  5. On ne se débarrasse pas du mimétisme, ce serait dommage d’ailleurs, mais on peut choisir son modèle, et depuis la révélation évangélique, nous en est proposé un qui permet de renoncer aux boucs émissaires, un homme mort supplicié puis en nous ressuscité, oserai-je l’écrire, par mimétisme à l’image du Dieu alors vivant.

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  6. Hum, il me semble que le bouc-émissaire décrit par Girard possède la faculté étonnante d’être inattendu. Renoncer à lui ? Encore faut-il le voir. Comme le dévoilement progressif du bouc-émissaire a créé une très subtile persécution au carré (la persécution des persécuteurs), ne sommes-nous pas trompés par notre connaissance du mécanisme ?

    Imaginons que demain, les comploteurs et anti-comploteurs français se trouvent réconciliés. Impossible ? D’où l’effet miraculeux, extraordinaire de cette paix descendue sur les combattants. Forts de notre semi-connaissance, nous chercherons et certainement débusquerons le bouc-émissaire qui a permis si fabuleuse réconciliation mais il sera trop tard, le ou les (faux) coupables auront été détruits.

    Le bouc-émissaire ne se devine que dans ses effets.

    Ici, n’a-t-on pas d’abord une lutte familière entre les détenteurs du gouvernement et ceux qui contestent leur administration des choses et des gens ? Imitation mutuelle, radicalisation des positions, polarisation excluant toute nuance, désacralisation, un régal pour les Girardiens mais une situation classique et maîtrisable, pour le moment.

    Bien plus passionnante est la situation américaine. Là-bas, l’affrontement mimétique est d’une telle ampleur qu’il a tout resserré sur lui. Il n’y a aucun reste. N’importe quel sujet, du plus anecdotique au plus sérieux alimente la division, chaque camp se positionnant immédiatement par rapport à la position adverse.
    Aucun bouc-émissaire n’est apparu. Les ennemis étrangers n’intéressent pas, les événements trouvent aussitôt leur place dans les deux récits qui n’en forment qu’un, celui d’une haine grimpant vers son paroxysme et privée d’exutoire.

    Satan expulsera-t-il Satan pour défaire l’étreinte des frères ennemis ? Mais comment si le blocage américain est l’effet du dévoilement du bouc-émissaire ?

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  7. Alors, il faudrait se faire (douloureusement) une raison : il y a match nul entre nos deux belles équipes, à ma droite les Complotistes, à ma gauche les Anticomplotistes ? Et les deux équipes n’ont plus qu’à regagner dos à dos leur vestiaire après le coup de sifflet final de l’arbitre ?
    Le problème, c’est qu’il n’y a pas de coup de sifflet final, et qu’il n’y a surtout pas d’arbitre.

    C’est justement ça qui m’a fait penser à Jean-Pierre Dupuy et au texte de sa conférence (ici : https://www.lesinfluences.fr/Illich-et-Girard-la-crise-et-le-sacre.html), si riche d’aperçus éblouissants qu’il tire de « l’hypothèse bouleversante » de Girard, et en particulier de la terrible formule à double sens « le sacré contient la violence » : le sacré fonctionne, dit-il (je schématise beaucoup plus que je ne devrais), comme un système auto-transcendant (autre manière de dire que « le sacré contient la violence ») qui s’auto-régule et s’auto-limite, sous peine de disparition du groupe humain.

    L’analyse qu’il propose alors part du constat girardien bien connu ici que les archaïques mécanismes victimaires de canalisation de la violence, corrodés par l’héritage du christianisme, ne fonctionnent plus ; autrement dit que le système reste auto-transcendant, mais qu’il ne s’auto-régule plus. Il n’est nul besoin d’aller en chercher des exemples bien loin, il suffit de parcourir les messages dans le lien fourni dans le troisième commentaire de ce billet : on y voit chacun lancé à la recherche frénétique d’une causalité émissaire exacerbée par la revendication simultanée de la position de victime face aux contradicteurs, chacun se renvoyant à la tête les accusations de bouc-émissaire. Autrement dit, le sacré violent ne contient plus la violence, et chacun se retrouve seul face à sa propre violence et face à celle des autres, sans « arbitre » pour les départager. Comme dans le monde réel, tout semble déborder et dérailler.
    La thèse de Jean-Pierre Dupuy (je schématise décidément beaucoup trop !) est que le sacré, affaibli par la révélation chrétienne, a été, au cours des deux ou trois derniers siècles, remplacé dans son rôle de régulateur de la violence par l’économie qui, en tant que système auto-transcendant et auto-régulé, est devenue l’élément fondateur de nos sociétés : ce sont les mécanismes de l’économie capitaliste, perçus comme indépassables, qui ont pris en charge la canalisation de la violence sociale : en effet, comme pour le sacré, le bilan final du rapport coûts/bénéfices de la violence économique a été donné comme positif, sous le nom de Progrès, au moins pour les Occidentaux et les classes dirigeantes des autres continents. L’économie contenait la violence économique. Mais, comme chacun sait, depuis quelques décennies, ce système auto-transcendant s’est à son tour mis à dérailler : il ne parvient plus à s’auto-limiter ni à s’auto-réguler, ce qui rend ses coûts sociaux et environnementaux de plus en plus insupportables.

    Alors, il me semble qu’on pourrait continuer, en toute humilité et autant que faire se peut, les hypothèses de Jean-Pierre Dupuy, en se demandant s’il n’existe pas un troisième système auto-transcendant régulant notre violence sociale, celui de la Communication et de l’Information, dont le contrôle des instruments se trouve être l’objet des luttes actuelles les plus farouches. Grâce à l’existence de ce mécanisme, la Parole contiendrait la violence. Et c’est bien ce qui s’est toujours passé dans nos sociétés : le régime de vérité majoritairement et socialement admis l’a toujours été au-travers du canal de la violence institutionnelle des classes dirigeantes maîtresses des divers outils de diffusion de la connaissance et des intellectuels qui s’y expriment. Là aussi, le bilan final du rapport coûts/bénéfices était donné comme positif, sous les noms de Savoir et de Culture.

    Mais voilà, ce que l’on désigne sous le nom de réseaux sociaux vient à son tour de faire dérailler le système. Les classes dirigeantes ne parviennent plus à contrôler une Parole qui leur échappe de tous côtés. Désormais une cacophonie jamais entendue a pris la place de l’habituel discours policé de l’entre-soi. Autrement dit, le système reste auto-transcendant, comme les autres, mais, comme les autres, ne parvient plus à s’auto-réguler ni à s’auto-limiter, renvoyant chacun au chaos de l’indifférenciation mimétique qui terrifiait les sociétés archaïques. La Parole ne contient plus la violence.
    Il semblerait qu’aujourd’hui il n’y a plus de régime de vérité, il n’y a plus de système économique vertueux, il n’y a plus de sacré protecteur. Nous entrons en terrain inconnu.

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    1. Ne pouvant cliquer sur la petite étoile bleue (j’aime), je dis ici que j’ai trouvé ce commentaire en forme de diagnostic très intéressant et d’une très grande pertinence. Et je remercie son auteur du cadeau supplémentaire de la conférence de JP Dupuy.

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  8. Cher Jean-Louis, si je m’étais dispensée de voir « Hold up », je pense que j’aurais pu approuver moi aussi, au nom de la révélation évangélique et girardienne du mécanisme victimaire, votre critique « équilibrée » du complotisme et de l’anti-complotisme.
    Mais enfin, j’ai vu le film. Je ne sais pas s’il faut saluer le courage des scientifiques qui ont accepté d’y participer, ils ont témoigné (en était-il besoin, au cœur de cette crise sanitaire ?) que le monde médical n’est pas épargné par des rivalités mimétiques féroces. J’ai surtout vu un documentaire qui prétend nous « réveiller », engourdis que nous sommes par le climat de peur que les autorités (médicales, politiques, médiatiques) entretiennent savamment dans le but de nous assujettir ; et que font tous ces braves gens pour nous sortir de là, ils font monter en nous une peur bien pire, tellement pire qu’il leur faut évoquer Hitler et le nazisme pour donner une petite idée du monde qui vient ? « C’est terrifiant » est le mot de la fin. Ce film mêle des faits avérés et des hypothèses farfelues avec efficacité. C’est du complotisme pur et dur.
    La question est : peut-on renvoyer dos à dos les partisans et les détracteurs des théories du complot au prétexte que leurs « récits » contradictoires relèvent également du mensonge et de l’exclusion ? Est-ce girardien? Est-ce même raisonnable ?
    Je vous livre mes deux trois pistes de réflexion. D’abord, d’accord avec Joël Hillion, je ne vois pas comment échapper au mécanisme du bouc émissaire. Il y a la pression sociale mais il y a aussi, moins visible, le fait que le « tiers exclu » est le mécanisme de la pensée ; nous l’avons hérité de l’événement fondateur et nous n’en avons pas d’autre. Même si les discours ne renvoient pas à d’autres discours mais à des faits (c’est la position girardienne), encore faut-il interpréter ces faits, leur donner du sens. Et le choix d’une interprétation est décisif, il revient à exclure les autres.
    Ensuite, à moins de renoncer à la science et à la morale, toutes les interprétations ne se valent pas. Girard saluait en Nietzsche « le plus grand théologien de son temps » parce que, à rebours de ses contemporains, le philosophe avait détecté le sens anti-sacrificiel du « sacrifice « de la Croix.
    Enfin, pourquoi ajouter de la confusion à de la confusion ? Ne serions-nous pas comme les « demi-habiles » de Pascal qui, à force de dénoncer les désordres de l’ordre établi, font croître le désordre au lieu d’y porter remède ? A la différence du peuple auquel se réfère Pascal, qui croit naïvement que les grandeurs d’établissement sont méritées, le « peuple » d’aujourd’hui que les théories du complot prétendent « réveiller » ne se fait aucune illusion sur le bien-fondé de l’ordre social : il ne demande qu’à accueillir les preuves de la corruption des élites, qu’à partager la plus grande méfiance envers tous ceux qui prétendent nous soigner, nous protéger, nous informer. En termes girardiens, nous vivons, au-delà du sanitaire, une crise sacrificielle, une crise des institutions, une crise des « différences ». J’ai plutôt envie de me cramponner à de fausses différences, peut-être, mais dictées par le bon sens, que de mettre ma perspicacité (?) au service de cette montée des eaux.

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    1. Vous avez raison, ce n’est pas raisonnable, mais après tout, pour paraphraser Saint _Paul, si quelqu’un parmi nous pense être un sage à la manière d’ici-bas, qu’il devienne fou pour devenir sage :

      « 16Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous? 17Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira; car le temple de Dieu est saint, et c’est ce que vous êtes.

      18Que nul ne s’abuse lui-même: si quelqu’un parmi vous pense être sage selon ce siècle, qu’il devienne fou, afin de devenir sage.

      19Car la sagesse de ce monde est une folie devant Dieu. Aussi est-il écrit: Il prend les sages dans leur ruse. 20Et encore: Le Seigneur connaît les pensées des sages, Il sait qu’elles sont vaines. 21Que personne donc ne mette sa gloire dans des hommes; car tout est à vous, 22soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit les choses présentes, soit les choses à venir. Tout est à vous; 23et vous êtes à Christ, et Christ est à Dieu. »

      https://saintebible.com/lsg/1_corinthians/3.htm

      Merci à tous, nos discussions sont essentielles.

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    2. En effet, chère Christine, je cultive l’espoir, peut-être utopique, de notre émancipation à l’égard du réflexe sacrificiel et du bouc émissaire. Que cela soit difficile n’empêche pas de s’y efforcer ; Aliocha nous en rappelle un inspirateur.
      Il s’agit aussi, comme le pointe Joël Hillion, de ne pas faire de nouveau boucs émissaires de ceux qui précisément en activent le mécanisme. J’ai essayé de rester mesuré à cet égard ; d’où peut-être l’impression qui vous a inspiré votre commentaire, que mon billet manquerait de sévérité à l’égard des « complotistes ».
      Merci en tout cas de ces échanges passionnants ; je rejoins votre appréciation quant au développement d’Alain ci-dessus.

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  9. Je ne sais pas vous, chers et précieux commentateurs, mais moi, cette atmosphère complotiste, qu’on peut quand même, comme Mme Orsini, trouver assez inquiétante, ou comme Nathalie, qui fait preuve d’un optimisme somme toute modéré, considérer, «pour le moment », comme un épisode de plus d’une vie démocratique française normalement conflictuelle (les Etats-Uniens, c’est une autre affaire, même si on dit souvent qu’ils sont seulement en avance de quelques années sur nous…), donc, disais-je, moi, cette atmosphère complotiste généralisée qui apparemment s’étend comme un feu de forêt me renvoie quelque quinze à vingt siècles en arrière. C’est-à-dire à l’époque où les brillantissimes et tout puissants intellectuels de l’Empire, forts de leurs immenses constructions philosophiques et littéraires héritées d’une tradition séculaire, écrasaient de leur mépris pyramidal les récits absurdes, naïfs et contradictoires propagés par des agitateurs fanatiques, issus d’obscures sectes juives, et complotant contre l’Empereur au sein des classes ignorantes et méprisables si facilement manipulables. Jusqu’au jour où ces intellectuels eux-mêmes se sont trouvés écrasés par l’avalanche qu’ils n’avaient pas vue venir.
    Notre propre savoir, tout aussi orgueilleux que le leur, et vingt siècles de recul, nous rendent myopes sur cet incroyable événement: là où nous voyons avec évidence le succès unique d’une Nouvelle proclamée Bonne, il me semble que les contemporains n’y voyaient, comme nous aujourd’hui dans les délirants récits complotistes qui foisonnent partout dans la confusion la plus déraisonnable, ou comme les complotistes eux-mêmes dans l’usage d’une rationalité qu’ils rejettent, que fanatisme, luttes internes fratricides, récits simplistes et démogogiques, et thèses aberrantes diffusées sur les ronds-points et les réseaux sociaux de l’époque.
    Qui, à ce moment-là, aurait pu deviner qu’un de ces agitateurs, nommé Paul de Tarse, était porteur d’une Nouvelle qui réduirait à néant (pour le meilleur et pour le pire) des siècles d’une culture et d’un savoir patiemment accumulés et transmis, devenus mortifères pour les aspirations qui se faisaient jour parmi les pauvres, puis parmi les riches eux-mêmes.
    Alors, qui sait, peut-être que parmi les agitateurs aujourd’hui à l’œuvre sur nos réseaux sociaux se trouve un nouveau Paul avec une nouvelle Bonne Nouvelle. Ou peut-être pas. Ou pas encore.

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    1. La bonne nouvelle est exprimée depuis plus de deux mille ans, Dyonisos et Jésus, même mort collective, le non chrétien, non judaïque, accepte que le sacrifice soit nécessaire à la création des aristocraties et de la culture, alors que Jésus, victime innocente est une calomnie contre toutes les religions, l’échec du christianisme est la preuve que les chrétiens ne sont pas des chrétiens, rejetant la responsabilité du meurtre collectif sur des boucs émissaires, le bouc émissaire aujourd’hui étant le texte lui-même. Le silence de notre culture sur la violence des hommes est désobéissance au précepte évangélique, l’infidélité chrétienne nie le texte.
      A réécouter, en entier si possible, ou, pour l’expulsion du texte, de 42.40 à 46.55, c’est tout à fait lumineux :

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      1. On pourrait avancer que complotistes et anticomplotistes, au-delà de leur divergence de contenu ont un point commun : ils jugent mensonger le récit adverse. Et selon René Girard, il l’est d’être une accusation. En revanche, les semi-voyants girardiens pourraient leur expliquer que pointer le mensonge ne les justifie pas. Bien au contraire, s’estimer innocent parce qu’on est accusé et fort de son innocence, riposter à l’accusation par une accusation renvoie aussitôt à l’image de la poutre et de la paille. Celui qui riposte sait l’effet détestable de l’accusation et néanmoins accuse à son tour.

        Plus largement, on pourrait considérer que l’irruption de la vérité du Christ a subverti le mensonger langage humain puisque deux mille ans après, tout récit, même scientifique, est entendu et jugé comme une profession de foi. Les communicants des dernières décennies n’ayant rien trouvé de plus malin que de fabriquer des récits fabuleux et glorificateurs pour pallier la perte de confiance générale dans le langage (notamment politique) sont pris à leur propre piège avec l’explosion mimétique de multiples et prolifiques récits construits sur le même modèle. Un nouveau paganisme ?

        Plus loin et suite à l’exemple américain, on constate que le langage est corrigé pour exclure de lui toute trace d’exclusion. Cela correspond à la réhabilitation des victimes constatée par Girard. Mais la manière est ancienne et son mécanisme démonté par le Christ : les hypocrites accusant leurs ancêtres d’avoir massacré les prophètes afin d’apparaître purs à leurs yeux et à ceux de la foule s’apprêtent à faire pire, à « combler la mesure de leurs pères » : se liguer contre, accuser et crucifier celui qui refuse leur innocence d’accusateurs.
        Sous la justification actuelle de persécuter les persécuteurs, se dévoile le même mécanisme. Avec une différence de taille : les accusateurs ne peuvent plus ignorer que l’articulation accusation/innocence mène directement au meurtre collectif.

        Il semble malheureusement que les néohypocrites soient tout aussi sourds et aveugles que leurs pères. Et certes on constate, en effet de son effacement, que le langage (comme le sacré auquel il est lié) contenait la violence dans les deux sens du verbe contenir. En passant par le politiquement correct jusqu’au mouvement woke actuel, la tendance n’est-elle pas alors à la suppression du récit remplacé par un pur acte d’accusation ? Accusation incantation qui entraîne des actes physiques rituels : lynchage sur les réseaux de masse, pressions pour la démission des coupables, réprobation générale. Désormais et de plus en plus, proférer des paroles accusatoires rituelles crée la culpabilité et sanctifie l’accusateur. Demi-voyants girardiens, nous pourrions prophétiser que ces malédictions suivies d’expulsions seront rapidement imitées par le camp d’en face. On se rapprocherait alors de la forme originelle du langage sacrificiel : le hurlement de la foule haineuse.

        Expulser le texte subversif serait en effet une issue mais le texte n’existe pas en lui-même, il doit s’incarner en témoins. Des témoins fermes à ne pas se laisser fasciner et happer par la foule, fermes à endurer sa désapprobation, fermes aussi à refuser la sécession (auto-expulsion) et l’auto-satisfaction de se tenir hors de la mêlée, admirable et justifié. Heureusement que « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas », le texte s’appuie sur plus ferme que nos forces humaines !

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  10. Je crois pour ma part qu’annoncer la Bonne Nouvelle est une joie, mais une joie infiniment problématique, et ce depuis ses débuts il y a deux mille ans, car cette annonce, et le constat scandaleux qu’elle n’est pas comprise, contiennent implicitement la désignation de ceux qui ne la reçoivent pas, ou la reçoivent mal, par exemple « les chrétiens infidèles au précepte évangélique », au risque de relancer le cycle de la violence, autrement dit le Mal.

    Michel Serres, qui a probablement rêvé d’être un autre Paul de Tarse en parcourant lui aussi le monde en tous sens, n’a eu de cesse d’affronter sa pensée à ce problème du « Mal » et lui, que l’on a parfois taxé de naïveté, concluait avec le même pessimisme que René Girard à son irréductible et inéluctable présence dans nos sociétés, y compris au sein de nos agissements les plus vertueux.

    Et comment ne pas voir, par exemple, ce « Mal » à l’œuvre dès les premières communautés chrétiennes confrontées à l’impérieuse nécessité de s’organiser, c’est-à-dire de construire des institutions pour dépasser la dispersion individuelle et préserver ainsi le message évangélique dont elles étaient porteuses. Or nous savons aujourd’hui, depuis René Girard, que les institutions humaines reposent originairement sur le corps d’une victime sacrifiée, et qu’elles ont donc à voir avec la violence et la mort, autrefois comme maintenant. Et c’est bien ce qui s’est passé si l’on considère que l’institution d’une Eglise violente et vénale a dévoyé depuis deux mille ans la pureté du message évangélique. Mais dire cela c’est ne pas voir que les deux sont consubstantiels, que le message et l’Eglise, tout comme l’avers et le revers d’une pièce de monnaie, n’ont d’existence historique au sein de nos sociétés que l’un par l’autre: si l’un disparaît, l’autre aussi. Dans cette aporie réside probablement une des formes du « Mal » pointé par Michel Serres.

    Les dernières décennies, avec les promesses d’un monde nouveau débarrassé des pesanteurs et des trahisons institutionnelles grâce au développement de nouveaux outils de communication, nous avaient fait rêver d’un message enfin débarrassé de son médium et d’un monde qui pourrait alors retrouver l’immédiateté fraternelle des premières communautés chrétiennes.
    Las, il nous a fallu déchanter. Le « Mal » est toujours là, consubstantiel à notre être social et individuel.

    C’est en ce sens peut-être que nous pourrions espérer une nouvelle Bonne Nouvelle, dont la nouveauté serait d’annoncer la perspective d’institutions vertueuses capables d’inscrire dans le réel la nécessaire conversion, au sens girardien, des individus. En effet, il me paraît vain de raisonner, ou même d’espérer, en termes purement individuels qui seraient ceux du rapport personnel de chacun au texte évangélique, puisque les individus n’ont de réalité qu’intégrés dans des structures qui les font tenir ensemble. Ces institutions rêvées vertueuses parviendraient peut-être alors à tenir à distance la rivalité mimétique et le sacrifice violent sur lesquels elles reposent inéluctablement. Ce serait vraiment une bonne nouvelle.

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